Semaine du 1 au 7 février 2006

Proche- Orient 

Quelles perspectives ?

La victoire du Hamas nouvel épisode de la percée des islamistes arabes

 
 
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Proche- Orient 

Quelles perspectives ?

La cartographie politique du Proche-Orient vient de subir en moins d’un mois des changements remarqués avec notamment, l’arrivée au pouvoir du Hamas, grand vainqueur des législatives palestiniennes du 25 janvier et la disparition soudaine de la scène politique d’Ariel Sharon, le maître d’œuvre ces dernières années de la stratégie israélienne dans la région.

La montée en puissance du mouvement du cheikh Ahmed Yassine (assassiné en 2004 par Israël) était prévisible. Mais ce raz-de-marée électoral a pris de court de nombreuses parties, y compris le Hamas lui-même, qui passe de l’opposition radicale au sommet du pouvoir palestinien. Preuve s’il en faut, les multiples appels du pied  des différents responsables  du mouvement au partenariat avec les autres composantes palestiniennes dont le Fatah son principal adversaire.

Les dirigeants palestiniens du Fatah ne sont pas en reste et sont apparus groggy après le verdict des urnes. Ils espéraient conserver la direction des affaires, en dépit du désespoir de l’opinion publique, meurtrie par les luttes de clan, la corruption, la gestion déficiente et par-dessus tout leur impuissance à arracher à Israël et à son parrain américain les concessions minimales pour parvenir à un état indépendant. L’Autorité palestinienne a fait  de multiples pas  allant dans le sens de la « feuille de route » avec en retour des incursions israéliennes sans fin dans les territoires palestiniens qui n’ont plus rien d’autonomes avec leur lot de morts, d’arrestations, et d’intimidations.

Israël et les Etats-Unis ont été pour beaucoup dans l’émergence du Hamas. Ils n’ont en rien, faute de le vouloir réellement, favorisé la solution pacifique, qui aurait laissé entrevoir la naissance d’un état palestinien indépendant et empêché que le désespoir de la population palestinienne n’ouvre la voie au mouvement islamiste. Les coups très durs assénés au Hamas par les services de sécurité israéliens et notamment les assassinats ciblés de ses chefs sous le gouvernement Sharon auront abouti  au renforcement politique du mouvement, jusqu’à leur arrivée au pouvoir. Volonté délibérée d’Israël de dérouler de cette façon le tapis rouge à la formation radicale pour continuer de refuser toute avancée dans les négociations avec cette fois l’aval de l’ensemble des puissances ? La question reste posée. 

Ce bouleversement de la donne palestinienne intervient après la soudaine éclipse d’Ariel Sharon, politiquement mort, conduisant son numéro deux, Ehud Olmert, à se poser en continuateur de sa politique. Et il semble y parvenir parfaitement puisque sitôt les résultats connus, il s’est empressé de rallier l’opinion internationale en avertissant que son pays refuserait toute négociation avec un pouvoir palestinien dominé par le Hamas, vu qu’il s’agit dit-il d’une « organisation terroriste armée qui prône la destruction  de l’état hébreu ».Les réactions de plusieurs capitales ont largement abondé dans son sens : des Etats-Unis menaçant de couper le robinet des aides financières aux Palestiniens à l’Union européenne se disant inquiète, en passant par la Bulgarie demandant au Hamas de renoncer « à la violence ».

Tous estiment à l’unisson que la perspective d’un règlement du conflit israélo-palestinien s’estompe avec l’arrivée du Hamas au pouvoir alors que le gouvernement israélien s’est évertué ces dernières années à torpiller tous les accords depuis Oslo. Après avoir mis hors jeu Yasser Arafat, il n’a rien concédé à son successeur Mahmoud Abbas malgré les pressions internationales si ce n’est  le retrait unilatéral de la bande Gaza : « une prison à ciel ouvert ». Aujourd’hui Ehud Olmert va continuer de dire qu’il n’y a pas de partenaire pour un dialogue et il aura le beau rôle aux yeux des grandes puissances….le conflit ne change donc pas la fondamentalement de nature.

 

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La victoire du Hamas nouvel épisode de la percée des islamistes arabes

La victoire tonitruante du mouvement islamiste palestinien Hamas est un nouvel épisode de la percée des mouvements islamistes arabes dans les urnes, en Egypte et en Irak notamment, à la faveur de la démocratisation voulue par les Etats-Unis, estiment les analystes. Mais ajoutent-ils, ces victoires, pour fracassantes qu’elles soient, reflètent moins la puissances des mouvements islamistes  que la sclérose et la stagnation des systèmes politiques arabes.

« Les succès électoraux des mouvements islamistes dans le monde arabe sont la conséquence de l’échec des régimes en place et non le reflet de leur propre force », souligne l’analyste jordanien Arib el-Rantaoui. « La leçon à tirer est que la force des mouvements islamistes est le reflet de la sclérose des régimes politiques arabes et de la corruption. Elle est aussi la conséquence de leurs pratiques répressives et de leur refus des réformes », ajoute-t-il.

Hamas à remporter 14 des 132 sièges du Parlement palestinien, contre 45 pour son rival le Fatah, qui avait jusque là dominé pratiquement sans partage la scène politique palestinienne.

Pour l’analyste jordanien, les partis religieux en temps normal ne devraient pas dépasser 20% de la représentation nationale. 3mais l’horizon politique bouché, l’exclusion et la répression ont contribué à élever les gains de ces mouvements « dit-il. 3hamas se trouve désormais dans une ornière du fait qu’il doit faire face aux pressions  des Américains et des Européens qui financent l’Autorité palestinienne », souligne cependant Arib el-Rantaoui. « Comment va –t-il gérer ces pressions lorsqu’il prendra en charge le gouvernement » palestinien, s’interroge-t-il.

« en  l’absence de réformes, tous les régimes arabes sclérosés risquent de tomber dans les bras des islamistes », souligne pour sa part Borhane Ghalioune , professeur de sociologie politique à la Sorbonne. Il estime cependant « qu’il ne faut pas généraliser l’expérience de Hamas, qui s’inscrit d’une façon spécifique dans le cadre du conflit israélo-palestinien ».

« L’exercice du pouvoir va changer Hamas », ajoute Borhane Ghalioune, qui dit qu’il n’est pas pessimiste » après la victoire de Hamas.

« Sa victoire est la meilleure façon de sonner la fin de l’illusion dite de –l’islam est la solution-, le slogan popularisé par Hamas pendant sa campagne électorale. Le résultat des élections a ouvert la voie devant la fin de cette illusion », souligne le politologue.

« L’exemple turc réussi est peut être l’exemple à suivre des Arabes, non celui de l’Iran » ajoute-t-il.

« la victoire du Hamas est un piège pour le mouvement », estime pour sa part Hassan Barrari, chercheur du Centre d’études stratégiques de Amman. Hamas va-t-il diriger les Palestiniens selon des critères révolutionnaires ou selon ceux d’un gouvernement contraint de traiter avec l’étranger pour obtenir son soutien ? » se demande-t-il. « Ou bien Hamas se modère ou alors c’est l’Autorité palestinienne qui s’effondre », prédit-il. «  Hamas doit composer avec les réalités, dont Israël », ajoute-t-il. 

Concernant la poussée des islamistes arabes, Hassan Barrari estime que « la percée des frères musulmans en Egypte était calculée » par le pouvoir du président Hosni Moubarak, tandis que les islamistes jordaniens « souhaitent n’être qu’une force d’opposition, sans plus et sans nourrir l’ambition de prendre le pouvoir ».

« L’Irak est un cas particulier » selon lui.

Entre des pouvoirs corrompus et les mouvements totalitaires a quand la troisième voie ?  

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