|
Accueil
Alliance à
l’algérienne
Une fois de plus,
la preuve est faite que l’alliance structurée autour du RND, du FLN
et du MSP est en fait tout à fait formelle et que ce n’est pas du
tout en son sein que se discutent les dossiers politiques les plus
essentiels. Cela a été le cas pour la question des “indus élus” en
Kabylie, pour la loi de finances 2005 à propos de l’importation des
alcools, et c’est maintenant le cas, encore, pour la suppression de
la filière islamique du cycle de l’enseignement secondaire.
Le ministre de
l’Education nationale et le chef du gouvernement auront eu beau
laisser entendre que la décision de la suppression du baccalauréat
islamique vient du président de la République en personne, cela
n’empêche pas les islamiste du MSP de faire comme s’ils n’avaient
pas entendu. Que ce soit par le biais de leur presse, par celui de
leurs députés ou par la bouche de leur ministre d’Etat Aboudjerra
Soltani, ils ferraillent dur pour tenter de faire revenir les
pouvoirs publics sur une décision au caractère si stratégique
qu’elle mobilise le ban et l’arrière-ban de la mouvance islamiste.
Une fois de plus, la preuve est donc faite que l’alliance structurée
autour du RND, du FLN et du MSP est en fait tout à fait formelle et
que ce n’est pas du tout en son sein que se discutent les dossiers
politiques les plus essentiels. Cela a été le cas pour la question
des “indus élus” en Kabylie, pour la loi de finances 2005 à propos
de l’importation des alcools, et c’est maintenant le cas, encore,
pour la suppression de la filière islamique du cycle de
l’enseignement secondaire. En réalité, le seul membre de l’alliance
à être vraiment au courant de ce qui se passe au niveau de
l’alliance et du gouvernement qu’elle est censée contrôler est de
toute évidence Ahmed Ouyahia, le secrétaire général du RND. Inutile
de préciser que dans ces conditions, les chances de survie de
l’alliance sont bien minces dans la mesure où on voit mal comment le
MSP et surtout le FLN vont continuer à bénir une union politique qui
ne fonctionne en vérité qu’avec un seul acteur et deux spectateurs.
Même l’opportunisme le plus pugnace ne pourra résister encore bien
longtemps à cette forme de travail politique, qui ne profite en
définitive qu’au RND, et qui fait de ses alliés de simples
faire-valoir dont on se demande encore ce qu’ils font au sein d’un
rassemblement qui fait passer ses chefs pour de bien piètres
politiques, même pas capables de savoir ce qui se trame au sein du
gouvernement auquel ils appartiennent.
Si l’objectif
recherché était de gravement discréditer le FLN et le MSP, il
semblerait que le résultat obtenu dépasse largement toutes les
espérances. Au point que le FLN a déjà commencé à changer de fusil
d’épaule en adoptant une attitude nettement plus offensive et
sensiblement plus critique vis-à-vis de l’action d’un gouvernement
auquel ils appartient pourtant. Seulement, pour ce parti, la
problématique est encore plus compliquée dans la mesure où non
seulement il est ligoté par une alliance qui échappe de plus en plus
à son contrôle, mais en plus il a pour président le président de la
République lui-même qui, visiblement, est plus proche du RND que du
FLN. Il nous aura en tout cas été rarement donné de voir à l’œuvre
un dispositif politique aussi ingénieux qui permet de neutraliser
les deux principaux partis concurrents de celui de Ahmed Ouyahia
sans même leur laisser la possibilité de se battre clairement pour
défendre leur propre programme sous le fumeux prétexte qu’ils
défendent tous un seul programme, celui du président de la
République, alors que visiblement, ce dernier n’en a pas, en tout
cas pas au sens classique du terme.
De plus en plus
d’observateurs commencent d’ailleurs à se demander s’il est
humainement possible que des hommes politiques aussi retors que
Aboudjerra Soltani et Abdelaziz Belkhadem puissent vraiment se faire
rouler dans la farine avec autant de facilité, ou alors s’ils
n’acceptent pas plutôt sciemment de se prêter à des jeux aussi
pervers au détriment de leurs propres formations politiques. Des
postes aussi prestigieux que celui de ministre d’Etat suffisant en
vérité à émousser toute perspicacité politique et à faire passer
l’intérêt de leurs partis bien après le leur propre. Ce ne sera pas
en tout cas la première fois dans l’histoire de l’humanité que des
responsables politiques, même de premier plan, auront sciemment mis
de côté leurs plans de bataille partisans pour s’occuper plutôt de
soigner leurs carrières personnelles. Et connaissant les tendances à
l’opportunisme et à l’entrisme du FLN et du MSP, il ne faut guère
s’étonner alors des comportements tout à fait incohérents de leurs
chefs, qui s’arrangent pour donner le change à leurs troupes en
jouant l’opposition (même constructive) et en avalant toutes les
couleuvres que leur servent Ahmed Ouyahia et le président de la
République.
A. M.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |