Semaine du 9 au 15 mars 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Une amnistie à problèmes

 

 
 
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Une amnistie à problèmes

Pour beaucoup, si ce n’est pour tous les soldats, sous-officiers et officiers de l’ANP, cette offre d’amnistie n’est pas loin d’être perçue comme une véritable injure, en tout cas une offense à une intégrité morale jamais prise en défaut sur le front de la défense de l’unité et de la souveraineté nationales. Ce qui ne signifie pas qu’un ou deux généraux n’aient pas trempé dans des histoires louches ayant trait à la manipulation clandestine et illégale du terrorisme pour préserver leurs intérêts illégitimes. Cela reste toutefois à prouver et n’engage en aucune manière l’écrasante majorité des généraux algériens

Débattre de sujets sans contenus clairs semble être devenu le lot des politiques et des commentateurs algériens. Il en a été ainsi pendant quatre ans, d’une fantomatique réconciliation nationale dont personne ne connaît à ce jour ni le contenu ni le sens et nous voilà parti à présent pour quelque temps encore pour un long parcours à bord d’une tout aussi énigmatique amnistie générale. Le problème se compliquant d’ailleurs un peu plus à partir du moment où cette amnistie générale met carrément en échec le principe de la réconciliation nationale puisqu’elle introduit dans le débat, ou ce qui en tient lieu, une notion nouvelle capable de la compromettre gravement. Cette notion étant évidemment celle de la culpabilité et de la responsabilité avérée dans certains actes considérés comme criminels durant la période du terrorisme. Culpabilité et responsabilité certes évidentes pour les terroristes, du moins du point de vue de la loi, mais beaucoup plus difficile à établir s’agissant des personnes chargées de conduire la lutte antiterroriste. Car en introduisant le débat, même de façon biaisée, sur la question de l’amnistie générale, le président de la République a omis d’en définir les contours et laissé ce faisant la porte ouverte à toutes les interprétations, donc à toutes les possibilités. Et parmi ces possibilités celle, très délicate, de la responsabilité éventuelle du haut commandement militaire dans certains dérapages ayant entraîné la mort ou la disparition de citoyens algériens sans raison valable. Si aucune accusation précise n’a jamais pu être formulée en ce sens, de nombreuses campagnes de presse tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays ont, par contre, dressé un tableau apocalyptique de la situation sécuritaire du pays, faisant des généraux algériens d’authentiques bouchers quotidiennement occupés à se déguiser en bêtes féroces et barbues pour égorger et découper en morceaux leurs concitoyens. Les légendes faisant régulièrement état de groupes terroristes trouvant refuge dans des casernes, voire aux domiciles de Khaled Nezzar ou de Mohamed Lamari, ayant fait florès au cours des années 1990, sans qu’aucun cas concret pouvant en attester n’ait jamais pu être produit. Ce qui ne signifie évidemment pas que des bavures ou de graves dérapages ne se sont pas produits en dix ans de guerre antiterroriste. Mais qui ne sont que cela, des bavures et des dérapages mettant en cause des soldats, des sous-officiers ou même des officiers supérieurs qui, à un moment ou à un autre, dans le feu de l’action, n’ont pas réussi à garder leur lucidité et ont confondu la légalité dans le cadre de laquelle ils doivent intervenir et la légitimité de leur colère et de leur ressentiment. Ces cas, au nombre de deux cents environ, ont d’ailleurs été officiellement recensés et exposés aux différentes commissions d’enquête diligentées par l’ONU et l’Union européenne, mais ce n’est bien sûr pas de cela qu’il s’agit dans l’offre d’amnistie générale évoquée par le président de la République. Succombant probablement à la puissance de la propagande anti-ANP ou se laissant imprudemment influencer par quelque membre de son entourage désireux de mettre en difficulté les chefs de l’armée algérienne, il croit très sincèrement que ces responsables ont quelque chose à faire amnistier. Et comment lui en vouloir lorsqu’on lit les romans à la Gérard de Villiers, affichés sur le site Internet du MAOL qui, à force de persévérance dans le travail de désinformation, ne recule devant aucune invraisemblance pour faire endosser à l’armée algérienne des crimes pourtant clairement revendiqués par les terroristes. Il est vrai que les spins doctors qui sont derrière le MAOL ont poussé le bouchon jusqu’à prétendre que les terroristes sont la pure création des services secrets algériens, mais personne n’est obligé de croire de pareilles insanités et surtout pas des responsables qui sont issus de l’armée et dont l’essentiel de leur crédit vient de son honneur.

Pour beaucoup, si ce n’est pour tous les soldats, sous-officiers et officiers de l’ANP, cette offre d’amnistie n’est pas loin d’être perçue comme une véritable injure, en tout cas une offense à une intégrité morale jamais prise en défaut sur le front de la défense de l’unité et de la souveraineté nationales. Ce qui ne signifie pas qu’un ou deux généraux n’aient pas trempé dans des histoires louches ayant trait à la manipulation clandestine et illégale du terrorisme pour préserver leurs intérêts illégitimes. Cela reste toutefois à prouver et n’engage en aucune manière l’écrasante majorité des généraux algériens qui ont conduit le combat antiterroriste dans l’honneur et dans le strict respect des lois de la République, insistant à chaque fois sur la nécessité de maintenir ouvertes les portes du dialogue pour trouver une issue politique à la crise. Ces généraux-là n’ont besoin, faut-il le souligner, d’aucune amnistie et ne la veulent pas, y compris pour leurs pairs qui auraient fauté. Ces généraux-là sont, par contre, les fervents adeptes d’une réconciliation nationale qui tarde encore trop à se concrétiser.

A. M.

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