Semaine du 9 au 15 mars 2005

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Dessins et couleurs dans les articles tissés des Aurès

 

 
 
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Dessins et couleurs dans les articles tissés des Aurès

Dans les Aurès, les vêtements tissés sont sensiblement variés dans la décoration et aussi dans les couleurs, les tons et les nuances. Par contre, le premier burnous tissé pour l’enfant de quatre ans, est partagé en deux parties dans sa hauteur : la partie supérieure est faite de bandes longitudinales rouges et blanches, alors que la partie inférieure est blanche unie. Le deuxième burnous de l’enfant, généralement à 8 ans, est entièrement tissé de bandes longitudinales noires et blanches. A partir de dix ans, le jeune Auréssien porte un burnous blanc immaculé.

Le tajdidh (châle blanc) est toujours blanc, il est parfois, mais rarement, orné en bas de bandes parallèles de teinte foncée. L’ouggâ (châle bariolé) qui, lui aussi est entièrement blanc, peut être orné de motifs de couleurs : fine bande de losanges, lignes brisées, etc.

La décoration des tapis, sakhoûs, musettes, coussins et couvertures est plus variée et plus élaborée. Elle comprend notamment des points, des lignes droites ou brisées, des chevrons, des carrés, des triangles et des losanges. Les rayures simples ou composées de largeurs diverses constituent toute la décoration du flidj (toile de tente), et bien sûr des sakhoûs, couvertures et musettes. Elles sont également utilisées pour accentuer la division par bandes des autres motifs.

Les lignes brisées, les chevrons et les hachures, sont incorporés dans tous les dessins et ornements. Les carrés se trouvent le plus souvent dans les tapis ; ils  se présentent seuls ou en damiers. Ceux-ci constituent généralement un fond sur lequel se détachent divers motifs ou dessins, principalement des losanges accolés les uns aux autres.

Ce genre pourrait bien être étranger au massif auréssien. On le trouve, en effet, sur les tapis tissés à Gafsa (Tunisie) et dans le djebel Lakhdar (Libye). Les losanges constituent les figures qui reviennent le plus souvent dans les pièces tissées ; c’est le thème sur lequel improvise sans cesse l’Auréssienne, en s’aidant du dessin, de la couleur, du ton et de la nuance. Groupes de losanges (grands, petits et moyens) losanges superposés, les uns sur les autres, grands losanges subdivisés en plus petits, losanges enfermant un motif original, losanges doublés… le tapis multicolore surchargé, que l’on tisse à Thout, est le type le plus représentatif de cette technique sophistiquée du tissage dans le massif auréssien.

La décoration florale, par contre, est peu ou pas utilisée par la tisseuse auréssienne. La représentation animale est également bannie. L’on peut trouver cependant, mais exceptionnellement, sur le versant sud du massif, des couvertures ornées de files de chameaux et de chameliers. Les bêtes, toutes semblables quant au dessin, sont constituées de grands triangles munis d’appendices simulant le cou et les membres, chacun différant du suivant par la couleur ; ils se détachent généralement en vert, blanc et jaune sur fond rouge. Il est certain qu’il faut une imagination féconde pour reconnaître dans ces motifs géométriques des chameaux.

Cet ornement, pratiquement introuvable sur le versant septentrional du massif, qui rappelle étrangement les files d’animaux visibles sur certains vases grecs, est similaire à celui des couvertures tissées à Gafsa (Tunisie).

En réalité, la tisseuse auréssienne utilise souvent, avec une rare maîtrise et un coup d’œil expert, les motifs rectilignes d’une précision et d’une régularité parfaites, disposés généralement par bandes ; ces bandes de largeur différente sont séparées par des raies sombres.

Les principaux motifs d’ornementation examinés plus haut reviennent dans l’ensemble de l’artisanat auréssien. Ils figurent sur les nattes d’alfa, les bijoux, le       bois sculpté et même, aussi inexplicable que cela puisse paraître, dans les tatouages. Il est vrai cependant que ces transpositions, aussi étranges que répandues, leur font subir des modifications qui leur donnent à chaque fois un cachet original et particulier.

Il n’a jamais été possible de savoir exactement ce que la tisseuse auréssienne veut représenter par de tels dessins ; “c’est un dessin que j’ai pris dans ma tête ou qui émerge de mon cœur”, se contente de dire la femme derrière son métier à tisser.

Il est certain que l’origine de cette improvisation remonte et se perd dans la nuit des temps, et qu’elle s’est transmise de mère en fille uniquement par une méthode qui ne peut être que visuelle.

Il a été prouvé de façon irréfutable que l’Auréssienne ne fait appel qu’à son inspiration et aux connaissances qu’elle a acquises, sans jamais imiter personne. Les coloris des vêtements tissés sont généralement peu variés ; par contre, ceux des coussins et musettes le sont beaucoup plus.

Les tapis de haute laine de différentes couleurs, qui se font dans l’oued Labied, sont généralement ornés de motifs blancs, orangés, verts, bleus, roses sur fond rouge foncé. D’autres sont agrémentés d’une variation du losange en blanc, noir, bleu, violet et marron.

Néanmoins, la spécificité du modèle auréssien se trouve, non dans le tapis haute laine, mais dans les sakhoûs (sac à provisions), musettes, coussins tissés à plat. Ces objets utiles sont si adroitement tissés qu’ils constituent bien souvent des ouvrages remarquables autant par leurs proportions que par netteté du tissage et la diversité des tons et des nuances. Les musettes de l’oued Tagga et les coussins du Tkout n’existent nulle part ailleurs, et leur réputation a dépassé depuis longtemps les limites du massif auréssien géohistorique.

Le coussin des Bénibouslimane a le plus souvent des ornements orangés, blancs, violets et roses, se détachant avec harmonie sur un fond grenat sombre. Les deux côtés sont nettement différents ; sur l’un, les losanges sont encerclés de lignes brisées, sur l’autre, on trouve des ornements par bandes, mais le losange reste le motif central.

La musette de oued Tagga est ornée de losanges jaunes, blancs et noirs (aberkane) ; le fond est d’un beau rouge foncé. L’intérieur des losanges est orné de points noirs alternant avec des points rouges du fond. Une fine tresse de laine de poils de chèvre, noir et blanc, permet, comme le veut la coutume, de jeter la musette sur l’épaule en bandoulière ou de l’attacher à la selle de la monture. Ce genre est purement et exclusivement auréssien, tant au point de vue motifs que coloris.

L’agressivité et la vivacité de certains coloris et nuances obtenus par la teinture avec les produits chimiques semblent embarrasser le goût délicat de l’Auréssienne, qui préfère utiliser les méthodes tinctoriales traditionnelles à base de racines, d’écorces, de feuilles, etc. La tisseuse cherche toujours un ensemble sobre ; c’est ainsi que l’ornementation des coussins décrits plus haut est dominée par la teinte du fond.

Sur le versant sud du massif (Tifelfel, Baniane, Ghassira, M’chounèche, Djemorak, etc.), les coussins et les tapis exécutés avec des laines teintes chimiquement présentent nettement des couleurs, tons et nuances plus criards et plus choquants pour la vue.

Dans l’Aurès septentrional, certaines couleurs vives (rose, bleu, vert et violet) sont inexistantes dans le tissage des musettes et des sakhoûs.

Les objets tissés dans l’oued Labiad (Ichmoul, Arris, Médina) ont le plus souvent un caractère plus rustique de par le mélange rationnel de poils de chèvre et de laine ; certaines pièces sont de véritables chef-d’œuvres.

La musette d’oued Tagga est faite de bandes rouge foncé, de largeurs différentes, alternant avec des bandes noires et blanches. Sur les bandes rouges se dessinent les inévitables losanges de laine pure, en orangé, jaune, blanc piqué de points noirs. L’ouvrage, rugueux au toucher et hérissé de poils de chèvre, a un aspect original et velouté.

Chenouf Ahmed Boudi

 

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