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Dissolution des Assemblées
Modèle de
mauvaise gouvernance
Lorsqu’il y a
quelques semaines, le chef du gouvernement a appelé les délégués des
archs à reprendre le dialogue avec lui, à peu près tout le monde a
pensé que cette offre, qui pour le moins était inattendue, devait
donner lieu à une contrepartie ayant sûrement un lien avec la
question qui, à ce moment, occupait le devant de la scène :
l’amnistie générale.
On se disait
qu’Ahmed Ouyahia avait été chargé par le président de la République
de trouver une issue aux problèmes en suspens en Kabylie, en donnant
satisfaction au mouvement des archs sur des points de détail, sans
grande conséquence pour l’avenir, dans le but de dégager l’horizon
devant le référendum envisagé. Puisque les troubles avaient cessé en
Kabylie, le gouvernement ne pouvait, selon l’opinion commune, que
s’inscrire dans la perspective d’un projet important, à la
réalisation duquel il se consacrait dès lors ; en aucune façon, il
n’agissait sous l’effet d’une pression s’exerçant sur lui dans le
présent. En effet, au moment où le chef du gouvernement appelait le
mouvement des archs au dialogue, celui-ci avait cessé depuis des
mois de donner signe de vie. Or, rien n’est plus mort qu’un
mouvement vidé de son énergie, car un mouvement ne peut manifester
son existence que par des protestations massives, par des
démonstrations de force. A la différence d’une formation politique,
qui peut faire illusion, pour un temps du moins, par la permanence
de son appareil, sur son influence réelle dans la société.
Il faut noter que
personne n’est venu dire, au moment où se tenaient les rencontres
entre les deux parties, et même après qu’elles se furent arrêtées,
en provenance d’un bord ou de l’autre, qu’entre autres buts
recherchés, il y avait l’accord sur des élections partielles en
Kabylie, étant donné que celles de 2002 avaient été marquées par une
forte abstention. Certes, la question de ce que l’on appelait de ce
barbarisme calamiteux d’”indus élus”, figurait parmi celles qui
attendaient d’être résolues, mais rien ne laissait penser alors que
c’était essentiellement pour aplanir la difficulté qu’elle
représentait qu’on a renoué le dialogue ; mieux : qu’un accord est
intervenu sur ce point et que le chef du gouvernement, avec
l’assentiment sans doute du chef de l’Etat, se réservait le droit de
l’annoncer le moment voulu. Si bien que lorsque l’opinion a été
informée du retrait des élus du RND dans la région, c’était la
surprise, y compris pour les autres partis de la coalition. Sans
même parler du FFS, qui a toujours repoussé une solution qui
présentait à ses yeux le vice rédhibitoire de répondre favorablement
à une revendication du mouvement des archs, voué par lui aux
gémonies.
Dans cette
affaire, le chef du gouvernement a fait cavalier seul, se gardant de
bout en bout de dire à l’opinion, ou à ses partenaires, pourquoi il
a emprunté ce chemin-là, et pour aller où. C’est cette politique
dissimulatrice qui explique l’énervement contenu dont font montre le
FLN et le MSP, qui refusent de suivre son exemple en ordonnant à
leurs élus de se retirer. Les deux partis ont dû prendre d’autant
plus mal l’attitude cavalière observée à leur égard par le chef du
gouvernement que le Président lui-même n’avait rien laissé
transparaître, notamment dans son discours-fleuve du 22 février
devant les membres de l’UGTA, de la décision sûrement déjà prise de
dissoudre les assemblées locales en Kabylie.
Toutefois, dans sa
dernière conférence de presse, le chef du gouvernement s’est gardé
de rapporter cette décision à un quelconque accord avec les
représentants du mouvement des Archs. Le langage des chiffres lui a
suffi pour justifier la dissolution, que l’Exécutif serait en droit
de décréter. Par Exécutif, il faut entendre le ministère de
l’Intérieur, qui, aux dires d’Ahmed Ouyahia, a les instruments
légaux lui permettant de dissoudre des assemblées, mal élues pour
les unes, on ne peut plus mal élues pour les autres. Sans compter
les communes où les élections n’ont même pas pu se tenir. Il
n’empêche, Ahmed Ouyahia n’a pas voulu que l’on ait l’impression que
c’est lui qui a pris cette décision, comme s’il tenait à ce que soit
rendu à César ce qui appartient à César, ou qu’il craignait de
froisser tel ou tel ego en adoptant pour l’occasion le ton
d’autorité qu’on était en droit d’attendre du deuxième personnage de
l’Exécutif.
Ainsi donc, le
chef du gouvernement a d’abord voulu que ce soit les partis qui
prennent l’initiative de retirer leurs élus. C’est ce qui explique
que ceux du RND aient démissionné en bloc, le but étant sûrement de
produire un effet d’entraînement au sein du FLN et du MSP, dans
l’attente que les élus du FFS et du PT se joignent à ce mouvement
d’ensemble. Les choses n’ayant pas pris cette tournure, on s’est
rabattu sur une décision administrative, tout bêtement, dans l’idée
que les récalcitrants jugeront plus porteur politiquement d’accepter
l’arbitrage des électeurs que d’introduire une plainte devant une
juridiction compétente pour dissolution injustifié.
En fait,
l’Exclusif, pour parler comme Ahmed Ouyahia, avait le choix entre
trois solutions : laisser les choses en l’état jusqu’à la prochaine
échéance électorale, qui surviendra à la fin de 2007 ; la
dissolution de toutes les assemblées élues en 2002, locales comme
nationale ; la dissolution des seules assemblées locales. Il a opté
pour la troisième, la plus mauvaise au regard de la forme, celle qui
signifie qu’il se déjuge, qu’il en vient à faire aujourd’hui ce
qu’il a refusé de faire en 2002 en se réclamant de la légalité. Or,
c’est aussi sur celle-ci qu’il prétend maintenant fonder son choix
d’organiser des élections partielles. Ahmed Ouyahia devrait
expliquer à l’opinion quelle est donc cette légalité qui permet une
chose et son contraire, et ce qui la différencie de l’arbitraire pur
et simple. Tout le monde se souvient de ses déclarations, ainsi que
de celles de Yazid Zerhouni, niant sans recours que la validité
d’une élection puisse dépendre du taux de participation, aussi
faible soit-il. La loi, disaient-ils, ne fixe pas un seuil minimum
en dessous duquel il faut annuler un scrutin et en organiser un
autre. Ahmed Ouyahia dit à présent tout le contraire, avec une
constance tout de même : l’aplomb dont le personnage a du mal à se
départir. Il serait intéressant de voir si Yazid Zerhouni serait
aussi sûr de son bon droit ou s’il trahirait quelque embarras, pour
se démarquer au moins par le style du chef du gouvernement. Le plus
probable, cependant, c’est qu’il se garderait de se placer en
vedette dès maintenant, même si Ahmed Ouyahia s’évertue à
l’entraîner dans l’inconfort où il se trouve pour sa part.
La solution
choisie, d’autant moins défendable que le Conseil constitutionnel a
été mis à contribution, qui a approuvé les élections, alors que
selon la lettre de la Constitution, il n’avait pas à le faire. La
Constitution, en effet, ne lui fait pas obligation de se prononcer
sur des élections quand celles-ci sont locales. Seules des élections
d’intérêt national requièrent sa sanction. Mais comme à l’époque, il
s’agissait surtout pour l’Exécutif de faire taire les contestations
sur la validité d’une consultation très largement boycottée par les
électeurs, il lui a semblé tout à fait indiqué de passer outre la
lettre de la Constitution, en demandant l’aval du Conseil
constitutionnel, qui s’est empressé, bien entendu, de le donner,
sans y être obligé.
Ce cas d’espèce
mériterait largement d’illustrer à quoi ne devrait pas ressembler la
gestion des affaires publiques ; il a valeur pédagogique pour son
exemplarité de mauvaise gouvernance. Il représente clairement ce
qu’il ne faut pas faire dans un pays où l’on veut instaurer le règne
pérenne de la loi, et non celui de l’intérêt circonstanciel, par
définition changeant.
La proposition du
FLN de résoudre la difficulté par le recours à l’arbitrage du
Président, qui prendrait l’initiative d’émettre un décret en son nom
propre, n’est pas non plus une solution inattaquable au regard de la
légalité. Car la Constitution n’autorise pas le Président à
dissoudre des assemblées locales, dont l’élection a été ou non
validée par le Conseil constitutionnel, mais sans doute moins encore
quand ce dernier s’est prononcé favorablement.
M. Habili
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Révocation des “indus élus”
Le mouvement
citoyen trouve son compte
Considérant la
manière de satisfaire la revendication portant révocation des “indus
élus” de Kabylie comme une solution de “replâtrage” par l’autre
frange des archs, en l’occurrence celle de Ali Gherbi, l’on
s’achemine vers un autre rejet, cette fois des élections partielles
telle que dessinée. L’épisode des “indus élus” devait prendre fin en
faveur des archs qui voient satisfaite une revendication essentielle
contenue dans la plate forme d’El-Kseur, si ce n’est que cet
assentiment risque de déboucher sur une autre, se rapportant, cette
fois, au sort des Assemblées élues dont personne des négociants, à
savoir les archs, n’a prévu, donnant néanmoins la chance au
mouvement citoyen de se redéployer.
L’effet dialogue a
encore une fois frappé. Les derniers accords conclus en janvier 2005
avec la frange Abrika ont abouti à une radicalisation dans les
positions de la deuxième frange des archs, côté Ali Gherbi, qui
menace de faire tomber l’option des élections partielles en Kabylie
telle que prévue actuellement afin de remédier à la question des
indus élus.
Les accords
conclus en janvier dernier ont ravivé la contestation d’une partie
des négociants du mouvement citoyen, qui considèrent l’option de
procéder à des élections partielles comme une solution de
“replâtrage”. C’est un rejet “massif” de ces élections préconisées
que prévoit le leader de Petite Kabylie, qui ne considère la
question que sous l’angle d’un traitement national. Se référant à la
plate forme d’El-Kseur dont le caractère scellé et non négociable
est indiscutable, Ali Gherbi, tout en maintenant la revendication de
faire révoquer les “indus élus”, inscrit le traitement de la
question dans un cadre global de par le caractère national de la
plate forme. Pour lui, des élections partielles feraient suite à une
approche régionaliste qui risquerait d’enfermer davantage la crise
dans une “régionalisation”, ce qui est incompatible avec la
revendication de satisfaire toute la plate forme comme convenu lors
des négociations de janvier 2004.
Le refus des
partis comme le FFS et le Parti des travailleurs conforte la
position de Ali Gherbi, laquelle position devant lui permettre de
trouver des alliés une fois venue l’échéance de faire appel au
boycott de ces élections partielles. Il faut dire aussi que
l’occasion est on ne peut plus favorable à ce leader de Béjaïa afin
d’éliminer définitivement le rival de Tizi Ouzou, dont il considère
sa “partance” pour les derniers accords comme la naissance “d’un
tutorat sur le mouvement citoyen”. L’intention y est soutenue par
l’appel au rejet des partielles dont on redoute les conséquences.
“Ils vont créer un autre problème” s’ils maintiennent la décision
d’organiser des partielles, Ali Gherbi se présente comme
incontournable dans la négociation non seulement en plaidant la
cause de la satisfaction totale de la plate forme d’El-Kseur, mais
aussi en se plaçant au centre d’un champ politique miné par des
formations partisanes en manque d’ancrage populaire.
La revendication
est sérieuse, précise Gherbi : “Nous n’avons pas rejeté les
élections de 2002 par vue de l’esprit, mais dans le souci de
démocratiser les institutions de l’Etat.” D’où la revendication
d’envisager la tenue d’élections nationales. S’il faut parler de
stabilité, comme avancé par le gouvernement, autant garder les
choses en l’état. Là encore, notre interlocuteur ne considère pas la
revendication des “indus élus” comme un facteur d’instabilité
puisque ce ne sont pas toutes les Assemblées qui ne fonctionnent pas
correctement, à la limite même celles gérées par “des
administrateurs”, d’autant que l’on s’achemine vers la fin de mandat
de ces assemblées et qu’il ne reste que deux ans pour leur
renouvellement.
Le mouvement
citoyen tente de se régénérer
Alors que l’on
croyait que la conclusion des accords avec la frange Abrika allait
définitivement enterrer le mouvement citoyen contestataire, de par
la brèche opérée entre les fractions rivales, par les derniers
accords conclus en janvier dernier, l’acceptation du gouvernement de
procéder à la révocation des “indus élus” va provoquer un autre
débat sur le devenir de ces Assemblées dont les négociateurs ont
omis de discuter, laissant au gouvernement toute latitude
d’envisager la solution qui lui sied, à l’exception toutefois de
fournir de la sorte des chances à ce mouvement qui tend à s’élargir
à d’autres régions du pays et de se reconstituer.
La réponse est
venue de Béjaïa où un conclave se prépare pour le mois courant, avec
cette spécificité que l’interwilayas s’ouvre sur “toutes les forces
vives” de la nation. L’appel est lancé dans cette direction pour
collecter le maximum de propositions devant déboucher sur une
initiative politique. Le mot est lâché par Gherbi quand il parle de
“faire éclore quelque chose”. L’opportunité est d’autant plus grande
qu’elle ne comporte aucune exclusion, sinon qu’elle s’adresse à
tous, y compris partis politiques et comité des arche ayant été
jusque-là de l’autre côté.
Le mouvement
citoyen s’ouvre ainsi sur de bonnes perspectives politiques et,
pourquoi pas, sur l’option d’un parti politique nouveau qui aurait
toutes ses chances de drainer les forces démocratiques ayant
jusque-là gravité dans l’anonymat faute de se reconnaître dans les
formations existantes. Ce qui n’est pas pour déplaire au Pouvoir,
qui y trouvera une véritable opposition qui va faire l’équilibre
avec une alliance acquise à un unanimisme de tout ce qui vient d’en
haut.
Les paris sont
ouverts, ils sont permis par un laminage de l’opposition qui ne
retrouve plus ses marques depuis la constitution du nouveau pôle
politique consigné dans l’alliance présidentielle. Aussi stratégique
qu’il ne veut l’être, ce pôle se doit d’être suivi par un contresens
qui ferait l’équilibre entre les courants politiques quelles que
soient leurs idéologies. La société ayant été privée de
représentants véritables au niveau de la base, comme en témoigne
l’existence du mouvement citoyen dont l’émergence a explosé au
visage des partis politiques, pris de court par des revendications
émanant de la population. La situation est inédite de par le fait
qu’elle provoque un soulèvement spontané n’obéissant à aucune
orientation partisane.
Quatre ans depuis.
La décantation s’est opérée, certes, soutenue par la tournure prise
par les récents accords concernant la question des “indus élus”,
mais surtout par une classe politique qui a montré ses limites quant
à une prise en charge des petits soucis de “démocratie” d’une
population vivant loin des grands débats idéologiques.
Samira Mana
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Retour sur les évènements
Les leçons du
printemps noir
La Kabylie, en
ébullition depuis 2001, a constitué sans conteste, après les années
de guerre contre le terrorisme, la donne politique majeure en
Algérie sur laquelle a achoppé un Pouvoir incapable de taire ses
incohérences et de se remettre en question.
La même crise a
mis à nu le manque d’ancrage sociétal de formations politiques qui
faisaient de cette région leur fief et base arrière.
Risque de
partition et risque d’implosion d’une région sensible, les
évènements de Kabylie, au delà des revendications limitatives de la
plate-forme d’El Kseur, ont mis en évidence les risques encourus
pour toute une nation lorsque le Pouvoir est plus prompt à manipuler
l’opinion qu’à trouver des solutions aux problèmes de fond.
Il y eut d’abord
une grosse bavure aux forts relents de provocation : la mort de
Guermah Massinissa. Dans la journée du 18 avril 2001, le jeune
Guermah Massinissa est interpellé par la gendarmerie de Beni Douala,
dans la wilaya de Tizi Ouzou. Alors qu’ils est dans les locaux de la
brigade de gendarmerie pour interrogatoire, il reçoit trois balles
des six tirées par le AK 47 d’un gendarme. Admis à la polyclinique
de Beni Douala puis transféré à l’hôpital de Tizi Ouzou avant
d’arriver à Alger, Guermah Massinissa décédera le 20 avril, jour
commémoratif du printemps berbère.
Si les gendarmes
soutiennent que les blessures mortelles étaient accidentelles (un
autre gendarme a été blessé dans la brigade des suites de ces coups
de feu), la population n’y croit pas, d’autant que les autorités
vont s’embrouiller dans un fatras d’informations erronées et parfois
contradictoires annoncées de manière péremptoires par le ministre de
l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni lui-même.
Guermah Masinissa,
qui n’avait que 19 ans au moment des faits et était lycéen, est
présenté conne âgé de 26 ans et comme un délinquant… comme si cela
excusait sa mort.
Par ailleurs,
l’interpellation de trois collégiens à Oued Amizour, dans la wilaya
de Béjaïa, dans des conditions inexpliquées, donnera lieu à une
alimentation sans cesse croissante de la confusion si bien que la
provocation paraît la raison la plus probable de tous ces
événements.
Les émeutes qui
vont suivre l’inhumation de Guermah Massinissa, le 23 avril, et les
affrontements des populations avec la gendarmerie laisseront un
bilan très lourd. En vingt jours (bilan arrêté le 12 mai 2001 par le
ministère de l’Intérieur) on dénombre 45 décès, 190 blessés par
balle et 301 “autres blessés”, dont 30 morts à Tizi Ouzou et 13 à
Béjaïa. 56 policiers et 180 gendarmes seront blessés lors des
affrontements.
Selon un autre
bilan établi le 11 juin 2001, trois jours avant la grande marche
d’Alger, le nombre de décès parmi la population avait atteint les 55
et plus de 300 blessés par balle étaient dénombrés, alors que
pratiquement l’ensemble des localités de Kabylie connaissent des
émeutes quasi quotidiennes.
Dans le rapport de
la commission d’enquête du Dr Mohand Issad, instituée à la demande
du président Bouteflika, daté du 7 juillet 2001, on indique que si
les autorités on exigé un usage rigoureux des armes à feu, les
assauts contre les brigades de gendarmerie ont été suivis de tirs à
balles réelles parfois mortels.
La Kabylie en
ébullition s’organise autour d’un système de concertation archaïque,
les arouch, ou du moins use-t-on de ce vocable pour désigner
dorénavant les représentants des citoyens de Kabylie entrés en
conflit ouvert avec le Pouvoir. Ces mêmes arouch se donnent pour
système de gestion le système dit horizontal, qui signifie entre
autres l’absence de représentativité centrale et pyramidal qui
existe dan les formations politiques modernes.
Le 13 juin est
scellée, lors d’un conclave (nom des réunions donné aux arouch), la
plate-forme d’El-Kseur “scellée non négociable”, et le 14 juin plus
de deux millions de personnes se donnent rendez-vous à Alger,
bloquant ainsi la capitale, dans l’indifférence des Algérois et face
aux canons à eau et aux grenades lacrymogènes des policiers
anti-émeutes.
Si les arouch
décident de se lancer à l’assaut de la capitale c’est pour,
disent-ils, remettre la plate-forme d’El-Kseur au président
Bouteflika. La marche sera réprimée, donnant lieu à des dérapages
graves avant que les manifestants, venant pour l’écrasante majorité
de Kabylie, ne rejoignent leurs domiciles.
Dès lors, plus
aucune marche sur Alger ne sera autorisée et les convois des arouch
bloqués systématiquement à l’entrée de la wilaya.
La manifestation
d’Alger, pour importante qu’elle puisse paraître, constitue certes
un tournant mais reste toutefois sans effet alors que les
manifestations vont se poursuivre en Kabylie. Et les décès
également.
Amnesty
International épingle le gouvernement algérien sur ces mêmes morts,
notamment en avril 2002, une année après le décès de Guermah
Massinissa et les premiers tués. L’ONG de défense des droits de
l’homme demande une enquête minutieuse et impartiale, constatant que
la commission nationale de Issad avait avoué ne pas avoir eu la
possibilité de consulter tous les documents ni d’interroger tous les
responsables.
Tamazight
langue nationale
Le même mois, le 8
avril, le président Bouteflika constitutionnalise, devant les deux
Chambres du Parlement réunies, la langue amazighe (berbère) en tant
que langue nationale. La revendication des arouchs étant de faire de
tamazight une langue nationale et officielle, au même titre que la
langue arabe. Mais les revendications sont étouffées par l’ampleur
des manifestations et les demandes, parfois irréalisables au yeux de
tous les observateurs (éviction de la gendarmerie de la Kabylie, par
exemple) renseignent sur le malaise profond qui ronge la population,
jeune pour la plupart, lancée à l’assaut des troupes anti-émeutes.
Fait inattendu,
les partis politiques originellement issus de Kabylie sont
complètement disqualifiés. Même si le RCD tente de se fondre dans
les arouch, le FFS tire complètement son épingle du jeu, préférant
d’ailleurs se présenter aux élection locales de 2002.
Ces mêmes
élections qui semblent constituer l’unique enjeu pour le Pouvoir
lorsqu’il consent à négocier ou à trouver des terrains d’entente
avec les arouch.
Seules les
élections
L’année 2002 est
marquée par les élections locales. Face aux arouch, les négociations
sont ardues, voire impossibles car enfermées dans une logique de
revendication jusqu’au-boutiste.
Les élections, qui
vont se tenir tout de même, verront 60 communes de Kabylie sans
maires. Des élections partielles sont envisagées pour mars 2003,
avant que le Conseil constitutionnel, ignorant les événements de
Kabylie, entérine de fait les résultats. Les élus locaux de Kabylie
ont été élus avec moins de 3% de participation des électeurs au
scrutin.
Si 2001 et 2002
sont marquées par des émeutes, celles-ci vont aller en diminuant en
2003, sans pour autant que l’on renonce aux négociations avec les
arouch. Il reste que ces mêmes négociations sont à chaque fois
ponctuées par l’échéance électorale annoncée.
Entre autres
négociations, celles menées par l’ancien chef du gouvernement Ali
Benflis avec les arouch, dites “Taïwan”, un mois avant les élections
locales prévues pour octobre. Les délégués qui dialoguent sont
fustigés par les animateurs des arouch qui investissent la rue et
deviennent figures de proue d’un mouvement qui refuse le leadership.
La rue reprend ses droits et les arouch “Taïwan” sont complètement
décrédibilisés.
En novembre 2003,
le chef du gouvernement fraîchement nommé tente de renouer le
dialogue. L’invitation est perçue comme une tentative de désamorcer
la crise en prévision de l’élection présidentielle, qui doit se
dérouler dans la sérénité en Kabylie. Les négociations vont échouer,
en janvier de la même année. La campagne électorale sera marquée par
le soutien des mêmes arouch opposés au dialogue “Taïwan” au candidat
Ali Benflis.
Une année plus
tard, d’autres négociations sont ouvertes alors que l’on évoque un
référendum sur un probable amendement de la Constitution et une
possible amnistie générale.
On observe alors
la fin des constantes dans la démarche des arouch, prêts à des
concessions même dans la mise en application de la plate-forme d’El-Kseur.
Malgré les manifestations de rues, la Kabylie n’a en aucune manière
changé la donne nationale. C’est probablement là une des plus
importantes leçons du printemps noir.
Amine Esseghir
Haut
Abderrezak Mokri (vice-président du MSP)
«Une
participation massive signifiera la fin de la crise»
Pour le Mouvement
de la société pour la paix, les élections partielles en Kabylie sont
une opportunité de redéploiement politique. Elle sont également
perçues, ainsi que l’explique Abderrezak Mokri, vice-président et
chef du groupe parlementaire du MSP, comme une opportunité pour
résoudre la crise dans la région.
Les Débats :
Quelle est la position du MSP par rapport à la décision d’organiser
des élections partielles en Kabylie ?
Abderrezak
Mokri : Il s’agit là d’une
décision qui découle des négociations entre le gouvernement et les
arouch. C’est une décision prise par le premier responsable d’un
gouvernement, dont nous faisons partie dans le cadre d’une
coalition, et nous pensons que c’est un décision raisonnable,
d’autant plus que notre position lors des législatives et des
locales en 2002 a été de nous opposer aux résultats de ces
élections. Je rappelle à ce titre que le MSP avait publiquement
critiqué les résultats tels qu’annoncés par le ministère de
l’Intérieur. Il est clair que, pour nous, l’organisation de ces
élections partielles ne peut que nous conforter dans notre position.
Par rapport à
la crise en Kabylie, que peuvent apporter ces élections ?
Il s’agit là d’une
revendication de ceux qui parlent au nom des citoyens de Kabylie.
L’organisation de ces élections constitue la réponse à leurs
attentes.
Pourtant,
certain partis considèrent qu’il s’agit d’une décision
anticonstitutionnelle…
Je précise que
telles que les choses se présentent, nous ne sommes pas devant une
dissolution des Assemblées locales, mais d’une démission des élus.
Ces derniers ont décidé de s’aligner sur la position de leurs partis
et de se retirer.
Vous dites
soutenir ces élections, alors qu’il y a quelques jours, vous avez
considéré, dans une précédente déclaration, que Ahmed Ouyahia
s’exprimait en tant que SG du RND et non comme chef du gouvernement.
Que s’est-il passé entre-temps ?
Là, nous parlons
de quelque chose de complètement différent. Je parle du fait de
faire cavalier seul sans demander l’avis des autres membres de la
coalition. Il s’agit, à ce titre, d’une décision qui ne concerne pas
l’organisation des élections partielles, mais le fait que le RND ait
décidé seul du retrait de ses élus.
Pour autant que
l’on sache, le MSP n’a pas beaucoup d’élus en Kabylie. Quel intérêt
aurait représenté pour vous d’être consultés sur la question ?
Premièrement, nous
considérons qu’il n’y a pas eu d’élections en Kabylie. Nous l’avons
dit depuis le départ. Il ne fallait pas, dans ce cas, accréditer les
résultats de ces élections parce qu’il n’y a pas eu de vote. Je
pense que c’était une mauvaise décision, suivie par une autre tout
aussi mauvaise de nommer des élus locaux dans ces Assemblées.
Ne pensez-vous
pas que, dans ce cas, ce raisonnement peut s’étendre aux
législatives ?
Tout à fait. Nous
aurions espéré que la décision prenne en considération les
conditions de déroulement des législatives en 2002 et que, de la
même façon, le RND et le FLN demandent à leurs élus au niveau du
Parlement de démissionner.
Est-ce que
cette question est en débat au niveau du MSP et de l’alliance ?
Nous avons
effectivement débattu de cette question et soumis nos propositions,
surtout au RND, mais je pense que ce qui est fait est fait.
Aujourd’hui, le
MSP n’a que deux élus en Kabylie, à Draa Ben Khadda plus
précisément. Je vous rappelle que lors des locales de 1997, nous
étions l’un des trois uniques partis représentés en Kabylie. A
Béjaïa, notamment, le MSP était le seul parti à avoir un
parlementaire aux côtés du RCD et du FFS. C’est ce qui nous pousse à
dire que la configuration politique dans les trois wilayas de la
région ne reflète aucunement la réalité.
Vous ne dites
pas, cependant, en dehors de l’intérêt du MSP, ce que représentent
ces élections ?
Tout simplement
que cela dégagera les nouvelles tendances en Kabylie. Et plus que de
nous donner une meilleure visibilité, il faut retenir qu’un taux de
participation appréciable lors de ces élections signifiera la fin de
la crise en Kabylie. C’est déjà très important puisque cela
permettra une véritable représentativité politique en Kabylie. En ce
qui nous concerne, cela nous permettra d’aider nos concitoyens à
sortir de la crise.
Vous parlez de
redistribution des cartes parmi les partis politiques, mais il y a
aussi la probabilité de participation en force des arouch sous la
forme de listes indépendantes, qui peut aller à contresens des
attentes des partis. Qu’en pensez-vous ?
Pas du tout. Avant
de parler de l’issue de ce scrutin, il faut aussi rappeler que les
arouch sont libres, ce sont des citoyens qui ont parfaitement le
droit de se présenter. L’essentiel, cependant, c’est qu’il y ait une
forte participation des électeurs. Par la suite se dessinera une
redistribution des rôles politiques en Kabylie.
Entretien
réalisé par Nabil Benali
Haut
Ouyahia veut régler le problème
Les ambitions
du RND
Ouyahia a pris la
décision de retirer de la Kabylie les élus de son parti en tant que
SG du RND, puis a voulu la faire endosser pour les partis de la
coalition et l’ensemble des formations politiques représentées dans
la région. Quoi de plus facile de retirer ses élus de Kabylie
lorsqu’on en possède que… 17 en tout. Néanmoins, cette manière
d’agir en voulant plaire aux aârouch indique parfaitement du niveau
de “bonne gouvernance” dont dispose le chef du gouvernement. Il
montre, en tout cas, sa volonté de placer le RND dans cette région
en dialoguant avec des personnes qui n’ont aucun mandat pour parler
au nom de leurs concitoyens et en révoquant des élus.
Après avoir
souhaité et pratiquement supplié le FFS de prendre part aux
élections locales d’octobre 2002, il lui est demandé maintenant
d’appliquer la décision d’Ouyahia en procédant au retrait de ses 400
élus et de se défaire de pas moins de 30 APC où il détient la
majorité. Par cet acte, les pouvoirs publics viennent de montrer
qu’en politique il n’existe pas de principes. D’ailleurs, le FFS n’a
pas tord de percevoir cette décision du retrait des “indus élus”
comme une “provocation” qui lui est spécialement destinée étant
donné le nombre de ses élus dans cette région. La première
bizarrerie vient du fait que le discours officiel fasse usage de
l’expression “indus élus”, comme si ces derniers ont volé leur
élection. En outre, personne ne comprend pourquoi Ahmed Ouyahia est
allé repêcher les aârouch au moment où ils avaient complètement
perdu le terrain. Organiser des élections partielles dans les
municipalités qui ne disposent pas d’élus locaux est une chose,
vouloir repartir à zéro dans cette région en est une autre. Quel
“consensus” espère trouver Ouyahia avec le FFS à partir du moment
que sa décision a été prise sans concertation avec quiconque, y
compris ses partenaires dans la coalition gouvernementale.
Pour justifier sa
décision, le chef du gouvernement fait appel à l’arithmétique. Selon
lui, “de nombreuses assemblées populaires communales (APC), à
Tizi-Ouzou et à Bejaia, avaient été élues avec des taux de
participation très bas, ce qui justifie aujourd’hui leur dissolution
et leur renouvellement”. Poursuivant dans sa “démonstration”
chiffrée, Ahmed Ouyahia donne l’exemple de la wilaya de Bejaia où,
d’après lui, 22 APC (sur les 52) “avaient été élues avec des taux de
participation inférieurs à 10%” et que quatre d’entre elles avaient
enregistré un taux de participation de moins de 1%. Et ajoute que le
résultat du taux de participation pour les l’APC de Bejaia ville
était de 5,82% et celui de l’APW était de moins 10%. Quelle est la
base légale sur laquelle le chef du RND fonde son raisonnement ?
Quel est le texte de loi qui énonce qu’une élection n’a aucune
valeur si le taux de participation n’atteint pas un seuil
déterminé ? A notre connaissance, aucun. En tout cas, si ce texte
existait, il devrait être appliqué à toutes les circonscriptions
nationales et, surtout, à tous les scrutins y compris présidentiel
qui n’a pas suscité un grand engouement dans ces wilayas.
Mais là où Ouyahia
dû piocher, c’est de rappeler les conditions dans lesquelles
s’étaient tenues les élections du 10 octobre 2002 dans la région de
Kabylie qu’il ne faut pas, d’ailleurs, limiter aux seules wilayas de
Bejaia et de Tizi-Ouzou puisque Bouira et une partie de Sétif et de
Boumerdes font partie de cette grande région.
Au-delà du fait
que le taux de participation dans la région dépasse rarement les
40%, il y a lieu de rappeler que les citoyens de Bejaia, de
Tizi-Ouzou, de Bouira et une partie de Sétif et de Boumerdes, n’ont
pas été nombreux pour voter en ce jour, c’est à cause du climat de
terreur qui avait été imposé par les aârouch. Ouyahia a-t-il oublié
que les électeurs qui avaient eu le courage de se diriger vers les
bureaux de vote l’on fait au péril de leur vie en bravant les
menaces.
Accords
RND-Aârouch ?
Le chef du
gouvernement aurait mieux fait d’organiser des élections partielles
dans les municipalités dépourvues d’élus locaux et dans celles où il
existe des situations de blocage qui ne permettent pas la gestion
des APC. D’un autre côté, pourquoi vouloir organiser des partielles
dans l’ensemble des municipalités des wilayas de Tizi-Ouzou et de
Bejaia ? Et pourquoi se limiter, alors, à ces deux seules wilayas et
ne pas inclure Bouira, par exemple ? Car, si l’on retient les
critères subjectifs du secrétaire général du RND, plusieurs permis
les APC ont été élues à moins de 10%.
A première vue,
l’organisation d’élections locales partielles en Kabylie n’a rien de
stratégique. Néanmoins, certains soupçonnent Ouyahia de vouloir
profiter de cette situation pour frayer un chemin pour le RND dans
cette région. C’est ce qui explique, d’ailleurs, l’attitude
attentiste du FLN. Beaucoup pensent qu’une alliance avec les aârouch
n’est pas exclue. Une manière de vouloir refaire la carte politique
de la Kabylie pour permettre une meilleure introduction dans la
région du RND et, à un degré moindre, du parti de l’ex-numéro deux
du RCD, Amara Benyounes, président de l’UDR. A ne pas en douter, les
aârouch, version Abrika, seraient redevables à Ouyahia de les avoirs
ressuscité. Ils n’y trouveraient aucun inconvénient à porter main
forte au RND lors des élections partielles, d’autant que leurs
relations avec le FFS et, à un degré moindre, avec le RCD qui leur
reproche d’avoir accepté de dialoguer, semblent de plus en plus se
dégrader.
De toute évidence,
le “consensus”, évoqué par Ouyahia lors de sa conférence de presse
de vendredi, n’aura pas lieu avec le FFS. En effet, rien n’indique
un fléchissement du parti de Hocine Aït Ahmed sur cette question,
d’autant que le FLN lui-même, pourtant membre de la coalition
gouvernementale, ne semble pas prêt à faire démissionner ses élus de
la Kabylie. Le gouvernement sera obligé de passer au rouleau
compresseur en décrétant la dissolution de l’ensemble des assemblées
élues dans les wilayas de Tizi-Ouzou et de Bejaia. Que va-t-il se
passer ? Les partielles vont-ils, pour autant, chambouler
l’échiquier politique dans la région ? Rien n’est moins sûr.
Il faut
reconnaître que la faible participation aux élections locales du 10
octobre 2002 n’enlève en rien à la représentativité du FFS dans
cette région. Si dans un régime d’émeutes il a pu obtenir 400 élus,
dans une situation normale il en décrochera certainement plus. Ceux
qui tablent sur un hypothétique “rejet” de ce parti par la
population se trompent énormément. Et se trompent d’autant plus que
dans la région, il n’existe pas d’autres alternatives à certains
partis comme le FFS, le RCD et le FLN.
Légaliste, le FFS
sera probablement amené à se soumettre à la dissolution des APC et
des APW qui sera prononcée par voie de décret. Mais cela lui sera
favorable au bout du compte. Il en usera même lors de la prochaine
campagne électorale pour discréditer ceux qui, au lieu d’offrir de
meilleures conditions de relance pour une région qui a énormément
souffert de deux années et plus d’émeutes au point d’en paralyser
l’économie, ils ont préféré jouer sur le registre du “taux de
participation” pour déloger des élus suite à une exigence de non
élus. Une campagne qui s’annonce particulièrement chaude.
Abdelkader
Djalil
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