Semaine du 1er au 7 juin 2005

Ouyahia répond aux députés

A chacun son appréciation

 

 
 
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Ouyahia répond aux députés

A chacun son appréciation

L’évènement médiatique, ce jeudi 26 mai 2005, est l’œuvre de Ahmed Ouyahia. Le chef du gouvernement s’est présenté, la veille, devant les députés pour répondre à leurs nombreuses critiques et observations. Le lendemain, tous les titres ou presque de la presse nationale lui ont consacré leur Une car les réponses apportées n’ont pas manqué de susciter l’intérêt des commentateurs. Il faut dire aussi que la diversité des sujets abordés par l’intervenant ne pouvait que donner de la matière à commenter.  “Les hausses de prix sont inévitables.” Cette déclaration de Ahmed Ouyahia a fait l’ouverture d’El Watan. Le rédacteur souligne que pour justifier ces nouvelles hausses, le chef de l’Exécutif a avancé un “argument essentiel” : l’exemple d’autre pays. El Watan rapporte ainsi que Ouyahia “cite le cas de la Libye, pays peu peuplé et aux réserves de change qui avoisinent les 60 milliards de dollars, où des produits ont été augmentés de 50%”. Reste, précise ce quotidien, que “ces augmentations qui seront graduelles” et “ne toucheront pas le prix du pain”. Triste consolation. Le pain n’est pas le seul aliment des Algériens. 

Le chapitre des augmentations a aussi retenu l’attention de La Tribune : “Ahmed Ouyahia affirme que les augmentations des prix se poursuivront”, annonce-t-il en Une de son édition du jeudi.

Peu convaincant

Pourtant, il est le premier à reconnaître qu’il existe “au moins 2 millions d’Algériens qui vivent réellement au-dessous du seuil de pauvreté”.  De même, estime la rédactrice, que le chef du gouvernement “se fera très peu convaincant quant au pouvoir d’achat des citoyens dont les députés se sont tous accordés à dire qu’il devenait lui aussi précaire”. 

Une réalité qui n’empêchera pas l’orateur, tout au long de son discours, d’annoncer “n’bacherkoum b’khir”, titre de Une du Jour d’Algérie. C’est à se demander quelles sont ces bonnes nouvelles qu’il pense être venu annoncer devant les députés.

Le Maghreb est l’un des seuls titres qui pense que “Ahmed Ouyahia a battu en brèche les critiques des députés” et voit même une  relance des réformes. “2005 : une année charnière”, annonce-t-il en Une. Le quotidien rapporte cette déclaration du chef du gouvernement : “Aujourd’hui, nous sommes arrivés à financer un plan de développement de l’ordre de 50 milliards de dollars avec notre argent, sans recourir à un prêt.” Un rappel qui permettra à l’intervenant de faire la remarque suivante : “Pourquoi,  alors, avoir peur des réformes économiques ?”

 Le quotidien arabophone Al Fadjr relève l’intransigeance dont a fait preuve le chef du gouvernement face aux députés. “Les trois non de Ouyahia” annonce-t-il en Une de son édition. En effet, lors de son passage à l’APN, le patron de l’Exécutif a opposé une fin de non-recevoir à la demande de levée de l’état d’urgence, à la demande d’ouverture du champ audiovisuel et à la demande de surseoir à la suppression de la filière des sciences islamiques, souligne le quotidien.

Ce dernier point est celui sur lequel ont focalisé L’Authentique  et El-Djazaïr News.  “La décision est irréversible !” annonce le premier cité, qui souligne néanmoins que le chef du gouvernement a expliqué “que cette décision n’est nullement au détriment de l’enseignement islamique en Algérie”. Le second titre, qui a choisi d’ouvrir par la même déclaration, rappelle que “le chef du gouvernement a annoncé devant les députés que la suppression de la filière des sciences islamiques n’est pas une décision  émanant de Benbouzid mais de l’Etat algérien  et qu’elle est de ce fait irréversible”. Le quotidien ajoute que le chef du gouvernement “a nié” la rumeur selon laquelle “cette décision est une menace  contre le sort des enseignants ou des instituts de charia”.

L’intérêt du Jeune Indépendant a également été retenu par ce volet. En effet, le quotidien souligne que Ouyahia a déclaré qu’”il n’y aura pas de recul pour la suppression de la filière des sciences islamiques”. Le quotidien poursuivra en soulignant que le chef du gouvernement “a ouvertement endossé la prochaine suppression du bac sciences islamiques en soutenant que la mesure n’a rien contre la religion”.

Les “non” de Ouyahia

De son côté  le quotidien arabophone Al Khabar a retenu de l’intervention du chef du gouvernement que “l’amnistie n’a pas besoin d’une commission et que l’état d’urgence est maintenu”. De même qu’il a relevé que “Ouyahia a défendu la privatisation, les augmentations des prix et la suppression  du bac sciences islamiques”. Une suppression qui, semble-t-il, n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Quelques titres paraissant le samedi 28 mai reviennent sur le sujet. L’éditorialiste du Jour d’Algérie, qui souligne que “la suppression du baccalauréat islamique est une décision émanant de la plus haute autorité du pays, c’est-à-dire du président de la République lui-même”, estime par ailleurs  que “cette information donne une toute autre vision de l’action à long terme d’un chef de l’Etat qui a visiblement décidé de rompre avec les pratiques hasardeuses de ses prédécesseurs en matière d’enseignement”. Ainsi, est-il rappelé, “s’il persiste à ne pas vouloir s’attaquer de front à des réalités sociologiques fortement imprégnées  de conservatisme, Abdelaziz Bouteflika a, par contre, décidé de prendre en charge l’ensemble des facteurs qui ont concouru, des décennies durant, à propager l’intégrisme dans la société algérienne”.

Reste que cette vision est loin d’être partagée. On en voudra pour preuve les propos  du secrétaire général du mouvement Ennahda, repris en Une du Jeune Indépendant, qui aurait “fustigé  le chef du gouvernement en soulignant la place de l’éducation religieuse en Israël où le coefficient 8 est attribué à cette matière”.

El Youm du 28 mai fait état également de la colère de “la société politique contre Ouyahia”, mais pas uniquement en raison de la suppression de la filière des sciences islamiques.

El Khabar du même jour  estime, lui, que “la force de Ouyahia réside dans la faiblesse des députés”.

El Watan, qui revient aussi sur le passage du chef du gouvernement à l’APN, estime que “Ouyahia n’a pas tout dit”.

Nadia Kerraz

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