Semaine du 1er au 7 juin 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Alliance à l’algérienne

 

 
 
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Alliance à l’algérienne

Une fois de plus, la preuve est faite que l’alliance structurée autour du RND, du FLN et du MSP est en fait tout à fait formelle et que ce n’est pas du tout en son sein que se discutent les dossiers politiques les plus essentiels. Cela a été le cas pour la question des “indus élus” en Kabylie, pour la loi de finances 2005 à propos de l’importation des alcools, et c’est maintenant le cas, encore, pour la suppression de la filière islamique du cycle de l’enseignement secondaire.

Le ministre de l’Education nationale  et le chef du gouvernement auront eu beau laisser entendre que la décision de la suppression du baccalauréat islamique vient du président de la République en personne, cela n’empêche pas les islamiste du MSP de faire comme s’ils n’avaient pas entendu. Que ce soit par le biais de leur presse, par celui de leurs députés ou par la bouche de leur ministre d’Etat Aboudjerra Soltani, ils ferraillent dur pour tenter de faire revenir les pouvoirs publics sur une décision au caractère si stratégique qu’elle mobilise le ban et l’arrière-ban de la mouvance islamiste. Une fois de plus, la preuve est donc faite que l’alliance structurée autour du RND, du FLN et du MSP est en fait tout à fait formelle et que ce n’est pas du tout en son sein que se discutent les dossiers politiques les plus essentiels. Cela a été le cas pour la question des “indus élus” en Kabylie, pour la loi de finances 2005 à propos de l’importation des alcools, et c’est maintenant le cas, encore, pour la suppression de la filière islamique du cycle de l’enseignement secondaire. En réalité, le seul membre de l’alliance à être vraiment au courant de ce qui se passe au niveau de l’alliance et du gouvernement qu’elle est censée contrôler est de toute évidence Ahmed Ouyahia, le secrétaire général du RND. Inutile de préciser que dans ces conditions, les chances de survie de l’alliance sont bien minces dans la mesure où on voit mal comment le MSP et surtout le FLN vont continuer à bénir une union politique qui ne fonctionne en vérité qu’avec un seul acteur et deux spectateurs. Même l’opportunisme le plus pugnace ne pourra résister encore bien longtemps à cette forme de travail politique, qui ne profite en définitive qu’au RND, et qui fait de ses alliés de simples faire-valoir dont on se demande encore ce qu’ils font au sein d’un rassemblement qui fait passer ses chefs pour de bien piètres politiques, même pas capables de savoir ce qui se trame au sein du gouvernement auquel ils appartiennent.

Si l’objectif recherché était de gravement discréditer le FLN et le MSP, il semblerait que le résultat obtenu dépasse largement toutes les espérances. Au point que le FLN a déjà commencé à changer de fusil d’épaule en adoptant une attitude nettement plus offensive et sensiblement plus critique vis-à-vis de l’action d’un gouvernement auquel ils appartient pourtant. Seulement, pour ce parti, la problématique est encore plus compliquée dans la mesure où non seulement il est ligoté par une alliance qui échappe de plus en plus à son contrôle, mais en plus il  a pour président le président de la République lui-même qui, visiblement, est plus proche du RND  que du FLN.  Il nous aura en tout cas été rarement donné de voir à l’œuvre un dispositif politique aussi ingénieux qui permet de neutraliser les deux principaux partis concurrents de celui de Ahmed Ouyahia sans même leur laisser la possibilité de se battre clairement pour défendre leur propre programme sous le fumeux prétexte qu’ils défendent tous un seul programme, celui du président de la République, alors que visiblement, ce dernier n’en a pas, en tout cas pas au sens classique du terme.

De plus en plus d’observateurs commencent d’ailleurs à se demander s’il est humainement possible que des hommes politiques aussi retors que Aboudjerra Soltani et Abdelaziz Belkhadem puissent vraiment se faire rouler dans la farine avec autant de facilité, ou alors s’ils n’acceptent pas plutôt sciemment de se prêter à des jeux aussi pervers au détriment de leurs propres formations politiques. Des postes aussi prestigieux que celui de ministre d’Etat suffisant en vérité à émousser toute perspicacité politique et à faire passer l’intérêt de leurs partis bien après le leur propre. Ce ne sera pas en tout cas la première fois dans l’histoire de l’humanité que des responsables politiques, même de premier plan, auront sciemment mis de côté leurs plans de bataille partisans pour s’occuper plutôt de soigner leurs carrières personnelles. Et connaissant les tendances à l’opportunisme et à l’entrisme du FLN et du MSP, il ne faut guère s’étonner alors des comportements tout à fait incohérents de leurs chefs, qui s’arrangent pour donner le change à leurs troupes en jouant l’opposition (même constructive) et en avalant toutes les couleuvres que leur servent Ahmed Ouyahia et le président de la République.

A. M.

 

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