|
Accueil
Iran
Washington se
rallie aux Européens
Après une longue
période de tergiversations, les Etats-Unis ont changé de cap et se
sont ralliés aux Européens dans leurs négociations avec l’Iran pour
que celui-ci cesse ses activités nucléaires, jugées sensibles.
Washington a exclu toutefois de s’engager directement dans les
pourparlers afin de garder les coudées franches en cas de
revirement.
Les Américains ont
ainsi annoncé une série de mesures d’ouverture économique vers
l’Iran pour, disent-ils, aider l’Allemagne, la France et la
Grande-Bretagne, qui mènent actuellement des négociations avec
Téhéran, à convaincre ce pays de renoncer à toutes ambitions
nucléaires, fussent-elles à des fins pacifiques.
L’administration
républicaine américaine ne s’oppose ainsi plus à l’examen de la
candidature de Téhéran à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Washington est également prêt à examiner “au cas par cas” la
fourniture de pièces de rechange à l’aviation civile iranienne, une
petite brèche dans l’embargo américain quasi-total instauré contre
la République islamique.
Les responsables
américains se sont empressés de souligner que la balle est
maintenant dans le camp de Téhéran. L’engagement européen à aller
devant le Conseil de sécurité des Nations unies si l’Iran ne
renonçait pas à ses activités d’enrichissement et de retraitement a
été l’un des principaux facteurs dans la décision américaine. Malgré
leur caractère limité, les mesures américaines tranchent quelque peu
avec l’indifférence, voire le scepticisme adopté jusque-là vis-à-vis
des efforts européens dans la gestion de ce dossier. Tout en
affichant son souhait d’une solution diplomatique, George W. Bush
avait, au cours des dernières semaines, affirmé qu’aucune option, y
compris militaire, n’était écartée. Il a aussi à plusieurs reprises
“flirté” avec l’idée d’une politique de soutien à un changement de
régime à Téhéran.
Qu’est-ce qui
explique ce revirement ? Il peut s’expliquer par la crainte de voir
une aggravation des tensions avec la République islamique se
répercuter sur l’Irak voisin, au moment où Washington cherche à tout
prix à stabiliser ce pays. L’option militaire, les frappes contre
les sites nucléaires jugés suspects en Iran ou une stratégie active
de changement de régime auraient des partisans dans les milieux
conservateurs américains, mais cela provoque, selon la presse
américaine, de vives résistances dans la hiérarchie militaire
notamment. Les Etats-Unis sont tellement englués en Irak et l’Iran a
une telle capacité à influer sur son voisin, qu’on peut estimer que
la marge de manœuvre de Washington envers Téhéran est très réduite,
d’où ce ralliement aux Européens avec, en cas d’échec dans les
négociations, une contrepartie : l’envoi du dossier au Conseil de
sécurité, comme le souhaitaient initialement les Américains.
Quoi qu’il en
soit, la première réaction de Téhéran a été pour le moins froide.
“La république islamique d’Iran est déterminée à utiliser la
technologie nucléaire civile et aucune pression, menace ou mesure
incitative ne peut amener l’Iran à renoncer à ses droits légitimes”,
a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Une barre placée
très haut, mais dans une de ses rares interviews à la presse
étrangère, Akbar Hachemi Rafsandjani, donné favori pour la prochaine
présidentielle, a lancé récemment un véritable signal. Il a déclaré
qu’une éventuelle décision américaine de remettre à l’Iran au moins
huit milliards confisqués après la victoire de la Révolution
islamique de 1979 serait “le meilleur signe positif”.
Reste à savoir si
les Etats-Unis iront aussi loin….
Leïla Heraoua
Haut
Proche Orient
Une paix
fragile et précaire
Les conséquences
de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais sur la
“stabilité” du Proche-Orient et l’engouement de la collusion
américano-française à déposer une nouvelle résolution contraignante
enjoignant les Syriens à obtempérer et à évacuer l’ensemble du
territoire libanais se font de plus en plus précises.
Alors que les
événements semblent s’accélérer après l’attentat perpétré contre
Hariri, la majorité des médias se sont focalisés sur la Syrie, la
tenant pour responsable du carnage de Beyrouth, voilà encore que la
Syrie est accusée de l’attentat de Tel-Aviv, qui corrobore que tous
ces événements donnent à Sharon l’opportunité de mener une politique
à géométrie variable où la “volonté dominatrice” d’Israël rencontre
la “honteuse servilité” dans le monde.
Toutes ces
rodomontades ne sont en réalité qu’un aveu d’Israël qui utilise tous
les subterfuges inimaginables afin que l’actualité mondiale et l’ONU
se focalisent sur la Syrie. Israël somme Abbas d’agir et accuse
Damas, tout en sapant les efforts de paix initiés dans le processus
de rapprochement entre l’Autorité palestinienne et Israël.
Tous ces
événements qui se précipitent étrangement font que les observateurs
redoutent qu’une opération militaire soit à l’ordre du jour, au
moment ultime, vu l’importance de la pression diplomatique maintenue
sur la Syrie dans le contexte international qui s’est accentué ces
derniers temps après l’assassinat de Hariri, et d’un formatage de la
région qui se dessine progressivement et qui ne saurait tarder à
voir le jour, une fois la Syrie rentrée dans le “rang”. Bush réclame
un calendrier du retrait syrien et met en garde contre tout repli
inachevé.
Bachar el-Assad
annonce le redéploiement des forces syriennes dans la plaine de la
Bekaâ, puis à la frontière libano-syrienne.
En liquidant
Maskhadov, le nouveau tsar de Russie, Poutine, démontre qu’il
préfère la fuite en avant dans l’horreur plutôt que la négociation
et donne dans son inconscience un blanc-seing aux groupes armés
tchétchènes. Les maigres espoirs de paix sont morts avec Aslan
Maskhadov, alors que le Kremlin s’enferme dans une logique de guerre
effarante où il n’a jamais mis en avant des perspectives d’ouverture
et de dialogue avec la résistance tchétchène.
Les Américains,
qui agitent toujours le spectre d’un conflit armé avec la Syrie
malgré les allégations mensongères visant à impliquer ce pays dans
tous les attentats secouant la région ces derniers temps, ont jeté
encore un pavé dans la mare avec les déclarations lapidaires de Rice
accusant le Djihad islamique et montrant du doigt Damas après
l’attentat de Tel-Aviv, reprenant ainsi la rhétorique d’Israël qui
avait immédiatement mis à l’index la Syrie en affirmant disposer de
“preuves” tendant à corroborer ses accusations pour intensifier de
plus belle sa campagne à l’encontre de son voisin et rival.
La Syrie, mise en
cause dans l’attentat de Tel-Aviv, le 26 février, par le ministre
israélien de la Défense Shaoul Mofaz qui étaye ses accusations en
émettant avec certitude dans une déclaration lapidaire que l’ordre
de perpétrer cet attentat a été donné par des éléments du Djihad
islamique basés à Damas, vient de confirmer que ce pays est accusé
injustement de tous les maux dans la région, sur la base de palabres
et d’allégations mensongères où la duplicité prédomine largement.
La Syrie, qui a
démenti toute implication dans l’attentat de Tel-Aviv, devrait en
faire de même, à l’avenir, à chaque attentat fomenté contre une
cible israélienne. Israël a attaqué des cibles syriennes par le
passé et renouvellera ses attaques, si nécessaire, a prévenu le 27
janvier le vice-ministre de la Défense Zeev Boim, au surlendemain de
l’attentat de Tel-Aviv qui a fait quatre morts.
Le nouveau bouc
émissaire tout désigné par les faucons israéliens, Le “numéro deux”
du gouvernement, Shimon Peres, a lui aussi accusé la Syrie
“d’implication directe ou indirecte” dans l’attentat, tout en
soulignant la nécessité pour Israël de ne rien faire qui puisse
gêner la pression diplomatique actuelle exercée contre Damas par les
Etats-Unis au sujet de son rôle au Liban, ce qui démontre le rôle
prépondérant d’Israël, qui serait l’élément moteur des destinées
palestiniennes et des voisins arabes. Comme quoi tous les pays
arabes de la région, hostiles à Israël, “adopteront” une politique
en fonction des desiderata de l’entité sioniste.
Comme en pareille
circonstance, les négociations sur la remise du contrôle sécuritaire
à l’Autorité palestinienne dans les villes autonomes de Cisjordanie
ont été gelées ; le ministre israélien de la Défense Shaoul Mofaz ne
s’est pas privé de s’en prendre à la Syrie en menaçant d’attaquer
des bases arrières des organisations palestiniennes dont les
activités ont été stoppées depuis longtemps.
Cet
attentat-suicide, revendiqué par un responsable du mouvement radical
palestinien Djihad islamique, qui a tué quatre Israéliens et fait au
moins quarante blessés à Tel-Aviv, a donné l’occasion à Mofaz de
mettre clairement à l’index la Syrie accusée de patronner des
organisations terroristes et de les encourager à perpétrer des
attentats, ce qui met en péril le processus de paix avec les
Palestiniens et la stabilité régionale.
Le processus de
paix, qui peut s’effriter lorsqu’un attentat anti-israélien
survient, est tel que les Israéliens provoquent une rupture avec
leur interlocuteur palestinien Abbas afin d’investir toutes les
villes autonomes de Cisjordanie et de Gaza. “Nous ne pouvons rester
sans réagir à de tels attentats meurtriers et nous prendrons toutes
les mesures nécessaires pour empêcher les mouvements terroristes de
s’en prendre aux Israéliens”, a souligné M. Mofaz. La riposte sera
ponctuelle et concernera les éléments directement impliqués dans
l’exécution de l’attentat. Des opérations d’envergure ne sont pas
envisagées, selon un responsable de la défense cité par la radio
militaire. L’armée a arrêté cinq hommes, dont deux frères du
kamikaze palestinien.
La double
accusation relayée par les israéliens à l’encontre de la Syrie et de
l’Autorité palestinienne, dont le devoir est de lutter contre la
violence, n’a produit aucun effet escompté d’après le Premier
ministre israélien et permet à l’Etat hébreu de réaliser
progressivement ses vieux desseins d’expansionnisme pour frapper
d’ostracisme toutes les organisations extrémistes et la Syrie,
considérée par les faucons israéliens comme le principal rival et
ennemi potentiel d’Israël. Le moment propice qui succède à
l’assassinat de Hariri rend favorable toutes les options envisagées
par Sharon pour préparer une opération limitée ou d’envergure contre
Damas. “Nous savons avec certitude que l’ordre de perpétrer cet
attentat a été donné par des éléments du Djihad islamique qui se
trouvent à Damas”, mais cela n’enlève rien à la responsabilité de
l’Autorité palestinienne et à son devoir “de lutter contre la
violence”, a ajouté le ministre israélien de la Défense.
Le repli général
des troupes syriennes sur la plaine de la Bekaa, annoncé le 27
février, est-il vraiment le prélude à un départ rapide, total et
définitif du Liban, s’interrogent les observateurs. La Syrie estime
qu’”avant d’accélérer le rythme des retraits, il faudrait que
l’armée libanaise et les forces de sécurité puissent combler le vide
de manière à ne pas porter atteinte à la sécurité du Liban et de la
Syrie”, a dit le vice-ministre syrien des Affaires étrangères.
Dernièrement, sur
la chaîne de télévision française Arte, dans une interview, un
ancien agent du Mossad avait précisé que “là ou il y avait une
guerre dans le monde, le Mossad était présent”. Cette phrase ne peut
laisser indifférent, elle prend un sens important. En filigrane,
cela veut dire que le Mossad infiltre tous les événements dans le
monde pour semer le trouble. Cela est loin d’être de la paranoïa. Il
est patent de constater que l’occupation de l’Irak par les
Etats-Unis et leurs partenaires montre encore une fois l’existence
de deux mondes sur cette terre : celui des “riches”, des
oppresseurs, et celui des “pauvres”, des opprimés.
L’escalade des
attentats ciblés
Les Syriens ne
sont présents au Liban que suite aux accords de Taef de 1989 signés
par la Syrie et le Liban sous la bénédiction américaine. Cette
présence syrienne qui a permis de mettre fin à la guerre civile au
Liban. De plus, les deux pays étaient liés par un traité d’amitié et
de coopération, en plus des liens historiques très profonds qui
existaient entre les deux pays. Si la Syrie doit considérer les
accords de Taef comme caducs, elle ne peut se soustraire à la
résolution 1559 déposée conjointement par la France et les
Etats-Unis au Conseil de sécurité de L’ONU.
L’assassinat de
l’ancien Premier ministre libanais, constituant un attentat
sélectif, a été exploité dans toute son étendue et dans ses moindres
recoins pour mener une campagne d’intox sans précédent à l’encontre
de la Syrie, qui clame désespérément son innocence à ses détracteurs
irréductibles qui ont toujours soutenu Israël. L’assassinat de
Hariri, qui n’était pas inattendu pour ceux qui savaient tirer les
ficelles et désireux d’atteindre à n’importe quel prix les résultats
escomptés, a permis à certains Etats de réaliser des objectifs en la
circonstance, à l’aide de palliatifs, d’expédients magiques et de
manœuvres dilatoires pour réitérer leurs accusations à l’encontre de
la Syrie afin de parfaire leur mainmise sur la région.
La Syrie,
affichant un profil bas, n’est pas au bout de ses peines ; elle
devra subir d’autres épreuves et faire face à d’autres accusations
infondées et vraisemblablement à un odieux chantage pouvant mettre
en péril sa souveraineté et ce, dans le but de la pousser à faire
encore des concessions à des prédateurs sans scrupules.
La politique
israélienne s’est toujours inscrite dans une logique aberrante pour
pérenniser un état de confrontation permanente avec ses voisins
arabes et de réoccupation systématique des territoires palestiniens,
à chaque fois que la presse internationale fait état d’un attentat
anti-israélien.
Concernant la mort
de Hariri, le bénéfice du doute n’a jamais été accordé aux pays
arabes, et en premier lieu à la Syrie, car pour les Occidentaux,
Israël et les Etats-Unis, si ce pays ne peut prouver son innocence,
c’est qu’il est donc coupable. Ce qu’il faut décortiquer dans la
mort de Hariri, c’est que la Syrie, qui a fait plus concessions
qu’elle n’était en mesure d’en faire, se verra acculée de toutes
parts jusqu’à négocier sa souveraineté et se laisser dicter sa
politique par Washington et Tel-Aviv. Et ce n’est pas le discours du
Président syrien, qui a rassuré le monde en s’engageant à évacuer
progressivement toutes les positions militaires qu’il concentre au
Liban, qui pourra changer la donne et favoriser une accalmie dans la
tempête déchaînée à l’encontre de Damas.
Il serait
totalement illusoire pour les officiels syriens de songer à un
quelconque allégement ou assouplissement des multiples pressions
auxquelles la Syrie doit faire face depuis l’assassinat de
l’ex-Premier ministre libanais. Depuis cette tragédie, la litanie
des griefs retenus contre Damas ne fait que s’allonger. Et peu
importe s’il n’y a pas de preuves probantes, car les accusations
préfabriquées sont suffisantes pour permettre aux USA de consolider
leur présence au Proche-Orient. En dépit du discours du président
syrien Bachar el-Assad annonçant officiellement le retrait total de
ses troupes du Liban d’ici mai, les Américains sont satisfaits et en
même temps n’en ont cure car leur objectif est d’asphyxier la Syrie
sur tous les plans, au point de devenir incapable d’être réfractaire
à l’ordre nouvellement établi par les Etats-Unis dans la région.
La Syrie, qui se
réfugie dans ses derniers retranchements, n’exclut pas de faire
amende honorable tout en faisant acte de contrition, à l’instar de
la Libye.
La politique
américaine au Proche-Orient, loin de s’essouffler, s’attelle à
n’importe quel prix à faire main basse sur la souveraineté des pays
arabes, les poussant à se ranger inconditionnellement dans le “bon
chemin” qui favoriserait l’émergence du Grand Moyen-Orient initié
par les Américains et si cher à leurs yeux. Washington, qui entame
son périple pour boucler la boucle, exerce des pressions sur Ankara
pour l’empêcher de se rapprocher de la Syrie, qu’elle veut voir
frappée d’ostracisme afin qu’elle rejoigne sa zone d’influence.
(A suivre)
N. Rahal
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |