Semaine du 9 au 15 mars 2005

Pluralisme politique et syndical

 

Monde agricole et rural

Au bon souvenir des négociateurs à l’OMC

Une baisse spectaculaire en moins de trois ans

Le chômage informel

Abdelkader Malki, secrétaire national chargé des relations extérieures de l’UGTA :

“Tout est politique”

Les partenaires de la tripartite d’accord pour le pacte économique et social

Le gouvernement à l’aise, encore pour longtemps

 

 
 
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Monde agricole et rural

Au bon souvenir des négociateurs à l’OMC

Exclu de la décisive tripartite, tenu loin des concertations sur les retombées de l’adhésion à l’OMC, de l’accord d’association avec l’Union européenne

et de la zone arabe de libre-échange, le monde agricole n’en est pas moins la première catégorie sociale à ressentir de plein fouet les mutations économiques en cours, voire à en être la victime. Les agriculteurs n’ont aucune emprise sur les événements et ce n’est pourtant pas par défaut de représentants : on compte pas moins de 1 200 associations agricoles en Algérie.

C’est à la faveur de la loi n°  90-31 du  4 décembre 1990 relative aux associations à caractère apolitique que s’est produite l’émergence des associations dans le secteur de l’agriculture, des forêts et de la pêche. Parallèlement à la monopolistique Union nationale des paysans algériens (UNPA), satellite du FLN, se sont créées une multitude de syndicats, d’associations corporatistes et de chambres d’agriculture. Mais cette dynamique s’est vite essoufflée, dès 1992. Les chambres d’agriculture, intersection entre ces associations et les pouvoirs publics, ne connaîtront pas non plus une structuration suffisante pour traiter les problèmes du développement agricole, sans compter le fait que le poids écrasant de l’administration a grandement contribué à affaiblir les liens de celles-ci avec les agriculteurs.

Il est vrai qu’à partir de la fin des années 1990, le dispositif d’encadrement associatif de l’agriculture a permis une meilleure structuration et les conseils interprofessionnels, intégrant l’ensemble des opérateurs impliqués et organisés autour de filières agricoles spécifiques (céréales, pommes de terre, lait, produits avicoles), sont devenus l’organe consultatif pour l’Etat.

Les mécanismes d’intégration et de concertation mis en place seront mieux illustrés, d’ailleurs, à travers le Programme national de développement agricole et rural (PNDAR) et le Programme national du développement de la pêche et de l’aquaculture (PNDPA).

Dans un document du ministère de l’Agriculture, il est explicitement mentionné que “l’appui institutionnel à la stratégie décennale (devra) reposer en particulier sur la nécessité de la promotion, de la consolidation et du renforcement du rôle des organisations professionnelles conçues comme des instruments de consultation et de concertation entre les agriculteurs et les institutions publiques pour la défense des intérêts socio-professionnels de leurs adhérents”.

Dans les faits, les associations syndicales à caractère revendicatif sont plutôt rares dans le secteur de l’agriculture et, médiatiquement parlant, inexistantes. Les quelques organisations présentes sur le terrain se distinguent par une activité embryonnaire centrée principalement sur les questions relatives aux réformes foncières et à l’assainissement de la dette des agriculteurs. Mais, à mesure que ces problèmes trouvaient solution et prise en charge par l’Etat, l’activité de ces associations s’estompait en conséquence.

De prime abord, l’on peut penser que la constitution des associations reste en fait liée aux comportements des agriculteurs visant à consolider leur pouvoir de négociation sur les questions relatives uniquement à la rétribution de l’allocation, des ressources et de l’aide de l’Etat. Mais ce n’est pas aussi simple que cela.

Une récente étude, intitulée Mouvement associatif et développement durable, le cas de l’agriculture et de le l’élevage en Algérie, résultat d’un travail minutieux de deux chercheurs, Ali Ferrah et Salah Yahiaoui, peut être considérée comme le premier travail de fond sur la structure du monde agricole. Elle se base sur les statistiques du ministère de l’Agriculture et sur ses prolongements administratifs à l’intérieur du pays. Il en ressort principalement que “les associations agricoles corporatistes spécifiques ont connu un développement sans précédent depuis le début des années 1990”. Leur nombre est actuellement évalué à près de 1 200 associations, soit un taux d’adhésion des populations rurales adultes de 2%. Ce chiffre traduit l’étroitesse de la base sociale du mouvement associatif agricole et témoigne de la faiblesse de sa capacité de mobilisation, commente l’étude, qui note que “ces associations se caractérisent, en outre, par un rayonnement essentiellement local de leurs activités”. De ce point de vue, une enquête réalisée sur les associations impliquées dans le secteur de l’élevage a permis de relever que 50% d’entre elles exercent leurs activités à l’échelon des wilayas et 43% au niveau des communes, les associations nationales étant quasiment inexistantes.

L’activité de associations agricoles s’étend à plusieurs domaines et 59% des associations, représentant 56% de la population adhérente, interviennent dans les domaines du gros élevage, de la céréaliculture, de l’aviculture, du maraîchage et des forêts. Mais des domaines aussi importants que l’irrigation, la production de semences et l’arboriculture restent sous-représentés.

La constitution des associations semble se focaliser sur les modèles intensifs à fort contenu en capital (matériel biologique, semences, engrais, pesticides) faisant aussi l’objet d’interventions étatiques multiformes (soutien des prix à la production, allocation de primes de production, couverture des risques climatiques…). Cette tendance se retrouve, par ailleurs, dans le domaine de l’élevage puisque l’on notera que la majorité des associations se concentrent sur l’élevage bovin (34%), l’aviculture (19%) et l’apiculture (10%). Il est “symptomatique” que des domaines aussi importants que la santé animale, les petits élevages, les élevages caprins et camelins ne soient que  “marginalement” couverts par les associations.

L’on peut expliquer le peu d’influence, au sens politique, des organisations agricoles, par le fait que les associations ont développé un caractère plus local que national, bien qu’économiquement, cela peut être vu comme un aspect positif dans la mesure où cela accroît l’efficience des programmes de développement qui requièrent un travail de proximité. Reste, toutefois, que le mouvement associatif agricole cumule quelques handicaps qui se traduisent par la fragilité des structures, la modicité des financements octroyés par l’Etat, la faible représentation des localités, l’insignifiance des taux d’adhésion et les carences compréhensibles en matière de management. Autant de contraintes qui l’empêchent de se placer, en aval, en situation de partenaire des institutions de l’Etat et ce, sur diverses questions directes.

Aujourd’hui, les chambres d’agriculture, les syndicats et les associations spécifiques servent surtout à permettre aux instances étatiques d’identifier au mieux les besoins des populations rurales, ce qui leur donne accès au degré minimal de participation à la mise en œuvre des programmes agricoles. Cela ne peut, en aucun cas, escamoter leur besoin de s’associer librement et de s’affranchir des tutelles. En témoigne le fait que la reconnaissance de ces organisations en tant qu’acteurs de la vie nationale demeure loin d’être acquise.

A vrai dire, les organisations agricoles, ou plus justement rurales, représentent pour les pouvoirs publics plus un élément de mise en œuvre de politiques publiques que de véritables acteurs porteurs de projets et de visions propres aux catégories sociales dont elles seraient l’émanation et auxquelles l’Etat est censé apporter des réponses les plus adéquates possibles.

En Algérie, les agriculteurs et éleveurs sont là pour produire, encore mieux et plus, de préférence, mais en aucun cas les pouvoirs publics n’orienteront leur actions pour l’émancipation de ceux-ci, précisément parce que cela comporte le risque de laisser émerger des besoins et des visions aux antipodes des politiques gouvernementales. Et si l’on estime que les contre-performances successives de l’économie rurale (agriculture, élevage, pêche) n’ont que suffisamment duré malgré la puissance des ressources allouées par l’Etat, il est certainement temps de repenser le rapport Etat-agriculteurs, où l’emprise de la bureaucratie locale est un intermédiaire à combattre, parce qu’il représente une force d’inertie. Et d’oppression si l’on se place du côté des agriculteurs, qui voient en celle-ci le support de la caste des spéculateurs et des parasites de tous bords dont le premier souci n’est assurément pas de consolider la sécurité alimentaire ni encore moins la condition des populations rurales.

Nabil Benali

 

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Une baisse spectaculaire en moins de trois ans

Le chômage informel

D’environ 25,7% en 2002, le taux de chômage est passé à 23,71% en 2003, selon l’ONS.

Quelques jours après la publication de ces chiffres, c’est au tour du ministre de la Solidarité d’annoncer que le chômage a atteint les 13% au début de l’année 2005.

Lors de la première réunion de l’Observatoire national de l’emploi et de la lutte contre la pauvreté, Djamel Ould Abbas a même prévu la diminution de ce taux à 10% d’ici 2008.

Le “miracle” a eu lieu. Ould Abbas a révélé que plus de 716 000 emplois ont été créés en 2004. Comment ? Dans quels secteurs ? S’agit-il d’emplois temporaires ou permanents ? Il n’en a pas dit plus. Peu importe de savoir le pourquoi du comment, diront certains, l’essentiel étant, pour eux, que le spectre du non-emploi se rétrécisse. Les chiffres de Ould Abbas se rapprochent de ceux annoncés par le bilan du PSRE, soit 713 150 emplois. Seulement, il faut préciser que parmi eux, 416 850 postes (dont 330 000 dans le secteur de l’agriculture) sont à caractère temporaire.

En fait, tout est question de définition. Est considéré comme chômeur toute personne qui a entre 16 et 69 ans et qui déclare être à la recherche d’un emploi. Sont donc exclus de la catégorie des chômeurs tous ceux qui travaillent dans le secteur informel, mêmes quelques jours par semaine.

Suivant les derniers chiffres publiés par l’Office national des statistiques (ONS), le taux de chômage en Algérie était de 23,71% en septembre 2003, soit 2,078 millions de chômeurs. Ce taux a été obtenu à la suite d’une enquête menée auprès de 12 424 ménages, soit 58 043 personnes âgées de 15 ans et plus. Selon l’étude de l’ONS, la population active est estimée à 8,762 millions, dont 1,515 million sont des “salariés non permanents, apprentis et autres”, et la population occupée est de 6,684 millions. Même s’ils s’accordent sur le taux de chômage de 2003, les chiffres de l’ONS et ceux du Conseil national économique et social, publiés dans son récent rapport sur le secteur informel, divergent. Ainsi, pour le CNES, la population active est estimée à 9,54 millions, la population occupée est de 7,276 millions et le nombre de chômeurs se situe à 2,264 millions.

Pour les deux sources, le chômage en milieu urbain (58,14%) est plus élevé qu’en milieu rural (41,1%).

Selon les statistiques de l’ONS, la population occupée masculine est de 5,751 millions contre 933 024 pour la population féminine. Par types de situation, on remarque une certaine stabilité pour les femmes puisque le pourcentage des “salariées permanentes” est de 51,28% (contre 40,87% chez les hommes) et celui des “salariées non permanentes” est de 14,89% (contre 23,93% chez les hommes).

En milieu urbain, l’écart de la population occupée entre les deux sexes est relativement petit par rapport au milieu rural. Les femmes trouvent plus de travail en milieu urbain qu’en milieu rural. La population féminine occupée en milieu urbain est de 80,9% contre 19,10% en milieu rural. Quant à la population masculine occupée, elle est estimée à 54,45% contre 45,55% en milieu rural.

Même à 23,71%, le taux de chômage reste problématique. Car, comme le soutien le CNES dans son étude sur l’évaluation du dispositif de l’emploi, “un taux situé entre 10 et 15% est considéré comme grave”, en particulier lorsqu’il “présente des caractéristiques d’un chômage de masse”. C’est d’autant plus grave que les chiffres de l’ONS montrent que les catégories les plus touchées par ce fléau sont les plus jeunes, mais aussi les plus aptes à travailler. Ainsi, plus de 72% des chômeurs ont moins de 30 ans et plus 84% ont moins de 35 ans. A des taux presque égaux, les moins de 30 ans souffrent du chômage aussi bien en milieu rural (73,59%) qu’en milieu urbain (71,61%).

Les statistiques de l’ONS montrent que la durée de recherche de plus de 38% des demandeurs d’emploi est d’une année. Le chômage de longue durée (deux ans et plus) affecte plus de 61% des sans emploi dont 30% continuent à chercher pendant plus de cinq ans.

Dans tout cet amas de chiffres, les spécialistes estiment que l’emploi informel ne doit pas être inclus dans la catégorie des chômeurs, même s’il s’agit d’un emploi de survie qui, en fait, ne présente aucune des caractéristiques d’un travail stable. Soit, mais si le travail informel n’est pas inclus dans la catégorie du chômage, faut-il alors le considérer comme un fléau qu’il faut combattre ?

Selon le CNES, l’activité informelle s’est développée dans “les secteurs du bâtiment, des travaux publics, du commerce, de l’hôtellerie et de la restauration ainsi que dans les services fournis aux ménages” et elle a pris de l’ampleur grâce à “ses capacités à prendre en charge des situations et des demandes que le secteur dit formel continue à ignorer”. L’ONS chiffre le nombre de travailleurs informels à 375 000 en 1992, à environ 1 million en 1996 et à 1,4 million en 2002 (source CNES).

Cité dans l’étude du CNES, un rapport du ministère de la PME-PMI considère que le travail informel “a joué le rôle de soupape de sécurité” au moment du désengagement de l’Etat de la sphère économique qui a engendré “l’atomisation du système productif national, sur fond d’extension de la pauvreté”.

Alors, si le travail informel n’est pas inclus dans la catégorie du chômage, pourquoi alors le considérer comme un fléau ? Pour le CNES, il est plutôt préférable “d’envisager l’insertion du secteur informel dans la stratégie de développement du secteur privé national et, par conséquent, sa participation active à la croissance économique en vue d’une réduction du nombre de chômeurs et d’un niveau de production et services additionnels”.

Entre les différentes formes du travail informel, le CNES suggère de faire le tri entre les formes maffieuses de l’informel (celles qui portent atteinte à l’économie nationale) et celles qui sont liées à “la garantie de survie de l’individu et de sa famille”, comme “la production domestique, les activités d’entraide, le travail à domicile, les vendeurs ambulants, les porteurs de valises et les ‘navigateurs’des marchés hebdomadaires”.

Néanmoins, le CNES considère que si ce dernier type d’économie informelle “ne représente pas un réel danger dans l’immédiat”, il est nécessaire de “canaliser ces catégories victimes, généralement jeunes, instruites, dynamiques et créatives”.

Comment ? En “repensant” certains choix économiques et sociaux, de façon à les aider à intégrer la sphère formelle par “l’accès aux crédits, les facilitations financières et commerciales et des projets pilotes”. Sans négliger le volet formation professionnelle, qui ne doit pas être en reste d’une démarche de ce genre.

Abdelkader Djalil

 

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Abdelkader Malki, secrétaire national chargé des relations extérieures de l’UGTA :

“Tout est politique”

Dans un pays qui a entériné depuis longtemps le principe du pluralisme dans tout les domaines, l’UGTA est le syndicat unique convié à la table des négociations lorsqu’on aborde les questions qui touchent au monde du travail. D’où est-ce que l’UGTA tire sa position d’unique interlocuteur des pouvoirs publics ? De son passé militant durant la Guerre deLibération ? Du nombre de ses adhérents ? De l’implication politique des membres de sa direction ? Ou bien est-ce que seule la faiblesse de ses alter ego, syndicats autonomes et va-t-en guerre, justifie sa prépondérance ?

De cet entretien avec Abdelkader Malki on comprend que tout converge à faire de l’UGTA un syndicat incontournable, au moins à cause de ses choix politiques. A peine 24h après la dernière tripartite où le patronat était représenté par pas moins de quatre organisations alors que les travailleurs n’avaient pour porte-parole que l’UGTA, Malki soutient encore que l’UGTA n’est pas contre le pluralisme syndical.

Pas contre, mais jusqu’où ?

 

Les Débats : On pose de plus en plus le problème des atteintes aux libertés syndicales et on vous reproche, à vous UGTA, d’accaparer la place d’unique interlocuteur des pouvoirs publics et vous faites tout pour le demeurer...

Abdelkader Malki : En tant que Centrale syndicale, nous ne sommes pas contre le pluralisme syndical. Nous ne sommes pas non plus contre le pluralisme politique. C’est une question tranchée par la Constitution.

Lorsque vous évoquez nos relations avec l’Etat et le gouvernement, nous sommes un partenaire privilégié peut-être parce que nous sommes tout simplement la plus grande Centrale syndicale. Nous allons avoir cinquante ans l’année prochaine. Nous avons fait notre devoir en tant que travailleurs et syndicalistes durant la Guerre de Libération nationale et avec ce passé, la Centrale syndicale a toujours essayé de jouer son rôle, dans le cadre de ses statuts et de son règlement intérieur.

 

Vous dites que vous n’êtes pas contre le pluralisme syndical, mais irez-vous jusqu’à militer pour faire admettre d’autres syndicats aux négociations tripartites et bipartites ?

A mon avis, même le gouvernement n’est pas contre le pluralisme syndical. Il y a de nombreux syndicats qui sont reconnus. Je pense qu’il y a une soixantaine d’organisations syndicales reconnues. Je considère que ce n’est pas le problème de la reconnaissance des syndicats, mais plutôt de leur place. Un syndicat ne peut avoir sa place qu’en fonction de ce qu’il a comme adhérents, de ce qu’il propose comme solutions au règlement des problèmes des travailleurs et de sa disponibilité à discuter des problèmes que rencontre le monde du travail.

 

Dans les négociations que vous menez, on vous reproche de discuter de secteurs où vous n’êtes plus représentatifs. On peut citer à ce propos la Fonction publique ou l’université…

L’UGTA est l’organisation la plus largement représentée dans le monde du travail, même dans la Fonction publique. Il ne faut que l’on vous donne des chiffres erronés…

 

C’est en tous les cas l’argument du SNAPAP…

C’est peut-être leur argument, mais pour nous il n’est pas convainquant. Je pense que l’UGTA reste l’organisation la plus représentative, même au niveau de l’enseignement. Certes, de temps en temps, vous voyez des mouvements de grève, mais c’est beaucoup plus des protestations limitées géographiquement. Cela concerne certaines régions, certains corps moins que l’ensemble des travailleurs d’un secteur ou que tout le pays.

Pour nous, ceux qui s’expriment ce sont beaucoup plus des syndicats de branche, de corporation, mais ce ne sont en aucun cas des syndicats nationaux. Nous, nous sommes à Tindouf, Tamanrasset, à Tébessa, Tlemcen, Alger... nous sommes dans toutes les wilayas. C’est cela, la différence entre l’UGTA et les autres syndicats.

 

Je reviens à ma question de tout à l’heure. Vous n’avez aucun problème avec le pluralisme syndical, mais en même temps, vous êtes prêts à dire au gouvernement que sur certaines questions, il est préférable d’amener d’autres syndicats à la table des négociations avec le gouvernement...

Je vais être franc avec vous : jusqu’à maintenant, nous n’avons jamais travaillé avec d’autres syndicats. Nous respectons le pluralisme syndical, mais à ce jour, nous ne nous sommes jamais réunis avec un autre syndicat pour discuter des problèmes des travailleurs.

Chaque syndicat n’a qu’à intervenir auprès de qui de droit pour représenter ses travailleurs. Peut-être, dans quelques années, nous associerons d’autres syndicats à nos démarches, mais pas pour le moment.

 

Pourtant, il y a parfois des intersyndicales au niveau de certaines administrations ou établissements scolaires, par exemple…

Peut-être au niveau de la base, mais pas au niveau de la direction nationale. Nous n’avons pas de problèmes pour défendre seuls les travailleurs. Que ce soient les unions de wilayas au niveau local, que ce soient les fédérations au niveau des ministères ou au niveau de la Centrale par rapport au gouvernement, nous n’avons pas pour le moment décidé d’associer notre syndicat à une autre organisation pour défendre les intérêts des travailleurs.

 

Mais ce n’est pas exclu, dans l’avenir…

Cela pourrait être possible dans quelques années, si ces syndicats prennent réellement leur place.

C’est cela, la différence entre nous et les autres. Nous, nous prenons beaucoup en compte la stabilité du pays et nous évitons au maximum d’aller vers des grèves. Nous préférons discuter dans le cadre de la concertation ; il y a toujours une disponibilité de notre part et nous rencontrons aussi une disponibilité de la part des membres du gouvernement et particulièrement de la part du chef du gouvernement. Pour le moment, nous évitons au maximum de perturber les secteurs que nous estimons stratégiques, comme l’enseignement, mais nous défendons les travailleurs dans un cadre organisé, bien huilé et où nous n’avons pas de problèmes. Lorsqu’on pose des problèmes, nous optons pour des négociations. Parfois cela se règle tout de suite, parfois cela est reporté.

 

Est-ce que vous ne seriez pas en train de changer complètement définition de la lutte syndicale ?

Nous n’avons pas à redéfinir quoi que ce soit. Pour nous, les syndicats s’imposent en fonction de leur force de frappe et de leur représentativité. Lorsqu’on veut obtenir quelque chose, on arrête et lorsqu’on arrête c’est tout le pays qui s’arrête. Nous n’avons pas de problèmes pour aller vers une grève pour montrer notre force. Lorsque ce n’est pas nécessaire, on évite de le faire et on évitera de le faire même à l’avenir.

L’Algérie a besoin de stabilité. Nous allons entrer dans l’OMC, nous avons signé un accord d’association avec l’Union européenne, nous allons vers l’ouverture, le secteur privé national et étranger va prendre beaucoup plus de place et nous voulons encourager cette dynamique qui est en train de se mettre ne place pour relancer l’économie et stabiliser le pays. Nous voulons participer autant dans le programme du président de la République que dans celui du chef du gouvernement pour stabiliser le pays, tout en défendant les travailleurs et cela, dans le cadre d’une politique de dialogue et de concertation.

 

Alors, justement, parlons politique. L’UGTA s’est prononcée, lors des dernières élections, pour le soutien au Président sortant ; vous-même, responsable au sein de la Centrale syndicale, vous êtes un peu plus qu’un simple militant de base au RND, est-ce que vous ne croyez pas que l’UGTA fait plus de la politique que de l’action syndicale ?

Nous n’avons jamais nié que l’UGTA faisait les deux, du syndicalisme et de la politique. Lors de notre dernier congrès, nous avons décidé que tout est politique. Et tout ce qui se fait dans le pays est politique. Les problèmes économiques sont politiques et les problèmes sociaux sont politiques ! Notre place, en tant que Centrale syndicale, est politique. Mais nous faisons la différence entre l’action politique et le syndicat qui défend les intérêts des travailleurs dans le cadre d’une politique nationale.

 

Mais vous-même, comment faites-vous la différence lorsque vous faites du syndicalisme et lorsque vous faites de la politique ? Comment négocier au nom de l’UGTA devant un chef du gouvernement néanmoins secrétaire général du parti auquel vous adhérez ?

Lorsqu’on veut faire de la politique, on a un cadre et lorsqu’on veut faire du syndicalisme, on en a un autre. Nous savons faire la différence entre le travail politique et le travail syndical.

 

Mais vu de l’extérieur, on a du mal à le comprendre...

Il y a des syndicalistes qui sont du RND, du FLN ou du PT. Mais vous savez, dans tous les pays du monde, c’est comme cela. Vous allez en France, vous trouverez des responsables de la CGT affiliés à des partis politiques. En Espagne, en Italie... Nous, nous faisons la même chose. Nous essayons de défendre les intérêts des travailleurs conformément à nos statuts. Nous défendons le pouvoir d’achat, la justice sociale et nous veillons aussi à la stabilité sociale parce que cela compte beaucoup dans un pays qui essaye d’émerger d’une situation difficile, notamment avec le terrorisme . Nous pensons, en tant que Centrale syndicale, que c’est notre devoir de contribuer à la paix sociale.

 

Donc le vocable de “pompier social” vous convient dès lors que vous vous sentez proche du gouvernement pour lui prêter main-forte…

Nous ne sommes pas un pompier social. Nous sommes un syndicat qui essaye de faire son travail sans faire trop attention à ce que l’on dit de lui. Il y a un environnement dans lequel nous nous inscrivons. C’est celui des partis politiques, celui de la presse, des associations. Nous essayons de faire notre travail, je ne dirai pas sans attacher d’importance à ce que l’on dit de nous, cela nous permet de savoir ce que les gens pensent, mais nous considérons que nous avons le devoir de défendre les intérêts des travailleurs et de participer à la stabilité pour permettre une relance économique forte et durable qui, à notre avis, devrait avoir des répercussions positives sur le monde du travail. Nous devons aller vers une économie de marché dans laquelle les travailleurs joueront un rôle et l’année 2005 sera une année d’ouverture.

Propos recueillis par Amine Esseghir

 

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Les partenaires de la tripartite d’accord pour le pacte économique et social

Le gouvernement à l’aise, encore pour longtemps

“La réforme des mentalités” et “la nécessité de nous adapter aux changements” sont les mots-clés qui ont fait l’entame des travaux de la dernière tripartite. Le chef du gouvernement délimite d’emblée l’accès au concept de pacte économique et social, seul point parmi les douze ayant fait l’ordre du jour de cette rencontre entre gouvernement, UGTA et opérateurs économiques partenaires, à faire le consensus.

Au bout de 22 heures de débat, les partenaires ont abouti à un renvoi du traitement des douze points soumis à la tripartite à la rentrée sociale prochaine, soit dans six mois. La rencontre ayant été dominée par le seul point de convenir d’une trêve révèle toute l’improvisation qui a caractérise les positions des uns et des autres, donnant toutes ses chances au gouvernement de jouer sur du velours. La rencontre devant être soutenue au préalable par des travaux et recommandations des groupes de travail, nés au lendemain des différentes bipartites que le gouvernement a eues avec ses partenaires, a eu l’effet d’une première où tous sont venus exposer des doléances et convenir de les étudier encore une fois dans le cadre de nouveaux groupes de travail qui remettraient leurs recommandations plus tard, avec toutefois l’acceptation de faire les choses dans le consensus, ce qui en soi n’est pas une nouveauté, sauf que cette fois, le consensus prend effet d’engagement puisqu’intimement lié à l’idée de convenir d’un pacte économique et social.

Le bilan est on ne peut plus léger eu égard à la période “de calme et de sérénité” précédant la rencontre. D’ailleurs, les interventions des partenaires, ce jour-là, témoignent dans leur ensemble de la convergence des approches sur les grandes questions engageant l’économie nationale.

Le premier à avoir intervenu était Nait Abdelaziz, président de la Confédération nationale du patronat algérien (CNPA) qui a soutenu le pacte social ; il sera relayé par M’Rakchi Boualem, président de la Confédération algérienne du patronat (CAP) qui, justifiant l’importance du pacte social dans la négociation, s’est félicité de l’introduction de ce point à l’ordre du jour, ce qui dénote de l’importance qu’accordent les représentants des organisations patronales à ce pacte, selon leurs interventions respectives très attendues.

L’attente était aussi celle du partenaire social et de l’organisation des chefs d’entreprises publiques. Cette dernière, en l’occurrence l’UNEP, considère que la conclusion d’un pacte social et économique peut être porteuse des conditions de succès des réformes engagées. Quant à l’UGTA, elle reste largement acquise aux options stratégiques dont le fil conducteur n’est autre que le pacte social, aux fins de concilier les exigences économiques et la dimension sociale dans une démarche consensuelle des partenaires, avec une pointe de condition qui consiste à voir se concrétiser une implication effective du patronat national. Le partenaire social considère que la mise en œuvre du plan économique national doit être renforcé par l’implication d’un secteur public stratégique en tant que locomotive du développement.

Se prononçant sur la question de pacte social, la paternité de l’idée est tout simplement revendiquée par l’UGTA, comme le rappellera Sidi Saïd, “une revendication de la centrale syndicale”, qui considère que la démarche se pose en termes de “test majeur à la capacité des partenaires à formuler des réponses appropriées et audacieuses aux questions cruciales du monde du travail”.

Ayant constitué le premier point à l’ordre du jour, les partenaires, justifiant cette échéance par le fait que note pays “vit une phase de profonde mutation destinée à finaliser son passage à une économie de marché”, comptent rentabiliser cette phase de transition finale, comme l’explique la tripartite.

Et c’est le gouvernement qui viendra appuyer l’adhésion de ses partenaires à l’idée de pacte, dont la conclusion doit intervenir en cette phase jugée cruciale car précédant la fin de l’intervention de l’Etat dans le financement de l’économie nationale. Chiffres à l’appui, le chef du gouvernement s’étalera sur cet apport de l’Etat depuis cinq ans, déjà investi dans l’effort de développement en concédant  des financements publics passés de 1999 à 2003 à un total de plus de 2 300 milliards de dinars, soit près de 30 milliards de dollars. Pour 2004, cet effort a été de 650 milliards de dinars, soit l’équivalent de 9 milliards de dollars. Quant aux prévisions pour le la période 2005-2009, “nous savons déjà que l’investissement public de développement sera de plus de 4 000 milliards de dinars, soit 50 milliards de dollars”. La condition se fait toutefois pesante : “Aussi généreuse que soit cette politique d’investissement, elle ne sera qu’illusion passagère si l’ensemble des autres acteurs économiques et sociaux viendraient à ne pas suivre le mouvement.”

L’invitation est claire. Les entreprises nationales économiques ne sauraient “vivre cette dernière chance”, explique le chef du gouvernement, sans qu’il y ait véritable investissement privé. La menace s’adresse également aux entreprises relevant du public, auxquelles on demande meilleure gestion faute de quoi rien ne saurait les épargner du vent des réformes, dorénavant impitoyable.

Consentement et questionnement

Autant l’adhésion est unanime, autant les questionnements sont nombreux quant à la substance devant être donnée au concept de pacte, surtout qu’il inclut le social et l’économique. La seule référence demeure le discours du président de la République fait devant les syndicalistes lors des célébrations du 24 février dernier.

Encore faut il expliciter le besoin du pays : renforcer “ses moyens actuels” dont la cohésion autour d’une démarche, la stabilité économique et sociale et enfin la confiance des investisseurs étrangers.

La réflexion est enfin engagée sur ce pacte, dont on sait d’emblée qu’il ne sera “ni un document mettant côte à côte des doléances et des promesses, ni la fin du dialogue, ni la renonciation aux revendications”.

C’est quoi, alors ?

La tripartite se contentera de l’inscrire dans le cadre de l’élaboration d’une analyse nationale collective discutée et partagée sur les défis économiques et sociaux à prendre en charge, ainsi que dans l’identification des moyens objectifs et complémentaires à mobiliser. Bien sûr avec une autre condition consistant à déterminer les droits et devoir des trois.

La contrepartie offerte par le gouvernement est de concéder aux entreprises le droit à une mise à niveau, ce qui implique pour les opérateurs un financement supplémentaire et donc un coup de pouce du gouvernement devant les aider à redémarrer.

Le partenaire social, lui, est tenu par l’obligation de se conformer aux changements préconisés en apportant plein soutien aux réformes et en s’écartant au maximum des revendications pouvant perturber les équilibres économiques comme les situations inflationnistes.

Invités à réfléchir, les partenaires du gouvernement, au sortir des 22 heures de négociations, semblaient satisfaits du deal, au grand bonheur d’un gouvernement qui a su faire avancer les choses à sa seule faveur : mener le bateau en mettant toute contestation de côté, soutenu par des partenaires qui n’ont d’autre revendication que le soutien de l’Etat pour évoluer, en…attendant.

Samira Mana

 

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