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L’agenda
diplomatique de l’Algérie
Les dossiers
« chocs » de 2006
La mise en œuvre
du volet coopération de l’accord d’association avec l’Union
Européenne, la lutte contre l’émigration clandestine, le dossier
nucléaire iranien, les menaces qui pèsent sur la Syrie dans
l’affaire de l’assassinat de Rafik Hariri et, à un degré moindre, le
NEPAD et l’Union Africaine, sont les principaux dossiers qui feront
l’agenda diplomatique algérien de l’année 2006.
Après l’entrée en
vigueur (en septembre dernier) du volet commercial de l’accord
d’association avec l’Union Européenne, l’Algérie espère la mise en
œuvre l’aspect coopération de cet accord. L’Algérie entend défendre
sa position lors du premier conseil d’association UE-Algérie qui
regroupera les 20 et 21 mars prochain à Bruxelles les ministres des
Affaires étrangères des 25 et de l’Algérie.
En vertu de
l’accord d’association, il sera procédé à l’installation des comités
thématiques qui couvrent l’ensemble des domaines de coopération
entre l’Algérie et les 25 pays de l’UE.
Il est prévu
l’adoption d’un règlement intérieur, et la négociation des priorités
et d’un calendrier des actions à entreprendre dans le cadre des
comités thématiques (politique, économie, investissement, douanes…).
Il faut rappeler
que l’Algérie avait souhaité la réunion de ce conseil au cours de la
présidence britannique, soit durant le second semestre de l’année
écoulée. La partie algérienne a même soumis ses propositions de mise
en place de six groupes de travail thématiques regroupant les
domaines de l’agriculture, la pêche, les investissements,
l’éducation, la recherche scientifique, la formation, les
infrastructures énergétiques, le transport, l’émigration et les
affaires sociales.
Lors des
négociations entre l’Algérie et la commission européenne, cette
dernière avait insisté sur ses propres priorités à savoir les
questions liées à l’immigration clandestine, alors que la partie
algérienne avait proposé aussi bien ses priorités nationales que
celles de l’UE.
Lors de la
récente réunion à Alger de ses chefs de délégation auprès des pays
méditerranéens, la commission européenne a de nouveau exprimé son
vœu pour la réouverture du dossier de la politique de voisinage avec
l’Algérie parce que cette dernière jouerait « un rôle très important
dans cette stratégie européenne ». Les avantages d’une telle
politique seraient, selon les responsables de la CE, d’« aider à une
coopération plus accrue entre les pays de la région », de permettre
aux entreprises des pays méditerranéens une intégration dans le
marché interne européen, l’utilisation de l’appui de l’UE pour le
processus des réformes économiques, et une série d’autres
d’instruments pour « concrétiser cette aide ». La mise à prix de ce
programme est de 400 millions d’euro pour l’ensemble des pays
bénéficiaires. Un montant « dérisoire », commente-t-on à Alger tout
en refusant de discuter de la « politique de bon voisinage »
proposée par l’Union européenne avant la mise en oeuvre du volet
coopération de l’accord d’association mais également son volet
commercial pour, par exemple, trouver des débouchés aux produits
agricoles algériens sur le marché européen qui devient de plus en
plus fermé dans ce domaine en particulier. Alors, parler
d’« intégration » des entreprises algériennes dans le marché
intérieur européen ça reste du domaine du virtuel que même les
entreprises algériennes n’osent pas imaginer pour le moment. C’est
donc à ce jeu d’illusions que la diplomatie algérienne aura à faire
face durant l’exercice 2006.
Pas d’accusations
sans preuves
Par ailleurs,
l’actualité au Liban, en Syrie et en Iran sera sans doute un des
points phares de l’agenda de la diplomatie algérienne pour cette
année. Pour le dossier de l’assassinat de Rafik Hariri, l’Algérie
s’est déjà distinguée en décembre 2005, lors du vote au Conseil de
Sécurité de l’ONU, en refusant que la Syrie soit sanctionnée avant
la fin de l’enquête sur les auteurs de l’attentat qui a coûté la vie
à l’ex-premier ministre libanais. L’Algérie explique sa position
lors du vote de la résolution 1644 relative à la Commission
d’enquête sur l’assassinat de Rafik Hariri par son « soucis
d’élucider les conditions et les raisons de cet assassinat ». « Nous
avons veillé à ce que la Commission internationale soit indépendante
de toute influence quelle qu’elle soit, et que son travail soit
transparent et orienté vers les faits de l’acte criminel pour aider
les autorités libanaises à enquêter sur cet acte et notamment à en
identifier les auteurs », avait indiqué Abdallah Baali, le
représentant permanent de l’Algérie à l’ONU.
Tout en se
réjouissant de la « coopération manifestée et vérifiée dans les
faits de la Syrie », l’Algérie exhorte le régime de Bachar El Assad
à « persévérer dans la même direction et à se conformer à la
résolution 1636 du Conseil de sécurité ». Cependant, et c’est ce qui
véritablement dérangé les représentants des USA, de la France, et de
la Grande Bretagne, l’Algérie a fait du lobbying pour que le Conseil
de sécurité « s’abstienne de toute action prématurée ou inadéquate
au regard du stade où se trouve l’enquête ». En d’autres termes,
elle a évité à la Syrie, avec le précieux appui de la Russie, d’être
accusée explicitement d’avoir fomenté l’assassinat de Rafik Hariri.
Tout porte à
croire que les positions algérienne et russe ne vont pas se
modifier, jusqu’à ce que les investigations de la Commission
d’enquête internationale apportent la preuve matérielle irréfutable
de l’implication du régime syrien. Ce qui, d’ailleurs, semble très
improbable compte tenu de des éléments qui ont déjà été livrés dans
les deux rapports de Mehlis.
Toujours en ce
qui concerne le dossier libanais, ce n’est pas la première fois que
la position de l’Algérie s’oppose à celle des puissances
occidentales membres permanents du CS de l’ONU. Il faut rappeler à
ce propos la déclaration de M. Baali à propos de la résolution 1559
qui exige le désarmement du Hezbollah (l’Algérie considère qu’il
s’agit d’une affaire intérieur au libanais), ajoutées aux critiques
de la politique des « deux poids deux mesures » de la communauté
internationale quand il s’agit des exactions contre le peuple
palestinien et le non respect de la légalité internationale par l’Etat
israélien. Dans son argumentaire, l’Algérie considère que « la
situation qui prévaut aujourd’hui au Liban ne constitue, à
l’évidence, pas une menace à la paix et à la sécurité
internationales et n’était pas donc de nature à susciter, de
surcroît sous le sceau de l’urgence, un examen par le Conseil de
Sécurité et à fortiori de décision de sa part ». Par contre, elle
pense que « c’est, Israël, qui , par sa politique d’occupation et de
colonisation des terres arabes y compris l’enclave libanaise de
Chaba, le plateau syrien du Golan, et les territoires palestiniens
de Cisjordanie et de Gaza ainsi que Jérusalem Est, et par sa
politique d’agression des pays de la région et de répression brutale
du peuple palestinien, qui constitue une menace indéniable contre la
paix et la sécurité internationales qui eût dû requérir de la part
du Conseil de Sécurité un examen urgent et des mesures efficaces
pour l’amener à respecter les décisions du Conseil de Sécurité et à
se conformer à la légalité internationale ».
Il parait évident
que l’Algérie va réitérer les mêmes positions lors les prochains
épisodes du dossier de l’assassinat de Rafik Hariri.
Le nucléaire
iranien
Bien que le
dossier nucléaire iranien n’ait pas été transféré au Conseil de
Sécurité de l’ONU, l’Algérie semble avoir déjà choisi sa voie. A
travers de multiples déclarations, elle a affirmé son soutien à
l’Iran dans son droit de l’utilisation de la technologie nucléaire
civil à des fins pacifiques.
Cette position de
l’Algérie semble tout aussi bien déranger comme cela a été le cas
pour les dossiers précédents, comme l’attestent plusieurs études et
analyses publiées récemment sur l’attitude algérienne vis-à-vis du
nucléaire iranien. Lesquelles études tentent, d’ailleurs, de
remettre sur le tapis les accusations/interrogations à propos du
« programme nucléaire » de l’Algérie. C’est le cas d’une récente
publication de l’Oxford Business Group à ce sujet. Cette dernière
s’étonne que malgré le fait que « les relations de l'Algérie avec
les pays occidentaux s'améliorent depuis un certain temps », le pays
« se montre compréhensif envers la décision de l'Iran de développer
son programme nucléaire ».
« Ce mouvement
intervient alors que l'Algérie tente de développer son propre
programme nucléaire et de renforcer ses liens avec les pays du Moyen
Orient et de l'Occident », ajoute le document de l’OBC intitulé
« Discussion autour de l’atome » publié le 23 janvier 2006.
Tout en
considérant que les « craintes » occidentales « semblent avoir été
mises de côté avec le développement et la stabilisation du pays »,
l’analyse suggère implicitement que les relations de l'Algérie avec
la Chine notamment « en matière de développement nucléaire » et le
renforcement sur « plusieurs fronts » de ses relations de
coopération avec l’Iran peuvent déboucher sur un programme
nucléaire.
C’est dire que
l’agenda diplomatique algérien pour l’année en cours devra inclure
cette donne, d’autant que l’Algérie a officiellement annoncée sa
volonté, dans le cadre de la diversification de ses ressources
énergétiques, de recourir aux centrales nucléaires pour la
production de l’électricité.
Abdelkader Djalil
Haut
A la
veille de grandes bouleversements économiques et sociaux
Que
peut cacher la suspension de Badaoui ?
Le 15 janvier dernier,
Ahmed Badaoui, secrétaire général du syndicat national des Douanes
et membre de la Commission exécutive nationale de l’UGTA, a connu
un gel de ses activités syndicales. Cette décision, prise par la
Centrale syndicale, intervient un mois après la suspension de
Badaoui par son employeur, pour « troubles à l’ordre public ».
Etat
des lieux du plus ancien syndicat algérien enfermé encore, à la
veille de son 50ème anniversaire et de son XIème
congrès national, dans des relations de dépendance avec les pouvoirs
publics et les partis politiques au pouvoir, le FLN et le RND.
Non
prévu initialement à l’ordre du jour de la réunion du secrétariat
national, l’examen du cas d’Ahmed Badaoui, a été inscrit en
« divers » par Abdelmadjid Sidi-Saïd, le secrétaire général de l’UGTA.
Seul le secrétaire national chargé de l’organique, Salah Djenouhat,
aurait été informé de ce petit « écart », l’ordre serait venu de son
chef de parti, Ahmed Ouyahia, patron du RND, qui se trouve être
également le Chef du gouvernement. Les autres membres de la
direction de l’UGTA, scindés en deux, à la fois entre partisans du
FLN et du RND, et entre fidèles de Sidi-Saïd et de Djenouhat, ont
fini par sacrifier Badaoui sur l’autel de leurs intérêts et
positions sociales : après plusieurs heures de discussions, le
consensus autour de sa suspension de toute activité syndicale s’est
en effet dégagé. Pourtant, pour des raisons encore inconnues,
Sidi-Saïd et son staff ont refusé de communiquer immédiatement
l’information aux journalistes. La nouvelle a été ébruitée le
lendemain par notre confrère Le Quotidien d’Oran, qui aurait été
briefé par Djenouhat sur sa propre initiative.
Pour
bon nombre de syndicalistes de la base, la décision est « éminemment
politique », puisque la direction de l’UGTA est incompétente pour
trancher dans de tels cas de figure. Pour les uns, il fallait se
reporter aux statuts et au règlement intérieur de l’UGTA, et donc
provoquer une conférence nationale regroupant l’ensemble des
syndicats des Douanes, qui se seraient prononcés pour le maintien ou
l’éjection de Badaoui de son poste syndical. Pour les autres, le
secrétaire général du syndicat de l’institution douanière était
« toujours légitime », du moment que la majorité des sections
syndicats lui avait renouvelé sa confiance, en novembre dernier, au
cours de la réunion du conseil national. Mais, les uns et les autres
ont interprété l’exclusion de Badaoui comme « une dérive ». Ils sont
encore convaincus que la décision du secrétariat national de l’UGTA
de lui retirer la casquette syndicale est une condamnation pire que
celle du 26 novembre dernier, provenant de l’administration des
Douanes. Selon eux, le geste en particulier de Sidi-Saïd
équivaudrait à affaiblir Badaoui, le jour de sa traduction devant la
commission de discipline des Douanes.
A la
presse, le syndicaliste sanctionné a révélé que les responsables du
secrétariat national de l’UGTA lui avaient réclamé « d’auto
dissoudre la coordination syndicale en contrepartie de la levée de
la mesure de suspension », arrêtée par l’administration douanière.
Une exigence qu’il ne pourrait en aucune façon satisfaire, puisque
la coordination en question est « une structure qui appartient à
plusieurs syndicats ». « Ce n’est qu’un avant-goût de ce qui va se
passer dans les jours à venir. Il y a une grave menace sur les
libertés syndicales », a alors prédit Badaoui.
Des luttes d’appareils dites-vous ?
Ahmed Badaoui est connu du milieu syndical et de l’opinion publique
nationale, pour avoir défendu depuis longtemps le principe
d’indépendance de l’UGTA vis-à-vis des pouvoirs publics. En 1999 et
en 2004 par exemple, il était parmi les militants de l’organisation
à s’opposer au soutien de l’UGTA à l’élection présidentielle de
Abdelaziz Bouteflika, estimant que le choix du candidat était une
question très personnelle. En 2005, il crée avec des syndicalistes
des Douanes et des entreprises du port d’Alger (CNAN, Nashco, Entmv,
EPAL) une coordination, dont il deviendra l’un des principaux
animateurs, pour faire aboutir le cahier des revendications. Des
revendications connues par les plus hautes autorités du pays, qui
incluent les problèmes socio-professionnels des travailleurs mais
aussi des choix économiques, opposés à une privatisation aux allures
de « bradage ». Au fil des semaines, la coordination s’est élargie
aux banques (BEA, BDL) et aux secteurs de la santé, de la
métallurgie et de l’électronique (Enelec, Snvi, etc.), gagnant de
plus en plus la sympathie des syndicalistes d’autres régions du
pays.
De
l’avis des observateurs, les sorties médiatiques de Badaoui
défendant « la rénovation » de l’UGTA et son « redéploiement sur le
terrain des luttes », étaient tolérées par des responsables
syndicaux et certaines sphères du pouvoir, qui sont opposées à la
libéralisation sauvage de l’économie. Lesquels milieux
continueraient toutefois à penser que l’organisation devrait garder
« le monopole » syndical. En d’autres termes, la bataille de Badaoui
et de ses compagnons s’inscrirait dans le cadre des luttes des
appareils ou, plus communément, des luttes du pouvoir : les éléments
de la coordination syndicale s’y étaient d’ailleurs prêtés à ce
manège, par conviction, par calcul ou les deux à la fois. Et la
coordination syndicale avait bel et bien reçu à sa naissance la
baraka de Sidi-Saïd, qui lui avait adressé un document officiel en
tant que telle.
Dans
ses déclarations à la presse, le secrétaire général du syndicat des
Douanes ne cessait de souligner que la démarche de la coordination
ne visait nullement « une scission » au sein de l’UGTA ni de
« couper les liens » avec l’organisation. Il insistait beaucoup sur
le devenir de l’UGTA qui devait « sortir du musée » et sur son mode
de fonctionnement qui, expliquait-il, datait de la période de la
guerre de Libération nationale et des premières années ayant suivi
l’indépendance de l’Algérie. « C’est pour ces raisons que
nous disons que ce mode de fonctionnement est obsolète et a même
entraîné l’UGTA dans une impasse et vers une gestion bureaucratique
et administrative des grands dossiers, au détriment d’un débat
contradictoire, démocratique, libre et assumé par l’ensemble des
structures et instances syndicales », déclarait-il au Jour d’Algérie
(édition du 17/11/2005). Il déplorait en outre la primauté des
Unions locales et de wilaya sur les structures verticales, tels les
syndicats nationaux ou d’entreprise, et les fédérations, habilitées
à mieux prendre en charge les problèmes des salariés, selon lui.
Cette idée a été défendue plus tard par Ahmed Zouaoui, le
responsable fédéral des finances qui, lui, a trouvé des similitudes
avec les années 1980, où l’article 120 avait fini par écarter les
syndicalistes les plus combatifs et faire tomber les fédérations.
L’approche du 50ème anniversaire de la création de l’UGTA
et de la date de son XIème congrès national (fixé pour
février 2006) était, par conséquent, l’occasion propice pour
insuffler la nouvelle dynamique à l’organisation de Sidi-Saïd, en
vue d’accéder aux décantations nécessaires.
Chronique d’une connivence singulière
Ceux
qui ont fondé leurs espoirs sur Ahmed Badaoui pour régler leurs
comptes et/ou pour permettre à l’UGTA de retrouver sa mission
première, à commencer par le patron de l’UGTA désormais confronté à
un concurrent en la personne de Djenouhat, ont dû désenchanter
quelque peu. Quoique membre de la CEN (instance dirigeante de l’UGTA
entre deux congrès), Badaoui dirige un syndicat d’entreprise et
reste, de ce fait, proche et sensible aux préoccupations des
travailleurs. Il n’a sûrement pas oublié également qu’après son
congédiement des Douanes, des organisations syndicales étrangères se
sont solidarisées avec lui, bien avant que la fédération des
finances et des syndicats du secteur ne se prononcent sur le sujet.
Cela peut alors expliquer ses craintes par rapport à la dégradation
des conditions des salariés, mais aussi son amertume, ses attaques
verbales et parfois sa révolte, à l’endroit des responsables
syndicaux. Ainsi, Badaoui affirmait que la préoccupation majeure de
la coordination était la prise en charge « des problèmes graves » du
monde du travail, livré à la vente « au rabais » des entreprises
économiques publiques, aux compressions et licenciements des
travailleurs, à un pouvoir d’achat « des plus faibles au monde
pratiquement ». On se rappelle certainement de son fameux « Nous
sommes tous illégitimes », pour expliquer que le mandat de l’UGTA
s’est achevé, selon les textes de loi, le 20 octobre 2005. Pour ce
qui est de Djenouhat, secrétaire national chargé de l’organique et
secrétaire général de l’Union de wilaya d’Alger, Badaoui n’a pas été
tendre. D’après lui, le chargé de l’organique est « dans
l’illégalité la plus totale, parce que le congrès de l’Union de
wilaya ne s’est pas tenu depuis 9 ans » Plus grave, Djenouhat serait
le premier à fouler les statuts et le règlement intérieur de l’UGTA,
en complotant avec des Unions locales au niveau de la capitale, dont
plusieurs « ne se sont pas réunies depuis 15 ans » !
Le
syndicaliste des Douanes s’est aussi exprimé sur le pacte économique
et social, non sans dénoncer les entorses faites au fonctionnement
de l’UGTA. Il est anormal pour lui que le secrétariat national de l’UGTA
« dont le mandat a expiré » signe le document : seul le prochain
congrès est en mesure de trancher sur le sujet et ce sera à la
nouvelle direction de parapher le pacte, après des négociations avec
le gouvernement. Il est également anormal pour lui qu’un tel pacte
n’ait « jamais été soumis à la base par aucune structure de
l’organisation ».
Badaoui a même un avis à donner sur des questions cruciales qui
engagent l’avenir de la nation, comme l’accord d’association avec
l’Union européenne et l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation
mondiale du commerce. Tous deux supposent, d’après lui, des
conditions devant être satisfaites au préalable par l’Algérie. Chose
qu’il estime impossible aujourd’hui, parce que l’ensemble des
administrations concernées, les Douanes, les impôts, le commerce et
les banques, « ne sont pas aptes ou prêtes, de par leurs
prérogatives et leurs missions ». Selon lui, il serait sage
pour l’Algérie de demander « une clause transitoire » à l’UE, afin
d’assainir le tissu économique et industriel, de mettre à niveau les
entreprises économiques nationales, appelées à faire face à la
concurrence. Tout devrait donc être fait pour éviter au pays de se
transformer en « un déversoir » pour les produits des sociétés
étrangères. D’abord, il faudrait en débattre en toute transparence.
Ce
que dit Badaoui a déjà été exposé (ou est partagé) par beaucoup de
syndicalistes, y compris des secrétaires nationaux et des membres de
la CEN de l’UGTA. Pourtant, Badaoui et les autres membres de la
coordination syndicale dérangent ; c’est la raison pour laquelle la
machine répressive a été mise en branle par les différents
employeurs, des Douanes et des entreprises publiques, avant
d’expédier des représentants de travailleurs à la justice. Ils
doivent payer pour avoir dénoncé, par voie de presse, la visite de
Djenouhat et d’un ministre de la République (des sources syndicales
indiquent qu’il s’agit du ministre du travail) à la direction des
Douanes, visant la suspension de Badaoui de son poste de travail.
Pour avoir osé appeler à une grève générale et exigé le départ du
chargé de l’organique. Pour avoir créé des passerelles avec des
organisations syndicales dites autonomes. Pour avoir évoqué l’idée
de la constitution d’une Confédération. Et pour avoir défendu le
droit des libertés syndicales, consacré par la Constitution. Badaoui
et ses amis doivent payer le prix de leur audace, à moins bien sûr
de changer d’avis et de rentrer dans les rangs du troupeau.
Appréhensions sur le devenir économique et social
Le
24 janvier dernier, Abdelmadjid Sidi-Saïd, saisissant l’occasion de
la 2ème session de la commission exécutive de la
fédération nationale des travailleurs retraités, a tenu un discours
des plus étranges, où il confirmé le grand malaise régnant dans son
organisation. Il a pratiquement tenu les mêmes arguments de la
coordination syndicale, sauf qu’il ne s’est pas référé à cette
structure et ce, en parlant du désordre dans les affaires organiques
et de la nécessité de réformer la maison UGTA. Sidi-Saïd a néanmoins
préféré s’adresser aux membres de la FNTR, les « héritiers » du
mouvement syndical, et non pas à la coordination ou aux autres
syndicalistes de base, pour leur demander de l’aider à « relooker »
l’UGTA et à « restaurer la démocratie syndicale ».
Drôle de manière d’étouffer la dernière tentative -après celle de
1998 dans le secteur de la métallurgie- d’une coordination de
syndicats affiliés à l’UGTA qui ne recherche ni plus ni moins que
l’organisation de Aïssat Idir prenne son courage à deux mains et
protège les intérêts moraux et matériels des travailleurs et de
leurs représentants ! Faut-il s’étonner par la dernière sortie de
Sidi-Saïd, en sachant pertinemment que c’est lui-même qui, sous
prétexte de la maladie du Chef de l’Etat, avait annoncé une « trêve
sociale » pénalisant au préalable les syndicalistes actifs, pour
neutraliser les mots d’ordre de grève générale prévus pour le 13
décembre 2005, et contenir les autres foyers de contestation ? Par
ailleurs, comment faut-il interpréter l’engagement pris, il y a un
mois, par Sidi-Saïd pour réintégrer Badaoui à son poste de travail ?
Comment expliquer aussi sa démarche, lorsqu’il avait chargé le
responsable fédéral des finances, ainsi qu’un secrétaire général,
d’intervenir en son nom auprès du DG des Douanes, et de régler
l’affaire Badaoui ? « J’ai décidé aujourd’hui de me confesser devant
mes aînés », n’a rien trouvé de mieux à dire le SG de l’UGTA devant
le parterre des retraités, tout en rejetant « les fautes » sur
autrui et en jurant de n’avoir jamais « trahi » la cause syndicale.
Mais, comble de l’histoire, le numéro un de la Centrale syndicale a
réitéré sa menace de démission, avant de se raviser pour interpeller
cette fois ceux qui voudraient l’écarter de son poste, en leur
suggérant de faire les choses « de façon organisée selon les statuts
et le règlement intérieur de l’UGTA ». La question qui se pose en
fin de compte est de savoir si Sidi-Saïd et son équipe se sont
justement appuyés sur les mêmes textes de l’organisation pour
marginaliser Ahmed Badaoui. S’ils ont pris somme toute les mesures
disciplinaires à l’encontre des délégués de la section syndicale
UGTA du siège de l’administration douanière, qui avaient appelé à
l’interdiction des « activités syndicales » au sein du corps des
Douanes.
Les
sanctions décidées contre Badaoui ne sont en fait qu’une face de
l’iceberg : elles révèlent des luttes sournoises de leadership
menées au sommet de l’UGTA, des pratiques anti-démocratiques au sein
de l’ex-organisation de masse, ainsi que les interférences des
pouvoirs publics et du politique. La double suspension du secrétaire
général du syndicat des Douanes, aux plans professionnel et
syndical, survient à la veille de grands bouleversements
économiques, à l’échelle du pays. Elle coïncide en outre avec une
période marquée par des appréhensions légitimes concernant les choix
économiques en général et le devenir du monde du travail en
particulier. Pour paraphraser l’ancien responsable et militant
syndical, feu Lakhdar Kaïdi, rappelons que l’UGTA,
« dirigée par le FLN et au service exclusif du FLN et du parti
unique » souffre d’une « tare congénitale », qui l’empêche
aujourd’hui encore « de prendre en main résolument les intérêts du
monde du travail, se mettant avant tout "au service du pouvoir
(...), que ce dernier ait raison ou tort !" »
Z’hor Chérief
Haut
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