Semaine du 1 au 7 Mars 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Grand Moyen-Orient  et Dawla Islamya

 

 
 
 Editorial

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Le civisme avant la démocratie

En ne se rangeant pas aux côtés de Abdelaziz Belkhadem sur l’épineuse question de l’augmentation des salaires, le président de la République vient ainsi donner la preuve la plus éclatante qui soit que s’il est peut-être président d’honneur du FLN, il n’en est en tout cas ni l’otage ni même un militant actif. Il intègre de ce fait son statut de Président de tous les Algériens sans aucune appartenance à une chapelle idéologique donnée ou à une faction de pouvoir.  Il ne se met pas pour autant du côté de Ahmed Ouyahia, du moins pas dans le sens où nous pourrions l’entendre, mais plutôt du côté des arguments économiques, sociaux et politiques qui interdisent absolument de procéder à une quelconque hausse des salaires  dans une conjoncture marquée par  une stagnation alarmante de la production et de la productivité dans le secteur public économique.

Cette prise de distance de Abdelaziz Bouteflika par rapport au FLN, ou plus précisément par rapport à son courant islamo-conservateur incarné par Abdelaziz Belkhadem, n’indique pas pour autant que le chef de l’Etat a ainsi basculé complètement dans le camp démocratique et moderniste, peu s’en faut. Encore réticent à  parler de démocratie dans un pays si peu préparé  à la pratiquer, il préfère le concept bien plus réaliste de pluralisme qui est un fait établi depuis la mise en œuvre de la Constitution de 1989 et celui de civisme qui est, comme chacun le sait, la condition première d’une saine pratique démocratique.  Il apparaît ainsi que le sommet de l’Etat algérien a commencé à tirer sérieusement les enseignements de 16 ans de pratiques politiques et économiques souvent assez incohérentes et qu’il a décidé de continuer à moduler l’évolution de la nation en fonction des capacités réelles et de l’engagement effectif de la société et non plus en fonction de modèles théoriques  inadaptés. C’est ainsi qu’à la place d’un pluralisme partisan débridé, il a été décidé, dès la fin de l’année 1995, de mettre en œuvre un processus de regroupement politique particulier sous la forme de la coalition gouvernementale d’abord, et de l’Alliance présidentielle ensuite. Regroupement qui ne vise nullement à remplacer une hégémonie par une autre, mais tout simplement à éviter l’effritement et le délitement d’une vie partisane trop morcelée. L’Alliance présidentielle devant même en principe se voir contrebalancée par un autre regroupement politique qui pourrait englober deux ou plusieurs partis d’opposition, qui pourraient eux aussi mettre en sourdine leurs divergences tactiques pour constituer un puissant contrepoids au pouvoir. A condition cependant que chacun, encore une fois, sache faire preuve de civisme en acceptant de cohabiter et de laisser de côté certaines exigences secondaires pour s’en tenir à l’essentiel, comme le font avec plus ou moins de bonheur les trois partis de l’Alliance présidentielle en se mettant d’accord sur un seul point essentiel qui est la mise en œuvre du programme présidentiel. Un regroupement de l’opposition pourrait à son tour s’en tenir à la remise en cause de ce même programme et lutter pour en imposer un autre par la voie des urnes, comme cela a été le cas en 2004. Le tout étant cependant de savoir si le FLN  et le MSP vont accepter,  à présent qu’ils on été contredits par le président de la République sur la question des salaires et sur celle, plus épineuse encore, de l’attribution de la chefferie du gouvernement à l’un de ces deux partis,  de  continuer à faire parti de l’Alliance au pouvoir ou de basculer à nouveau dans l’opposition. Une question qui sera de toute évidence réglée par les courants qui, à l’intérieur de ces deux formations, ne veulent pas du tout risquer de se voir éjecter des rouages du pouvoir et qui préfèrent encore subir le leadership du RND que de  perdre un nombre important de postes ministériels et un nombre encore plus important de postes subalternes au sein des appareils de l’Etat.

En tout état de cause, le FLN, bien plus que le MSP, se doit de se mettre en bon ordre de marche pour s’intégrer ou non dans la problématique de la vie politique que vient de dessiner le président de la République dans son discours du 23 février 2006 et se donner une direction qui accepte de jouer loyalement le jeu d’un pluralisme plus civique qui puisse nous conduire à la construction d’une démocratie véritable.

A. M.

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