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Les limites de l’idéologie
Une fois n’est pas coutume, penchons nous un peu
sur l’industrie, puisque telle est, semble-t-il, la priorité économique du
gouvernement. Commençons, toutefois, par ce constat largement partagé qui veut
que nos indices de productivité et de compétitivité soient en chute libre depuis
l’ouverture du marché local à la concurrence étrangère, alors que c’est le
contraire qui avait été promis. On peut même dire que l’un des arguments de
cette ouverture libérale a été justement de donner un coup de fouet à
l’industrie nationale en la mettant dans une situation de confrontation qui
l’obligerait à revoir son mode de production et à se redéfinir sous le paramètre
de la performance d’abord. Près de quinze années plus tard, rien de tel. Ou
alors si peu, comme le démontrent encore quelques initiatives privées ou la
subsistance de gros complexes qui ne doivent leur salut qu’à la privatisation ou
au maintien sous perfusion à coups d’assainissements financiers à répétition.
Entendons nous aussi pour dire qu’il n’y a rien de
paradoxal en cette situation. Elle reflète, bien au contraire, une parfaite
cohérence de la part du gouvernement, si l’on tient compte du fait que derrière
la volonté de libéraliser le commerce extérieur, il y avait révision, de fond en
comble, des missions de l’Etat, promis à se désengager de plus en plus de son
rôle de producteur, puis de propriétaire, pour se replier sur sa fonction
nouvelle de régulateur. C’est du moins ce que charrie le discours officiel,
ressassé comme un discours unique et sans débat mais qui, concrètement, s’est
décliné par le retrait de l’Etat de tout investissement nouveau dans le domaine
industriel avec pour unique souci de conjoncture de préserver la paix sociale,
ce qui l’amènera à injecter constamment des milliards de dinars dans les grosses
entreprises qui n’avaient d’autre horizon que de générer du déficit.
Les limites budgétaires imposées à cette politique
menée tambour battant durant les années 1990 ont eu raison de cette dernière.
Par substitution, on a donc introduit une politique de restructuration, puis de
partenariat et, enfin, de privatisation tous azimuts. Et on en est encore
aujourd’hui à admettre que tout cela n’a rien donné. En vérité, les seuls
secteurs encore à l’abri de la déferlante des importations sont ceux dont le
marché est plus ou moins protégé et qui ne doivent encore cela qu’à leur
caractère monopolistique. La pétrochimie, les matériaux de construction ou
encore la transformation des minerais en sont les parfaits exemples, ce qui
laisse déduire que la seule industrie encore viable, en Algérie, est l’industrie
intermédiaire. Ainsi, la politique d’industrialisation qu’a connu (ou subi,
selon les détracteurs du «clé en main») le pays et qui devait bâtir des grands
complexes industriels autour desquels se tisseraient des liens d’intégration
avec les petites unités industrielles pour ce qui est des produits finis ou plus
simplement les PME pour ce qui est de la sous-traitance, n’a réussi qu’à moitié.
L’assise d’une industrie manufacturière, quant à elle, a subi un sérieux échec
et, encore une fois, en dehors de quelques privés bien en vue, le reste des
usines existantes ne produisent plus, mais importent, même en signant la
marchandise de leur label, et sont ainsi obligées de se limiter à servir de
simples distributeurs aux producteurs étrangers.
Comme si ce marasme ne suffisait pas, le
gouvernement, qui reconnaît qu’il faut absolument «faire quelque chose», nous
oblige à assister présentement à une confusion des rôles et à un conflit de
compétences naissant entre le ministère de la Participation et de la Promotion
de l’investissement et celui de l’Industrie, qu’on avait d’ailleurs totalement
perdu de vue. Car en l’espace d’une semaine, durant ce mois d’octobre, M. Temmar
annonçait pour imminente «une nouvelle stratégie industrielle», avant que
M. Khedri, reçu dans le cadre des auditions menées par le président de la
République, ne dévoile que son département élaborait «une politique nationale
de l’industrie» à l’horizon 2017. Dans le détail, les interférences touchent
déjà à la mise à niveau, au foncier industriel, à l’orientation de l’assistance
étrangère, aux choix des secteurs prioritaires et, enfin, au schéma
institutionnel de mise en œuvre.
On savait bien sûr que par définition, le MPPI
était naturellement voué à «se mêler de tout». On se remémore encore les
frictions qui avaient opposé H. Temmar à A. Benbitour au sujet des holdings, à
A. Benachenhou pour ce qui est des banques ou encore à A. Menasra s’agissant de
la restructuration des grands complexes industriels. Mais peut-on encore se
permettre de tels dysfonctionnements au sommet quand on sait que l’urgence est
de stopper une désindustrialisation ravageuse ?
Comme pour arranger les choses, l’on ne dispose
pour centre d’arbitrage, que d’un chef du gouvernement qui refuse d’assumer sa
tâche constitutionnelle pour s’être défini, dès le départ, comme une simple
coordinateur de l’Exécutif. Les milieux des affaires doivent déjà se poser la
question de savoir à quand donc une visibilité sur la question. Mais ce qui
importe par dessus tout c’est que, quelle que soit la vision qui sera
privilégiée à l’avenir, au jour d’aujourd’hui, le gouvernement ne détient pas
l’ombre d’une politique ou d’une stratégie industrielle. Et il ne faut trop
s’attendre non plus à ce le programme de relance de l’industrie que l’on agite
en promesse soit au-delà de l’approfondissement des mesures et dispositions déjà
existantes, lesquelles ciblent plutôt l’investissement dans sa généralité.
Certes, on pourra faire appel à l’expertise
étrangère ou impliquer les industriels nationaux et étrangers dans
l’élaboration, mais qu’est-il vraiment possible de faire quand on a décidé, une
bonne fois pour toutes, que c’est à tout le monde sauf à l’Etat algérien,
d’investir dans l’industrie ? Voilà une question dont on ne peut faire
l’économie sous peine de continuer à subir l’hégémonie des firmes étrangères
dont il serait intéressant de se rappeler qu’à l’origine, elles doivent
absolument tout aux budgets de leurs Etats.
N. B.
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