Semaine du 1 au 7 février 2006

L’agenda diplomatique de l’Algérie

Les dossiers « chocs » de 2006

A la veille de grandes bouleversements économiques et sociaux

Que peut cacher la suspension de Badaoui ?

 

 
 
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L’agenda diplomatique de l’Algérie

Les dossiers « chocs » de 2006

La mise en œuvre du volet coopération de l’accord d’association avec l’Union Européenne, la lutte contre l’émigration clandestine, le dossier nucléaire iranien, les menaces qui pèsent sur la Syrie dans l’affaire de l’assassinat de Rafik Hariri et, à un degré moindre, le NEPAD et l’Union Africaine, sont les principaux dossiers qui feront l’agenda diplomatique algérien de l’année 2006.

Après l’entrée en vigueur (en septembre dernier) du volet commercial de l’accord d’association avec l’Union Européenne, l’Algérie espère la mise en œuvre l’aspect coopération de cet accord. L’Algérie entend défendre sa position lors du premier conseil d’association UE-Algérie qui regroupera les 20 et 21 mars prochain à Bruxelles les ministres des Affaires étrangères des 25 et de l’Algérie.

En vertu de l’accord d’association, il sera procédé à l’installation des comités thématiques qui couvrent l’ensemble des domaines de coopération entre l’Algérie et les 25 pays de l’UE.

Il est prévu l’adoption d’un règlement intérieur, et la négociation des priorités et d’un calendrier des actions à entreprendre dans le cadre des comités thématiques (politique, économie, investissement, douanes…).

Il faut rappeler que l’Algérie avait souhaité la réunion de ce conseil au cours de la présidence britannique, soit durant le second semestre de l’année écoulée. La partie algérienne a même soumis ses propositions de mise en place de six groupes de travail thématiques regroupant les domaines de l’agriculture, la pêche, les investissements, l’éducation, la recherche scientifique, la formation, les infrastructures énergétiques, le transport, l’émigration et les affaires sociales.

Lors des négociations entre l’Algérie et la commission européenne, cette dernière avait insisté sur ses propres priorités à savoir les questions liées à l’immigration clandestine, alors que la partie algérienne avait proposé aussi bien ses priorités nationales que celles de l’UE.

Lors de la récente réunion à Alger de ses chefs de délégation auprès des pays méditerranéens, la commission européenne a de nouveau exprimé son vœu pour la réouverture du dossier de la politique de voisinage avec l’Algérie parce que cette dernière jouerait « un rôle très important dans cette stratégie européenne ». Les avantages d’une telle politique seraient, selon les responsables de la CE, d’« aider à une coopération plus accrue entre les pays de la région », de permettre aux entreprises des pays méditerranéens une intégration dans le marché interne européen, l’utilisation de l’appui de l’UE pour le processus des réformes économiques, et une série d’autres d’instruments pour « concrétiser cette aide ». La mise à prix de ce programme est de 400 millions d’euro pour l’ensemble des pays bénéficiaires. Un montant « dérisoire », commente-t-on à Alger tout en refusant de discuter de la « politique de bon voisinage » proposée par l’Union européenne avant la mise en oeuvre du volet coopération de l’accord d’association mais également son volet commercial pour, par exemple, trouver des débouchés aux produits agricoles algériens sur le marché européen qui devient de plus en plus fermé dans ce domaine en particulier. Alors, parler d’« intégration » des entreprises algériennes dans le marché intérieur européen ça reste du domaine du virtuel que même les entreprises algériennes n’osent pas imaginer pour le moment. C’est donc à ce jeu d’illusions que la diplomatie algérienne aura à faire face durant l’exercice 2006.

Pas d’accusations sans preuves

Par ailleurs, l’actualité au Liban, en Syrie et en Iran sera sans doute un des points phares de l’agenda de la diplomatie algérienne pour cette année. Pour le dossier de l’assassinat de Rafik Hariri, l’Algérie s’est déjà distinguée en décembre 2005, lors du vote au Conseil de Sécurité de l’ONU, en refusant que la Syrie soit sanctionnée avant la fin de l’enquête sur les auteurs de l’attentat qui a coûté la vie à l’ex-premier ministre libanais. L’Algérie explique sa position lors du vote de la résolution 1644 relative à la Commission d’enquête sur l’assassinat de Rafik Hariri par son « soucis d’élucider les conditions et les raisons de cet assassinat ». « Nous avons veillé à ce que la Commission internationale soit indépendante de toute influence quelle qu’elle soit, et que son travail soit transparent et orienté vers les faits de l’acte criminel pour aider les autorités libanaises à enquêter sur cet acte et notamment à en identifier les auteurs », avait indiqué Abdallah Baali, le représentant permanent de l’Algérie à l’ONU.

Tout en se réjouissant de la « coopération manifestée et vérifiée dans les faits de la Syrie », l’Algérie exhorte le régime de Bachar El Assad à « persévérer dans la même direction et à se conformer à la résolution 1636 du Conseil de sécurité ». Cependant, et c’est ce qui véritablement dérangé les représentants des USA, de la France, et de la Grande Bretagne, l’Algérie a fait du lobbying pour que le Conseil de sécurité « s’abstienne de toute action prématurée ou inadéquate au regard du stade où se trouve l’enquête ». En d’autres termes, elle a évité à la Syrie, avec le précieux appui de la Russie, d’être accusée explicitement d’avoir fomenté l’assassinat de Rafik Hariri.

Tout porte à croire que les positions algérienne et russe ne vont pas se modifier, jusqu’à ce que les investigations de la Commission d’enquête internationale apportent la preuve matérielle irréfutable de l’implication du régime syrien. Ce qui, d’ailleurs, semble très improbable compte tenu de des éléments qui ont déjà été livrés dans les deux rapports de Mehlis.

Toujours en ce qui concerne le dossier libanais, ce n’est pas la première fois que la position de l’Algérie s’oppose à celle des puissances occidentales membres permanents du CS de l’ONU. Il faut rappeler à ce propos la déclaration de M. Baali à propos de la résolution 1559 qui exige le désarmement du Hezbollah (l’Algérie considère qu’il s’agit d’une affaire intérieur au libanais), ajoutées aux critiques de la politique des « deux poids deux mesures » de la communauté internationale quand il s’agit des exactions contre le peuple palestinien et le non respect de la légalité internationale par l’Etat israélien. Dans son argumentaire, l’Algérie considère que « la situation qui prévaut aujourd’hui au Liban ne constitue, à l’évidence, pas une menace à la paix et à la sécurité internationales et n’était pas donc de nature à susciter, de surcroît sous le sceau de l’urgence, un examen par le Conseil de Sécurité et à fortiori de décision de sa part ». Par contre, elle pense que « c’est, Israël, qui , par sa politique d’occupation et de colonisation des terres arabes y compris l’enclave libanaise de Chaba, le plateau syrien du Golan, et les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ainsi que Jérusalem Est, et par sa politique d’agression des pays de la région et de répression brutale du peuple palestinien, qui constitue une menace indéniable contre la paix et la sécurité internationales qui eût dû requérir de la part du Conseil de Sécurité un examen urgent et des mesures efficaces pour l’amener à respecter les décisions du Conseil de Sécurité et à se conformer à la légalité internationale ».

Il parait évident que l’Algérie va réitérer les mêmes positions lors les prochains épisodes du dossier de l’assassinat de Rafik Hariri.

Le nucléaire iranien

Bien que le dossier nucléaire iranien n’ait pas été transféré au Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Algérie semble avoir déjà choisi sa voie. A travers de multiples déclarations, elle a affirmé son soutien à l’Iran dans son droit de l’utilisation de la technologie nucléaire civil à des fins pacifiques.

Cette position de l’Algérie semble tout aussi bien déranger comme cela a été le cas pour les dossiers précédents, comme l’attestent plusieurs études et analyses publiées récemment sur l’attitude algérienne vis-à-vis du nucléaire iranien. Lesquelles études tentent, d’ailleurs, de remettre sur le tapis les accusations/interrogations à propos du « programme nucléaire » de l’Algérie. C’est le cas d’une récente publication de l’Oxford Business Group à ce sujet. Cette dernière s’étonne que malgré le fait que « les relations de l'Algérie avec les pays occidentaux s'améliorent depuis un certain temps », le pays « se montre compréhensif envers la décision de l'Iran de développer son programme nucléaire ».

« Ce mouvement intervient alors que l'Algérie tente de développer son propre programme nucléaire et de renforcer ses liens avec les pays du Moyen Orient et de l'Occident », ajoute le document de l’OBC intitulé « Discussion autour de l’atome » publié le 23 janvier 2006.

Tout en considérant que les « craintes » occidentales « semblent avoir été mises de côté avec le développement et la stabilisation du pays », l’analyse suggère implicitement que les relations de l'Algérie avec la Chine notamment « en matière de développement nucléaire » et le renforcement sur « plusieurs fronts » de ses relations de coopération avec l’Iran peuvent déboucher sur un programme nucléaire.

C’est dire que l’agenda diplomatique algérien pour l’année en cours devra inclure cette donne, d’autant que l’Algérie a officiellement annoncée sa volonté, dans le cadre de la diversification de ses ressources énergétiques, de recourir aux centrales nucléaires pour la production de l’électricité.

Abdelkader Djalil

 

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A la veille de grandes bouleversements économiques et sociaux

Que peut cacher la suspension de Badaoui ?

Le 15 janvier dernier, Ahmed Badaoui, secrétaire général du syndicat national des Douanes et membre de la Commission exécutive nationale de l’UGTA, a  connu un gel de ses activités syndicales. Cette décision, prise par la Centrale syndicale, intervient un mois après la suspension de Badaoui par son employeur, pour « troubles à l’ordre public ».

Etat des lieux du plus ancien syndicat algérien enfermé encore, à la veille de son 50ème anniversaire et de son XIème congrès national, dans des relations de dépendance avec les pouvoirs publics et les partis politiques au pouvoir, le FLN et le RND.

Non prévu initialement à l’ordre du jour de la réunion du secrétariat national, l’examen du cas d’Ahmed Badaoui, a été inscrit en « divers » par Abdelmadjid Sidi-Saïd, le secrétaire général de l’UGTA. Seul le secrétaire national chargé de l’organique, Salah Djenouhat, aurait été informé de ce petit « écart », l’ordre serait venu de son chef de parti, Ahmed Ouyahia, patron du RND, qui se trouve être également le Chef du gouvernement. Les autres membres de la direction de l’UGTA, scindés en deux, à la fois entre partisans du FLN et du RND, et entre fidèles de Sidi-Saïd et de Djenouhat, ont fini par sacrifier Badaoui sur l’autel de leurs intérêts et positions sociales : après plusieurs heures de discussions, le consensus autour de sa suspension de toute activité syndicale s’est en effet dégagé. Pourtant, pour des raisons encore inconnues, Sidi-Saïd et son staff ont refusé de communiquer immédiatement l’information aux journalistes. La nouvelle a été ébruitée le lendemain par notre confrère Le Quotidien d’Oran, qui aurait été briefé par Djenouhat sur sa propre initiative.

Pour bon nombre de syndicalistes de la base, la décision est « éminemment politique », puisque la direction de l’UGTA est incompétente pour trancher dans de tels cas de figure. Pour les uns, il fallait se reporter aux statuts et au règlement intérieur de l’UGTA, et donc provoquer une conférence nationale regroupant l’ensemble des syndicats des Douanes, qui se seraient prononcés pour le maintien ou l’éjection de Badaoui de son poste syndical. Pour les autres, le secrétaire général du syndicat de l’institution douanière était « toujours légitime », du moment que la majorité des sections syndicats lui avait renouvelé sa confiance, en novembre dernier, au cours de la réunion du conseil national. Mais, les uns et les autres ont interprété l’exclusion de Badaoui comme « une dérive ». Ils sont encore convaincus que la décision du secrétariat national de l’UGTA de lui retirer la casquette syndicale est une condamnation pire que celle du 26 novembre dernier, provenant de l’administration des Douanes. Selon eux, le geste en particulier de Sidi-Saïd équivaudrait à affaiblir Badaoui, le jour de sa traduction devant la commission de discipline des Douanes.

A la presse, le syndicaliste sanctionné a révélé que les responsables du secrétariat national de l’UGTA lui avaient réclamé « d’auto dissoudre la coordination syndicale en contrepartie de la levée de la mesure de suspension », arrêtée par l’administration douanière. Une exigence qu’il ne pourrait en aucune façon satisfaire, puisque la coordination en question est « une structure qui appartient à plusieurs syndicats ». « Ce n’est qu’un avant-goût de ce qui va se passer dans les jours à venir. Il y a une grave menace sur les libertés syndicales », a alors prédit Badaoui.

Des luttes d’appareils dites-vous ?

Ahmed Badaoui est connu du milieu syndical et de l’opinion publique nationale, pour avoir défendu depuis longtemps le principe d’indépendance de l’UGTA vis-à-vis des pouvoirs publics. En 1999 et en 2004 par exemple, il était parmi les militants de l’organisation à s’opposer au soutien de l’UGTA à l’élection présidentielle de Abdelaziz Bouteflika, estimant que le choix du candidat était une question très personnelle. En 2005, il crée avec des syndicalistes des Douanes et des entreprises du port d’Alger (CNAN, Nashco, Entmv, EPAL) une coordination, dont il deviendra l’un des principaux animateurs, pour faire aboutir le cahier des revendications. Des revendications connues par les plus hautes autorités du pays, qui incluent les problèmes socio-professionnels des travailleurs mais aussi des choix économiques, opposés à une privatisation aux allures de « bradage ». Au fil des semaines, la coordination s’est élargie aux banques (BEA, BDL) et aux secteurs de la santé, de la métallurgie et de l’électronique (Enelec, Snvi, etc.), gagnant de plus en plus la sympathie des syndicalistes d’autres régions du pays.

De l’avis des observateurs, les sorties médiatiques de Badaoui défendant « la rénovation » de l’UGTA et son « redéploiement sur le terrain des luttes », étaient tolérées par des responsables syndicaux et certaines sphères du pouvoir, qui sont opposées à la libéralisation sauvage de l’économie. Lesquels milieux continueraient toutefois à penser que l’organisation devrait garder « le monopole » syndical. En d’autres termes, la bataille de Badaoui et de ses compagnons s’inscrirait dans le cadre des luttes des appareils ou, plus communément, des luttes du pouvoir : les éléments de la coordination syndicale s’y étaient d’ailleurs prêtés à ce manège, par conviction, par calcul ou les deux à la fois. Et la coordination syndicale avait bel et bien reçu à sa naissance la baraka de Sidi-Saïd, qui lui avait adressé un document officiel en tant que telle.

Dans ses déclarations à la presse, le secrétaire général du syndicat des Douanes ne cessait de souligner que la démarche de la coordination ne visait nullement « une scission » au sein de l’UGTA ni de « couper les liens » avec l’organisation. Il insistait beaucoup sur le devenir de l’UGTA qui devait « sortir du musée » et sur son mode de fonctionnement qui, expliquait-il, datait de la période de la guerre de Libération nationale et des premières années ayant suivi l’indépendance de l’Algérie. « C’est pour ces raisons que nous disons que ce mode de fonctionnement est obsolète et a même entraîné l’UGTA dans une impasse et vers une gestion bureaucratique et administrative des grands dossiers, au détriment d’un débat contradictoire, démocratique, libre et assumé par l’ensemble des structures et instances syndicales », déclarait-il au Jour d’Algérie (édition du 17/11/2005). Il déplorait en outre la primauté des Unions locales et de wilaya sur les structures verticales, tels les syndicats nationaux ou d’entreprise, et les fédérations, habilitées à mieux prendre en charge les problèmes des salariés, selon lui. Cette idée a été défendue plus tard par Ahmed Zouaoui, le responsable fédéral des finances qui, lui, a trouvé des similitudes avec les années 1980, où l’article 120 avait fini par écarter les syndicalistes les plus combatifs et faire tomber les fédérations.

L’approche du 50ème anniversaire de la création de l’UGTA et de la date de son XIème congrès national (fixé pour février 2006) était, par conséquent, l’occasion propice pour insuffler la nouvelle dynamique à l’organisation de Sidi-Saïd, en vue d’accéder aux décantations nécessaires.

Chronique d’une connivence singulière

Ceux qui ont fondé leurs espoirs sur Ahmed Badaoui pour régler leurs comptes et/ou pour permettre à l’UGTA de retrouver sa mission première, à commencer par le patron de l’UGTA désormais confronté à un concurrent en la personne de Djenouhat, ont dû désenchanter quelque peu. Quoique membre de la CEN (instance dirigeante de l’UGTA entre deux congrès), Badaoui dirige un syndicat d’entreprise et reste, de ce fait, proche et sensible aux préoccupations des travailleurs. Il n’a sûrement pas oublié également qu’après son congédiement des Douanes, des organisations syndicales étrangères se sont solidarisées avec lui, bien avant que la fédération des finances et des syndicats du secteur ne se prononcent sur le sujet. Cela peut alors expliquer ses craintes par rapport à la dégradation des conditions des salariés, mais aussi son amertume, ses attaques verbales et parfois sa révolte, à l’endroit des responsables syndicaux. Ainsi, Badaoui affirmait que la préoccupation majeure de la coordination était la prise en charge « des problèmes graves » du monde du travail, livré à la vente « au rabais » des entreprises économiques publiques, aux compressions et licenciements des travailleurs, à un pouvoir d’achat « des plus faibles au monde pratiquement ». On se rappelle certainement de son fameux « Nous sommes tous illégitimes », pour expliquer que le mandat de l’UGTA s’est achevé, selon les textes de loi, le 20 octobre 2005. Pour ce qui est de Djenouhat, secrétaire national chargé de l’organique et secrétaire général de l’Union de wilaya d’Alger, Badaoui n’a pas été tendre. D’après lui, le chargé de l’organique est « dans l’illégalité la plus totale, parce que le congrès de l’Union de wilaya ne s’est pas tenu depuis 9 ans » Plus grave, Djenouhat serait le premier à fouler les statuts et le règlement intérieur de l’UGTA, en complotant avec des Unions locales au niveau de la capitale, dont plusieurs « ne se sont pas réunies depuis 15 ans » !

Le syndicaliste des Douanes s’est aussi exprimé sur le pacte économique et social, non sans dénoncer les entorses faites au fonctionnement de l’UGTA. Il est anormal pour lui que le secrétariat national de l’UGTA « dont le mandat a expiré » signe le document : seul le prochain congrès est en mesure de trancher sur le sujet et ce sera à la nouvelle direction de parapher le pacte, après des négociations avec le gouvernement. Il est également anormal pour lui qu’un tel pacte n’ait « jamais été soumis à la base par aucune structure de l’organisation ».

Badaoui a même un avis à donner sur des questions cruciales qui engagent l’avenir de la nation, comme l’accord d’association avec l’Union européenne et l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce. Tous deux supposent, d’après lui, des conditions devant être satisfaites au préalable par l’Algérie. Chose qu’il estime impossible aujourd’hui, parce que l’ensemble des administrations concernées, les Douanes, les impôts, le commerce et les banques, « ne sont pas aptes ou prêtes, de par leurs prérogatives et leurs missions ». Selon lui, il serait sage pour l’Algérie de demander « une clause transitoire » à l’UE, afin d’assainir le tissu économique et industriel, de mettre à niveau les entreprises économiques nationales, appelées à faire face à la concurrence. Tout devrait donc être fait pour éviter au pays de se transformer en « un déversoir » pour les produits des sociétés étrangères. D’abord, il faudrait en débattre en toute transparence.

Ce que dit Badaoui a déjà été exposé (ou est partagé) par beaucoup de syndicalistes, y compris des secrétaires nationaux et des membres de la CEN de l’UGTA. Pourtant, Badaoui et les autres membres de la coordination syndicale dérangent ; c’est la raison pour laquelle la machine répressive a été mise en branle par les différents employeurs, des Douanes et des entreprises publiques, avant d’expédier des représentants de travailleurs à la justice. Ils doivent payer pour avoir dénoncé, par voie de presse, la visite de Djenouhat et d’un ministre de la République (des sources syndicales indiquent qu’il s’agit du ministre du travail) à la direction des Douanes, visant la suspension de Badaoui de son poste de travail. Pour avoir osé appeler à une grève générale et exigé le départ du chargé de l’organique. Pour avoir créé des passerelles avec des organisations syndicales dites autonomes. Pour avoir évoqué l’idée de la constitution d’une Confédération. Et pour avoir défendu le droit des libertés syndicales, consacré par la Constitution. Badaoui et ses amis doivent payer le prix de leur audace, à moins bien sûr de changer d’avis et de rentrer dans les rangs du troupeau.

Appréhensions sur le devenir économique et social

Le 24 janvier dernier, Abdelmadjid Sidi-Saïd, saisissant l’occasion de la 2ème session de la commission exécutive de la fédération nationale des travailleurs retraités, a tenu un discours des plus étranges, où il confirmé le grand malaise régnant dans son organisation. Il a pratiquement tenu les mêmes arguments de la coordination syndicale, sauf qu’il ne s’est pas référé à cette structure et ce, en parlant du désordre dans les affaires organiques et de la nécessité de réformer la maison UGTA. Sidi-Saïd a néanmoins préféré s’adresser aux membres de la FNTR, les « héritiers » du mouvement syndical, et non pas à la coordination ou aux autres syndicalistes de base, pour leur demander de l’aider à « relooker » l’UGTA et à « restaurer la démocratie syndicale ».

Drôle de manière d’étouffer la dernière tentative -après celle de 1998 dans le secteur de la métallurgie- d’une coordination de syndicats affiliés à l’UGTA qui ne recherche ni plus ni moins que l’organisation de Aïssat Idir prenne son courage à deux mains et protège les intérêts moraux et matériels des travailleurs et de leurs représentants ! Faut-il s’étonner par la dernière sortie de Sidi-Saïd, en sachant pertinemment que c’est lui-même qui, sous prétexte de la maladie du Chef de l’Etat, avait annoncé une « trêve sociale » pénalisant au préalable les syndicalistes actifs, pour neutraliser les mots d’ordre de grève générale prévus pour le 13 décembre 2005, et contenir les autres foyers de contestation ? Par ailleurs, comment faut-il interpréter l’engagement pris, il y a un mois, par Sidi-Saïd pour réintégrer Badaoui à son poste de travail ? Comment expliquer aussi sa démarche, lorsqu’il avait chargé le responsable fédéral des finances, ainsi qu’un secrétaire général, d’intervenir en son nom auprès du DG des Douanes, et de régler l’affaire Badaoui ? « J’ai décidé aujourd’hui de me confesser devant mes aînés », n’a rien trouvé de mieux à dire le SG de l’UGTA devant le parterre des retraités, tout en rejetant « les fautes » sur autrui et en jurant de n’avoir jamais « trahi » la cause syndicale. Mais, comble de l’histoire, le numéro un de la Centrale syndicale a réitéré sa menace de démission, avant de se raviser pour interpeller cette fois ceux qui voudraient l’écarter de son poste, en leur suggérant de faire les choses « de façon organisée selon les statuts et le règlement intérieur de l’UGTA ». La question qui se pose en fin de compte est de savoir si Sidi-Saïd et son équipe se sont justement appuyés sur les mêmes textes de l’organisation pour marginaliser Ahmed Badaoui. S’ils ont pris somme toute les mesures disciplinaires à l’encontre des délégués de la section syndicale UGTA du siège de l’administration douanière, qui avaient appelé à l’interdiction des « activités syndicales » au sein du corps des Douanes.

Les sanctions décidées contre Badaoui ne sont en fait qu’une face de l’iceberg : elles révèlent des luttes sournoises de leadership menées au sommet de l’UGTA, des pratiques anti-démocratiques au sein de l’ex-organisation de masse, ainsi que les interférences des pouvoirs publics et du politique. La double suspension du secrétaire général du syndicat des Douanes, aux plans professionnel et syndical, survient à la veille de grands bouleversements économiques, à l’échelle du pays. Elle coïncide en outre avec une période marquée par des appréhensions légitimes concernant les choix économiques en général et le devenir du monde du travail en particulier. Pour paraphraser l’ancien responsable et militant syndical, feu Lakhdar Kaïdi, rappelons que l’UGTA, « dirigée par le FLN et au service exclusif du FLN et du parti unique » souffre d’une « tare congénitale », qui l’empêche aujourd’hui encore « de prendre en main résolument les intérêts du monde du travail, se mettant avant tout "au service du pouvoir (...), que ce dernier ait raison ou tort !" »

Z’hor Chérief

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