Semaine du 16 au 22 mars 2005

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Washington se rallie aux Européens

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Une paix fragile et précaire

 

 
 
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Washington se rallie aux Européens

Après une longue période de tergiversations, les Etats-Unis ont changé de cap et se sont ralliés aux Européens dans leurs négociations avec l’Iran pour que celui-ci cesse ses activités nucléaires, jugées sensibles. Washington a exclu toutefois de s’engager directement dans les pourparlers afin de garder les coudées franches en cas de revirement.

Les Américains ont ainsi annoncé une série de mesures d’ouverture économique vers l’Iran pour, disent-ils, aider l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, qui mènent actuellement des négociations avec Téhéran, à convaincre ce pays de renoncer à toutes ambitions nucléaires, fussent-elles à des fins pacifiques.

L’administration républicaine américaine ne s’oppose ainsi plus à l’examen de la candidature de Téhéran à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Washington est également prêt à examiner “au cas par cas” la fourniture de pièces de rechange à l’aviation civile iranienne, une petite brèche dans l’embargo américain quasi-total instauré contre la République islamique.

Les responsables américains se sont empressés de souligner que la balle est maintenant dans le camp de Téhéran. L’engagement européen à aller devant le Conseil de sécurité des Nations unies si l’Iran ne renonçait pas à ses activités d’enrichissement et de retraitement a été l’un des principaux facteurs dans la décision américaine. Malgré leur caractère limité, les mesures américaines tranchent quelque peu avec l’indifférence, voire le scepticisme adopté jusque-là vis-à-vis des efforts européens dans la gestion de ce dossier. Tout en affichant son souhait d’une solution diplomatique, George W. Bush avait, au cours des dernières semaines, affirmé qu’aucune option, y compris militaire, n’était écartée. Il a aussi à plusieurs reprises “flirté” avec l’idée d’une politique de soutien à un changement de régime à Téhéran.

Qu’est-ce qui explique ce revirement ? Il peut s’expliquer par la crainte de voir une aggravation des tensions avec la République islamique se répercuter sur l’Irak voisin, au moment où Washington cherche à tout prix à stabiliser ce pays. L’option militaire, les frappes contre les sites nucléaires jugés suspects en Iran ou une stratégie active de changement de régime auraient des partisans dans les milieux conservateurs américains, mais cela provoque, selon la presse américaine, de vives résistances dans la hiérarchie militaire notamment. Les Etats-Unis sont tellement englués en Irak et l’Iran a une telle capacité à influer sur son voisin, qu’on peut estimer que la marge de manœuvre de Washington envers Téhéran est très réduite, d’où ce ralliement aux Européens avec, en cas d’échec dans les négociations, une contrepartie : l’envoi du dossier au Conseil de sécurité, comme le souhaitaient initialement les Américains.

Quoi qu’il en soit, la première réaction de Téhéran a été pour le moins froide. “La république islamique d’Iran est déterminée à utiliser la technologie nucléaire civile et aucune pression, menace ou mesure incitative ne peut amener l’Iran à renoncer à ses droits légitimes”, a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Une barre placée très haut, mais dans une de ses rares interviews à la presse étrangère, Akbar Hachemi Rafsandjani, donné favori pour la prochaine présidentielle, a lancé récemment un véritable signal. Il a déclaré qu’une éventuelle décision américaine de remettre à l’Iran au moins huit milliards confisqués après la victoire de la Révolution islamique de 1979 serait “le meilleur signe positif”.

Reste à savoir si les Etats-Unis iront aussi loin….

Leïla Heraoua

 

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Proche Orient

Une paix fragile et précaire

Les conséquences de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais sur la “stabilité” du Proche-Orient et l’engouement de la collusion américano-française à déposer une nouvelle résolution contraignante enjoignant les Syriens à obtempérer et à évacuer l’ensemble du territoire libanais se font de plus en plus précises.

Alors que les événements semblent s’accélérer après l’attentat perpétré contre Hariri, la majorité des médias se sont focalisés sur la Syrie, la tenant pour responsable du carnage de Beyrouth, voilà encore que la Syrie est accusée de l’attentat de Tel-Aviv, qui corrobore que tous ces événements donnent à Sharon l’opportunité de mener une politique à géométrie variable où la “volonté dominatrice” d’Israël rencontre la “honteuse servilité” dans le monde.

Toutes ces rodomontades ne sont en réalité qu’un aveu d’Israël qui utilise tous les subterfuges inimaginables afin que l’actualité mondiale et l’ONU se focalisent sur la Syrie. Israël somme Abbas d’agir et accuse Damas, tout en sapant les efforts de paix initiés dans le processus de rapprochement entre l’Autorité palestinienne et Israël.

Tous ces événements qui se précipitent étrangement font que les observateurs redoutent qu’une opération militaire soit à l’ordre du jour, au moment ultime, vu l’importance de la pression diplomatique maintenue sur la Syrie dans le contexte international qui s’est accentué ces derniers temps après l’assassinat de Hariri, et d’un formatage de la région qui se dessine progressivement et qui ne saurait tarder à voir le jour, une fois la Syrie rentrée dans le “rang”. Bush réclame un calendrier du retrait syrien et met en garde contre tout repli inachevé.

Bachar el-Assad annonce le redéploiement des forces syriennes dans la plaine de la Bekaâ, puis à la frontière libano-syrienne.

En liquidant Maskhadov, le nouveau tsar de Russie, Poutine, démontre qu’il préfère la fuite en avant dans l’horreur plutôt que la négociation et donne dans son inconscience un blanc-seing aux groupes armés tchétchènes. Les maigres espoirs de paix sont morts avec Aslan Maskhadov, alors que le Kremlin s’enferme dans une logique de guerre effarante où il n’a jamais mis en avant des perspectives d’ouverture et de dialogue avec la résistance tchétchène.

Les Américains, qui agitent toujours le spectre d’un conflit armé avec la Syrie malgré les allégations mensongères visant à impliquer ce pays dans tous les attentats secouant la région ces derniers temps, ont jeté encore un pavé dans la mare avec les déclarations lapidaires de Rice accusant le Djihad islamique et montrant du doigt Damas après l’attentat de Tel-Aviv, reprenant ainsi la rhétorique d’Israël qui avait immédiatement mis à l’index la Syrie en affirmant disposer de “preuves” tendant à corroborer ses accusations pour intensifier de plus belle sa campagne à l’encontre de son voisin et rival.

La Syrie, mise en cause dans l’attentat de Tel-Aviv, le 26 février, par le ministre israélien de la Défense Shaoul Mofaz qui étaye ses accusations en émettant avec certitude dans une déclaration lapidaire que l’ordre de perpétrer cet attentat a été donné par des éléments du Djihad islamique basés à Damas, vient de confirmer que ce pays est accusé injustement de tous les maux dans la région, sur la base de palabres et d’allégations mensongères où la duplicité prédomine largement.

La Syrie, qui a démenti toute implication dans l’attentat de Tel-Aviv, devrait en faire de même, à l’avenir, à chaque attentat fomenté contre une cible israélienne. Israël a attaqué des cibles syriennes par le passé et renouvellera ses attaques, si nécessaire, a prévenu le 27 janvier le vice-ministre de la Défense Zeev Boim, au surlendemain de l’attentat de Tel-Aviv qui a fait quatre morts.

Le nouveau bouc émissaire tout désigné par les faucons israéliens, Le “numéro deux” du gouvernement, Shimon Peres, a lui aussi accusé la Syrie “d’implication directe ou indirecte” dans l’attentat, tout en soulignant la nécessité pour Israël de ne rien faire qui puisse gêner la pression diplomatique actuelle exercée contre Damas par les Etats-Unis au sujet de son rôle au Liban, ce qui démontre le rôle prépondérant d’Israël, qui serait l’élément moteur des destinées palestiniennes et des voisins arabes. Comme quoi tous les pays arabes de la région, hostiles à Israël, “adopteront” une politique en fonction des desiderata de l’entité sioniste.

Comme en pareille circonstance, les négociations sur la remise du contrôle sécuritaire à l’Autorité palestinienne dans les villes autonomes de Cisjordanie ont été gelées ; le ministre israélien de la Défense Shaoul Mofaz ne s’est pas privé de s’en prendre à la Syrie en menaçant d’attaquer des bases arrières des organisations palestiniennes dont les activités ont été stoppées depuis longtemps.

Cet attentat-suicide, revendiqué par un responsable du mouvement radical palestinien Djihad islamique, qui a tué quatre Israéliens et fait au moins quarante blessés à Tel-Aviv, a donné l’occasion à Mofaz de mettre clairement à l’index la Syrie accusée de patronner des organisations terroristes et de les encourager à perpétrer des attentats, ce qui met en péril le processus de paix avec les Palestiniens et la stabilité régionale.

Le processus de paix, qui peut s’effriter lorsqu’un attentat anti-israélien survient, est tel que les Israéliens provoquent une rupture avec leur interlocuteur palestinien Abbas afin d’investir toutes les villes autonomes de Cisjordanie et de Gaza. “Nous ne pouvons rester sans réagir à de tels attentats meurtriers et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour empêcher les mouvements terroristes de s’en prendre aux Israéliens”, a souligné M. Mofaz. La riposte sera ponctuelle et concernera les éléments directement impliqués dans l’exécution de l’attentat. Des opérations d’envergure ne sont pas envisagées, selon un responsable de la défense cité par la radio militaire. L’armée a arrêté cinq hommes, dont deux frères du kamikaze palestinien.

La double accusation relayée par les israéliens à l’encontre de la Syrie et de l’Autorité palestinienne, dont le devoir est de lutter contre la violence, n’a produit aucun effet escompté d’après le Premier ministre israélien et permet à l’Etat hébreu de réaliser progressivement ses vieux desseins d’expansionnisme pour frapper d’ostracisme toutes les organisations extrémistes et la Syrie, considérée par les faucons israéliens comme le principal rival et ennemi potentiel d’Israël. Le moment propice qui succède à l’assassinat de Hariri rend favorable toutes les options envisagées par Sharon pour préparer une opération limitée ou d’envergure contre Damas. “Nous savons avec certitude que l’ordre de perpétrer cet attentat a été donné par des éléments du Djihad islamique qui se trouvent à Damas”, mais cela n’enlève rien à la responsabilité de l’Autorité palestinienne et à son devoir “de lutter contre la violence”, a ajouté le ministre israélien de la Défense.

Le repli général des troupes syriennes sur la plaine de la Bekaa, annoncé le 27 février, est-il vraiment le prélude à un départ rapide, total et définitif du Liban, s’interrogent les observateurs. La Syrie estime qu’”avant d’accélérer le rythme des retraits, il faudrait que l’armée libanaise et les forces de sécurité puissent combler le vide de manière à ne pas porter atteinte à la sécurité du Liban et de la Syrie”, a dit le vice-ministre syrien des Affaires étrangères.

Dernièrement, sur la chaîne de télévision française Arte, dans une interview, un ancien agent du Mossad avait précisé que “là ou il y avait une guerre dans le monde, le Mossad était présent”. Cette phrase ne peut laisser indifférent, elle prend un sens important. En filigrane, cela veut dire que le Mossad infiltre tous les événements dans le monde pour semer le trouble. Cela est loin d’être de la paranoïa. Il est patent de constater que l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis et leurs partenaires montre encore une fois l’existence de deux mondes sur cette terre : celui des “riches”, des oppresseurs, et celui des “pauvres”, des opprimés.

L’escalade des attentats ciblés

Les Syriens ne sont présents au Liban que suite aux accords de Taef de 1989 signés par la Syrie et le Liban sous la bénédiction américaine. Cette présence syrienne qui a permis de mettre fin à la guerre civile au Liban. De plus, les deux pays étaient liés par un traité d’amitié et de coopération, en plus des liens historiques très profonds qui existaient entre les deux pays. Si la Syrie doit considérer les accords de Taef comme caducs, elle ne peut se soustraire à la résolution 1559 déposée conjointement par la France et les Etats-Unis au Conseil de sécurité de L’ONU.

L’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, constituant un attentat sélectif, a été exploité dans toute son étendue et dans ses moindres recoins pour mener une campagne d’intox sans précédent à l’encontre de la Syrie, qui clame désespérément son innocence à ses détracteurs irréductibles qui ont toujours soutenu Israël. L’assassinat de Hariri, qui n’était pas inattendu pour ceux qui savaient tirer les ficelles et désireux d’atteindre à n’importe quel prix les résultats escomptés, a permis à certains Etats de réaliser des objectifs en la circonstance, à l’aide de palliatifs, d’expédients magiques et de manœuvres dilatoires pour réitérer leurs accusations à l’encontre de la Syrie afin de parfaire leur mainmise sur la région.

La Syrie, affichant un profil bas, n’est pas au bout de ses peines ; elle devra subir d’autres épreuves et faire face à d’autres accusations infondées et vraisemblablement à un odieux chantage pouvant mettre en péril sa souveraineté et ce, dans le but de la pousser à faire encore des concessions à des prédateurs sans scrupules.

La politique israélienne s’est toujours inscrite dans une logique aberrante pour pérenniser un état de confrontation permanente avec ses voisins arabes et de réoccupation systématique des territoires palestiniens, à chaque fois que la presse internationale fait état d’un attentat anti-israélien.

Concernant la mort de Hariri, le bénéfice du doute n’a jamais été accordé aux pays arabes, et en premier lieu à la Syrie, car pour les Occidentaux, Israël et les Etats-Unis, si ce pays ne peut prouver son innocence, c’est qu’il est donc coupable. Ce qu’il faut décortiquer dans la mort de Hariri, c’est que la Syrie, qui a fait plus concessions qu’elle n’était en mesure d’en faire, se verra acculée de toutes parts jusqu’à négocier sa souveraineté et se laisser dicter sa politique par Washington et Tel-Aviv. Et ce n’est pas le discours du Président syrien, qui a rassuré le monde en s’engageant à évacuer progressivement toutes les positions militaires qu’il concentre au Liban, qui pourra changer la donne et favoriser une accalmie dans la tempête déchaînée à l’encontre de Damas.

Il serait totalement illusoire pour les officiels syriens de songer à un quelconque allégement ou assouplissement des multiples pressions auxquelles la Syrie doit faire face depuis l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais. Depuis cette tragédie, la litanie des griefs retenus contre Damas ne fait que s’allonger. Et peu importe s’il n’y a pas de preuves probantes, car les accusations préfabriquées sont suffisantes pour permettre aux USA de consolider leur présence au Proche-Orient. En dépit du discours du président syrien Bachar el-Assad annonçant officiellement le retrait total de ses troupes du Liban d’ici mai, les Américains sont satisfaits et en même temps n’en ont cure car leur objectif est d’asphyxier la Syrie sur tous les plans, au point de devenir incapable d’être réfractaire à l’ordre nouvellement établi par les Etats-Unis dans la région.

La Syrie, qui se réfugie dans ses derniers retranchements, n’exclut pas de faire amende honorable tout en faisant acte de contrition, à l’instar de la Libye.

La politique américaine au Proche-Orient, loin de s’essouffler, s’attelle à n’importe quel prix à faire main basse sur la souveraineté des pays arabes, les poussant à se ranger inconditionnellement dans le “bon chemin” qui favoriserait l’émergence du Grand Moyen-Orient initié par les Américains et si cher à leurs yeux. Washington, qui entame son périple pour boucler la boucle, exerce des pressions sur Ankara pour l’empêcher de se rapprocher de la Syrie, qu’elle veut voir frappée d’ostracisme afin qu’elle rejoigne sa zone d’influence.

(A suivre)

N. Rahal

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