|
Accueil
Histoire
Dessins et
couleurs dans les articles tissés des Aurès
Dans les Aurès,
les vêtements tissés sont sensiblement variés dans la décoration et
aussi dans les couleurs, les tons et les nuances. Par contre, le
premier burnous tissé pour l’enfant de quatre ans, est partagé en
deux parties dans sa hauteur : la partie supérieure est faite de
bandes longitudinales rouges et blanches, alors que la partie
inférieure est blanche unie. Le deuxième burnous de l’enfant,
généralement à 8 ans, est entièrement tissé de bandes longitudinales
noires et blanches. A partir de dix ans, le jeune Auréssien porte un
burnous blanc immaculé.
Le tajdidh (châle
blanc) est toujours blanc, il est parfois, mais rarement, orné en
bas de bandes parallèles de teinte foncée. L’ouggâ (châle bariolé)
qui, lui aussi est entièrement blanc, peut être orné de motifs de
couleurs : fine bande de losanges, lignes brisées, etc.
La décoration des
tapis, sakhoûs, musettes, coussins et couvertures est plus variée et
plus élaborée. Elle comprend notamment des points, des lignes
droites ou brisées, des chevrons, des carrés, des triangles et des
losanges. Les rayures simples ou composées de largeurs diverses
constituent toute la décoration du flidj (toile de tente), et bien
sûr des sakhoûs, couvertures et musettes. Elles sont également
utilisées pour accentuer la division par bandes des autres motifs.
Les lignes
brisées, les chevrons et les hachures, sont incorporés dans tous les
dessins et ornements. Les carrés se trouvent le plus souvent dans
les tapis ; ils se présentent seuls ou en damiers. Ceux-ci
constituent généralement un fond sur lequel se détachent divers
motifs ou dessins, principalement des losanges accolés les uns aux
autres.
Ce genre pourrait
bien être étranger au massif auréssien. On le trouve, en effet, sur
les tapis tissés à Gafsa (Tunisie) et dans le djebel Lakhdar
(Libye). Les losanges constituent les figures qui reviennent le plus
souvent dans les pièces tissées ; c’est le thème sur lequel
improvise sans cesse l’Auréssienne, en s’aidant du dessin, de la
couleur, du ton et de la nuance. Groupes de losanges (grands, petits
et moyens) losanges superposés, les uns sur les autres, grands
losanges subdivisés en plus petits, losanges enfermant un motif
original, losanges doublés… le tapis multicolore surchargé, que l’on
tisse à Thout, est le type le plus représentatif de cette technique
sophistiquée du tissage dans le massif auréssien.
La décoration
florale, par contre, est peu ou pas utilisée par la tisseuse
auréssienne. La représentation animale est également bannie. L’on
peut trouver cependant, mais exceptionnellement, sur le versant sud
du massif, des couvertures ornées de files de chameaux et de
chameliers. Les bêtes, toutes semblables quant au dessin, sont
constituées de grands triangles munis d’appendices simulant le cou
et les membres, chacun différant du suivant par la couleur ; ils se
détachent généralement en vert, blanc et jaune sur fond rouge. Il
est certain qu’il faut une imagination féconde pour reconnaître dans
ces motifs géométriques des chameaux.
Cet ornement,
pratiquement introuvable sur le versant septentrional du massif, qui
rappelle étrangement les files d’animaux visibles sur certains vases
grecs, est similaire à celui des couvertures tissées à Gafsa
(Tunisie).
En réalité, la
tisseuse auréssienne utilise souvent, avec une rare maîtrise et un
coup d’œil expert, les motifs rectilignes d’une précision et d’une
régularité parfaites, disposés généralement par bandes ; ces bandes
de largeur différente sont séparées par des raies sombres.
Les principaux
motifs d’ornementation examinés plus haut reviennent dans l’ensemble
de l’artisanat auréssien. Ils figurent sur les nattes d’alfa, les
bijoux, le bois sculpté et même, aussi inexplicable que cela
puisse paraître, dans les tatouages. Il est vrai cependant que ces
transpositions, aussi étranges que répandues, leur font subir des
modifications qui leur donnent à chaque fois un cachet original et
particulier.
Il n’a jamais été
possible de savoir exactement ce que la tisseuse auréssienne veut
représenter par de tels dessins ; “c’est un dessin que j’ai pris
dans ma tête ou qui émerge de mon cœur”, se contente de dire la
femme derrière son métier à tisser.
Il est certain que
l’origine de cette improvisation remonte et se perd dans la nuit des
temps, et qu’elle s’est transmise de mère en fille uniquement par
une méthode qui ne peut être que visuelle.
Il a été prouvé de
façon irréfutable que l’Auréssienne ne fait appel qu’à son
inspiration et aux connaissances qu’elle a acquises, sans jamais
imiter personne. Les coloris des vêtements tissés sont généralement
peu variés ; par contre, ceux des coussins et musettes le sont
beaucoup plus.
Les tapis de haute
laine de différentes couleurs, qui se font dans l’oued Labied, sont
généralement ornés de motifs blancs, orangés, verts, bleus, roses
sur fond rouge foncé. D’autres sont agrémentés d’une variation du
losange en blanc, noir, bleu, violet et marron.
Néanmoins, la
spécificité du modèle auréssien se trouve, non dans le tapis haute
laine, mais dans les sakhoûs (sac à provisions), musettes, coussins
tissés à plat. Ces objets utiles sont si adroitement tissés qu’ils
constituent bien souvent des ouvrages remarquables autant par leurs
proportions que par netteté du tissage et la diversité des tons et
des nuances. Les musettes de l’oued Tagga et les coussins du Tkout
n’existent nulle part ailleurs, et leur réputation a dépassé depuis
longtemps les limites du massif auréssien géohistorique.
Le coussin des
Bénibouslimane a le plus souvent des ornements orangés, blancs,
violets et roses, se détachant avec harmonie sur un fond grenat
sombre. Les deux côtés sont nettement différents ; sur l’un, les
losanges sont encerclés de lignes brisées, sur l’autre, on trouve
des ornements par bandes, mais le losange reste le motif central.
La musette de oued
Tagga est ornée de losanges jaunes, blancs et noirs (aberkane) ; le
fond est d’un beau rouge foncé. L’intérieur des losanges est orné de
points noirs alternant avec des points rouges du fond. Une fine
tresse de laine de poils de chèvre, noir et blanc, permet, comme le
veut la coutume, de jeter la musette sur l’épaule en bandoulière ou
de l’attacher à la selle de la monture. Ce genre est purement et
exclusivement auréssien, tant au point de vue motifs que coloris.
L’agressivité et
la vivacité de certains coloris et nuances obtenus par la teinture
avec les produits chimiques semblent embarrasser le goût délicat de
l’Auréssienne, qui préfère utiliser les méthodes tinctoriales
traditionnelles à base de racines, d’écorces, de feuilles, etc. La
tisseuse cherche toujours un ensemble sobre ; c’est ainsi que
l’ornementation des coussins décrits plus haut est dominée par la
teinte du fond.
Sur le versant sud
du massif (Tifelfel, Baniane, Ghassira, M’chounèche, Djemorak,
etc.), les coussins et les tapis exécutés avec des laines teintes
chimiquement présentent nettement des couleurs, tons et nuances plus
criards et plus choquants pour la vue.
Dans l’Aurès
septentrional, certaines couleurs vives (rose, bleu, vert et violet)
sont inexistantes dans le tissage des musettes et des sakhoûs.
Les objets tissés
dans l’oued Labiad (Ichmoul, Arris, Médina) ont le plus souvent un
caractère plus rustique de par le mélange rationnel de poils de
chèvre et de laine ; certaines pièces sont de véritables
chef-d’œuvres.
La musette d’oued
Tagga est faite de bandes rouge foncé, de largeurs différentes,
alternant avec des bandes noires et blanches. Sur les bandes rouges
se dessinent les inévitables losanges de laine pure, en orangé,
jaune, blanc piqué de points noirs. L’ouvrage, rugueux au toucher et
hérissé de poils de chèvre, a un aspect original et velouté.
Chenouf Ahmed
Boudi
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |