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Tenir en échec le chef du gouvernement
Veut-on tenir en
échec le chef du gouvernement, le sanctionner jusqu’à un certain
point – forcément en deçà de ce qu’il serait souhaitable – pour son
arrogance, et pousser peut-être le chef de l’Etat à l’évincer ? Eh
bien, il faut que les forces qui ont déjà jugé illégale la mesure de
dissolution des assemblées locales de Kabylie, disent sans ambages
qu’elles se voient dans l’obligation de boycotter les élections
partielles que le gouvernement a l’intention d’organiser dans cette
région du pays. Et qu’elles le disent maintenant. Le FFS, le RCD et
le PT (peut-être même d’autres partis, ou des structures locales
d’autres partis, notamment du FLN) ne peuvent pas à la fois
souligner l’illégalité de la mesure de dissolution et participer
néanmoins aux élections, au motif qu’il leur sera dommageable de
recourir au boycott dans des circonstances où la perspective et la
combativité populaire n’incitent guère à des postures
intransigeantes. Si l’on part en effet du principe que le but
recherché à travers cette procédure, c’est moins de pourvoir les
wilayas et communes de Kabylie des représentations légitimes
auxquelles elles ont droit que de faire émerger de nouvelles forces
dans cette région, alors il n’y a aucune raison pour les formations
anciennes de s’inscrire dans une démarche conçue justement pour
réduire leur influence.
Dans ce cas précis
comme dans d’autres, ce sont les conditions de départ qui ont le
plus de chances d’être déterminantes. En clair, la dissolution, mais
aussi les élections partielles devant suivre, étant des demandes
formulées par les arouch, il y a tout lieu de penser que la
consultation se traduira par des résultats qui les conforteront
plutôt qu’ils ne les désavoueront. En définitive, les urnes
n’accoucheront que de ce qu’elles sont grosses. Souvent, il est bien
difficile de savoir à l’avance ce qu’elles réservent. Mais il arrive
aussi assez fréquemment que l’on sache avec certitude ce que sera
leur sanction. Quand il y a des risques pour que l’intimidation
physique, et davantage encore, les voies de fait, de même d’ailleurs
que la fraude, qui en est le corollaire, soient de la partie, il n’
y a plus de doute à entretenir sur l’identité respective des
gagnants et des perdants.
Qu’on se demande
en effet par quels moyens les arouch ont imposé leur appel au
boycott lors des élections de l’année 2002 ? Ils ne se sont pas
contentés, n’est-ce pas, de défendre par des arguments pacifiques
leur choix ! Ils n’ont du reste pas caché leur intention d’empêcher
par la manière forte la tenue des élections. Effectivement, là où
ils avaient les moyens de faire comme ils avaient dit, ils n’ont pas
hésité à passer à l’acte. S’ils tiennent tant aujourd’hui à voir
révoquer ce qu’ils appellent les “indus élus”, en fait les
candidats qui ont bravé leur interdit au cours des élections
d’octobre 2002, c’est seulement parce que B. Abrika et ses amis,
convertis par la suite aux vertus du dialogue, sont d’avis que toute
légitimité doit commencer par s’incliner devant la leur.
Rien ne dit donc
que les élections partielles se dérouleront en toute quiétude et
honnêteté, comme en donne l’assurance Ahmed Ouyahia, avec des airs
d’ailleurs qui ne sont pas pour rassurer. On peut être au contraire
d’ores et déjà certain que la campagne, si courte qu’elle puisse
être, sera fertile en incidents de toutes sortes, et qu’elle
comporte le risque d’une montée en cadence à mesure que l’on se
rapproche de l’échéance.
Ni le FFS, ni le
RCD, ni le PT, ni même le FLN, ne sont préparés à entrer en
compétition électorale dans un contexte où la violence ne demander
qu’à affleurer et à s’étendre. Or il y a moyen d’éviter que les
événements prennent cette tournure, ça consiste à faire connaître
dès maintenant son intention de ne pas participer à des élections
qui se présentent sous d’aussi mauvais auspices. Car, alors, le
Président, à qui appartient la décision finale, sera amené à ne pas
émettre ce décret que tout le monde guette, mais qui ne vient pas.
Et dans ce cas, ce sera une victoire qui aura été remportée aussi
bien sur le chef du gouvernement, étant donné que le silence du
Président vaudra désaveu à la longue, que sur une aile des arouch,
pour laquelle le mal absolu dont il faut débarrasser la Kabylie
toutes affaires cessantes, ce sont des élus locaux dont le crime est
d’avoir transgressé leur interdit.
M. Habili
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