Semaine du 1 au 7 Mars 2006

Irak

L’implosion est-elle à craindre ?

Crise nucléaire iranienne

La Russie met le paquet pour trouver une solution

 

 
 
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Irak

L’implosion est-elle à craindre ?

Depuis l'intervention américaine de 2003, l'Irak a failli basculer plus d'une fois dans la guerre civile. L'attentat du 22 février  contre la Mosquée d'Or de Samarra, sanctuaire chiite révéré, et les exactions commises contre les sunnites en retour ont rendu ce risque beaucoup plus palpable. Le pays, depuis l’occupation américaine, est plongé dans le chaos et tous les ingrédients d’une implosion sont réunis. Entre les actes que l’on peut qualifier de résistance, qui ciblent les forces étrangères, et  les attentats quotidiens, qui touchent la population irakienne et ses lieux de culte, les forces de sécurité sensées prendre le relais après le départ des troupes étrangères et les journalistes venus rapporter au monde le vécu quotidien, il est difficile de démêler l’écheveau tant les choses sont imbriquées. Le fait que des activistes sunnites présumés prennent pour cible la majorité chiite et que celle-ci se livre à des représailles fait surgir le spectre d'un conflit communautaire total. Par surcroît, des tensions croissantes affectent les relations entre factions chiites, que des affrontements ont opposés ces derniers mois, ce qui fait craindre une mêlée générale que les analystes jugent bien plus lourde de conséquences qu'une guerre civile aux clivages plus nets. "Ce qui se met en place n'est pas une simple guerre civile, c'est pire. C'est une guerre de tous contre tous", estime Toby Dodge, spécialiste de l'Irak à l'université Queen Mary de Londres. "Nous avons là un vide sécuritaire qui a permis l'essor de différentes forces en lutte les unes avec les autres (...) C'est beaucoup plus fractionné qu'une guerre civile." L'antagonisme armé entre deux milices chiites – le mouvement Badr pro-iranien et l'Armée du Mehdi acquise à l'imam antiaméricain Moktadar Sadr – pourrait s'intensifier. Pour l'heure, Sadr et Abdul Aziz al Hakim, chef du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak (CSRII), dont fait partie le Badr, font front commun après l'attentat – que l’on impute à des éléments sunnites – qui a visé la Mosquée d'Or. Mais le Badr et l'Armée du Mehdi se sont affrontés précédemment dans des villes du Sud à majorité chiite et leurs visions divergentes de l'avenir du pays menacent à tout moment de tourner au conflit ouvert. Parallèlement, les milices chiites et les forces de sécurité irakiennes à composition mixte chiite-sunnite sont en butte aux menaces de combattants sunnite-nationalistes, baasistes fidèles à Saddam et activistes islamistes en partie étrangers. Le risque d'une guerre tous azimuts résultant d'un effondrement de l'autorité centrale est surtout réel dans la capitale et les villes qui l'entourent, où se côtoient des habitants chiites, sunnites et kurdes. Dans ces agglomérations et selon les observateurs des sunnites et des chiites ont déjà été évincés de certains quartiers, voire de localités entières, au fil d'un processus qui rappelle les campagnes d'épuration ethnique dans l'ex-Yougoslavie. Dans le quartier baghdadi mixte de Doura, des meurtres entre sunnites et chiites ont remodelé des périmètres depuis un an, au point que les habitants sont aujourd'hui marqués par leur appartenance religieuse, chose impensable il y a deux ans. Si une guerre totale se déclarait, ce sont Baghdad, Baâkouba, Kirkouk et Mossoul – villes à populations mixtes arabes et kurdes, sunnites et chiites – qui pourraient en pâtir le plus. Avec son taux élevé de mixité sociocommunautaire, Baghdad pourrait finir par ressembler au Beyrouth des années noires de la guerre civile libanaise, voire à Sarajevo ou à d'autres cités meurtries des années durant. Le ministre irakien de la Défense, a souligné le risque de guerre civile et s'est dit prêt à déployer des blindés dans les rues. De son côté, le président (kurde) du pays, Djalal Talabani, avait déclaré, à l'issue d'entretiens avec des dirigeants de factions politico-religieuses, qu'une guerre civile "n'épargnerait personne". Les chiites, dont la communauté s'inscrit au premier plan de la politique irakienne depuis la chute de Saddam Hussein, dominent l'armée. Mais on y trouve aussi des Arabes sunnites et des Kurdes, dans le rang comme aux postes de commandement. "Est-ce que l'armée se préservera ou implosera ?", s'interroge Martin Navias, chercheur au Centre d'études militaires du King's College de Londres. "Elle pourrait bien se désintégrer, et si c'est le cas nous aurons un très sérieux problème. Les prochains jours sont critiques." Une guerre civile pourrait inciter les Kurdes à se replier sur leurs bastions du Nord, déjà en grande partie autonomes et relativement épargnés par les violences. Un effondrement du pouvoir central pourrait aussi les amener à s'assurer le contrôle de la ville de Kirkouk et de ses gisements de pétrole convoités. Une telle initiative exposerait toutefois les Kurdes de Baghdad et d'autres villes à des représailles. Toute esquisse de sécession kurde encouragerait les chiites à emprunter la même voie dans le Sud riche en pétrole, ce qui ne laisserait aux sunnites que la partie centrale aride de l'Irak. Et toutes les forces en présence se disputeraient Baghdad. Les analystes ne jugent guère probable une partition de l'Irak en trois régions, mais la plupart estiment qu'un élargissement des zones de combat à Baghdad réunirait les conditions d'une guerre civile particulièrement dure. La guerre civile peut encore être évitée, estiment d’autres experts de l’Irak. «Pour le moment, la violence est suscitée par le haut et n'a pas encore imprégné le bas, c'est à dire l'ensemble de la société. Elle est le fruit d'une rivalité régionale entre l'Iran et les Etats-Unis", estime Ghassan Salamé, spécialiste du Moyen-Orient et ancien conseiller de l'Onu en Irak. "L'Irak est l'otage d'un conflit régional entre les Etats-Unis et l'Iran, car Téhéran veut empêcher Washington de constituer un gouvernement qui lui soit favorable et il ne peut y avoir de gouvernement qui soit hostile aux Etats-Unis", a-t-il ajouté. "Si l'impasse demeure et si le gouvernement n'est pas formé rapidement, alors le pays peut plonger dans la guerre civile", a-t-il ajouté. Reste qu’une question se pose, qui a intérêt à une implosion de l’Irak ?

 

 

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Crise nucléaire iranienne

La Russie met le paquet pour trouver une solution

Multiples chassés-croisés diplomatiques entre la Russie et l’Iran autour du programme nucléaire iranien. Un accord de principe  a finalement abouti après moult discussions entre Moscou et Téhéran sur la proposition russe de se charger du programme d'enrichissement d'uranium iranien. Cette annonce, qui intervient à quelques jours d'une réunion cruciale de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), vise à faire redescendre d'un cran la tension autour du nucléaire iranien, et à rassurer la communauté internationale sur les intentions de Téhéran en matière de nucléaire militaire. Le plan russe bénéficie du soutien des Etats-Unis et de l'Union européenne. L'accord de principe a été rendu public à l'issue d'une réunion entre le patron de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne, également vice-président du pays, et son homologue russe, lors d'une visite de ce dernier sur le site de la centrale de Bushehr, que Moscou construit pour le compte de l'Iran sur les rives du Golfe. Les détails de cet accord sur la création d’une joint-venture afin d’enrichir l’uranium doivent encore faire l'objet de discussions. Il s’agit avant tout d’éviter d'éventuelles sanctions de l'ONU ou le recours à la force. L'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) tiendra le 6 mars une réunion cruciale, qui doit déterminer si le dossier du nucléaire iranien peut être réglé en son sein ou le transmettre pour sanctions éventuelles au Conseil de sécurité de l'ONU. Moscou met tout en œuvre pour convaincre Téhéran de rassurer la communauté internationale d'ici à cette date, notamment en retournant à son moratoire sur l'enrichissement de l'uranium et en acceptant de transférer son programme en la matière en territoire russe. Cette dernière question, selon le responsable de l’agence atomique russe, n'est qu'"un des éléments des questions complexes liées au problème nucléaire iranien". Pour Serguéï Kirienko, "il existe la possibilité que les activités nucléaires iraniennes soient résolues dans le cadre de l'AIEA. Et puisqu'il existe un telle possibilité, nous devons prendre toutes les mesures nécessaires en ce sens". La proposition russe, si elle réussit, aiderait à résoudre la crise pacifiquement, a jugé le patron du nucléaire russe. Les entretiens russo-iraniens sur le nucléaire se poursuivront dans les prochains jours à Moscou.

Les Occidentaux, et surtout les Américains, n'ont pas caché qu'ils essaieraient d'obtenir des sanctions contre l'Iran au Conseil de sécurité, si il ne fait pas marche arrière.

La position de la Russie, qui dispose d'un droit de veto au Conseil, y sera cruciale.

Moscou est tiraillé entre son désir de maintenir des relations économiques fructueuses avec Téhéran et celui de ne pas voir la République islamique accéder au rang de puissance nucléaire.

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