Semaine du 1 au 7 février 2006

Développement des rendements de la production agricole

Un produit « miracle » à l’essai chez l’ITGC

USA – Maghreb arabe

Des relations intéressées

Algérie - Etats-Unis

Désormais, il n’y a pas que le pétrole

 

 
 
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  Développement des rendements de la production agricole

Un produit « miracle » à l’essai chez l’ITGC

Un produit miracle destiné à non seulement augmenter les rendements mais à terme à réduire considérablement la facture alimentaire. Ce produit développé aux Etats-Unis, nul n’en a entendu parler auparavant et malgré ses performances annoncées, on se demande pourquoi il ne serait pas utilisé de manière plus large dans le monde.

C’est sur ce produit que l’Institut Technique des Grandes Cultures a lancé des essais à grande échelle chez des agriculteurs cette année alors que des essais de laboratoires avaient été menées l’année dernière.

Le produit dont le nom commercial sera Ecovie devrait être distribué par Kevin Durst & Associates (entreprise de télémarketing implantée au Canada) détenteur des droits de distribution du produit en Algérie en collaboration avec Enviro-Protech Algerie, une entreprise algérienne dirigée par Zaphira Yacef, connue surtout en tant qu’artiste peintre.

Bien entendu, dans tout cela rien d’extraordinaire d’autant que des produits destinés à doper les productions en boostant les engrais ou les qualités naturelles du sol  existent déjà et s’appellent même Ecovie (celui d’Ecochem par exemple). Mais ceux là sont des produits bios organiques mais qui ne sont que des nutriments bien spécifiés sur les emballages. Dans le cas de cet Ecovie c’est « imaginez que vous n’ayez plus à mettre d’essence dans votre voiture pour rouler » indique Zaphira Yacef, rien de moins.

Elle nous indique qu’elle a vu des arbres à Biskra donnés pour mort revivre grâce au traitement Ecovie, le même phénomène avait été observé au Maroc mais toujours à titre d’essai. « Avec ce produit on devrait non seulement assurer la sécurité  alimentaire en Algérie et même lutter contre le faim ans le monde » souligne t elle. Difficile de douter de la sincérité de la femme dont le langage est fortement emprunt  de cette inquiétude viscéral portée de génération en génération par les algériens nés après l’indépendance sur la sécurité alimentaire du pays.

Le produit  a déjà été homologué par le ministère de l’agriculture mais l’entreprise chargée de le distribuer n’a pas encore importé de grandes quantités. «Je suis victime de la nouvelle loi de finance et de l’obligation des 20 millions de dinars de capital pour pouvoir importer » souligne Zaphira Yacef.

Quels arguments ?

Il reste que les références présentés pour vendre ce produit (dépliant Ecovie faisant foi) sont loin de convaincre. Pas d’indication de l’origine et des effets d’annonce pour convaincre les agriculteurs qui, il est vrai, en ont vu d’autres.

Pour l’ITGC, qui dans cette affaire n’est qu’un prestataire mais dont les chiffres des rendements feront foi aux yeux des agriculteurs, le laboratoire et le fabricant de ce produit ne sont autre Kevin Durst and Associates. Or la seule trace existante de cette société est celle relevée sur les pages jaunes canadiennes d’une entreprise de télémarketing dans le Saskatchéwan. Une entreprise de prestations qui peut vendre autant des automobiles que des pantoufles et accessoirement pourquoi pas des produits miracles destinés à l’agriculture.

Par ailleurs, le même Kevin Durst était à la tête d’une entreprise dénommée du joli nom de « Earth and Sky Cuisine Company » destinée notamment à faire du marketing pour des produits développés par les « first nation people » c’est à dire les indien d’Amérique. Il avait notamment développé une stratégie destinée à vendre des pains plats en collaboration avec File Hills Qu’Appelle Tribal Concil, conseil de tribus d’Amérique du nord. Bien entendu que les indiens d’Amérique toutes ethnies confondues ne voient aucune espèce de mépris quant aux vertus de leurs produits ancestraux culinaires ou agricoles, mais il est clair qu’en ces temps de technologies avancées vouloir mettre sur le marché des produits issus de techniques ancestrales ou du patrimoine relève plus de l’abus de substances hallucinogènes en forme de cigarettes roulées mains que d’une démarche marketing sérieuse. 

Sommes nous en face de quelques joyeux drills venus expérimenter des produits inconnus ou de la poudre de perlimpimpim chez des sauvages supposés ne rien connaître des nouvelles technologies ? En tous les cas plutôt rude de ne pas susciter du scepticisme avec autant de promesses et si peu d’arguments. 

Il aura fallu par exemple insister lourdement pour enfin connaître le nom de l’inventeur du produit, mais là aussi nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Le créateur c’est  Gael C. Himmah, un scientifique qui s’est investi dans les produits bio et les biotechnologies. Le Dr. Himmah est détenteur d’un B.S. en sciences bilogiques de l’Université de Berkley et  Ph.D. honoraire en « Bioscience » de l’université de l’Iowa, mais le bonhomme qui détient quelques brevets d’inventions joue les ermites.

Bien que l’on puisse retrouver son nom sur les bases de données de Forbes, il reste que les informations à son propos sont limitées. On ignore l’étendue de sa fortune mais on suppose qu’il en a une, il est associé dans une entreprise, Sealife Corporation Inc. devant aussi distribuer des produits dont il est l‘inventeur. Avant cela il avait créé Ecosys International  qui devait également produire à l’échelle industrielle et distribuer les produits bio (destinés au nettoyage industriel et à l’agriculture) qu’il invente. Il compte d’ailleurs parmi ses meilleurs clients l’armée américaine. Ses produits pour l’agriculture sont riches en micro-organismes souligne des argumentaires de Ecosys, (de la même manière que  « Loughbar »la bouse de vache séchée utilisée comme fertilisant par nos fellahs ?).

Une démarche qui a fait la fortune de Gael  Himmah et qui devrait faire celle aussi des importateurs d’Ecovie. Selon les documents de KevinDusrt & associates et Enviro-Protech Algérie, l’investissement initial pour un usage d’exploitation nécessite pas moins de 3,2 millions de dollars pour traiter 20000 hectares. Pour les au moins 2,5 millions d’hectares de surface agricole utile on devrait multiplier par cent la facture, mais il est vrai que c’est dix fois moins que ce que l’on dépense annuellement  pour les importations de produits alimentaires.

Amine Esseghir

 

Ecovie contient de l’Azote       à 5.00%, du soufre à 0.50%, du  fer à 0.10%, du manganèse à 0.05% et du zinc à 0.05%. Des dérivés de l’urée, de l’acide phosphorique, du carbonate de potassium, du sulfate d’ammonium, des agents chélateurs, de l’acide humique, de l’acide fulvique, de l’eau ionisée,  des agents tensioactif, des bio stimulant, des enzymes. « C’est de l’ingri (de l’engrais)» a indiqué un agriculteur qui a lu la notice. Selon les documents Kevin Durst Associates et Enviro protech Algérie il peut  « assurer une augmentation de la production agricole de l’ordre de 50 à 400%, réduire l’usage de fertilisants de plus de 80%, économiser des ressources hydriques, réduire l’usage de pesticides à plus de 90%, augmenter la rétention de l’eau au sol, accélérer la germination des grains, améliorer l’aération du sol, réduire le taux de sel du sol et la revitalisation des arbres. »

On promet également une autosuffisance en production agricole et une possibilité d’exportation dans les cinq ans.

L’ITGC a fait des essais sur les productions de céréales alors qu’une parcelle de pois chiche n’a pas survécue à de fortes précipitations même si elle a été traitée avec Ecovie ! 

 

 

USA – Maghreb arabe

Des relations intéressées

L'administration Bush, qui n'est pas près de reconnaître son échec cuisant en Irak, est contrainte d'atténuer ses "malheurs" politiques au Machrek en ayant recours à une compensation dans l'autre partie du monde arabe, le Maghreb. Dans quelle mesure cette affirmation faite par Edward Djerdjian, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Syrie et connaisseur du monde arabe, peut-elle s'avérer juste ?

Les USA, qui ont toujours considéré le Maghreb comme étant une zone d'influence de l'Europe, changeront-ils leur vision des choses ?

L'historique des relations entre les USA et les pays du Maghreb fait ressortir clairement que si les USA n'accordent pas une grande attention à cette région du monde, ils s'y sont tout de même intéressés à différentes périodes, à savoir juste après la guerre froide, à la fin des années quatre-vingt-dix et après les attaques du 11 septembre 2001.

Actuellement, il faut croire que l'intérêt américain dans la région du Maghreb est essentiellement économique. L'initiative Eizenstat lancée en 1999, qui est le programme économique américain pour l'Afrique du Nord, en est la preuve. L'objectif de ce programme est de favoriser davantage les flux commerciaux entre les USA et les pays du Maghreb en encourageant un plus grand nombre d'entreprises américaines à investir dans la région. Implicitement, ce programme est une invite aux trois pays du Maghreb à relancer l'Union du Maghreb arabe (UMA), sans pour autant que la Libye et la Mauritanie soient incluses dans cette union.

Au cours des années quatre-vingt-dix, le principal souci des Américains était la situation instable qui régnait en Algérie et le possible triomphe des islamistes, prévu par plusieurs analystes. Cette incertitude a fait du Maroc un partenaire important pour les USA et même pour de nombreux pays européens. Plusieurs observateurs estiment que le Maroc est le véritable pilier des USA au Maghreb et même au Proche-Orient.

L'aide économique et militaire américaine pour ce pays est des plus importantes, d'autant que le Maroc est considéré par ces derniers comme un "rempart" contre les forces extrémistes anti-occidentales. La coordination en matière militaire, sécuritaire et politique entre les deux pays a toujours été parfaite, elle s'est même renforcée après les attaques du 11 septembre 2001.

La signature de l'accord de libre-échange entre Rabat et Washington est un vrai encouragement au Maroc pour s'engager de plus en plus avec les Américains, et ce, malgré l'accord de partenariat qui existe depuis des années entre l'Union européenne et le Maroc et qui fait de la France le premier client mais aussi le premier fournisseurs du Maroc.

De nombreux observateurs politiques affirment que Washington accorde une grande importance au Maroc car ce pays pourrait jouer un rôle de premier ordre dans son environnement maghrébin et aussi dans le voisinage africain. Mais il faut savoir aussi que malgré le soutien américain de plus en plus significatif au Maroc, les USA ne reconnaissent nullement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, et ce, pour éviter tout à la fois d'avoir des désaccords avec les congressistes américains qui encouragent l'organisation d'un référendum sur ce territoire, mais aussi pour éviter une inimitié avec l'Algérie, un pays qui a de tout temps affiché son soutien pour le Sahara occidental, et dont les relations avec les USA ont connu un grand développement depuis les années quatre-vingt-dix.

Ce développement s'illustre parfaitement par la visite du président Bouteflika aux USA en juillet 2004. Les relations économiques entre les deux pays se sont traduites, en juillet 2001, par la signature d'un accord-cadre sur le commerce et l'investissement. L'objectif de cet accord est d'arriver à avoir un volume important d'échanges et aussi de permettre aux entreprises américaines d'acquérir une plus grande part du marché algérien, surtout en matière d'hydrocarbures.

Les Américains s'intéressent aussi à d'autres secteurs que celui de l'énergie, à savoir les produits pharmaceutiques, les finances, les télécommunications et l'informatique. Cet intérêt est visible à travers la volonté des Etats-Unis à intégrer l'Algérie dans leur stratégie nord-africaine. Certains iront même jusqu'à dire que le "buldozer" américain aurait réussi à détrôner la France qui a toujours eu des relations économiques privilégiées avec l'Algérie.

Le vote, fin avril dernier, du projet de loi sur les hydrocarbures qui implique l'ouverture du secteur à l'investissement étranger, et donc aux compagnies pétrolières et gazières américaines, a été, d'après les analystes, le résultat de pressions américaines.

L'intérêt des USA pour l'Algérie se traduit par les visites successives des frégates et des navires militaires de la VIe flotte ainsi que par des manœuvres communes maritimes en Méditerranée et terrestres dans le Sahara, aux frontières libyennes.

Les visites des hauts responsables américains en Algérie ont été multipliés par 15 entre 2004 et 2005, tandis que l'ambassadeur en poste ne cesse de visiter villes et villages et accorde des aides aux secteurs de l'éducation, de la santé et de l'agriculture.

La Tunisie a, pour sa part, toujours occupé une bonne place sur la liste des pays préférés des USA, et ce, depuis son indépendance en 1956. Cette alliance n'a connu qu'une seule menace en 1985, lors du bombardement israélien du quartier général de l'Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) à Tunis. Durant les années quatre-vingt-dix, la Tunisie était présentée par les Américains comme étant un pays qui a réussi plusieurs défis : réformes de libre-marché, laïcisme, alphabétisation, faible taux de natalité. De plus, les manœuvres militaires effectuées chaque années en Tunisie prouvent que les Américains apprécient la sécurité qui y règne.

Durant la crise algérienne, la Tunisie a été fermement soutenue par les Américains pour éviter la montée d'un islamisme radical. L'importance de la Tunisie pour les USA est telle que cette dernière s'empêche le plus souvent de faire allusion au problème des droits de l'homme en Tunisie. Même si, en novembre 2003, le secrétaire d'Etat Colin Powell, qui effectuait une visite dans ce pays, a critiqué certaines transgressions contre les droits de l'homme et même si lors de sa visite, en février 2004, aux USA, plusieurs dirigeants américains ont demandé au président tunisien Zine El-Abidine d'entreprendre des réformes dans les domaines de la liberté de la presse, du système législatif et judiciaire et du processus électoral, Washington continue de soutenir la Tunisie. Il faut rappeler que c'est à partir de la Tunisie que l'initiative a été lancée dans les années 1990.

Mais ce sont surtout les relations libyo-américaines qui ont connu une évolution spectaculaire. A l'animosité qui a caractérisé ces relations durant des années a succédé un rapprochement dont le point de départ a certainement été l'affaire de l'avion de la PanAm puis, fin décembre 2003, par l'annonce de la Libye d'abandonner ses programmes d'armes de destruction massive.

Il ressort de cet historique que l'objectif principal des USA est d'arriver à développer, au sein des pays du Maghreb, une étroite coopération militaire et économique, liée à la sécurité. Cette coopération ne prendra forme qu'une fois que les pays du Maghreb auront décidé d'accélérer les réformes en privilégiant le secteur privé et en arrivent à démanteler les barrières intra-régionales qui sont autant d'obstacles pour le commerce et l'investissement.

Il faut savoir que plusieurs observateurs politiques pensent sérieusement que le rapprochement des USA de la région du Maghreb n'est en fait qu'un début de mainmise américaine sur l'Afrique du Nord, région qu'elle veut utiliser pour dominer le continent noir où elle ne cesse, depuis quelques années, de lancer des programmes de développement tous azimuts, en même temps qu'elle enregistre une avancée certaine vers les pays pétroliers.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

Algérie - Etats-Unis

Désormais, il n’y a pas que le pétrole

 

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