Semaine du 1er au 7 novembre 2006

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Que finira par choisir Mahmoud Abbas, entre former un gouvernement de technocrates, qui n’officiera nécessairement que pour une courte période, le temps qu’il faut pour que les protagonistes retrouvent leurs marques, et dissoudre pour faire arbitrer le conflit l’opposant au gouvernement Hamas par le peuple lui-même ?  Logiquement c’est la deuxième solution qui s’impose, car ce n’est pas une mince affaire que celle qui bloque les institutions, et qui fait, par exemple, que le président ne rencontre même plus son premier ministre, sans compter qu’elle fait planer le spectre de la guerre civile, qui a d’ailleurs paru sur le point d’éclater il y a seulement quelques jours. Mais il est clair que ce n’est pas à elle que va la préférence du président palestinien et celle du Fatah. Car s’il suffisait d’une dissolution, dont la constitutionnalité d’ailleurs ne va pas de soi, pour résoudre la crise, il y a tout lieu de penser que la décision serait déjà prise, et peut-être même les élections auraient-elles déjà eu lieu.

Le fait est qu’une dissolution risque de rendre les choses plus compliquées, bien plus qu’elles ne les sont aujourd’hui…pour le Fatah. C’est que rien ne garantit que les électeurs feront cette fois-ci le bon choix. Pour ce qui est des fonctionnaires, qui n’ont pas touché leurs salaires depuis des mois, l’affaire semble entendue, ils ont sans doute compris comment voter. Mais les autres, qui peut dire quels sont leurs sentiments véritables ? Et s’ils ne méditent pas un autre mauvais coup consistant, par exemple, à reconduire la même majorité, rien que pour se rendre la vie plus difficile, histoire aussi de contrecarrer la solution que le monde entier leur suggère de mille façons aussi indirectes que pressantes. S’il était possible de les subjuguer tous à la fois par quelque sortilège et des les envoyer en bon ordre voter correctement…Mais cessons de rêver, il n’y en a pas. La démocratie ne comporte pas que des avantages, hélas.

Il y a bien une troisième solution, certes plutôt hétérodoxe, et pour tout dire hautement critiquable, mais qui a ses partisans, il est vrai moins en Palestine même que dans les pays voisins, où elle a longtemps était pratiquée. Ça s’appelle un coup d’Etat.

Pour ce qui les concerne, les Palestiniens n’y pensent que pour l’écarter définitivement. A la limite, ils lui préfèreraient une guerre civile en pointillés, qui éclaterait par à-coups, qui ne s’installerait donc pas, dont les accès seraient vite étouffés, d’autant que les pays arabes ne manqueraient pas de s’interposer pour arrêter l’effusion de sang ; une façon de gérer leurs différents en une immense  arabesque, impossible à embrasser du regard, inaccessible aux esprits carrés, mais qui préserve les grands équilibres, au moindre coût tout compte fait, alors que tout menace de s’abîmer en une mêlée inextricable.

Mais pourquoi donc se donner tant de mal quand un bon putsh présente le double avantage (théoriquement du moins) et de régler le problème et d’arrêter les frais, ceux-ci étant consentis en une seule fois, à la charge d’un seul bord, ce qui est tout de même plus rationnel car plus économe ? Pourquoi tiennent-ils à faire compliquer quand ils peuvent faire simple ? En conformité qui plus est, avec les coutumes politiques de la partie du monde à laquelle ils appartiennent ?

C’est là qu’on touche du doigt une spécificité palestinienne, quelque chose de l’âme de ce peuple. Les Palestiniens  sont le seul peuple depuis que le monde est monde à avoir créer une démocratie avant de disposer d’un Etat. Un inkilab, cette chose si naturelle pour leurs voisins, c’est le tabou par excellence pour eux. Même Israël, qui passe pour un parangon de démocratie, n’a pas été une démocratie avant que d’être  un Etat. Il est d’abord un Etat juif pour les Juifs. Ensuite seulement, une démocratie. Ce qu’il peut donc cesser d’être moyennant certaines circonstances. Mais il n’est guère possible d’imaginer une Palestine qui ne serait pas une démocratie. Elle s’effondrerait sur-le-champ. C’est comme si le concept lui-même en était impossible.

M. Habili

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