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Irak
L’implosion
est-elle à craindre ?
Depuis
l'intervention américaine de 2003, l'Irak a failli basculer plus
d'une fois dans la guerre civile. L'attentat du 22 février contre
la Mosquée d'Or de Samarra, sanctuaire chiite révéré, et les
exactions commises contre les sunnites en retour ont rendu ce risque
beaucoup plus palpable. Le pays, depuis l’occupation américaine, est
plongé dans le chaos et tous les ingrédients d’une implosion sont
réunis. Entre les actes que l’on peut qualifier de résistance, qui
ciblent les forces étrangères, et les attentats quotidiens, qui
touchent la population irakienne et ses lieux de culte, les forces
de sécurité sensées prendre le relais après le départ des troupes
étrangères et les journalistes venus rapporter au monde le vécu
quotidien, il est difficile de démêler l’écheveau tant les choses
sont imbriquées. Le fait que des activistes sunnites présumés
prennent pour cible la majorité chiite et que celle-ci se livre à
des représailles fait surgir le spectre d'un conflit communautaire
total. Par surcroît, des tensions croissantes affectent les
relations entre factions chiites, que des affrontements ont opposés
ces derniers mois, ce qui fait craindre une mêlée générale que les
analystes jugent bien plus lourde de conséquences qu'une guerre
civile aux clivages plus nets. "Ce qui se met en place n'est pas une
simple guerre civile, c'est pire. C'est une guerre de tous contre
tous", estime Toby Dodge, spécialiste de l'Irak à l'université Queen
Mary de Londres. "Nous avons là un vide sécuritaire qui a permis
l'essor de différentes forces en lutte les unes avec les autres
(...) C'est beaucoup plus fractionné qu'une guerre civile."
L'antagonisme armé entre deux milices chiites – le mouvement Badr
pro-iranien et l'Armée du Mehdi acquise à l'imam antiaméricain
Moktadar Sadr – pourrait s'intensifier. Pour l'heure, Sadr et Abdul
Aziz al Hakim, chef du Conseil suprême pour la révolution islamique
en Irak (CSRII), dont fait partie le Badr, font front commun après
l'attentat – que l’on impute à des éléments sunnites – qui a visé la
Mosquée d'Or. Mais le Badr et l'Armée du Mehdi se sont affrontés
précédemment dans des villes du Sud à majorité chiite et leurs
visions divergentes de l'avenir du pays menacent à tout moment de
tourner au conflit ouvert. Parallèlement, les milices chiites et les
forces de sécurité irakiennes à composition mixte chiite-sunnite
sont en butte aux menaces de combattants sunnite-nationalistes,
baasistes fidèles à Saddam et activistes islamistes en partie
étrangers. Le risque d'une guerre tous azimuts résultant d'un
effondrement de l'autorité centrale est surtout réel dans la
capitale et les villes qui l'entourent, où se côtoient des habitants
chiites, sunnites et kurdes. Dans ces agglomérations et selon les
observateurs des sunnites et des chiites ont déjà été évincés de
certains quartiers, voire de localités entières, au fil d'un
processus qui rappelle les campagnes d'épuration ethnique dans
l'ex-Yougoslavie. Dans le quartier baghdadi mixte de Doura, des
meurtres entre sunnites et chiites ont remodelé des périmètres
depuis un an, au point que les habitants sont aujourd'hui marqués
par leur appartenance religieuse, chose impensable il y a deux ans.
Si une guerre totale se déclarait, ce sont Baghdad, Baâkouba,
Kirkouk et Mossoul – villes à populations mixtes arabes et kurdes,
sunnites et chiites – qui pourraient en pâtir le plus. Avec son taux
élevé de mixité sociocommunautaire, Baghdad pourrait finir par
ressembler au Beyrouth des années noires de la guerre civile
libanaise, voire à Sarajevo ou à d'autres cités meurtries des années
durant. Le ministre irakien de la Défense, a souligné le risque de
guerre civile et s'est dit prêt à déployer des blindés dans les
rues. De son côté, le président (kurde) du pays, Djalal Talabani,
avait déclaré, à l'issue d'entretiens avec des dirigeants de
factions politico-religieuses, qu'une guerre civile "n'épargnerait
personne". Les chiites, dont la communauté s'inscrit au premier plan
de la politique irakienne depuis la chute de Saddam Hussein,
dominent l'armée. Mais on y trouve aussi des Arabes sunnites et des
Kurdes, dans le rang comme aux postes de commandement. "Est-ce que
l'armée se préservera ou implosera ?", s'interroge Martin Navias,
chercheur au Centre d'études militaires du King's College de
Londres. "Elle pourrait bien se désintégrer, et si c'est le cas nous
aurons un très sérieux problème. Les prochains jours sont
critiques." Une guerre civile pourrait inciter les Kurdes à se
replier sur leurs bastions du Nord, déjà en grande partie autonomes
et relativement épargnés par les violences. Un effondrement du
pouvoir central pourrait aussi les amener à s'assurer le contrôle de
la ville de Kirkouk et de ses gisements de pétrole convoités. Une
telle initiative exposerait toutefois les Kurdes de Baghdad et
d'autres villes à des représailles. Toute esquisse de sécession
kurde encouragerait les chiites à emprunter la même voie dans le Sud
riche en pétrole, ce qui ne laisserait aux sunnites que la partie
centrale aride de l'Irak. Et toutes les forces en présence se
disputeraient Baghdad. Les analystes ne jugent guère probable une
partition de l'Irak en trois régions, mais la plupart estiment qu'un
élargissement des zones de combat à Baghdad réunirait les conditions
d'une guerre civile particulièrement dure. La guerre civile peut
encore être évitée, estiment d’autres experts de l’Irak. «Pour le
moment, la violence est suscitée par le haut et n'a pas encore
imprégné le bas, c'est à dire l'ensemble de la société. Elle est le
fruit d'une rivalité régionale entre l'Iran et les Etats-Unis",
estime Ghassan Salamé, spécialiste du Moyen-Orient et ancien
conseiller de l'Onu en Irak. "L'Irak est l'otage d'un conflit
régional entre les Etats-Unis et l'Iran, car Téhéran veut empêcher
Washington de constituer un gouvernement qui lui soit favorable et
il ne peut y avoir de gouvernement qui soit hostile aux Etats-Unis",
a-t-il ajouté. "Si l'impasse demeure et si le gouvernement n'est pas
formé rapidement, alors le pays peut plonger dans la guerre civile",
a-t-il ajouté. Reste qu’une question se pose, qui a intérêt à une
implosion de l’Irak ?
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Crise nucléaire iranienne
La Russie met
le paquet pour trouver une solution
Multiples
chassés-croisés diplomatiques entre la Russie et l’Iran autour du
programme nucléaire iranien. Un accord de principe a finalement
abouti après moult discussions entre Moscou et Téhéran sur la
proposition russe de se charger du programme d'enrichissement
d'uranium iranien. Cette annonce, qui intervient à quelques jours
d'une réunion cruciale de l'Agence internationale de l'énergie
atomique (AIEA), vise à faire redescendre d'un cran la tension
autour du nucléaire iranien, et à rassurer la communauté
internationale sur les intentions de Téhéran en matière de nucléaire
militaire. Le plan russe bénéficie du soutien des Etats-Unis et de
l'Union européenne. L'accord de principe a été rendu public à
l'issue d'une réunion entre le patron de l'Organisation de l'énergie
atomique iranienne, également vice-président du pays, et son
homologue russe, lors d'une visite de ce dernier sur le site de la
centrale de Bushehr, que Moscou construit pour le compte de l'Iran
sur les rives du Golfe. Les détails de cet accord sur la création
d’une joint-venture afin d’enrichir l’uranium doivent encore faire
l'objet de discussions. Il s’agit avant tout d’éviter d'éventuelles
sanctions de l'ONU ou le recours à la force. L'Agence internationale
pour l'énergie atomique (AIEA) tiendra le 6 mars une réunion
cruciale, qui doit déterminer si le dossier du nucléaire iranien
peut être réglé en son sein ou le transmettre pour sanctions
éventuelles au Conseil de sécurité de l'ONU. Moscou met tout en
œuvre pour convaincre Téhéran de rassurer la communauté
internationale d'ici à cette date, notamment en retournant à son
moratoire sur l'enrichissement de l'uranium et en acceptant de
transférer son programme en la matière en territoire russe. Cette
dernière question, selon le responsable de l’agence atomique russe,
n'est qu'"un des éléments des questions complexes liées au problème
nucléaire iranien". Pour Serguéï Kirienko, "il existe la possibilité
que les activités nucléaires iraniennes soient résolues dans le
cadre de l'AIEA. Et puisqu'il existe un telle possibilité, nous
devons prendre toutes les mesures nécessaires en ce sens". La
proposition russe, si elle réussit, aiderait à résoudre la crise
pacifiquement, a jugé le patron du nucléaire russe. Les entretiens
russo-iraniens sur le nucléaire se poursuivront dans les prochains
jours à Moscou.
Les Occidentaux,
et surtout les Américains, n'ont pas caché qu'ils essaieraient
d'obtenir des sanctions contre l'Iran au Conseil de sécurité, si il
ne fait pas marche arrière.
La position de la
Russie, qui dispose d'un droit de veto au Conseil, y sera cruciale.
Moscou est
tiraillé entre son désir de maintenir des relations économiques
fructueuses avec Téhéran et celui de ne pas voir la République
islamique accéder au rang de puissance nucléaire.
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