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Une amnistie à
problèmes
Pour beaucoup, si
ce n’est pour tous les soldats, sous-officiers et officiers de
l’ANP, cette offre d’amnistie n’est pas loin d’être perçue comme une
véritable injure, en tout cas une offense à une intégrité morale
jamais prise en défaut sur le front de la défense de l’unité et de
la souveraineté nationales. Ce qui ne signifie pas qu’un ou deux
généraux n’aient pas trempé dans des histoires louches ayant trait à
la manipulation clandestine et illégale du terrorisme pour préserver
leurs intérêts illégitimes. Cela reste toutefois à prouver et
n’engage en aucune manière l’écrasante majorité des généraux
algériens
Débattre de sujets
sans contenus clairs semble être devenu le lot des politiques et des
commentateurs algériens. Il en a été ainsi pendant quatre ans, d’une
fantomatique réconciliation nationale dont personne ne connaît à ce
jour ni le contenu ni le sens et nous voilà parti à présent pour
quelque temps encore pour un long parcours à bord d’une tout aussi
énigmatique amnistie générale. Le problème se compliquant d’ailleurs
un peu plus à partir du moment où cette amnistie générale met
carrément en échec le principe de la réconciliation nationale
puisqu’elle introduit dans le débat, ou ce qui en tient lieu, une
notion nouvelle capable de la compromettre gravement. Cette notion
étant évidemment celle de la culpabilité et de la responsabilité
avérée dans certains actes considérés comme criminels durant la
période du terrorisme. Culpabilité et responsabilité certes
évidentes pour les terroristes, du moins du point de vue de la loi,
mais beaucoup plus difficile à établir s’agissant des personnes
chargées de conduire la lutte antiterroriste. Car en introduisant le
débat, même de façon biaisée, sur la question de l’amnistie
générale, le président de la République a omis d’en définir les
contours et laissé ce faisant la porte ouverte à toutes les
interprétations, donc à toutes les possibilités. Et parmi ces
possibilités celle, très délicate, de la responsabilité éventuelle
du haut commandement militaire dans certains dérapages ayant
entraîné la mort ou la disparition de citoyens algériens sans raison
valable. Si aucune accusation précise n’a jamais pu être formulée en
ce sens, de nombreuses campagnes de presse tant à l’extérieur qu’à
l’intérieur du pays ont, par contre, dressé un tableau apocalyptique
de la situation sécuritaire du pays, faisant des généraux algériens
d’authentiques bouchers quotidiennement occupés à se déguiser en
bêtes féroces et barbues pour égorger et découper en morceaux leurs
concitoyens. Les légendes faisant régulièrement état de groupes
terroristes trouvant refuge dans des casernes, voire aux domiciles
de Khaled Nezzar ou de Mohamed Lamari, ayant fait florès au cours
des années 1990, sans qu’aucun cas concret pouvant en attester n’ait
jamais pu être produit. Ce qui ne signifie évidemment pas que des
bavures ou de graves dérapages ne se sont pas produits en dix ans de
guerre antiterroriste. Mais qui ne sont que cela, des bavures et des
dérapages mettant en cause des soldats, des sous-officiers ou même
des officiers supérieurs qui, à un moment ou à un autre, dans le feu
de l’action, n’ont pas réussi à garder leur lucidité et ont confondu
la légalité dans le cadre de laquelle ils doivent intervenir et la
légitimité de leur colère et de leur ressentiment. Ces cas, au
nombre de deux cents environ, ont d’ailleurs été officiellement
recensés et exposés aux différentes commissions d’enquête
diligentées par l’ONU et l’Union européenne, mais ce n’est bien sûr
pas de cela qu’il s’agit dans l’offre d’amnistie générale évoquée
par le président de la République. Succombant probablement à la
puissance de la propagande anti-ANP ou se laissant imprudemment
influencer par quelque membre de son entourage désireux de mettre en
difficulté les chefs de l’armée algérienne, il croit très
sincèrement que ces responsables ont quelque chose à faire
amnistier. Et comment lui en vouloir lorsqu’on lit les romans à la
Gérard de Villiers, affichés sur le site Internet du MAOL qui, à
force de persévérance dans le travail de désinformation, ne recule
devant aucune invraisemblance pour faire endosser à l’armée
algérienne des crimes pourtant clairement revendiqués par les
terroristes. Il est vrai que les spins doctors qui sont derrière le
MAOL ont poussé le bouchon jusqu’à prétendre que les terroristes
sont la pure création des services secrets algériens, mais personne
n’est obligé de croire de pareilles insanités et surtout pas des
responsables qui sont issus de l’armée et dont l’essentiel de leur
crédit vient de son honneur.
Pour beaucoup, si
ce n’est pour tous les soldats, sous-officiers et officiers de
l’ANP, cette offre d’amnistie n’est pas loin d’être perçue comme une
véritable injure, en tout cas une offense à une intégrité morale
jamais prise en défaut sur le front de la défense de l’unité et de
la souveraineté nationales. Ce qui ne signifie pas qu’un ou deux
généraux n’aient pas trempé dans des histoires louches ayant trait à
la manipulation clandestine et illégale du terrorisme pour préserver
leurs intérêts illégitimes. Cela reste toutefois à prouver et
n’engage en aucune manière l’écrasante majorité des généraux
algériens qui ont conduit le combat antiterroriste dans l’honneur et
dans le strict respect des lois de la République, insistant à chaque
fois sur la nécessité de maintenir ouvertes les portes du dialogue
pour trouver une issue politique à la crise. Ces généraux-là n’ont
besoin, faut-il le souligner, d’aucune amnistie et ne la veulent
pas, y compris pour leurs pairs qui auraient fauté. Ces généraux-là
sont, par contre, les fervents adeptes d’une réconciliation
nationale qui tarde encore trop à se concrétiser.
A. M.
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