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Le
civisme avant la démocratie
En ne se rangeant
pas aux côtés de Abdelaziz Belkhadem sur l’épineuse question de
l’augmentation des salaires, le président de la République vient
ainsi donner la preuve la plus éclatante qui soit que s’il est
peut-être président d’honneur du FLN, il n’en est en tout cas ni
l’otage ni même un militant actif. Il intègre de ce fait son statut
de Président de tous les Algériens sans aucune appartenance à une
chapelle idéologique donnée ou à une faction de pouvoir. Il ne se
met pas pour autant du côté de Ahmed Ouyahia, du moins pas dans le
sens où nous pourrions l’entendre, mais plutôt du côté des arguments
économiques, sociaux et politiques qui interdisent absolument de
procéder à une quelconque hausse des salaires dans une conjoncture
marquée par une stagnation alarmante de la production et de la
productivité dans le secteur public économique.
Cette prise de
distance de Abdelaziz Bouteflika par rapport au FLN, ou plus
précisément par rapport à son courant islamo-conservateur incarné
par Abdelaziz Belkhadem, n’indique pas pour autant que le chef de
l’Etat a ainsi basculé complètement dans le camp démocratique et
moderniste, peu s’en faut. Encore réticent à parler de démocratie
dans un pays si peu préparé à la pratiquer, il préfère le concept
bien plus réaliste de pluralisme qui est un fait établi depuis la
mise en œuvre de la Constitution de 1989 et celui de civisme qui
est, comme chacun le sait, la condition première d’une saine
pratique démocratique. Il apparaît ainsi que le sommet de l’Etat
algérien a commencé à tirer sérieusement les enseignements de 16 ans
de pratiques politiques et économiques souvent assez incohérentes et
qu’il a décidé de continuer à moduler l’évolution de la nation en
fonction des capacités réelles et de l’engagement effectif de la
société et non plus en fonction de modèles théoriques inadaptés.
C’est ainsi qu’à la place d’un pluralisme partisan débridé, il a été
décidé, dès la fin de l’année 1995, de mettre en œuvre un processus
de regroupement politique particulier sous la forme de la coalition
gouvernementale d’abord, et de l’Alliance présidentielle ensuite.
Regroupement qui ne vise nullement à remplacer une hégémonie par une
autre, mais tout simplement à éviter l’effritement et le délitement
d’une vie partisane trop morcelée. L’Alliance présidentielle devant
même en principe se voir contrebalancée par un autre regroupement
politique qui pourrait englober deux ou plusieurs partis
d’opposition, qui pourraient eux aussi mettre en sourdine leurs
divergences tactiques pour constituer un puissant contrepoids au
pouvoir. A condition cependant que chacun, encore une fois, sache
faire preuve de civisme en acceptant de cohabiter et de laisser de
côté certaines exigences secondaires pour s’en tenir à l’essentiel,
comme le font avec plus ou moins de bonheur les trois partis de
l’Alliance présidentielle en se mettant d’accord sur un seul point
essentiel qui est la mise en œuvre du programme présidentiel. Un
regroupement de l’opposition pourrait à son tour s’en tenir à la
remise en cause de ce même programme et lutter pour en imposer un
autre par la voie des urnes, comme cela a été le cas en 2004. Le
tout étant cependant de savoir si le FLN et le MSP vont accepter,
à présent qu’ils on été contredits par le président de la République
sur la question des salaires et sur celle, plus épineuse encore, de
l’attribution de la chefferie du gouvernement à l’un de ces deux
partis, de continuer à faire parti de l’Alliance au pouvoir ou de
basculer à nouveau dans l’opposition. Une question qui sera de toute
évidence réglée par les courants qui, à l’intérieur de ces deux
formations, ne veulent pas du tout risquer de se voir éjecter des
rouages du pouvoir et qui préfèrent encore subir le leadership du
RND que de perdre un nombre important de postes ministériels et un
nombre encore plus important de postes subalternes au sein des
appareils de l’Etat.
En tout état de
cause, le FLN, bien plus que le MSP, se doit de se mettre en bon
ordre de marche pour s’intégrer ou non dans la problématique de la
vie politique que vient de dessiner le président de la République
dans son discours du 23 février 2006 et se donner une direction qui
accepte de jouer loyalement le jeu d’un pluralisme plus civique qui
puisse nous conduire à la construction d’une démocratie véritable.
A. M.
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