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Algérie
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Désormais, il
n’y a pas que le pétrole
Jamais les
officiels algériens n’ont eu à serrer autant de main en provenance
de Washington. Depuis décembre, il ne se passe pas, en effet, une
semaine sans que l’on assiste à la venue de deux, trois, voire plus,
délégations américaines. Depuis quelques années, le pays s’est
habitué, certes, au ballet diplomatique. Mais cette fois, il marque
une fréquence inhabituelle et à forte coloration américaine, voire
texane, avec la particularité de l’intérêt pour autre chose que le
pétrole.
Le plus Américain
des Algériens, le Dr Elyas Zerhouni, directeur des Instituts
nationaux de santé (NIH) aux Etats-Unis, a déclaré cette semaine que
le moment est favorable pour le développement de la coopération avec
les scientifiques américains. "Avec les difficultés en Europe, il
existe, aujourd’hui, une opportunité unique pour les pays de
l’Afrique du Nord pour développer la coopération avec les
scientifiques américains", a-t-il dit à Tunis. En même temps, à
Alger, celui qui se présente comme le plus Algériens des Américains,
le photographe Thomas Hartwell, présentait sa collection "Viva
l’Algérie" dédiée à La Casbah. Il n’a pu dissimuler son coup de cœur
pour Alger et si l’événement, somme toute banal, aura été relevé par
la présence de l’ambassadeur des Etats-Unis en Algérie, c’est que
l’artiste américain était tout simplement dans l’air du temps. Quoi
de plus facile que les liens culturels et les aspirations
intellectuelles, surtout lorsque le reste, quasiment tout le reste,
est déjà bien défriché. Ainsi en est-il au plan politique, lorsqu’on
assiste à ce qu’on pourrait appeler, sans risque d’erreur, un
forcing de premier ordre. Une démarche qui a connu son pic avec la
présence à la récente clôture de la session parlementaire – c’est
une première– d’une délégation de la Conférence nationale des
législatures des Etats-unis, en visite à Alger et conduite par le
sénateur Jeff Wentworth, représentant du parti républicain pour l’Etat
du Texas au Congrès américain. Celle-ci a été reçue par le président
du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, et le président de l’APN,
Amar Saadani, pour ce qu’on appelle, pince-sans-rire, "un échange
d’expérience". Plus sérieusement, il était question d’une
collaboration entre le Parlement algérien et le Congrès américain.
La rencontre aurait permis à la délégation américaine de connaître
la composante, le rôle ainsi que la place qu’occupent les deux
Chambres dans le tissu institutionnel algérien, et ce, à la lumière
d’exposés sur "les progrès politiques et socio-économiques en cours
en Algérie". "Le processus de réformes visant à asseoir et à
consolider un système démocratique pluriel garantissant la liberté
d’expression et les droits de l’homme" a été le point de mire de ces
rencontres.
S’agissant de la
coopération parlementaire et l’échange d’expériences, les
parlementaires algériens et américains ont mis en avant plusieurs
indicateurs prometteurs pour l’avenir des relations parlementaires
entre les deux pays
Dans ce même
contexte, le sénateur Bill Harper conduisant la délégation
d’assistants parlementaires "staffers" du Congrès des Etats-Unis
d’Amérique a été reçue à son tour par Chakib Khelil. Les entretiens
entre les deux parties ont porté sur les relations dans le domaine
de l’énergie et des hydrocarbures entre l’Algérie et les Etats-Unis,
avec un accent mis sur les d’hydrocarbures et de dessalement de
l’eau de mer.
La délégation
américaine se trouve en Algérie dans le cadre d’une visite de
travail initiée par l’ambassade d’Algérie à Washington. Les "staffers"
sont les proches collaborateurs des élus des deux Chambres du
Congrès et jouent un rôle important aussi bien dans la confection
des dossiers que dans la prise de décision sur les questions
soumises au débat du Congrès.
La visite en
Algérie de la délégation américaine intervient après le séjour
officiel effectué en Algérie par le Congressman Alcee Hastings en
décembre 2004, en tant que président de l’Assemblée parlementaire de
l’Organisation de sécurité et de coopération en Europe (OSCE) et
celui du sénateur démocrate Russel Feingold en janvier 2005.
Le député
républicain de la Chambre des représentants au Congrès, Edward
Royce, accompagné d’une délégation parlementaire a déjà effectué une
visite en Algérie en sa qualité de président de la sous-commission
Afrique au Congrès des Etats-Unis, de même que le sénateur
républicain Richard Lugar, président de la commission des Affaires
étrangères au Sénat fédéral américain qui a séjourné en Algérie en
août 2005.
Mais quel est le
contexte véritable de tout cela ? L’ambassadeur américain en Algérie
a nettement fait savoir, dans une déclaration que les Etats-Unis
estiment qu’il est pour eux "stratégique" que l’Algérie soit un
espace de stabilité, de démocratie, de prospérité et de cette
manière elle devient "un facteur de paix et de stabilité dans la
région ainsi qu’un partenaire de plus en plus important dans la
lutte contre le terrorisme". Ce lien avec la lutte contre le
terrorisme, s’il n’est pas nouveau suffit, certes, à mettre le
forcing US dans le cadre de la stratégie globale de Washington.
"Notre coopération est très positive et très importante (...)
l’Algérie est parmi nos premiers partenaires dans la lutte contre le
terrorisme", a déclaré l’ambassadeur américain. M. Erdman a souligné
que les Etats-Unis ont entrepris dans le cadre de la lutte contre le
terrorisme "des efforts dans le but de renforcer la capacité
militaire et politique des pays voisins afin de les aider à protéger
leurs territoires plus efficacement contre les terroristes". Mais
les considérations sécuritaires n’empêchent pas d’assouplir les
déplacements humains. 3 000 visas vers les Etats-Unis sont accordés
par an depuis quelques années, un chiffre en hausse par rapport aux
années 1990. Et ce chiffre va augmenter vu que les Algériens
n’auront plus à se déplacer à Tunis pour établir leurs demandes.
Mais la politique,
c’est connu, ne marche pas si les affaires ne suivent. Aujourd’hui,
les autorités américaines soutiennent pour une "accession rapide" à
l’OMC, l’Algérie qui montrerait sa totale disponibilité pour
soutenir le rythme des négociations et respecter les engagements
pris.
En attendant, ce
sont tous les secteurs qui semblent promis à une véritable percée
américaine, la dernière en date a été la venue sur le marché de la
téléphonie mobile par satellite de la firme Globalstar, une entrée
faite dans la grande discrétion jusqu’à l’annonce de l’entrée en
exploitation de la licence. Dans l’intervalle des mois de décembre
2005 et de janvier 2006, la santé, l’enseignement supérieur, les
travaux publics, l’habitat ont été autant de domaines de conclusion
de contrats non négligeables.
Déjà, plusieurs
sociétés représentant les Etats-Unis ont soumissionné pour la
réalisation du tronçon Est (400 km) du projet d'autoroute Est-Ouest.
Impulsé de nouveau par le programme complémentaire de soutien à la
croissance pour la période 2005-2009, ce projet aura déjà coûté
environ 1 milliard de dollars sur un coût total estimé à 7 milliards
de dollars entièrement consentis par le Trésor public. La création
d’une société mixte algéro-américaine pour la construction de 850
logements dans l’Algérois, en partenariat avec un fleuron de la
promotion immobilière, l’EPLF-Boumerdès, a marqué, de par sa
symbolique, la tenue du premier symposium algéro-américain sur les
opportunités d’affaires en Algérie. L’accord signé avec le groupe
américain d’engineering et de construction Wink Global Ventures
porte sur la réalisation de 850 logements "haut standing" dans les
wilayas d’Alger et de Boumerdes. Cette société mixte prendra la
forme d’une société par actions d’un capital de 10 millions de
dinars, détenu à hauteur de 51% (5,1 millions de dinars) par le
groupe Wink et de 49% par EPLF-Boumerdes. Le projet comprend la
construction de logements collectifs, semi-collectifs et individuels
(villas) de haut standing dans les zones de Beni-Messous (Alger) et
de Thenia (Boumerdes).
S’adressant à ses
concitoyens industriels, l’ambassadeur américain n’avait pas omis de
mettre l’accent sur les "grandes avancées" réalisées par l’Algérie
en matière non seulement de "démocratie et de stabilité politique"
mais aussi du "vaste programme de réformes" en cours économiques et
de "l’ambitieux programme" de soutien à la croissance. C’est que les
Etats-Unis ont supplanté la France dans sa position traditionnelle
de premier partenaire commercial de l’Algérie, avec un volume d’IDE
estimés à environ 5,5 milliards de dollars/an dont la majorité est
destinée aux hydrocarbures.
De même, il est
question d’une coopération effective dans le secteur de la santé.
Les discussions portent présentement sur les domaines du
développement des actions de formation et du renforcement des
capacités du système d’information sanitaire, la lutte contre les
maladies infectieuses, le développement des capacités de
surveillance épidémiologique et la lutte contre la grippe aviaire.
La coopération
promet d’englober les domaines du dépistage des maladies, notamment
celles génétiques chez l’enfant, de l’échange des données
épidémiologiques, de l’étude et de l’analyse des performances des
systèmes de santé ainsi que ceux liés au renforcement des capacités
en matière de gestion hospitalière et au transfert des technologies
de la santé. Déjà, un accord de coopération algéro-américain sur la
science et la technologie a été conjointement signé par le ministre
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Rachid
Harraoubia, et la sous-secrétaire d’Etat pour la démocratie et les
affaires globales auprès du Département d’Etat, Paula Dobriansky.
L’accord apportera un cadre d’échanges de la connaissance
scientifique et technologique dans différents domaines à l’instar
des domaines maritime, de la météorologie, de l’agriculture, de
l’énergie, de la santé, de la biotechnologie et de l’ingénierie. Cet
accord ciblera des domaines importants, à savoir la protection de
l’environnement et de la biodiversité, la gestion intégrée des
ressources en eau, la sismologie et la recherche appliquée en génie
sismique. D’autres domaines sont concernés par le programme engagé
dans le cadre de cet accord de partenariat, à l’instar de
l’agriculture, l’énergie, l’espace, la santé et le développement
durable.
Ce n’est pas
tout.
La modernisation
du la justice jouit désormais de l’assistance américaine. Début
janvier, un juge américain, Francis Anthony Mc Loughlin Jr., a
exposé devant les élèves magistrats de l’Ecole supérieure de la
magistrature (ESM), les préceptes contenus dans le code de
déontologie des Etats-Unis. Dans une conférence donnée à l’ESM sur
la déontologie de la profession du magistrat, dans le cadre de la
coopération entre le ministère de la Justice et l’Association des
barreaux américains, A. Mc Loughlin a énuméré les préceptes écrits
du code de déontologie aux Etats-Unis, à même peut-on déduire
d’inspirer nos magistrat.
Cette
diversification des échanges avec la partie américaine à tous les
niveaux a été précédée, début décembre 2005, par un important
rendez-vous dans la coopération militaire mixte, qui ont permis à
Abdelmalek Guenaizia, puis au général major Ahmed Gaid Salah, Chef
d’état-major de l’ANP, de recevoir le commandant suprême des forces
alliées et commandant en chef des forces américaines en Europe, le
général d’armée James L. Jones. Les entretiens entre les deux
parties ont porté sur les relations de coopération militaire et le
dialogue méditerranéen ainsi que sur les perspectives de partenariat
et leur développement.
Mais à ce niveau,
c’est bien entendu le message du président Bush à son homologue
algérien qui constitue un repère. Ce dernier, après ses vœux de
prompt rétablissement, souligné "l’amitié et la coopération étroite
que (nos) deux pays entretiennent". Des relations certes
excellentes, mais qui n’expliquent pas encore le report, début
décembre, de la visite à Alger de M. Welch, secrétaire d’Etat-adjoint
américain chargé des affaires du Proche-Orient et d’Afrique du Nord.
Un report en plein milieu d’une tournée dans la région, dû à "des
raisons imprévues et indépendantes de sa volonté", selon l’ambassade
des Etats-Unis d’Amérique en Algérie.
Nabil Benali
Algérie -
Etats-Unis
La percée US
par les chiffres
Les échanges
commerciaux algéro-américains ont totalisé quelque 9,507 milliards
de dollars (MDS) entre janvier et octobre 2005, contre 6,774 MDS
pour la même période de 2004 et 4,365 MDS de dollars au cours des
dix premiers mois de 2003, selon les derniers chiffres publiés par
le bureau des statistiques du ministère américain du Commerce à
Washington. Selon la même source, les exportations algériennes vers
le marché américain ont atteint 8,535 MDS de dollars, en nette
croissance de 41,11 % par rapport aux chiffres de 2004, avec un
montant de 6,048 MDS dollars. Les exportations algériennes
continuent à être dominées par les hydrocarbures, peut-on remarquer.
Les importations
algériennes ont, quant à elles, totalisé 971,706 millions de dollars
durant la même période de l’année 2005, en augmentation de 34,01 %
par rapport à 2004, révèle encore le département du Commerce. Il
signale, par ailleurs, qu’une large gamme de produits américains est
vendue sur le marché algérien. Les échanges commerciaux entre les
deux pays et leur nette croissance placent aujourd’hui les
Etats-Unis au premier rang des partenaires économiques de l’Algérie,
estiment les analystes dans la capitale fédérale.
N.
B.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |