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Les Américains veulent contrôler le Sahara et l’Afrique
Le prétexte
terroriste, les sous entendus hégémoniques
L’hôtel Hilton
d’Alger n’a jamais été une annexe du Pentagone. Pourtant sa salle de
conférence Tassili semblait avoir pris, ce 20 février, les allures
de bureau décentralisé du département de la Défense US, alors que
les consignes de sécurité appliquées étaient apparemment tirées
directement des derniers manuels opérationnels américains post 11
septembre 2001. Les raisons pour transformer l’hôtel en bunker
impénétrable sont l’organisation d’un séminaire thématique sur la
lutte contre le terrorisme dans la région sahélo-saharienne.
De toute évidence
l’idée supposée qu les GI’s sont déjà dans la région
sahélo-saharienne est fausse. Du moins dans les conditions qui sont
celles des Américains aujourd’hui, il est difficilement concevable
qu’ils y soient. La région n’est pas encore un théâtre d’opération
avéré et il n’y a pas d’armes de destruction massive cachées. C’est
à peine si on se souvient des essais nucléaires de l’armée française
dans la région de Reggane. Dès lors, les Américains, se conformant
au travel-warning du 15 février 2006, seraient bien mal inspirés de
se rendre dans le coin sans escorte.
Que reste-t-il aux
forces américaines pour occuper le terrain et montrer qu’ils sont
déjà en territoire conquis ? L’organisation d’un séminaire
regroupant des militaires et des experts en sécurité à parler de
cette région et de ses particularités, et surtout des moyens que le
Pentagone envisage de mettre en place, pour réduire toute tentative
d’installation de groupes terroristes. Tout ce beau monde a en
mémoire l’épisode malheureux des otages allemands entre les mains
des hommes de Amari Saïfi, alias Abderrezak El Para, mais est-ce que
cette seule raison est suffisante pour venir installer un «Dahran»
du côté de Tin Zaouatine ?
Avec la quiétude
d’une base arrière qui fait des millions de kilomètres carrés, les
groupes armés n’auraient aucun mal à se redéployer. Le séminaire en
question, organisé durant trois jours conjointement par le CESA
(Centre d’études stratégiques de l’Afrique) dépendant du Pentagone,
et le Caert (Centre africain d’études et de recherches sur le
terrorisme) dépendant de l’Union africaine, n’était en rien un
modèle de transparence ou du séminaire technique ou scientifique. Il
aurait été plus simple de le tenir dans le secret d’une salle de
réunion d’une caserne. Probablement, parce qu’ils ne disposent pas
encore de la salle et encore moins de la caserne, il ne leur restait
que les salles feutrées d’un hôtel réputé très sûr.
Tenu à huis clos,
l’on insistera pour éloigner le plus loin possible des journalistes
que l’on a pourtant invités. Mais plus que jamais, les questions
abordées dans ce séminaire seront dans les colonnes des journaux et
traitées dans les rédactions de la télévision et de la radio.
Probablement, que sur la question, ceux qui ont le plus de choses à
cacher, ne sont pas les Algériens chez qui se tenait le séminaire et
encore moins les Africains.
Saïd Djinnit,
commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine (UA), a
accordé, à ce propos, un court entretien à l’APS. Il indique que les
groupes terroristes boutés d’Europe et du Nord de l’Afrique
«seraient évidemment tentés de se réfugier dans des contrées plus
propices à leur activité». Il souligne que «les réseaux terroristes
ont toujours tendance à utiliser les espaces vulnérables». Précisant
que «nous avons à faire à des pays qui sont autour de la zone
saharienne, région de prédilection pour les activités illégales et
de criminalité, où les frontières sont très grandes et difficiles à
contrôler».
Les termes de
la confrontation
L’allocution
d’ouverture de Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des
Affaires maghrébines et africaines, avait souligné que le séminaire
«constitue un geste fort qui s’inscrit dans la logique africaine de
riposte concertée et généralisée à un mal très souvent fatal, qui
n’a cessé de se répandre et atteindre des contrées, jusque-là
considérées comme sûres et non concernées». Une manière on ne peut
plus clair pour expliquer que les Africains ont conscience du danger
qui les menace, avant d’alarmer l’Occident. Il exprime les
paramètres qui prévalent à l’analyse des questions de sécurité
internationale selon les standards, disons, mondiaux. Mais dans le
même temps nous voyons bien le rejet de toute ingérence et voir la
région sahelo-saharienne devenir un futur théâtre de manœuvres pour
les Etats-Unis. Il s’agit certainement, dans le cadre des
souverainetés bien comprises des ces Etats, de ne pas laisser la
région devenir un terrain favorable à l’installation de groupes
terroristes. Le séminaire sera l’occasion d’afficher les signes de
cette bonne volonté. Messahel et Saïd Djennit soulignent devant
l’assistance que non seulement les structures et les missions du
Caert ont été clairement définies, mais son budget a été également
alloué.
En fait, plus que
jamais les termes de la «confrontation pacifique» sont établis. On
aurait tendance à croire que les bonnes relations et la coopération
avec les Etats-Unis passent forcément par l’ouverture du territoire
national aux forces US. Mais lorsque Messahel a demandé, dans son
discours, à ce que les débats du séminaire soient en cohésion «avec
le plan d’action de l’UA» et «notamment ses dispositions relatives à
la police et au contrôle des frontières» tout en précisant «les
problématiques que constituent la circulation des armes légères, la
circulation des personnes et des biens, la sécurité et la fiabilité
des documents de voyage et des trafics en tous genres soient
examinées et dûment prises en charge». Les populations nomades, les
relations familiales interethniques, les us et coutumes, l’identité
saharienne de ces femmes et des ces hommes qui font de leur
libre-circulation un fondement de leur personnalité, interdisent
totalement les approches draconiennes que l’on supposerait portées
par les Américains.
Ce sont là des
soucis bien africains dans une région où la frontière n’a qu’une
existence légale ou juridique, mais difficilement physique ou
ethnique. Faut-il que pour des scénarios tactiques américains on
fasse du désert un no man’s land ou bien une forteresse virtuelle ?
Touches pas à
mon désert
Cela n’a rien à
voir mais on s’y tromperait. Le débat organisé par la Conseil de la
nation sur la défense civile aura débordé sur la question du risque
lié aux particularités de la région saharienne. Un débat organisé
par la commission défense nationale du Sénat auquel universitaires,
politiques, représentant de la société civile, représentants des
corps de sécurité et bien entendu des militaires ont été conviés au
sein même du Club national de l’Armée sans autres directives à
appliquer que celles de la bienséance.
Pourtant, là aussi
on a abordé la délicate question de la sécurité sous ses formes les
plus complexes et les plus variées.
Dans une
conférence intitulé «Défense civile et sécurité sociétale en Algréie :
le glacis saharien face aux nouvelles menaces», Mohamed Saïd Mekki,
universitaire de Biskra, a mis en exergue ces menaces qui viennent
du Sud. Il a répertorié les menaces mais aussi les conditions dans
lesquelles il faut y faire face, tout en préconisant plus que jamais
une coopération africaine en la matière. Dès lors que l’on évoque la
sécurité, il est peut-être aussi nécessaire d’en avoir les moyens.
On en vient à voir des inquiétudes surgir. D’abord, celles d’un
diplomate, Kamel Rezzag Bara, qui voit mal cette région, lien social
et culturel des pays du Maghreb avec leur dimension africaine,
coupée par des contingences sécuritaires. Rezzag Bara ne le dit pas
mais ces contingences sont étrangères. Lorsqu’il évoque
l’immigration clandestine, il souligne que c’est le mal-être et les
difficultés sociales économiques qui envoient sur les pistes du
désert les immigrés clandestins. La même inquiétude se lit dans les
propos d’un général major à la retraite, Abdelhamid Djouadi, qui
rappelle que cette région est riche de son potentiel économique et
culturel. «J’ai servi longtemps dans cette région pour bine la
connaître», explique-t-il. Il rappelle le sommet de Djanet de 1990,
au moment où un vaste mouvement d’insurrection était observé chez
les Touaregs du Mali. Une situation de crise maîtrisée par les
Africains, alors que la seule coopération supposée de l’Occident
consistait à attiser le feu et faire montre des volontés de certains
de contrôler cette région au détriment des souverainetés des Etat
décolonisés. Mais il est vrai aussi qu’à cette époque le terrorisme
transnational n’était même pas une éventualité.
Amine Esseghir
Haut
Initiative transsaharienne de lutte contre le
terrorisme
Les desseins
inavoués des Américains
Cette opération,
lancée par les Etats-Unis en 2003, dotée d'un budget de 100 millions
de dollars par an pendant cinq ans, et dont l'état-major se trouve à
Dakar, ne serait-elle pas, en fait, l'une des faces cachées de
l'opération "Package Deal" que Washington est en train de mener dans
les pays du Maghreb, où elle compte se déployer pour compenser son
échec au Mashrek ?
C'est, en tout
cas, l'analyse vers laquelle penchent de nombreux observateurs
internationaux, qui voient en ce subit rapprochement militaire entre
Washington et des pays africains (l'Algérie, le Sénégal, le Tchad,
la Tunisie, le Niger, le Nigeria, le Mali, la Mauritanie et le
Maroc) sous prétexte que les zones frontalières de ces Etats sont
infestées de terroristes, de bandits et de contrebandiers qui
agissent entre eux en parfaite intelligence, n'est en réalité qu'une
volonté inavouée pour se positionner en Afrique noire et se
rapprocher le plus possible des pays pétroliers.
Un retour quelques
années en arrière, quand le terrorisme a failli faire basculer
l'Algérie dans le chaos, nous rappelle que les Américains n'avaient
rien tenté pour lutter contre ce terrorisme qu'ils voient maintenant
partout. C'est certainement ce qui a fait dire à Peter W. Rodman,
l'un des officiels américains qui avaient prôné la rupture avec les
mouvements islamistes extrémistes bien avant les attaques du 11
septembre 2001, que les Américains ont fait une mauvaise analyse et
adopté une stratégie erronée en cherchant à concilier les deux
extrêmes : le gouvernement algérien et l'opposition islamiste.
Autrement dit, ménager le chou et la chèvre.
Comment dont
expliquer ce revirement de situation de la part des Américains ?
Peut-on justifier cette volte-face par les attaques du 11 septembre
2001 et la prise de conscience des Américains que le terrorisme ne
touche pas seulement les autres et qu'il peut être une menace pour
tous ? Il y a un peu de vrai dans cette justification, car nul
n'ignore que les Américains ont violemment réagi après ces attaques
en taxant toutes les formes d'islamisme de radicales et d’hostiles,
alors qu'ils avaient envers eux une attitude plutôt bienveillante.
Mais il faut reconnaître que ces attaques ne sont pas, à elles
seules, responsables de ce revirement.
En 2002, le
département d'Etat américain lance l'initiative Pan-Sahel pour
lutter contre les cellules du réseau Al-Qaïda qui avaient fui
l'Afghanistan et pouvaient, de ce fait, s'implanter dans le grand
désert africain. Dotée d'un budget de 6,25 millions de dollars
durant sa première année, cette opération était destinée à six
compagnies d'infanterie légère du Mali, de Mauritanie, du Tchad et
du Niger. Ce budget "ne représente qu'une goutte d'eau à la lumière
des besoins", avait estimé Theresa Whelan, adjoint au secrétaire à
la Défense chargée des affaires africaines.
La réussite de
l'initiative Pan-Sahel, justifiée par les Américins par la
neutralisation du terroriste algérien Abderrezak "El-Para" en
territoire tchadien, les encourage à lancer une autre opération :
l'initiative transsaharienne de lutte contre le terrorisme. Elle
bénéficie d'un budget plus conséquent. Mais, il faut savoir que les
Marines américains n'interviendront pas directement dans la lutte
contre le terrorisme. L'aide américaine sera plutôt axée vers le
renseignement, l'assistance technique et logistique aux armées
africaines qui seront entraînées par des experts américains.
Mais, c'est
surtout après le sommet de l'Otan qui s'est tenu à Istanbul, en juin
2004, dont les recommandations insistaient sur le développement de
la coopération militaire avec les pays de la rive sud de la
Méditerranée, que la coopération militaire avec les Etats-Unis se
développe de plus en plus. Au point que le président américain
George W. Bush a qualifié l'Algérie de "partenaire stratégique" au
Maghreb et au monde arabe. Un simple historique ne serait pas de
trop pour illustrer ce rapprochement.
En effet, en
novembre 2004, une délégation de gardes-côtes américains visite
l'Algérie et se rend aux ports d'Alger, Oran et Skikda dans le cadre
d'une mission d'observation et d'échanges sur la sécurité portuaire,
le transport et la sécurité maritime. Le 21 mars 2005, des manœuvres
tactiques sont organisées en haute mer, entre les forces maritimes
algériennes et une unité de l'Otan composée de sept frégates et d'un
bâtiment de soutien logistique, et ce, dans le cadre de l'opération
d'interdiction maritime.
Début mai 2005, le
général major Ahmed Sanhadji rend une visite officielle à
Washington, accompagné d'une importante délégation de l'Armée
populaire nationale. Lors de cette première visite d'une délégation
militaire algérienne aux Etats-Unis, les discussions entre les deux
parties étaient essentiellement axées sur les moyens d'intensifier
le programme de formation des officiers algériens aux USA. D'autres
sujets ont été abordés, à savoir la lutte antiterroriste, mais aussi
la fourniture d'armes américaines à l'Algérie, car le Pentagone est
prêt à fournir des équipements d'assistance électronique, de
transmission et du matériel de vision nocturne.
Ce rapprochement
de plus en plus visible et les déclarations flatteuses de George W.
Bush à l'égard de l'Algérie – dont le rôle, estime-t-il, est de
premier ordre au Maghreb et au Proche-Orient pour favoriser la
consolidation des institutions démocratiques – sont-ils aussi
désintéressés qu'il n'y paraît ? Cette relance des relations entre
les deux pays s'accélère après l'adoption par le Parlement algérien
d'une loi sur les hydrocarbures qui élargit plus encore les
perspectives des grandes sociétés américaines, surtout celles dont
le but est d'investir dans les activités d'exploitation et de
commercialisation des hydrocarbures en Algérie.
Les tendances
libérales du gouvernement algérien, qui manœuvre pour l'adhésion à
l'Organisation mondiale du commerce, ne sont pas pour déplaire aux
Américains qui sont déjà engagés dans plusieurs chantiers
économiques et surtout dans le secteur de l'énergie, mais sont
toujours à la recherche de nouveaux débouchés.
Une question tout
de même. Pourquoi mettre tant et tant de moyens pour lutter contre
un ennemi qui a déjà perdu sa force de frappe depuis quelques
temps ? Le Sahara, qu'on dit infesté de groupes armés islamistes
(surtout du Groupe salafiste pour la prédication et le combat) et
depuis l'enlèvement, en 2003, de 32 touristes européens, est-il
toujours aussi dangereux ? Même après la mort de son chef Nabil
Sahraoui et de quatre de ses adjoints, tués fin juin 2004 près de
Béjaïa, et l'arrestation de Abderreza "El-Para" ?
Ce sont ces
raisons qui font dire aux observateurs de la scène internationale
que les Américains prennent prétexte de la lutte antiterroriste pour
appliquer enfin ce qu'ils mijotent de longue date, à savoir
installer des bases militaires pour ceinturer toute la région. Pour
preuve, arguent ces observateurs, les forces militaires en Espagne
seront transférées et implantées dans des pays touchés par le
programme du Pentagone.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
«Lutte globale contre le terrorisme»
Quelles
priorités pour l’Afrique ?
Au nom de la
«lutte antiterroriste», l’Algérie est courtisée par plusieurs
puissances occidentales. Les visites et les délégations officielles
de hauts responsables sécuritaires américains et européens ne se
comptent plus. A cela, il faut ajouter l’organisation à huis clos,
récemment à Alger, d’un «séminaire international sur la lutte contre
le terrorisme au Maghreb et la région sahélo-saharienne», avec la
participation de neuf pays africains (Tunisie, Mali, Niger,
Mauritanie, Nigeria, Tchad, Sénégal et Libye) dont l’Algérie, et des
partenaires américains et européens (Danemark, France,
Grande-Bretagne et Portugal), sous l’égide du Centre d’études
stratégiques sur l’Afrique (CESA - du ministère de la Défense
américain) et en «collaboration» avec le Centre africain d’études et
de recherche sur le terrorisme (CAERT).
C’est à croire que
la valeur de l’Algérie et des pays africains ne se mesure qu’à leurs
richesses naturelles (pétrole…) et au nombre de fichiers de
«terroristes» qu’ils peuvent transmettre aux services de
renseignement des pays engagés dans cette «lutte contre le
terrorisme», dont la transparence, aussi bien dans les pays
démocratiques, fait largement défaut.
Pour justifier
d’une coopération militaire axée uniquement sur la «lutte
antiterroriste» aux contours très flous (l’on parle de bases
militaires US dans la région), l’Algérie s’engage dans une
coopération militaire sans précédent avec les Etats-Unis et les pays
membres de l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).
L’objectif étant de combattre un «ennemi fantôme», qui se cacherait
dans la région subsaharienne et qui tenterait de détruire le monde
développé. Et à ce jeu, l’Algérie n’est pas la seule à s’y laisser
faire, il y a tous les pays maghrébins et plusieurs autres africains
qui «participent» à cette mission, dont ils ne connaissent même pas
les gains. Comme si le seul problème auquel est confronté l’Afrique
c’est le terrorisme. Au moment où des programmes lancés en grande
fanfare comme le Nouveau Partenariat pour le Développement de
l'Afrique (NEPAD) traînent en longueur et ne donnent pas de
résultats tangibles, les pays africains (dont ceux du Nord du
continent) qui se lancent dans ce genre de «coopération» n’offrent
pas de quoi espérer à leurs populations. La seule manière de se
mettre en valeur c’est, pour eux, d’être des «partenaires» dans la
lutte antiterroriste.
En plus de la
région subsaharienne, l’Algérie se lance dans la chasse aux
terroristes par voie maritime. Lors de la récente réunion des 26
ministres de la Défense des pays de l’OTAN avec six pays arabes et
Israël, qui s’est déroulée à la mi-février en Sicile (Italie),
l’Algérie a officiellement annoncé son intention de participer dans
l’opération maritime antiterroriste «Active Endeavour», qui suscite,
selon le SG de l’OTAN, «plus d’intérêt» auprès des pays comme
l’Algérie, le Maroc et Israël. D’ailleurs, la sécurité de l’Etat
hébreux reste la principale préoccupation des pays de l’OTAN, qui
considèrent que «L’Etat d’Israël est un Etat qui pose problème à
beaucoup de pays, mais la sécurité d’Israël est essentielle pour
nous tous». Et, de manière générale, la sécurité des pays
occidentaux prime dans la coopération qu’ils nous proposent, comme
l’a souligné Donald Rumsfeld, le ministre américain de la Défense,
lors de la réunion de l’OTAN en évoquant l’importance du
renforcement de la sécurité atlantique «au-delà de nos frontières».
Et cela peut aller jusqu’en Irak, en Afghanistan et dans la région
subsaharienne !
La coopération de
l’Algérie avec les USA serait, dit-on, motivée par les prétendus
liens entre le GSPC et la nébuleuse Al-Qaïda, dont personne n’arrive
à en dessiner les contours exacts, au point d’en faire un fantôme
avec lequel on peut effrayer tout le monde. Alors, on suscite des
coopérations militaires pour l’affronter. Qui peut oser s’opposer à
une telle mission au risque de se faire taxer de «terroriste» ?
Alors que la question n’est pas d’arrêter la lutte contre le GSPC et
tout autre groupe terroriste en Algérie, mais de veiller à ne pas
s’engouffrer dans une démarche «globale» dont on ne connaît pas le
lendemain.
Des
«spécialistes», algériens ou autres, vous expliqueront du haut de
leurs certitudes, et vous êtes aimablement sommés de les croire sur
parole, que «tout le monde, notamment les Américains, est conscient
de la vulnérabilité de la région sahélo-saharienne. Après la chute
du régime des talibans, les résidus d’Al Qaïda se sont mis à la
recherche d’un autre sanctuaire. La région du Sahel se trouve être
la plus indiquée parce qu’elle offre toutes les garanties de
sécurité et d’évolution. C’est une région perméable, étendue, pauvre
et non administrée. Elle est la plus proche du Moyen-Orient et de
l’Europe et se trouve à équidistance entre les deux principaux
producteurs de pétrole de l’Afrique, à savoir l’Algérie et le
Nigeria». Y a-t-il une objection à cette «démonstration» ?
A ce jeu des
«théories», le risque est gros de perdre le nord et de rater la
véritable guerre contre le terrorisme. Rappelez-vous, à la suite de
l’attaque du 3 juin 2005 contre une base militaire mauritanienne
dans le nord-est du pays, les «analystes» comme les autorités
mauritaniennes avaient attribué cet assaut au Groupe salafiste pour
la prédication et le combat (GSPC). Pourquoi pas ? Le GSPC, basé
traditionnellement dans la région de Kabylie (Nord de l’Algérie)
peut aussi bien avoir des «représentations» dans le Sahara, la
région subsaharienne et même se balader dans des pays voisins comme
la Mauritanie.
Ayant compris
l’astuce, le précédent homme fort mauritanien, le général Mouaaouiya
Ould Taya, n’avait pas hésité à masquer un problème interne en une
attaque venant de l’extérieur du pays, et plus précisément de
l’Algérie. En outre, et trouvant à son tour le jeu très amusant, une
certaine presse marocaine va jusqu’à s’interroger sur de prétendus
«liens» entre le GSPC et le Polisario.
La riposte est
quand même venue d’Alger, lorsqu’un «spécialiste» des questions
sécuritaires avait démontré (une fois n’est pas coutume) sur les
colonnes d’un quotidien national que le scénario de l’ancien homme
fort de Mauritanie ne tenait pas la route. «Un numéro de carte grise
et un camion. Les preuves contre le GSPC, notamment l’émir Mokhtar
Belmokhtar, brandies par l’armée mauritanienne pour expliquer
l’attaque de la caserne de Lemghity, semblent bien minces.
Nouakchott, qui accuse le mouvement salafiste algérien, a choisi une
stratégie à hauts risques pour occulter ses problèmes politiques
internes», écrit-il.
Il faut juste
garder à l’esprit que cette prétendue attaque du GSPC en Mauritanie
a donné lieu, un mois plus tard (juillet 2005) à Nouakchott, à une
réunion très secrète des chefs d’état-major des armées de
Mauritanie, du Mali, du Niger et d’Algérie avec une délégation
américaine du commandement américain en Europe, une «réunion sur la
sécurité et la lutte contre le terrorisme», dans la région d’Afrique
subsaharienne.
Quelques semaines
plus tard, le régime de Mouaaouiya Ould Taya tombe dans un coup
d’état militaire le 4 août 2005, alors qu’il se trouvait en visite
officielle à l’étranger.
Mais, quel
prestige tire-t-elle l’Afrique à être considérée «partie intégrante
de la lutte internationale contre le terrorisme» et «un partenariat
stratégique avec la communauté internationale» au moment où elle est
confrontée à toutes sortes de problèmes à commencer par le grand
banditisme, la corruption, le sous-développement, la famine, la
pauvreté et les maladies en tous genres. Ne peut-elle pas envisager
de lutter contre ces fléaux tout en luttant implacablement contre
toute forme de terrorisme, y compris l’autoritarisme et l’absence de
libertés ? N’a-t-on pas usé et abusé du «danger global du
terrorisme» pour maintenir des situations tout aussi dangereuses à
court terme que le terrorisme lui-même ?
Le danger est
justement que de prétendus liens entre Al-Qaïda et des groupes
terroristes comme le GSPC ne soient utilisés dans le contexte de la
«guerre contre le terrorisme» que pour empêcher toute évolution des
régimes de la région vers la démocratie et pour lutter contre des
réseaux de contrebande et de grand banditisme aussi puissants dans
certains cas que les Etats eux-mêmes.
A quoi bon croire
que l’on peut prendre part à la «guerre globale contre le
terrorisme», si chère au président américain, lorsqu’on n’a même pas
été capable de résoudre le conflit du Darfour et de lutter contre la
famine au Niger ?
Abdelkader
Djalil
Haut
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