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Monde agricole et rural
Au bon souvenir
des négociateurs à l’OMC
Exclu de la
décisive tripartite, tenu loin des concertations sur les retombées
de l’adhésion à l’OMC, de l’accord d’association avec l’Union
européenne
et de la zone
arabe de libre-échange, le monde agricole n’en est pas moins la
première catégorie sociale à ressentir de plein fouet les mutations
économiques en cours, voire à en être la victime. Les agriculteurs
n’ont aucune emprise sur les événements et ce n’est pourtant pas par
défaut de représentants : on compte pas moins de 1 200 associations
agricoles en Algérie.
C’est à la faveur
de la loi n° 90-31 du 4 décembre 1990 relative aux associations à
caractère apolitique que s’est produite l’émergence des associations
dans le secteur de l’agriculture, des forêts et de la pêche.
Parallèlement à la monopolistique Union nationale des paysans
algériens (UNPA), satellite du FLN, se sont créées une multitude de
syndicats, d’associations corporatistes et de chambres
d’agriculture. Mais cette dynamique s’est vite essoufflée, dès 1992.
Les chambres d’agriculture, intersection entre ces associations et
les pouvoirs publics, ne connaîtront pas non plus une structuration
suffisante pour traiter les problèmes du développement agricole,
sans compter le fait que le poids écrasant de l’administration a
grandement contribué à affaiblir les liens de celles-ci avec les
agriculteurs.
Il est vrai qu’à
partir de la fin des années 1990, le dispositif d’encadrement
associatif de l’agriculture a permis une meilleure structuration et
les conseils interprofessionnels, intégrant l’ensemble des
opérateurs impliqués et organisés autour de filières agricoles
spécifiques (céréales, pommes de terre, lait, produits avicoles),
sont devenus l’organe consultatif pour l’Etat.
Les mécanismes
d’intégration et de concertation mis en place seront mieux
illustrés, d’ailleurs, à travers le Programme national de
développement agricole et rural (PNDAR) et le Programme national du
développement de la pêche et de l’aquaculture (PNDPA).
Dans un document
du ministère de l’Agriculture, il est explicitement mentionné que
“l’appui institutionnel à la stratégie décennale (devra) reposer en
particulier sur la nécessité de la promotion, de la consolidation et
du renforcement du rôle des organisations professionnelles conçues
comme des instruments de consultation et de concertation entre les
agriculteurs et les institutions publiques pour la défense des
intérêts socio-professionnels de leurs adhérents”.
Dans les faits,
les associations syndicales à caractère revendicatif sont plutôt
rares dans le secteur de l’agriculture et, médiatiquement parlant,
inexistantes. Les quelques organisations présentes sur le terrain se
distinguent par une activité embryonnaire centrée principalement sur
les questions relatives aux réformes foncières et à l’assainissement
de la dette des agriculteurs. Mais, à mesure que ces problèmes
trouvaient solution et prise en charge par l’Etat, l’activité de ces
associations s’estompait en conséquence.
De prime abord,
l’on peut penser que la constitution des associations reste en fait
liée aux comportements des agriculteurs visant à consolider leur
pouvoir de négociation sur les questions relatives uniquement à la
rétribution de l’allocation, des ressources et de l’aide de l’Etat.
Mais ce n’est pas aussi simple que cela.
Une récente étude,
intitulée Mouvement associatif et développement durable, le cas de
l’agriculture et de le l’élevage en Algérie, résultat d’un travail
minutieux de deux chercheurs, Ali Ferrah et Salah Yahiaoui, peut
être considérée comme le premier travail de fond sur la structure du
monde agricole. Elle se base sur les statistiques du ministère de
l’Agriculture et sur ses prolongements administratifs à l’intérieur
du pays. Il en ressort principalement que “les associations
agricoles corporatistes spécifiques ont connu un développement sans
précédent depuis le début des années 1990”. Leur nombre est
actuellement évalué à près de 1 200 associations, soit un taux
d’adhésion des populations rurales adultes de 2%. Ce chiffre traduit
l’étroitesse de la base sociale du mouvement associatif agricole et
témoigne de la faiblesse de sa capacité de mobilisation, commente
l’étude, qui note que “ces associations se caractérisent, en outre,
par un rayonnement essentiellement local de leurs activités”. De ce
point de vue, une enquête réalisée sur les associations impliquées
dans le secteur de l’élevage a permis de relever que 50% d’entre
elles exercent leurs activités à l’échelon des wilayas et 43% au
niveau des communes, les associations nationales étant quasiment
inexistantes.
L’activité de
associations agricoles s’étend à plusieurs domaines et 59% des
associations, représentant 56% de la population adhérente,
interviennent dans les domaines du gros élevage, de la
céréaliculture, de l’aviculture, du maraîchage et des forêts. Mais
des domaines aussi importants que l’irrigation, la production de
semences et l’arboriculture restent sous-représentés.
La constitution
des associations semble se focaliser sur les modèles intensifs à
fort contenu en capital (matériel biologique, semences, engrais,
pesticides) faisant aussi l’objet d’interventions étatiques
multiformes (soutien des prix à la production, allocation de primes
de production, couverture des risques climatiques…). Cette tendance
se retrouve, par ailleurs, dans le domaine de l’élevage puisque l’on
notera que la majorité des associations se concentrent sur l’élevage
bovin (34%), l’aviculture (19%) et l’apiculture (10%). Il est
“symptomatique” que des domaines aussi importants que la santé
animale, les petits élevages, les élevages caprins et camelins ne
soient que “marginalement” couverts par les associations.
L’on peut
expliquer le peu d’influence, au sens politique, des organisations
agricoles, par le fait que les associations ont développé un
caractère plus local que national, bien qu’économiquement, cela peut
être vu comme un aspect positif dans la mesure où cela accroît
l’efficience des programmes de développement qui requièrent un
travail de proximité. Reste, toutefois, que le mouvement associatif
agricole cumule quelques handicaps qui se traduisent par la
fragilité des structures, la modicité des financements octroyés par
l’Etat, la faible représentation des localités, l’insignifiance des
taux d’adhésion et les carences compréhensibles en matière de
management. Autant de contraintes qui l’empêchent de se placer, en
aval, en situation de partenaire des institutions de l’Etat et ce,
sur diverses questions directes.
Aujourd’hui, les
chambres d’agriculture, les syndicats et les associations
spécifiques servent surtout à permettre aux instances étatiques
d’identifier au mieux les besoins des populations rurales, ce qui
leur donne accès au degré minimal de participation à la mise en
œuvre des programmes agricoles. Cela ne peut, en aucun cas,
escamoter leur besoin de s’associer librement et de s’affranchir des
tutelles. En témoigne le fait que la reconnaissance de ces
organisations en tant qu’acteurs de la vie nationale demeure loin
d’être acquise.
A vrai dire, les
organisations agricoles, ou plus justement rurales, représentent
pour les pouvoirs publics plus un élément de mise en œuvre de
politiques publiques que de véritables acteurs porteurs de projets
et de visions propres aux catégories sociales dont elles seraient
l’émanation et auxquelles l’Etat est censé apporter des réponses les
plus adéquates possibles.
En Algérie, les
agriculteurs et éleveurs sont là pour produire, encore mieux et
plus, de préférence, mais en aucun cas les pouvoirs publics
n’orienteront leur actions pour l’émancipation de ceux-ci,
précisément parce que cela comporte le risque de laisser émerger des
besoins et des visions aux antipodes des politiques
gouvernementales. Et si l’on estime que les contre-performances
successives de l’économie rurale (agriculture, élevage, pêche) n’ont
que suffisamment duré malgré la puissance des ressources allouées
par l’Etat, il est certainement temps de repenser le rapport
Etat-agriculteurs, où l’emprise de la bureaucratie locale est un
intermédiaire à combattre, parce qu’il représente une force
d’inertie. Et d’oppression si l’on se place du côté des
agriculteurs, qui voient en celle-ci le support de la caste des
spéculateurs et des parasites de tous bords dont le premier souci
n’est assurément pas de consolider la sécurité alimentaire ni encore
moins la condition des populations rurales.
Nabil Benali
Haut
Une baisse spectaculaire en moins de trois ans
Le chômage
informel
D’environ 25,7% en
2002, le taux de chômage est passé à 23,71% en 2003, selon l’ONS.
Quelques jours
après la publication de ces chiffres, c’est au tour du ministre de
la Solidarité d’annoncer que le chômage a atteint les 13% au début
de l’année 2005.
Lors de la
première réunion de l’Observatoire national de l’emploi et de la
lutte contre la pauvreté, Djamel Ould Abbas a même prévu la
diminution de ce taux à 10% d’ici 2008.
Le “miracle” a eu
lieu. Ould Abbas a révélé que plus de 716 000 emplois ont été créés
en 2004. Comment ? Dans quels secteurs ? S’agit-il d’emplois
temporaires ou permanents ? Il n’en a pas dit plus. Peu importe de
savoir le pourquoi du comment, diront certains, l’essentiel étant,
pour eux, que le spectre du non-emploi se rétrécisse. Les chiffres
de Ould Abbas se rapprochent de ceux annoncés par le bilan du PSRE,
soit 713 150 emplois. Seulement, il faut préciser que parmi eux, 416
850 postes (dont 330 000 dans le secteur de l’agriculture) sont à
caractère temporaire.
En fait, tout est
question de définition. Est considéré comme chômeur toute personne
qui a entre 16 et 69 ans et qui déclare être à la recherche d’un
emploi. Sont donc exclus de la catégorie des chômeurs tous ceux qui
travaillent dans le secteur informel, mêmes quelques jours par
semaine.
Suivant les
derniers chiffres publiés par l’Office national des statistiques (ONS),
le taux de chômage en Algérie était de 23,71% en septembre 2003,
soit 2,078 millions de chômeurs. Ce taux a été obtenu à la suite
d’une enquête menée auprès de 12 424 ménages, soit 58 043 personnes
âgées de 15 ans et plus. Selon l’étude de l’ONS, la population
active est estimée à 8,762 millions, dont 1,515 million sont des
“salariés non permanents, apprentis et autres”, et la population
occupée est de 6,684 millions. Même s’ils s’accordent sur le taux de
chômage de 2003, les chiffres de l’ONS et ceux du Conseil national
économique et social, publiés dans son récent rapport sur le secteur
informel, divergent. Ainsi, pour le CNES, la population active est
estimée à 9,54 millions, la population occupée est de 7,276 millions
et le nombre de chômeurs se situe à 2,264 millions.
Pour les deux
sources, le chômage en milieu urbain (58,14%) est plus élevé qu’en
milieu rural (41,1%).
Selon les
statistiques de l’ONS, la population occupée masculine est de 5,751
millions contre 933 024 pour la population féminine. Par types de
situation, on remarque une certaine stabilité pour les femmes
puisque le pourcentage des “salariées permanentes” est de 51,28%
(contre 40,87% chez les hommes) et celui des “salariées non
permanentes” est de 14,89% (contre 23,93% chez les hommes).
En milieu urbain,
l’écart de la population occupée entre les deux sexes est
relativement petit par rapport au milieu rural. Les femmes trouvent
plus de travail en milieu urbain qu’en milieu rural. La population
féminine occupée en milieu urbain est de 80,9% contre 19,10% en
milieu rural. Quant à la population masculine occupée, elle est
estimée à 54,45% contre 45,55% en milieu rural.
Même à 23,71%, le
taux de chômage reste problématique. Car, comme le soutien le CNES
dans son étude sur l’évaluation du dispositif de l’emploi, “un taux
situé entre 10 et 15% est considéré comme grave”, en particulier
lorsqu’il “présente des caractéristiques d’un chômage de masse”.
C’est d’autant plus grave que les chiffres de l’ONS montrent que les
catégories les plus touchées par ce fléau sont les plus jeunes, mais
aussi les plus aptes à travailler. Ainsi, plus de 72% des chômeurs
ont moins de 30 ans et plus 84% ont moins de 35 ans. A des taux
presque égaux, les moins de 30 ans souffrent du chômage aussi bien
en milieu rural (73,59%) qu’en milieu urbain (71,61%).
Les statistiques
de l’ONS montrent que la durée de recherche de plus de 38% des
demandeurs d’emploi est d’une année. Le chômage de longue durée
(deux ans et plus) affecte plus de 61% des sans emploi dont 30%
continuent à chercher pendant plus de cinq ans.
Dans tout cet amas
de chiffres, les spécialistes estiment que l’emploi informel ne doit
pas être inclus dans la catégorie des chômeurs, même s’il s’agit
d’un emploi de survie qui, en fait, ne présente aucune des
caractéristiques d’un travail stable. Soit, mais si le travail
informel n’est pas inclus dans la catégorie du chômage, faut-il
alors le considérer comme un fléau qu’il faut combattre ?
Selon le CNES,
l’activité informelle s’est développée dans “les secteurs du
bâtiment, des travaux publics, du commerce, de l’hôtellerie et de la
restauration ainsi que dans les services fournis aux ménages” et
elle a pris de l’ampleur grâce à “ses capacités à prendre en charge
des situations et des demandes que le secteur dit formel continue à
ignorer”. L’ONS chiffre le nombre de travailleurs informels à 375
000 en 1992, à environ 1 million en 1996 et à 1,4 million en 2002
(source CNES).
Cité dans l’étude
du CNES, un rapport du ministère de la PME-PMI considère que le
travail informel “a joué le rôle de soupape de sécurité” au moment
du désengagement de l’Etat de la sphère économique qui a engendré
“l’atomisation du système productif national, sur fond d’extension
de la pauvreté”.
Alors, si le
travail informel n’est pas inclus dans la catégorie du chômage,
pourquoi alors le considérer comme un fléau ? Pour le CNES, il est
plutôt préférable “d’envisager l’insertion du secteur informel dans
la stratégie de développement du secteur privé national et, par
conséquent, sa participation active à la croissance économique en
vue d’une réduction du nombre de chômeurs et d’un niveau de
production et services additionnels”.
Entre les
différentes formes du travail informel, le CNES suggère de faire le
tri entre les formes maffieuses de l’informel (celles qui portent
atteinte à l’économie nationale) et celles qui sont liées à “la
garantie de survie de l’individu et de sa famille”, comme “la
production domestique, les activités d’entraide, le travail à
domicile, les vendeurs ambulants, les porteurs de valises et les
‘navigateurs’des marchés hebdomadaires”.
Néanmoins, le CNES
considère que si ce dernier type d’économie informelle “ne
représente pas un réel danger dans l’immédiat”, il est nécessaire de
“canaliser ces catégories victimes, généralement jeunes, instruites,
dynamiques et créatives”.
Comment ? En
“repensant” certains choix économiques et sociaux, de façon à les
aider à intégrer la sphère formelle par “l’accès aux crédits, les
facilitations financières et commerciales et des projets pilotes”.
Sans négliger le volet formation professionnelle, qui ne doit pas
être en reste d’une démarche de ce genre.
Abdelkader
Djalil
Haut
Abdelkader Malki, secrétaire national chargé des
relations extérieures de l’UGTA :
“Tout est
politique”
Dans un pays qui a
entériné depuis longtemps le principe du pluralisme dans tout les
domaines, l’UGTA est le syndicat unique convié à la table des
négociations lorsqu’on aborde les questions qui touchent au monde du
travail. D’où est-ce que l’UGTA tire sa position d’unique
interlocuteur des pouvoirs publics ? De son passé militant durant la
Guerre deLibération ? Du nombre de ses adhérents ? De l’implication
politique des membres de sa direction ? Ou bien est-ce que seule la
faiblesse de ses alter ego, syndicats autonomes et va-t-en guerre,
justifie sa prépondérance ?
De cet entretien
avec Abdelkader Malki on comprend que tout converge à faire de
l’UGTA un syndicat incontournable, au moins à cause de ses choix
politiques. A peine 24h après la dernière tripartite où le patronat
était représenté par pas moins de quatre organisations alors que les
travailleurs n’avaient pour porte-parole que l’UGTA, Malki soutient
encore que l’UGTA n’est pas contre le pluralisme syndical.
Pas contre, mais
jusqu’où ?
Les Débats : On
pose de plus en plus le problème des atteintes aux libertés
syndicales et on vous reproche, à vous UGTA, d’accaparer la place
d’unique interlocuteur des pouvoirs publics et vous faites tout pour
le demeurer...
Abdelkader
Malki : En tant que Centrale
syndicale, nous ne sommes pas contre le pluralisme syndical. Nous ne
sommes pas non plus contre le pluralisme politique. C’est une
question tranchée par la Constitution.
Lorsque vous
évoquez nos relations avec l’Etat et le gouvernement, nous sommes un
partenaire privilégié peut-être parce que nous sommes tout
simplement la plus grande Centrale syndicale. Nous allons avoir
cinquante ans l’année prochaine. Nous avons fait notre devoir en
tant que travailleurs et syndicalistes durant la Guerre de
Libération nationale et avec ce passé, la Centrale syndicale a
toujours essayé de jouer son rôle, dans le cadre de ses statuts et
de son règlement intérieur.
Vous dites que
vous n’êtes pas contre le pluralisme syndical, mais irez-vous
jusqu’à militer pour faire admettre d’autres syndicats aux
négociations tripartites et bipartites ?
A mon avis, même
le gouvernement n’est pas contre le pluralisme syndical. Il y a de
nombreux syndicats qui sont reconnus. Je pense qu’il y a une
soixantaine d’organisations syndicales reconnues. Je considère que
ce n’est pas le problème de la reconnaissance des syndicats, mais
plutôt de leur place. Un syndicat ne peut avoir sa place qu’en
fonction de ce qu’il a comme adhérents, de ce qu’il propose comme
solutions au règlement des problèmes des travailleurs et de sa
disponibilité à discuter des problèmes que rencontre le monde du
travail.
Dans les
négociations que vous menez, on vous reproche de discuter de
secteurs où vous n’êtes plus représentatifs. On peut citer à ce
propos la Fonction publique ou l’université…
L’UGTA est
l’organisation la plus largement représentée dans le monde du
travail, même dans la Fonction publique. Il ne faut que l’on vous
donne des chiffres erronés…
C’est en tous
les cas l’argument du SNAPAP…
C’est peut-être
leur argument, mais pour nous il n’est pas convainquant. Je pense
que l’UGTA reste l’organisation la plus représentative, même au
niveau de l’enseignement. Certes, de temps en temps, vous voyez des
mouvements de grève, mais c’est beaucoup plus des protestations
limitées géographiquement. Cela concerne certaines régions, certains
corps moins que l’ensemble des travailleurs d’un secteur ou que tout
le pays.
Pour nous, ceux
qui s’expriment ce sont beaucoup plus des syndicats de branche, de
corporation, mais ce ne sont en aucun cas des syndicats nationaux.
Nous, nous sommes à Tindouf, Tamanrasset, à Tébessa, Tlemcen,
Alger... nous sommes dans toutes les wilayas. C’est cela, la
différence entre l’UGTA et les autres syndicats.
Je reviens à ma
question de tout à l’heure. Vous n’avez aucun problème avec le
pluralisme syndical, mais en même temps, vous êtes prêts à dire au
gouvernement que sur certaines questions, il est préférable d’amener
d’autres syndicats à la table des négociations avec le
gouvernement...
Je vais être franc
avec vous : jusqu’à maintenant, nous n’avons jamais travaillé avec
d’autres syndicats. Nous respectons le pluralisme syndical, mais à
ce jour, nous ne nous sommes jamais réunis avec un autre syndicat
pour discuter des problèmes des travailleurs.
Chaque syndicat
n’a qu’à intervenir auprès de qui de droit pour représenter ses
travailleurs. Peut-être, dans quelques années, nous associerons
d’autres syndicats à nos démarches, mais pas pour le moment.
Pourtant, il y
a parfois des intersyndicales au niveau de certaines administrations
ou établissements scolaires, par exemple…
Peut-être au
niveau de la base, mais pas au niveau de la direction nationale.
Nous n’avons pas de problèmes pour défendre seuls les travailleurs.
Que ce soient les unions de wilayas au niveau local, que ce soient
les fédérations au niveau des ministères ou au niveau de la Centrale
par rapport au gouvernement, nous n’avons pas pour le moment décidé
d’associer notre syndicat à une autre organisation pour défendre les
intérêts des travailleurs.
Mais ce n’est
pas exclu, dans l’avenir…
Cela pourrait être
possible dans quelques années, si ces syndicats prennent réellement
leur place.
C’est cela, la
différence entre nous et les autres. Nous, nous prenons beaucoup en
compte la stabilité du pays et nous évitons au maximum d’aller vers
des grèves. Nous préférons discuter dans le cadre de la concertation
; il y a toujours une disponibilité de notre part et nous
rencontrons aussi une disponibilité de la part des membres du
gouvernement et particulièrement de la part du chef du gouvernement.
Pour le moment, nous évitons au maximum de perturber les secteurs
que nous estimons stratégiques, comme l’enseignement, mais nous
défendons les travailleurs dans un cadre organisé, bien huilé et où
nous n’avons pas de problèmes. Lorsqu’on pose des problèmes, nous
optons pour des négociations. Parfois cela se règle tout de suite,
parfois cela est reporté.
Est-ce que vous
ne seriez pas en train de changer complètement définition de la
lutte syndicale ?
Nous n’avons pas à
redéfinir quoi que ce soit. Pour nous, les syndicats s’imposent en
fonction de leur force de frappe et de leur représentativité.
Lorsqu’on veut obtenir quelque chose, on arrête et lorsqu’on arrête
c’est tout le pays qui s’arrête. Nous n’avons pas de problèmes pour
aller vers une grève pour montrer notre force. Lorsque ce n’est pas
nécessaire, on évite de le faire et on évitera de le faire même à
l’avenir.
L’Algérie a besoin
de stabilité. Nous allons entrer dans l’OMC, nous avons signé un
accord d’association avec l’Union européenne, nous allons vers
l’ouverture, le secteur privé national et étranger va prendre
beaucoup plus de place et nous voulons encourager cette dynamique
qui est en train de se mettre ne place pour relancer l’économie et
stabiliser le pays. Nous voulons participer autant dans le programme
du président de la République que dans celui du chef du gouvernement
pour stabiliser le pays, tout en défendant les travailleurs et cela,
dans le cadre d’une politique de dialogue et de concertation.
Alors,
justement, parlons politique. L’UGTA s’est prononcée, lors des
dernières élections, pour le soutien au Président sortant ;
vous-même, responsable au sein de la Centrale syndicale, vous êtes
un peu plus qu’un simple militant de base au RND, est-ce que vous ne
croyez pas que l’UGTA fait plus de la politique que de l’action
syndicale ?
Nous n’avons
jamais nié que l’UGTA faisait les deux, du syndicalisme et de la
politique. Lors de notre dernier congrès, nous avons décidé que tout
est politique. Et tout ce qui se fait dans le pays est politique.
Les problèmes économiques sont politiques et les problèmes sociaux
sont politiques ! Notre place, en tant que Centrale syndicale, est
politique. Mais nous faisons la différence entre l’action politique
et le syndicat qui défend les intérêts des travailleurs dans le
cadre d’une politique nationale.
Mais vous-même,
comment faites-vous la différence lorsque vous faites du
syndicalisme et lorsque vous faites de la politique ? Comment
négocier au nom de l’UGTA devant un chef du gouvernement néanmoins
secrétaire général du parti auquel vous adhérez ?
Lorsqu’on veut
faire de la politique, on a un cadre et lorsqu’on veut faire du
syndicalisme, on en a un autre. Nous savons faire la différence
entre le travail politique et le travail syndical.
Mais vu de
l’extérieur, on a du mal à le comprendre...
Il y a des
syndicalistes qui sont du RND, du FLN ou du PT. Mais vous savez,
dans tous les pays du monde, c’est comme cela. Vous allez en France,
vous trouverez des responsables de la CGT affiliés à des partis
politiques. En Espagne, en Italie... Nous, nous faisons la même
chose. Nous essayons de défendre les intérêts des travailleurs
conformément à nos statuts. Nous défendons le pouvoir d’achat, la
justice sociale et nous veillons aussi à la stabilité sociale parce
que cela compte beaucoup dans un pays qui essaye d’émerger d’une
situation difficile, notamment avec le terrorisme . Nous pensons, en
tant que Centrale syndicale, que c’est notre devoir de contribuer à
la paix sociale.
Donc le vocable
de “pompier social” vous convient dès lors que vous vous sentez
proche du gouvernement pour lui prêter main-forte…
Nous ne sommes pas
un pompier social. Nous sommes un syndicat qui essaye de faire son
travail sans faire trop attention à ce que l’on dit de lui. Il y a
un environnement dans lequel nous nous inscrivons. C’est celui des
partis politiques, celui de la presse, des associations. Nous
essayons de faire notre travail, je ne dirai pas sans attacher
d’importance à ce que l’on dit de nous, cela nous permet de savoir
ce que les gens pensent, mais nous considérons que nous avons le
devoir de défendre les intérêts des travailleurs et de participer à
la stabilité pour permettre une relance économique forte et durable
qui, à notre avis, devrait avoir des répercussions positives sur le
monde du travail. Nous devons aller vers une économie de marché dans
laquelle les travailleurs joueront un rôle et l’année 2005 sera une
année d’ouverture.
Propos
recueillis par Amine Esseghir
Haut
Les partenaires de la tripartite d’accord pour le
pacte économique et social
Le gouvernement
à l’aise, encore pour longtemps
“La réforme des
mentalités” et “la nécessité de nous adapter aux changements” sont
les mots-clés qui ont fait l’entame des travaux de la dernière
tripartite. Le chef du gouvernement délimite d’emblée l’accès au
concept de pacte économique et social, seul point parmi les douze
ayant fait l’ordre du jour de cette rencontre entre gouvernement,
UGTA et opérateurs économiques partenaires, à faire le consensus.
Au bout de 22
heures de débat, les partenaires ont abouti à un renvoi du
traitement des douze points soumis à la tripartite à la rentrée
sociale prochaine, soit dans six mois. La rencontre ayant été
dominée par le seul point de convenir d’une trêve révèle toute
l’improvisation qui a caractérise les positions des uns et des
autres, donnant toutes ses chances au gouvernement de jouer sur du
velours. La rencontre devant être soutenue au préalable par des
travaux et recommandations des groupes de travail, nés au lendemain
des différentes bipartites que le gouvernement a eues avec ses
partenaires, a eu l’effet d’une première où tous sont venus exposer
des doléances et convenir de les étudier encore une fois dans le
cadre de nouveaux groupes de travail qui remettraient leurs
recommandations plus tard, avec toutefois l’acceptation de faire les
choses dans le consensus, ce qui en soi n’est pas une nouveauté,
sauf que cette fois, le consensus prend effet d’engagement
puisqu’intimement lié à l’idée de convenir d’un pacte économique et
social.
Le bilan est on ne
peut plus léger eu égard à la période “de calme et de sérénité”
précédant la rencontre. D’ailleurs, les interventions des
partenaires, ce jour-là, témoignent dans leur ensemble de la
convergence des approches sur les grandes questions engageant
l’économie nationale.
Le premier à avoir
intervenu était Nait Abdelaziz, président de la Confédération
nationale du patronat algérien (CNPA) qui a soutenu le pacte social
; il sera relayé par M’Rakchi Boualem, président de la Confédération
algérienne du patronat (CAP) qui, justifiant l’importance du pacte
social dans la négociation, s’est félicité de l’introduction de ce
point à l’ordre du jour, ce qui dénote de l’importance qu’accordent
les représentants des organisations patronales à ce pacte, selon
leurs interventions respectives très attendues.
L’attente était
aussi celle du partenaire social et de l’organisation des chefs
d’entreprises publiques. Cette dernière, en l’occurrence l’UNEP,
considère que la conclusion d’un pacte social et économique peut
être porteuse des conditions de succès des réformes engagées. Quant
à l’UGTA, elle reste largement acquise aux options stratégiques dont
le fil conducteur n’est autre que le pacte social, aux fins de
concilier les exigences économiques et la dimension sociale dans une
démarche consensuelle des partenaires, avec une pointe de condition
qui consiste à voir se concrétiser une implication effective du
patronat national. Le partenaire social considère que la mise en
œuvre du plan économique national doit être renforcé par
l’implication d’un secteur public stratégique en tant que locomotive
du développement.
Se prononçant sur
la question de pacte social, la paternité de l’idée est tout
simplement revendiquée par l’UGTA, comme le rappellera Sidi Saïd,
“une revendication de la centrale syndicale”, qui considère que la
démarche se pose en termes de “test majeur à la capacité des
partenaires à formuler des réponses appropriées et audacieuses aux
questions cruciales du monde du travail”.
Ayant constitué le
premier point à l’ordre du jour, les partenaires, justifiant cette
échéance par le fait que note pays “vit une phase de profonde
mutation destinée à finaliser son passage à une économie de marché”,
comptent rentabiliser cette phase de transition finale, comme
l’explique la tripartite.
Et c’est le
gouvernement qui viendra appuyer l’adhésion de ses partenaires à
l’idée de pacte, dont la conclusion doit intervenir en cette phase
jugée cruciale car précédant la fin de l’intervention de l’Etat dans
le financement de l’économie nationale. Chiffres à l’appui, le chef
du gouvernement s’étalera sur cet apport de l’Etat depuis cinq ans,
déjà investi dans l’effort de développement en concédant des
financements publics passés de 1999 à 2003 à un total de plus de 2
300 milliards de dinars, soit près de 30 milliards de dollars. Pour
2004, cet effort a été de 650 milliards de dinars, soit l’équivalent
de 9 milliards de dollars. Quant aux prévisions pour le la période
2005-2009, “nous savons déjà que l’investissement public de
développement sera de plus de 4 000 milliards de dinars, soit 50
milliards de dollars”. La condition se fait toutefois pesante :
“Aussi généreuse que soit cette politique d’investissement, elle ne
sera qu’illusion passagère si l’ensemble des autres acteurs
économiques et sociaux viendraient à ne pas suivre le mouvement.”
L’invitation est
claire. Les entreprises nationales économiques ne sauraient “vivre
cette dernière chance”, explique le chef du gouvernement, sans qu’il
y ait véritable investissement privé. La menace s’adresse également
aux entreprises relevant du public, auxquelles on demande meilleure
gestion faute de quoi rien ne saurait les épargner du vent des
réformes, dorénavant impitoyable.
Consentement et
questionnement
Autant l’adhésion
est unanime, autant les questionnements sont nombreux quant à la
substance devant être donnée au concept de pacte, surtout qu’il
inclut le social et l’économique. La seule référence demeure le
discours du président de la République fait devant les syndicalistes
lors des célébrations du 24 février dernier.
Encore faut il
expliciter le besoin du pays : renforcer “ses moyens actuels” dont
la cohésion autour d’une démarche, la stabilité économique et
sociale et enfin la confiance des investisseurs étrangers.
La réflexion est
enfin engagée sur ce pacte, dont on sait d’emblée qu’il ne sera “ni
un document mettant côte à côte des doléances et des promesses, ni
la fin du dialogue, ni la renonciation aux revendications”.
C’est quoi, alors
?
La tripartite se
contentera de l’inscrire dans le cadre de l’élaboration d’une
analyse nationale collective discutée et partagée sur les défis
économiques et sociaux à prendre en charge, ainsi que dans
l’identification des moyens objectifs et complémentaires à
mobiliser. Bien sûr avec une autre condition consistant à déterminer
les droits et devoir des trois.
La contrepartie
offerte par le gouvernement est de concéder aux entreprises le droit
à une mise à niveau, ce qui implique pour les opérateurs un
financement supplémentaire et donc un coup de pouce du gouvernement
devant les aider à redémarrer.
Le partenaire
social, lui, est tenu par l’obligation de se conformer aux
changements préconisés en apportant plein soutien aux réformes et en
s’écartant au maximum des revendications pouvant perturber les
équilibres économiques comme les situations inflationnistes.
Invités à
réfléchir, les partenaires du gouvernement, au sortir des 22 heures
de négociations, semblaient satisfaits du deal, au grand bonheur
d’un gouvernement qui a su faire avancer les choses à sa seule
faveur : mener le bateau en mettant toute contestation de côté,
soutenu par des partenaires qui n’ont d’autre revendication que le
soutien de l’Etat pour évoluer, en…attendant.
Samira Mana
Haut
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