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Dissolution en
Kabylie
Un projet pour
deux visées
A en croire ce
qu’a dit Ahmed Ouyahia dans ses réponses aux députés, la dissolution
des assemblées locales en Kabylie est bel et bien programmée, et
elle serait imminente. Pourtant, il n’a pas eu un mot à ce propos
dans sa déclaration de politique générale. Serait-ce parce que cette
question est secondaire par rapport à toutes celles qu’il a abordées
dans le bilan de l’action gouvernementale au long de l’année
écoulée, comme par rapport à celles qui se posent dans l’immédiat ?
Rien n’est plus faux.
La dissolution des
assemblées élues en octobre 2002, dans les conditions que l’on sait,
est la question brûlante du moment, celle en tout cas où le chef du
gouvernement était le plus attendu. Il n’est certainement pas sans
signification qu’il n’en ait rien dit dans son discours d’ouverture.
De son point de vue, il se peut très bien qu’il y ait une différence
entre les engagements contenus dans une déclaration de type
solennel, comme l’est assurément une déclaration de politique
générale, et ceux qu’il prend, ou qu’il feint de prendre, lorsque la
parole lui revient pour répondre aux questions et autres
interpellations des députés. Dans ce deuxième cas, c’est un chef de
gouvernement affranchi, au moins en partie, de ses obligations
envers le chef de l’Etat, qui s’exprime, et qui, de toute évidence,
ne résiste pas au plaisir de polémiquer avec ses contradicteurs ni à
celui de développer des arguties dont il sait tout le côté
provocateur. C’est le moment où son arrogance bien connue, comprimée
jusque-là sous la lourde charge officielle et par crainte de la
réaction de l’auditoire, se donne libre cours avec d’autant plus de
délectation que son amour-propre a dû être mis à mal précédemment.
Tout le monde a pu
constater le contraste entre la modération peu habituelle dont était
empreint son discours de facture officielle et la tonalité
volontairement âpre et exaspérante de ses réponses à la clôture de
la séance. Dès lors qu’il était assuré qu’il n’ y aurait personne
pour s’insurger contre ses propos, du fait du règlement intérieur de
l’Assemblée, il fendait l’armure, il se laissait aller. Il n’avait
véritablement alors qu’un seul souci – ou plutôt deux – c’est de
faire étalage de ses convictions intimes, celles qui tout compte
fait n’engagent que lui, mais qu’il tient à présenter comme celles
de l’Etat, comme si l’Etat était une personne au sens le plus
ordinaire du mot ; c’est de tourner en ridicule ses détracteurs,
qu’ils se trouvent dans l’hémicycle ou à l’extérieur. Le deuxième
souci étant celui de manipuler son monde.
Le fait donc qu’il
ait attendu ce moment pour confirmer les propos tenus une semaine
auparavant par Belaïd Abrika, selon lesquels la dissolution serait
imminente, peut très bien relever de la partie intox de sa
prestation. C’est que cela fait des mois que la décision de
dissoudre les assemblées de Kabylie est donnée pour imminente,
notamment depuis la reprise inattendue du dialogue entre le chef du
gouvernement et l’aile des arouch emmenée par Belaïd Abrika, or elle
n’est toujours pas effective. Pour B. Abrika, d’ailleurs, ce serait
seulement aujourd’hui qu’il conviendrait de prendre le qualificatif
d’imminent dans toute sa rigueur ; dans ses emplois antérieurs, il
visait à intoxiquer, il servait à faire agir dans le sens voulu
ceux auxquels il était destiné, autrement dit il faisait fonction
d’aiguillon entrant dans le flanc des parties rétives, de catalyseur
du processus devant déboucher sur la dissolution.
Ainsi, depuis
des mois, les tenants officiels et officieux de cette mesure – étape
intermédiaire à aménager avant d’arriver au véritable but que sont
des élections partielles – exercent leur pression continuelle en
répétant la même chose mais tout en se gardant de joindre l’acte à
la parole. La contradiction est bien trop marquée pour ne pas être
relevée, une fois de plus. Elle souligne en réalité l’impuissance
des partisans de la dissolution. Celle-ci serait déjà prise si ne
s’y opposaient au moins deux bonnes raisons. Son illégalité d’abord,
désormais reconnue par tous ses adversaires, qui en tirent comme de
juste argument pour la repousser avec plus de détermination.
Toutefois, cet aspect à lui seul n’aurait pas empêché Ahmed Ouyahia
et le groupe de B. Abrika d’agir conformément à leurs visées, qui ne
tendent à rien de moins que provoquer une recomposition politique en
Kabylie dont ils seraient évidemment les bénéficiaires. L’argument
de l’illégalité n’a pas été sans effet cependant. Il a renforcé le
camp des opposants à la mesure de dissolution, moralement aussi
bien que numériquement. Mais il a surtout replacé le président de la
République sur le devant de la scène, lui qui, de toute évidence,
voulait rester en retrait d’un dossier rouvert officiellement dans
le seul but de mettre fin à la crise en Kabylie. Si bien que
l’illégalité en question, c’est désormais à lui de la commettre et
de l’assumer. Depuis l’annonce de la dissolution et de son
corollaire, l’organisation d’élections partielles, il s’est passé
assez de temps pour reconnaître maintenant que la décision afférente
représente une telle atteinte à la légalité qu’elle ne peut à la
rigueur être prise que par le magistrat suprême. Non qu’elle se
transforme dans ce cas en une mesure légale, mais parce qu’elle
revêtirait alors un tel caractère de force massive qu’il deviendrait
tout à fait vain de faire valoir l’argument de son illégalité. Le
Président ayant pris sa décision, il ne resterait plus alors qu’à se
soumettre, même s’il ne serait pas interdit de renâcler.
Mais comment
s’expliquer, étant entendu que ce qui fait reporter la mesure, ce
n’est guère son illégalité, que le décret présidentiel tarde à
tomber, alors même que depuis des mois maintenant on le dit
imminent ? C’est la réponse à cette question qui est susceptible de
rendre compte de la situation dans laquelle on se trouve pour
l’heure. Il n’y a en fait aucun intérêt pour le président Bouteflika
de voir sa décision provoquer une levée de boucliers à son encontre,
avec le risque que cette mobilisation se cristallise avant de se
porter sur des questions qui, pour lui, sont autrement importantes.
S’il était sûr que la dissolution ne serait pas reçue par une
décision de boycottage des élections devant suivre, nul doute qu’il
la prononcerait sans plus attendre. Ce serait déjà chose faite, au
moins depuis janvier dernier. S’il tergiverse, c’est sans doute
qu’il ne veut pas susciter une polémique semblable à celle qui
avait cours en octobre 2002, polémique dont il ferait les frais si
elle survenait et qui, à l’époque, avait donné lieu au boycott
massif des élections. Le Président ne gagnerait rien, à supposer
qu’il ne perde pas beaucoup au contraire, en prenant une mesure qui,
de toute évidence, est loin d’être consensuelle, alors qu’il aspire
à clore une crise, ce qui implique que soit évité tout ce qui est de
nature à exacerber les dissensions actuelles.
Entre lui et le
chef du gouvernement, il peut y avoir accord sur l’action à mener, à
savoir la dissolution suivie d’élections partielles ; pour autant,
les motivations ne sont pas les mêmes. Ahmed Ouyahia agit bien sur
des instructions données par le Président, mais c’est pour les
orienter dans un sens qui favorise ses propres intérêts. Ils
poursuivent des buts différents, s’ils paraissent s’engager dans la
même direction. La normalisation en Kabylie, c’est une sorte de
préalable, au point de vue du Président, à la mise en œuvre de ce
que celui-ci estime être l’essentiel de son programme : l’amnistie
générale. Ce n’est pour le chef du gouvernement qu’une opportunité
qui se présente de créer en Kabylie, dans un premier temps, les
meilleures conditions pour reconfigurer, à son avantage et à celui
de ses alliés, dont l’aile dialoguiste des arouch, le champ
politique.
M. Habili
Haut
Les leçons du
procès Bachir Frik
Les limites
d’une “glasnost” annoncée
En dehors des
faits qui ont été cités, le grand déballage qui a eu lieu lors du
procès de l’ex-wali d’Oran comme la manière dont a été gérée cette
affaire permettent de savoir jusqu’où peut aller la justice
algérienne dans ces cas de figure. Deux faits, l’un positif et
l’autre négatif, caractérisent la gestion de l’affaire Bachir Frik.
Le positif est que la présidente du tribunal a laissé Bachir Frik
s’exprimer librement et l’a même poussé à être plus clair en le
pressant de citer des noms. Quant au volet négatif de ce procès, il
réside dans l’ignorance, par le ministère public, des faits cités
par l’accusé, comme si la limite imposée au jugement de cette
affaire était de ne pas aller au-delà de ce qui était programmé.
C’est en ce sens
que des appréhensions sérieuses pèsent sur la manière dont va être
géré le procès tant attendu du scandale Khalifa et, de manière
générale, tous les dossiers actuels et futurs relatifs à la
corruption en Algérie.
Accusé dans des
cas de détournements de cinq logements, cinq locaux commerciaux et
un terrain, l’ex-wali d’Oran n’a pas voulu s’arrêter à ces
inculpations. Profitant de sa comparution en public et en présence
de journalistes, Bachir Frik s’est employé à faire le grand
déballage de ce qu’il appelle “les vrais motifs” de son inculpation
et à faire expliquer la manière dont fonctionne le système.
Lutte contre la
corruption ou règlement de comptes ? Avant Oran, Bachir Frik a
également été wali de Jijel, puis de Annaba. Les reproches qui lui
sont faits concernent uniquement son passage à la tête de la wilaya
d’Oran. N’aurait-il rien commis auparavant ?
L’explication est
donnée par Frik lui-même, lorsqu’il déclare que tout ses problèmes
ont commencé “avec la lettre de l’ancien directeur de l’action
sociale (DAS) d’Oran, Kada Hziel”, qui s’était adressé au président
de la République, en 2001, pour lui faire part de “l’implication
dans un vaste réseau de trafic d’héroïne de l’ancien chef de la 2e
Région militaire, le général-major Kamel Abderrahmane, de l’ancien
chef de la sûreté de wilaya, le commissaire Mokrane, de l’ancien
wali, Kouadri, de hauts responsables de la douane, des directeurs
des journaux Le Quotidien d’Oran, La Voix de l’Oranie et Ouest
Tribune (...)”
Mais quelle n’a
pas été la réaction du représentant du ministère public qui a
déclaré, après avoir entendu ces propos : “Nous sommes là pour des
faits bien précis : cinq logements, cinq locaux commerciaux et un
terrain, et non pas pour Kada Hziel !”
En termes plus
clairs : circulez, il n’y a rien à voir que ce qu’on veut bien vous
faire voir. D’ailleurs, dans la sentence prononcée (8 ans de prison
ferme), la justice n’a tenu compte que de ce qu’elle a retenu contre
l’accusé principal.
Exit les autres
révélations de Bachir Frik à propos du fonctionnement du système
rentier et les accusations qu’il a portées sur d’autres
personnalités civiles et militaires. La déclaration de l’ex-wali
d’Oran sur ce qu’il conviendrait d’appeler “l’affaire Moretti” est
passée inaperçu lors du déroulement du procès. Pourtant, en fin
connaisseur du système, M. Frik a mis à nu le fonctionnement de ce
système et ses pratiques administratives sournoises. Il a permis aux
non-initiés de savoir comment on peut faire établir un décret juste
pour se servir. “Ce qu’ils ont fait à Moretti est immoral, a-t-il
déclaré lors de son procès. Ils ont fait un décret exécutif (émanant
du Chef du gouvernement, ndlr) pour exproprier des gens et accaparer
des locaux commerciaux, sans qu’il y ait de réaction”, explique-t-il
plus loin. Oui, aucune réaction, y compris de la part des principaux
concernés par ces déclarations. “L’été 2001, poursuit l’ex-wali
d’Oran, la presse a parlé des villas du ministère des Affaires
étrangères prises par de hauts responsables. Ouyahia, en tant que
chef de gouvernement, a pris deux villas et un local à
Didouche-Mourad. Et quelle a été sa réponse aux journalistes : la
loi me permet de les acheter à ce prix, et il n’y a rien d’illégal.”
La panoplie de
faits et de personnalités civiles et militaires citées par l’ex-wali
d’Oran a de quoi alimenter un film sur le fonctionnement du système
algérien, mais également de constituer une matière précieuse pour
entamer d’autres procédures judiciaires afin d’aller au fond de
l’affaire Frik. Nous n’aurons aucun des deux cas de figure. Même les
mis en cause ne réagissent pas aux propos de l’ex-wali d’Oran. Tout
compte fait, le procès Bachir Frik n’a pas été d’une grande utilité
puisque des affaires plus graves citées par l’accusé ont été
balayées. “Vous savez très bien que lorsqu’une autorité sécuritaire
vous appelle…”, a-t-il dit à la présidente du tribunal. Sollicité
par cette dernière à aller au fond de sa pensée, il a révélé :
“Lorsque le chef la Région militaire vous demande un stade communal
se trouvant dans un quartier populaire depuis l’époque coloniale,
pour en faire une coopérative. Je refuse et il le prend très mal.
J’ai eu un responsable de la Présidence qui m’a demandé le parc
municipal. Je refuse et je subis d’énormes pressions. Ce sont là les
pratiques courantes qu’un wali vit quotidiennement. Ou vous marchez
avec le système, ou vous refusez et, dans ce cas-là, vous vous
heurtez à des problèmes.” CQFD !
Mais, d’un autre
côté, les sentences prononcées contre Bachir Frik et ses co-accusés
devraient constituer des échelles de référence pour d’autres
affaires plus graves. Ecoper de huit ans de prison pour un préjudice
de 230 millions de dinars donne une idée de ce que sera, par
exemple, le verdict dans l’affaire Khalifa (si le jugement a lieu).
En vous amusant à faire le calcul (une simple règle de 3), vous
trouverez que le ou les accusés dans cette affaire devraient au
total écoper de pas moins de 3 250 ans pour avoir dilapidé plus de
1,3 milliard de dollars. Seulement, si la manière suit la sentence,
il n’y aura dans l’affaire Khalifa que des gens qu’on voudra bien
nous présenter. L’exemple du procès de Bachir Frik est, en ce sens,
assez éloquent sur la façon dont va se dérouler le procès du siècle.
Cette expérience
montre la limite qui peut être accordée à la liberté de ton lors
d’un procès. En laissant l’accusé s’exprimer librement, voire en le
poussant à aller plus loin dans ses déclarations, la présidente du
tribunal a, peut-être, voulu prouver qu’on peut aller plus loin en
terme de marge de manœuvre. Mais la suite a vite démontré qu’il y a
des limites à toute transparence. Si à chaque procès on devra se
contenter des balises imposées au départ à une affaire, quitte à
rejeter d’autres faits en relation avec le dossier en question qui
apparaîtraient au fur et à mesure du déroulement d’un procès, la
justice donnera l’impression de ne juger que ce qui est “jugeable”.
Qu’est-ce qui
explique, par exemple, que plusieurs noms cités par Bachir Frik,
dans le chapitre des appartements qu’il avoue avoir octroyés, ont
été retirés de l’arrêt de renvoi ? Pourquoi la justice
n’essaye-t-elle pas de connaître les raisons qui ont conduit des
tribunaux à se déclarer incompétents lorsque Frik a essayé de
reprendre 12 logements “occupés illégalement” par des personnalités
locales (l’ex-wali déclare tout de même avoir pu reprendre 12 autres
logements grâce à la justice) ?
Des réponses
doivent être données à toutes ces questions et à d’autres. Il y va
de la crédibilité de la “réforme de la justice”.
Abdelkader
Djalil
Haut
Lutte contre la
corruption dans le monde
Phénomène
international, lutte nationale
La corruption,
phénomène transnational par excellence, a vu les Etats prendre,
selon les circonstances, des mesures en rapport avec l’ampleur des
dégâts et chacun en fonction des urgences. Quelques exemples à
étudier.
La France, pays
que l’on connaît le mieux, est classé parmi les 20 premiers par
Transparency International (TI) et passe pour relativement propre
aux yeux des hommes d’affaires et du grand public selon les sondages
de TI. Pourtant, la courbe du nombre d’affaires rendues publiques
qui ont éclaboussé des personnalités a été en progression constante
jusqu’en 1997, avant de connaître un certain fléchissement. Si
l’émergence de ces affaires renseigne sur l’indépendance et le
dynamisme de la justice, il tend aussi à faire admettre que la
classe politique française – et l’administration – passe pour une
des plus pourrie au monde.
Les affaires
d’abus de biens sociaux, de détournements de fonds publics,
d’enrichissements personnels, d’emplois fictifs ou de délits
d’initiés sont entrées dans le langage courant. On peut citer dans
ce cadre ce qui s’apparente aux formes de corruption les plus
répandues aujourd’hui et la liste d’élus ou de personnalités
publiques condamnés ou mis en examen. Sont passés dans les prétoires
Roland Dumas (ancien ministre des affaire Etrangères sous François
Mitterand) ; Bernard Tapie (self made man starisé, ex-président de
l’Olympic de Marseille et ancien homme politique) ; Robert Hue
(ancien premier secrétaire du Parti communiste français) et
d’autres, qu’ils soient de gauche ou de droite. En fait, le nombre
d’affaires est allé crescendo : en 1984, 69 condamnations d’élus ont
été prononcées en France pour des affaires liées à la corruption
(selon des nuances très françaises, mais qui soulignent que les élus
et hommes politique ont reçu des avantages financiers du fait des
services qu’ils pouvaient rendre de par leur statut) ; en 1987, 133
affaires ont été traitées et en 1997, 286 condamnations ont été
prononcées. En fait, si l’observation de l’ampleur de la corruption
passe par la compilation du nombre d’affaires traitées par la
justice, il reste que cette même observation conclut à une
défaillance de l’Etat nécessitant des actions urgentes.
Dans le même
temps, l’amoncellement des affaires de corruption sur les bureaux
des juges nécessite un temps de traitement qui ne fera qu’entraver
la lutte efficace contre cette même corruption.
Par ailleurs, le
constat établi par les opérateurs économiques lorsqu’ils
s’expriment, s’il donne à penser qu’un Etat ne fait rien contre le
pourrissement de son administration et de sa classe politique, donne
l’impression d’un laisser-aller mais ne permet en aucune manière de
conclure de manière définitive sur l’état de la corruption dans un
pays.
Les observatoires
de la corruption qui permettent de constituer des baromètres du
phénomène (que ce soit le prestigieux Transparency Intrenational ou
le moins connu Institut français pour la recherche sur les
administrations publiques - IFRAP) fonctionnent sur la collecte
d’information relayée par les médias et notamment les effets ou
conséquences des affaires entre les mains de la justice, ou bien
synthétisent des recherches universitaires dans ce domaine.
Cette profusion
d’affaires traitées par la justice n’est pas forcément relayée par
les médias. Par ailleurs, de nombreux observateurs, en France,
constatent que des affaires de subventions (notamment au niveau
local) attribuées à des associations quasiment fictives sont souvent
oubliées.
L’émergence des
affaires est intimement liée aux moyens mis par l’Etat pour
renforcer les mesures de lutte contre la corruption. La solution
française : la multiplication des “polices”. Alors que la Cour des
comptes et ses petites sœurs, les Chambres régionales des comptes,
ont pour tâche de dévoiler les affaires sans punir les coupables (ce
rôle étant dévolu à la justice), on a créé le Service central de
prévention de la corruption (SCPC), on a dévolu le travail de
collecte d’informations à la direction générale des Renseignements
généraux (RG), on a renforcé la direction centrale de la Police
judiciaire ainsi que l’Office central de répression de la grande
délinquance financière (OCRGDF), l’équivalent des BRB pour les
délinquants en cols blancs. Cette multiplication des services n’a
pas été, bien entendu, sans les coûts supplémentaires y afférents à
puiser dans les fonds publics.
Cela étant, aux
yeux des observateurs et analystes, cette multiplication des
scandales aurait été largement évitée en France si un contrôle
permanent des pouvoirs avait existé. Mais cette question pose la
question des réformes des Etats.
Les réformes,
l’autre lutte
En Italie, les
suites de l’opération “manu pulite” ont été sans conteste les
réformes de l’administration. Mais si “manu pulite” a eu droit aux
grands titres de la presse, les réformes sont passées sous silence.
Des réformes en fait entreprises depuis 1990 qui donnent à l’Italie,
aujourd’hui, une administration qui fait preuve d’une plus grande
flexibilité dans son organisation alors qu’elle était réputée
archaïque et fortement bureaucratisée. En fait, la réforme majeure a
consisté à différencier les fonctions administratives et politiques
alors que l’on a tendu vers une plus grande attention aux doléances
des usagers de l’administration. La multiplication des guichets
uniques est en fait la meilleure illustration de cette réforme.
Faut-il rappeler
que cette importante réforme administrative italienne a eu lieu à
une époque où quatre crises secouaient simultanément la péninsule :
il y a eu la crise politique due à l’instabilité gouvernementale et
au régime des partis ; la crise politico-administrative liée à
l’existence de la corruption au sein de l’administration et du
gouvernement ; la crise financière résultant de l’augmentation des
dépenses publiques ; la crise économique ayant pour cause le coût
excessif de l’inefficience pour les entreprises. Tout cela se
passait au moment où l’UE obligeait ses membres à respecter les
critères de convergence. Pour les Italiens, entrer dans la zone euro
passait par la mise en œuvre de la réforme de l’administration pour
notamment assouplir la contrainte budgétaire à laquelle elle est
soumise. De plus, l’absence de contrôles efficaces de la gestion
publique a engendré un développement de la corruption, du gaspillage
et l’irrespect de la légalité.
Il reste que la
réforme de la Fonction publique et la décentralisation se heurtent
toutefois à des résistances aux changements.
Les réformes,
c’est aussi moins d’Etat. Les réformes dans des pays confrontés à
des problèmes structurels dus à un Etat corrompu, à une classe
politique fragile, souvent discréditée, mêlée à des affaires, sont
tout de même des exemples à méditer.
Ainsi, que ce soit
pour le Portugal, la Grèce ou l’Espagne, l’entrée dans l’Europe
passait par le retour de l’Etat fort et de l’efficacité. Pour
Eurostat (organisme d’études statistiques européen) la Grèce, au
début des années 1990, passait pour un des pays les plus
bureaucratisés au monde. La création d’une entreprise demandait des
mois et des tonnes de documents administratifs. S’ajoutaient à cela
une dette énorme, une pauvreté et un Etat omniprésent.
L’assainissement
des finances publiques a pris moins de 10 ans, l’Etat a pu se
désendetter et la Grèce a rattrapé le peloton des membres de l’UE
avec à peine dix ans de retard. Durant la même période, la Grèce a
privatisé 15 grandes entreprises et organismes publics sans aucune
conséquence (négative) sur le plan social.
On notera
seulement que le modèle de progrès social, économique et politique
offert par l’UE a été un excellent stimulant pour que ces pays se
débarrassent de leurs tares originelles et de leur mauvais
classement en tant que pays européen.
Amine Esseghir
Haut
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