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Proche- Orient
Quelles
perspectives ?
La cartographie
politique du Proche-Orient vient de subir en moins d’un mois des
changements remarqués avec notamment, l’arrivée au pouvoir du Hamas,
grand vainqueur des législatives palestiniennes du 25 janvier et la
disparition soudaine de la scène politique d’Ariel Sharon, le maître
d’œuvre ces dernières années de la stratégie israélienne dans la
région.
La montée en
puissance du mouvement du cheikh Ahmed Yassine (assassiné en 2004
par Israël) était prévisible. Mais ce raz-de-marée électoral a pris
de court de nombreuses parties, y compris le Hamas lui-même, qui
passe de l’opposition radicale au sommet du pouvoir palestinien.
Preuve s’il en faut, les multiples appels du pied des différents
responsables du mouvement au partenariat avec les autres
composantes palestiniennes dont le Fatah son principal adversaire.
Les dirigeants
palestiniens du Fatah ne sont pas en reste et sont apparus groggy
après le verdict des urnes. Ils espéraient conserver la direction
des affaires, en dépit du désespoir de l’opinion publique, meurtrie
par les luttes de clan, la corruption, la gestion déficiente et
par-dessus tout leur impuissance à arracher à Israël et à son
parrain américain les concessions minimales pour parvenir à un état
indépendant. L’Autorité palestinienne a fait de multiples pas
allant dans le sens de la « feuille de route » avec en retour des
incursions israéliennes sans fin dans les territoires palestiniens
qui n’ont plus rien d’autonomes avec leur lot de morts,
d’arrestations, et d’intimidations.
Israël et les
Etats-Unis ont été pour beaucoup dans l’émergence du Hamas. Ils
n’ont en rien, faute de le vouloir réellement, favorisé la solution
pacifique, qui aurait laissé entrevoir la naissance d’un état
palestinien indépendant et empêché que le désespoir de la population
palestinienne n’ouvre la voie au mouvement islamiste. Les coups très
durs assénés au Hamas par les services de sécurité israéliens et
notamment les assassinats ciblés de ses chefs sous le gouvernement
Sharon auront abouti au renforcement politique du mouvement,
jusqu’à leur arrivée au pouvoir. Volonté délibérée d’Israël de
dérouler de cette façon le tapis rouge à la formation radicale pour
continuer de refuser toute avancée dans les négociations avec cette
fois l’aval de l’ensemble des puissances ? La question reste posée.
Ce bouleversement
de la donne palestinienne intervient après la soudaine éclipse
d’Ariel Sharon, politiquement mort, conduisant son numéro deux, Ehud
Olmert, à se poser en continuateur de sa politique. Et il semble y
parvenir parfaitement puisque sitôt les résultats connus, il s’est
empressé de rallier l’opinion internationale en avertissant que son
pays refuserait toute négociation avec un pouvoir palestinien dominé
par le Hamas, vu qu’il s’agit dit-il d’une « organisation terroriste
armée qui prône la destruction de l’état hébreu ».Les réactions de
plusieurs capitales ont largement abondé dans son sens : des
Etats-Unis menaçant de couper le robinet des aides financières aux
Palestiniens à l’Union européenne se disant inquiète, en passant par
la Bulgarie demandant au Hamas de renoncer « à la violence ».
Tous estiment à
l’unisson que la perspective d’un règlement du conflit
israélo-palestinien s’estompe avec l’arrivée du Hamas au pouvoir
alors que le gouvernement israélien s’est évertué ces dernières
années à torpiller tous les accords depuis Oslo. Après avoir mis
hors jeu Yasser Arafat, il n’a rien concédé à son successeur Mahmoud
Abbas malgré les pressions internationales si ce n’est le retrait
unilatéral de la bande Gaza : « une prison à ciel ouvert ».
Aujourd’hui Ehud Olmert va continuer de dire qu’il n’y a pas de
partenaire pour un dialogue et il aura le beau rôle aux yeux des
grandes puissances….le conflit ne change donc pas la
fondamentalement de nature.
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La victoire du Hamas nouvel épisode de la percée des islamistes
arabes
La victoire
tonitruante du mouvement islamiste palestinien Hamas est un nouvel
épisode de la percée des mouvements islamistes arabes dans les
urnes, en Egypte et en Irak notamment, à la faveur de la
démocratisation voulue par les Etats-Unis, estiment les analystes.
Mais ajoutent-ils, ces victoires, pour fracassantes qu’elles soient,
reflètent moins la puissances des mouvements islamistes que la
sclérose et la stagnation des systèmes politiques arabes.
« Les succès
électoraux des mouvements islamistes dans le monde arabe sont la
conséquence de l’échec des régimes en place et non le reflet de leur
propre force », souligne l’analyste jordanien Arib el-Rantaoui. « La
leçon à tirer est que la force des mouvements islamistes est le
reflet de la sclérose des régimes politiques arabes et de la
corruption. Elle est aussi la conséquence de leurs pratiques
répressives et de leur refus des réformes », ajoute-t-il.
Hamas à remporter
14 des 132 sièges du Parlement palestinien, contre 45 pour son rival
le Fatah, qui avait jusque là dominé pratiquement sans partage la
scène politique palestinienne.
Pour l’analyste
jordanien, les partis religieux en temps normal ne devraient pas
dépasser 20% de la représentation nationale. 3mais l’horizon
politique bouché, l’exclusion et la répression ont contribué à
élever les gains de ces mouvements « dit-il. 3hamas se trouve
désormais dans une ornière du fait qu’il doit faire face aux
pressions des Américains et des Européens qui financent l’Autorité
palestinienne », souligne cependant Arib el-Rantaoui. « Comment va
–t-il gérer ces pressions lorsqu’il prendra en charge le
gouvernement » palestinien, s’interroge-t-il.
« en l’absence de
réformes, tous les régimes arabes sclérosés risquent de tomber dans
les bras des islamistes », souligne pour sa part Borhane Ghalioune ,
professeur de sociologie politique à la Sorbonne. Il estime
cependant « qu’il ne faut pas généraliser l’expérience de Hamas, qui
s’inscrit d’une façon spécifique dans le cadre du conflit
israélo-palestinien ».
« L’exercice du
pouvoir va changer Hamas », ajoute Borhane Ghalioune, qui dit qu’il
n’est pas pessimiste » après la victoire de Hamas.
« Sa victoire est
la meilleure façon de sonner la fin de l’illusion dite de –l’islam
est la solution-, le slogan popularisé par Hamas pendant sa campagne
électorale. Le résultat des élections a ouvert la voie devant la fin
de cette illusion », souligne le politologue.
« L’exemple turc
réussi est peut être l’exemple à suivre des Arabes, non celui de
l’Iran » ajoute-t-il.
« la victoire du
Hamas est un piège pour le mouvement », estime pour sa part Hassan
Barrari, chercheur du Centre d’études stratégiques de Amman. Hamas
va-t-il diriger les Palestiniens selon des critères révolutionnaires
ou selon ceux d’un gouvernement contraint de traiter avec l’étranger
pour obtenir son soutien ? » se demande-t-il. « Ou bien Hamas se
modère ou alors c’est l’Autorité palestinienne qui s’effondre »,
prédit-il. « Hamas doit composer avec les réalités, dont Israël »,
ajoute-t-il.
Concernant la
poussée des islamistes arabes, Hassan Barrari estime que « la percée
des frères musulmans en Egypte était calculée » par le pouvoir du
président Hosni Moubarak, tandis que les islamistes jordaniens
« souhaitent n’être qu’une force d’opposition, sans plus et sans
nourrir l’ambition de prendre le pouvoir ».
« L’Irak est un
cas particulier » selon lui.
Entre des pouvoirs
corrompus et les mouvements totalitaires a quand la troisième
voie ?
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