Semaine du 1er au 7 novembre 2006

L'éditorial : Par Nabil Benali

Les limites de l’idéologie

 

 
 
 Editorial

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Les limites de l’idéologie

Une fois n’est pas coutume, penchons nous un peu sur l’industrie, puisque telle est, semble-t-il, la priorité économique du gouvernement. Commençons, toutefois, par ce constat largement partagé qui veut que nos indices de productivité et de compétitivité soient en chute libre depuis l’ouverture du marché local à la concurrence étrangère, alors que c’est le contraire qui avait été promis. On peut même dire que l’un des arguments de cette ouverture libérale a été justement de donner un coup de fouet à l’industrie nationale en la mettant dans une situation de confrontation qui l’obligerait à revoir son mode de production et à se redéfinir sous le paramètre de la performance d’abord. Près de quinze années plus tard, rien de tel. Ou alors si peu, comme le démontrent encore quelques initiatives privées ou la subsistance de gros complexes qui ne doivent leur salut qu’à la privatisation ou au maintien sous perfusion à coups d’assainissements financiers à répétition.

Entendons nous aussi pour dire qu’il n’y a rien de paradoxal en cette situation. Elle reflète, bien au contraire, une parfaite cohérence de la part du gouvernement, si l’on tient compte du fait que derrière la volonté de libéraliser le commerce extérieur, il y avait révision, de fond en comble, des missions de l’Etat, promis à se désengager de plus en plus de son rôle de producteur, puis de propriétaire, pour se replier sur sa fonction nouvelle de régulateur. C’est du moins ce que charrie le discours officiel, ressassé comme un discours unique et sans débat mais qui, concrètement, s’est décliné par le retrait de l’Etat de tout investissement nouveau dans le domaine industriel avec pour unique souci de conjoncture de préserver la paix sociale, ce qui l’amènera à injecter constamment des milliards de dinars dans les grosses entreprises qui n’avaient d’autre horizon que de générer du déficit.

Les limites budgétaires imposées à cette politique menée tambour battant durant les années 1990 ont eu raison de cette dernière. Par substitution, on a donc introduit une politique de restructuration, puis de partenariat et, enfin, de privatisation tous azimuts. Et on en est encore aujourd’hui à admettre que tout cela n’a rien donné. En vérité, les seuls secteurs encore à l’abri de la déferlante des importations sont ceux dont le marché est plus ou moins protégé et qui ne doivent encore cela qu’à leur caractère monopolistique. La pétrochimie, les matériaux de construction ou encore la transformation des minerais en sont les parfaits exemples, ce qui laisse déduire que la seule industrie encore viable, en Algérie, est l’industrie intermédiaire. Ainsi, la politique d’industrialisation qu’a connu (ou subi, selon les détracteurs du «clé en main») le pays et qui devait bâtir des grands complexes industriels autour desquels se tisseraient des liens d’intégration avec les petites unités industrielles pour ce qui est des produits finis ou plus simplement les PME pour ce qui est de la sous-traitance, n’a réussi qu’à moitié. L’assise d’une industrie manufacturière, quant à elle, a subi un sérieux échec et, encore une fois, en dehors de quelques privés bien en vue, le reste des usines existantes ne produisent plus, mais importent, même en signant la marchandise de leur label, et sont ainsi obligées de se limiter à servir de simples distributeurs aux producteurs étrangers.

Comme si ce marasme ne suffisait pas, le gouvernement, qui reconnaît qu’il faut absolument «faire quelque chose», nous oblige à assister présentement à une confusion des rôles et à un conflit de compétences naissant entre le ministère de la Participation et de la Promotion de l’investissement et celui de l’Industrie, qu’on avait d’ailleurs totalement perdu de vue. Car en l’espace d’une semaine, durant ce mois d’octobre, M. Temmar annonçait pour imminente «une nouvelle stratégie industrielle», avant que M. Khedri, reçu dans le cadre des auditions menées par le président de la République, ne dévoile que son département élaborait «une politique nationale de l’industrie» à l’horizon 2017. Dans le détail, les interférences touchent déjà à la mise à niveau, au foncier industriel, à l’orientation de l’assistance étrangère, aux choix des secteurs prioritaires et, enfin, au schéma institutionnel de mise en œuvre.

On savait bien sûr que par définition, le MPPI était naturellement voué à «se mêler de tout». On se remémore encore les frictions qui avaient opposé H. Temmar à A. Benbitour au sujet des holdings, à A. Benachenhou pour ce qui est des banques ou encore à A. Menasra s’agissant de la restructuration des grands complexes industriels. Mais peut-on encore se permettre de tels dysfonctionnements au sommet quand on sait que l’urgence est de stopper une désindustrialisation ravageuse ?

Comme pour arranger les choses, l’on ne dispose pour centre d’arbitrage, que d’un chef du gouvernement qui refuse d’assumer sa tâche constitutionnelle pour s’être défini, dès le départ, comme une simple coordinateur de l’Exécutif. Les milieux des affaires doivent déjà se poser la question de savoir à quand donc une visibilité sur la question. Mais ce qui importe par dessus tout c’est que, quelle que soit la vision qui sera privilégiée à l’avenir, au jour d’aujourd’hui, le gouvernement ne détient pas l’ombre d’une politique ou d’une stratégie industrielle. Et il ne faut trop s’attendre non plus à ce le programme de relance de l’industrie que l’on agite en promesse soit au-delà de l’approfondissement des mesures et dispositions déjà existantes, lesquelles ciblent plutôt l’investissement dans sa généralité.

Certes, on pourra faire appel à l’expertise étrangère ou impliquer les industriels nationaux et étrangers dans l’élaboration, mais qu’est-il vraiment possible de faire quand on a décidé, une bonne fois pour toutes, que c’est à tout le monde sauf à l’Etat algérien, d’investir dans l’industrie ? Voilà une question dont on ne peut faire l’économie sous peine de continuer à subir l’hégémonie des firmes étrangères dont il serait intéressant de se rappeler qu’à l’origine, elles doivent absolument tout aux budgets de leurs Etats.

N. B.

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