Semaine du 1er au 7 juin 2005

 

La trame du mercredi

Tenir en échec le chef du gouvernement

 

 
 
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Tenir en échec le chef du gouvernement

Veut-on tenir en échec le chef du gouvernement, le sanctionner jusqu’à un certain point – forcément en deçà de ce qu’il serait souhaitable – pour son arrogance, et pousser peut-être le chef de l’Etat à l’évincer ? Eh bien, il faut que les forces qui ont déjà jugé illégale la mesure de dissolution des assemblées locales de Kabylie, disent sans ambages qu’elles se voient dans l’obligation de boycotter les élections partielles que le gouvernement a l’intention d’organiser dans cette région du pays. Et qu’elles le disent maintenant. Le FFS, le RCD et le PT (peut-être même d’autres partis, ou des structures locales d’autres partis, notamment du FLN) ne peuvent pas à la fois souligner l’illégalité de la mesure de dissolution et participer néanmoins aux élections, au motif qu’il leur sera dommageable de recourir au boycott dans des circonstances où la perspective et la combativité populaire n’incitent guère à des postures intransigeantes. Si l’on part  en effet du principe que le but recherché à travers cette procédure, c’est moins de pourvoir les wilayas et communes de Kabylie des représentations légitimes auxquelles elles ont droit que de faire émerger de nouvelles forces dans cette région, alors il n’y a aucune raison pour les formations anciennes de s’inscrire dans une démarche conçue justement pour  réduire leur influence.

Dans ce cas précis comme dans d’autres, ce sont les conditions de départ qui ont le plus de chances d’être déterminantes. En clair, la dissolution, mais aussi les élections partielles devant suivre, étant des demandes formulées par les arouch, il y a tout lieu de penser que la consultation se traduira par des résultats qui les conforteront plutôt qu’ils ne les désavoueront. En définitive, les urnes n’accoucheront que de ce qu’elles sont grosses. Souvent, il est bien difficile de savoir à l’avance ce qu’elles réservent. Mais il arrive aussi  assez fréquemment  que l’on sache  avec certitude ce que sera leur sanction. Quand il y a des risques pour que l’intimidation physique, et davantage encore, les voies de fait, de même d’ailleurs que la fraude, qui en est le corollaire, soient de la partie, il n’ y a plus de doute à entretenir sur l’identité respective des gagnants et des perdants.

Qu’on se demande en effet par quels moyens les arouch ont imposé leur appel au boycott lors des élections de l’année 2002 ? Ils ne se  sont pas contentés, n’est-ce pas, de défendre par des arguments pacifiques leur choix ! Ils n’ont du reste pas caché leur intention d’empêcher par la manière forte la tenue des élections. Effectivement, là où ils avaient les moyens de faire comme ils avaient dit, ils n’ont pas hésité à passer à l’acte. S’ils tiennent tant aujourd’hui à voir révoquer  ce qu’ils appellent les “indus élus”, en fait les candidats qui ont bravé leur interdit au cours des élections d’octobre 2002, c’est seulement parce que B. Abrika et ses amis,  convertis par la suite aux vertus du dialogue, sont d’avis que toute légitimité doit commencer par s’incliner devant la leur.

Rien ne dit donc que les élections partielles se dérouleront en toute quiétude et honnêteté, comme en donne l’assurance Ahmed Ouyahia, avec des airs d’ailleurs qui ne sont pas pour rassurer. On peut être au contraire d’ores et déjà certain  que la campagne, si courte qu’elle puisse être, sera fertile en incidents de toutes sortes, et qu’elle comporte le risque d’une montée en cadence à mesure que l’on se rapproche de l’échéance. 

Ni le FFS, ni le RCD, ni le PT, ni même le FLN, ne sont préparés à entrer en compétition électorale dans un contexte où la violence ne demander qu’à affleurer et à s’étendre. Or il y a moyen d’éviter que les événements prennent cette tournure, ça consiste à faire connaître dès maintenant son intention de ne pas participer à des élections qui se présentent sous d’aussi mauvais auspices. Car, alors, le Président, à qui appartient la décision finale, sera amené à ne pas émettre ce décret que tout le monde guette, mais qui ne vient pas. Et dans ce cas, ce sera une victoire qui aura été remportée aussi bien sur le chef du gouvernement, étant donné que le silence du Président vaudra désaveu à la longue, que sur une aile des arouch, pour laquelle le mal absolu dont il faut débarrasser la Kabylie toutes affaires cessantes, ce sont des élus locaux dont le crime est d’avoir transgressé leur interdit.

M. Habili

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