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Arabesque
Que finira par choisir Mahmoud Abbas, entre former
un gouvernement de technocrates, qui n’officiera nécessairement que pour une
courte période, le temps qu’il faut pour que les protagonistes retrouvent leurs
marques, et dissoudre pour faire arbitrer le conflit l’opposant au gouvernement
Hamas par le peuple lui-même ? Logiquement c’est la deuxième solution qui
s’impose, car ce n’est pas une mince affaire que celle qui bloque les
institutions, et qui fait, par exemple, que le président ne rencontre même plus
son premier ministre, sans compter qu’elle fait planer le spectre de la guerre
civile, qui a d’ailleurs paru sur le point d’éclater il y a seulement quelques
jours. Mais il est clair que ce n’est pas à elle que va la préférence du
président palestinien et celle du Fatah. Car s’il suffisait d’une dissolution,
dont la constitutionnalité d’ailleurs ne va pas de soi, pour résoudre la crise,
il y a tout lieu de penser que la décision serait déjà prise, et peut-être même
les élections auraient-elles déjà eu lieu.
Le fait est qu’une dissolution risque de rendre les
choses plus compliquées, bien plus qu’elles ne les sont aujourd’hui…pour le
Fatah. C’est que rien ne garantit que les électeurs feront cette fois-ci le bon
choix. Pour ce qui est des fonctionnaires, qui n’ont pas touché leurs salaires
depuis des mois, l’affaire semble entendue, ils ont sans doute compris comment
voter. Mais les autres, qui peut dire quels sont leurs sentiments véritables ?
Et s’ils ne méditent pas un autre mauvais coup consistant, par exemple, à
reconduire la même majorité, rien que pour se rendre la vie plus difficile,
histoire aussi de contrecarrer la solution que le monde entier leur suggère de
mille façons aussi indirectes que pressantes. S’il était possible de les
subjuguer tous à la fois par quelque sortilège et des les envoyer en bon ordre
voter correctement…Mais cessons de rêver, il n’y en a pas. La démocratie ne
comporte pas que des avantages, hélas.
Il y a bien une troisième solution, certes plutôt
hétérodoxe, et pour tout dire hautement critiquable, mais qui a ses partisans,
il est vrai moins en Palestine même que dans les pays voisins, où elle a
longtemps était pratiquée. Ça s’appelle un coup d’Etat.
Pour ce qui les concerne, les Palestiniens n’y
pensent que pour l’écarter définitivement. A la limite, ils lui préfèreraient
une guerre civile en pointillés, qui éclaterait par à-coups, qui ne
s’installerait donc pas, dont les accès seraient vite étouffés, d’autant que les
pays arabes ne manqueraient pas de s’interposer pour arrêter l’effusion de sang
; une façon de gérer leurs différents en une immense arabesque, impossible à
embrasser du regard, inaccessible aux esprits carrés, mais qui préserve les
grands équilibres, au moindre coût tout compte fait, alors que tout menace de
s’abîmer en une mêlée inextricable.
Mais pourquoi donc se donner tant de mal quand un
bon putsh présente le double avantage (théoriquement du moins) et de régler le
problème et d’arrêter les frais, ceux-ci étant consentis en une seule fois, à la
charge d’un seul bord, ce qui est tout de même plus rationnel car plus économe ?
Pourquoi tiennent-ils à faire compliquer quand ils peuvent faire simple ? En
conformité qui plus est, avec les coutumes politiques de la partie du monde à
laquelle ils appartiennent ?
C’est là qu’on touche du doigt une spécificité
palestinienne, quelque chose de l’âme de ce peuple. Les Palestiniens sont le
seul peuple depuis que le monde est monde à avoir créer une démocratie avant de
disposer d’un Etat. Un inkilab, cette chose si naturelle pour leurs voisins,
c’est le tabou par excellence pour eux. Même Israël, qui passe pour un parangon
de démocratie, n’a pas été une démocratie avant que d’être un Etat. Il est
d’abord un Etat juif pour les Juifs. Ensuite seulement, une démocratie. Ce qu’il
peut donc cesser d’être moyennant certaines circonstances. Mais il n’est guère
possible d’imaginer une Palestine qui ne serait pas une démocratie. Elle
s’effondrerait sur-le-champ. C’est comme si le concept lui-même en était
impossible.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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