Semaine du 1 au 7 février 2006

Algérie - Etats-Unis

Désormais, il n’y a pas que le pétrole

 

 
 
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Désormais, il n’y a pas que le pétrole

Jamais les officiels algériens n’ont eu à serrer autant de main en provenance de Washington. Depuis décembre, il ne se passe pas, en effet, une semaine sans que l’on assiste à la venue de deux, trois, voire plus, délégations américaines. Depuis quelques années, le pays s’est habitué, certes, au ballet diplomatique. Mais cette fois, il marque une fréquence inhabituelle et à forte coloration américaine, voire texane, avec la particularité de l’intérêt pour autre chose que le pétrole.

Le plus Américain des Algériens, le Dr Elyas Zerhouni, directeur des Instituts nationaux de santé (NIH) aux Etats-Unis, a déclaré cette semaine que le moment est favorable pour le développement de la coopération avec les scientifiques américains. "Avec les difficultés en Europe, il existe, aujourd’hui, une opportunité unique pour les pays de l’Afrique du Nord pour développer la coopération avec les scientifiques américains", a-t-il dit à Tunis. En même temps, à Alger, celui qui se présente comme le plus Algériens des Américains, le photographe Thomas Hartwell, présentait sa collection "Viva l’Algérie" dédiée à La Casbah. Il n’a pu dissimuler son coup de cœur pour Alger et si l’événement, somme toute banal, aura été relevé par la présence de l’ambassadeur des Etats-Unis en Algérie, c’est que l’artiste américain était tout simplement dans l’air du temps. Quoi de plus facile que les liens culturels et les aspirations intellectuelles, surtout lorsque le reste, quasiment tout le reste, est déjà bien défriché. Ainsi en est-il au plan politique, lorsqu’on assiste à ce qu’on pourrait appeler, sans risque d’erreur, un forcing de premier ordre. Une démarche qui a connu son pic avec la présence à la récente clôture de la session parlementaire – c’est une première– d’une délégation de la Conférence nationale des législatures des Etats-unis, en visite à Alger et conduite par le sénateur Jeff Wentworth, représentant du parti républicain pour l’Etat du Texas au Congrès américain. Celle-ci a été reçue par le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, et le président de l’APN, Amar Saadani, pour ce qu’on appelle, pince-sans-rire, "un échange d’expérience". Plus sérieusement, il était question d’une collaboration entre le Parlement algérien et le Congrès américain. La rencontre aurait permis à la délégation américaine de connaître la composante, le rôle ainsi que la place qu’occupent les deux Chambres dans le tissu institutionnel algérien, et ce, à la lumière d’exposés sur "les progrès politiques et socio-économiques en cours en Algérie". "Le processus de réformes visant à asseoir et à consolider un système démocratique pluriel garantissant la liberté d’expression et les droits de l’homme" a été le point de mire de ces rencontres.

S’agissant de la coopération parlementaire et l’échange d’expériences, les parlementaires algériens et américains ont mis en avant plusieurs indicateurs prometteurs pour l’avenir des relations parlementaires entre les deux pays

Dans ce même contexte, le sénateur Bill Harper conduisant la délégation d’assistants parlementaires "staffers" du Congrès des Etats-Unis d’Amérique a été reçue à son tour par Chakib Khelil. Les entretiens entre les deux parties ont porté sur les relations dans le domaine de l’énergie et des hydrocarbures entre l’Algérie et les Etats-Unis, avec un accent mis sur les d’hydrocarbures et de dessalement de l’eau de mer.

La délégation américaine se trouve en Algérie dans le cadre d’une visite de travail initiée par l’ambassade d’Algérie à  Washington. Les "staffers" sont les proches collaborateurs des élus des deux Chambres du Congrès et jouent un rôle important aussi bien dans la confection des dossiers que dans la prise de décision sur les questions soumises au débat du Congrès.

La visite en Algérie de la délégation américaine intervient après le séjour officiel effectué en Algérie par le Congressman Alcee Hastings en décembre 2004, en tant que président de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation de sécurité et de coopération en Europe (OSCE) et celui du sénateur démocrate Russel Feingold en janvier 2005.

Le député républicain de la Chambre des représentants au Congrès, Edward Royce, accompagné d’une délégation parlementaire a déjà effectué une visite en Algérie en sa qualité de président de la sous-commission Afrique au Congrès des Etats-Unis, de même que le sénateur républicain Richard Lugar, président de la commission des Affaires étrangères au Sénat fédéral américain qui a séjourné en Algérie en août 2005.

Mais quel est le contexte véritable de tout cela ? L’ambassadeur américain en Algérie a nettement fait savoir, dans une déclaration que les Etats-Unis estiment qu’il est pour eux "stratégique" que l’Algérie soit un espace de stabilité, de démocratie, de prospérité et de cette manière elle devient "un facteur de paix et de stabilité dans la région ainsi qu’un partenaire de plus en plus important dans la lutte contre le terrorisme". Ce lien avec la lutte contre le terrorisme, s’il n’est pas nouveau suffit, certes, à mettre le forcing US dans le cadre de la stratégie globale de Washington. "Notre coopération est très positive et très importante (...) l’Algérie est parmi nos premiers partenaires dans la lutte contre le terrorisme", a déclaré l’ambassadeur américain. M. Erdman a souligné que les Etats-Unis ont entrepris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme "des efforts dans le but de renforcer la capacité militaire et politique des pays voisins afin de les aider à protéger leurs territoires plus efficacement contre les terroristes". Mais les considérations sécuritaires n’empêchent pas d’assouplir les déplacements humains. 3 000 visas vers les Etats-Unis sont accordés par an depuis quelques années, un chiffre en hausse par rapport aux années 1990. Et ce chiffre va augmenter vu que les Algériens n’auront plus à se déplacer à Tunis pour établir leurs demandes.

Mais la politique, c’est connu, ne marche pas si les affaires ne suivent. Aujourd’hui, les autorités américaines soutiennent  pour une "accession rapide" à l’OMC, l’Algérie qui montrerait sa totale disponibilité pour soutenir le rythme des négociations et respecter les engagements pris.

En attendant, ce sont tous les secteurs qui semblent promis à une véritable percée américaine, la dernière en date a été la venue sur le marché de la téléphonie mobile par satellite de la firme Globalstar, une entrée faite dans la grande discrétion jusqu’à l’annonce de l’entrée en exploitation de la licence. Dans l’intervalle des mois de décembre 2005 et de janvier 2006, la santé, l’enseignement supérieur, les travaux publics, l’habitat ont été autant de domaines de conclusion de contrats non négligeables.

Déjà, plusieurs sociétés représentant les Etats-Unis ont soumissionné pour la réalisation du tronçon Est (400 km) du projet d'autoroute Est-Ouest. Impulsé de nouveau par le programme complémentaire de soutien à la croissance pour la période 2005-2009, ce projet aura déjà coûté environ 1 milliard de dollars sur un coût total estimé à 7 milliards de dollars entièrement consentis par le Trésor public. La création d’une société mixte algéro-américaine pour la construction de 850 logements dans l’Algérois, en partenariat avec un fleuron de la promotion immobilière, l’EPLF-Boumerdès, a marqué, de par sa symbolique, la tenue du premier symposium algéro-américain sur les opportunités d’affaires en Algérie. L’accord signé avec le groupe américain d’engineering et de construction Wink Global Ventures porte sur la réalisation de 850 logements "haut standing" dans les wilayas d’Alger et de Boumerdes. Cette société mixte prendra la forme d’une société par actions d’un capital de 10 millions de dinars, détenu à hauteur de 51% (5,1 millions de dinars) par le groupe Wink et de 49% par EPLF-Boumerdes. Le projet comprend la construction de logements collectifs, semi-collectifs et individuels (villas) de haut standing dans les zones de Beni-Messous (Alger) et de Thenia (Boumerdes).

S’adressant à ses concitoyens industriels, l’ambassadeur américain n’avait pas omis de mettre l’accent sur les "grandes avancées" réalisées par l’Algérie en matière non seulement de "démocratie et de stabilité politique" mais aussi du "vaste programme de réformes" en cours économiques et de "l’ambitieux programme" de soutien à la croissance. C’est que les Etats-Unis ont supplanté la France dans sa position traditionnelle de premier partenaire commercial de l’Algérie, avec un volume d’IDE estimés à environ 5,5 milliards de dollars/an dont la majorité est destinée aux hydrocarbures.

De même, il est question d’une coopération effective dans le secteur de la santé. Les discussions portent présentement sur les domaines du développement des actions de formation et du renforcement des capacités du système d’information sanitaire, la lutte contre les maladies infectieuses, le développement des capacités de surveillance épidémiologique et la lutte contre la grippe aviaire.

La coopération promet d’englober les domaines du dépistage des maladies, notamment celles génétiques chez l’enfant, de l’échange des données épidémiologiques, de l’étude et de l’analyse des performances des systèmes de santé ainsi que ceux liés au renforcement des capacités en matière de gestion hospitalière et au transfert des technologies de la santé. Déjà, un accord de coopération algéro-américain sur la science et la technologie a été conjointement signé par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Rachid Harraoubia, et la sous-secrétaire d’Etat pour la démocratie et les affaires globales auprès du Département d’Etat, Paula Dobriansky. L’accord apportera un cadre d’échanges de la connaissance scientifique et technologique dans différents domaines à l’instar des domaines maritime, de la météorologie, de l’agriculture, de l’énergie, de la santé, de la biotechnologie et de l’ingénierie. Cet accord ciblera des domaines importants, à savoir la protection de l’environnement et de la biodiversité, la gestion intégrée des ressources en eau, la sismologie et la recherche appliquée en génie sismique. D’autres domaines sont concernés par le programme engagé dans le cadre de cet accord de partenariat, à l’instar de l’agriculture, l’énergie, l’espace, la santé et le développement durable.

Ce n’est pas tout.

La modernisation du la justice jouit désormais de l’assistance américaine. Début janvier, un juge américain, Francis Anthony Mc Loughlin Jr., a exposé  devant les élèves magistrats de l’Ecole supérieure de la magistrature (ESM), les préceptes contenus dans le code de déontologie des Etats-Unis. Dans une conférence donnée à l’ESM sur la déontologie de la profession du magistrat, dans le cadre de la coopération entre le ministère de la Justice et l’Association des barreaux américains, A. Mc Loughlin a énuméré les préceptes écrits du code de déontologie aux Etats-Unis, à même peut-on déduire d’inspirer nos magistrat.

Cette diversification des échanges avec la partie américaine à tous les niveaux a été précédée, début décembre 2005, par un important rendez-vous dans la coopération militaire mixte, qui ont permis à Abdelmalek Guenaizia, puis au général major Ahmed Gaid Salah, Chef d’état-major  de l’ANP, de recevoir le commandant suprême des forces alliées et commandant en chef des forces américaines en Europe, le général d’armée  James L. Jones. Les entretiens entre les deux parties ont porté sur les relations de coopération militaire et le dialogue méditerranéen ainsi que sur les perspectives de partenariat et leur développement.

Mais à ce niveau, c’est bien entendu le message du président Bush à son homologue algérien qui constitue un repère. Ce dernier, après ses vœux de prompt rétablissement, souligné "l’amitié et la coopération étroite que (nos) deux pays entretiennent". Des relations certes excellentes, mais qui n’expliquent pas encore le report, début décembre, de la visite à Alger de M. Welch, secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé des affaires du Proche-Orient et d’Afrique du Nord. Un report en plein milieu d’une tournée dans la région, dû à "des raisons imprévues et indépendantes de sa volonté", selon l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Algérie.

Nabil Benali

 

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La percée US par les chiffres

Les échanges commerciaux algéro-américains ont totalisé quelque 9,507 milliards de dollars (MDS) entre janvier et octobre 2005, contre 6,774 MDS pour la même période de 2004 et 4,365 MDS de dollars au cours des dix premiers mois de 2003, selon les derniers chiffres publiés par le bureau des statistiques du ministère américain du Commerce à Washington. Selon la même source, les exportations algériennes vers le marché américain ont atteint 8,535 MDS de dollars, en nette croissance de 41,11 % par rapport aux chiffres de 2004, avec un montant de 6,048 MDS dollars. Les exportations algériennes continuent à être dominées par les hydrocarbures, peut-on remarquer.

Les importations algériennes ont, quant à elles, totalisé 971,706 millions de dollars durant la même période de l’année 2005, en augmentation de 34,01 % par rapport à 2004, révèle encore le département du Commerce. Il signale, par ailleurs, qu’une large gamme de produits américains est vendue sur le marché algérien. Les échanges commerciaux entre les deux pays et leur nette croissance placent aujourd’hui les Etats-Unis au premier rang des partenaires économiques de l’Algérie, estiment les analystes dans la capitale fédérale.

N. B.

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