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Secteur privé
Au creux de la vague
Le secteur industriel privé est au creux de la
vague et c’est loin d’être une affirmation sans fondements. En effet, après une
longue période de dynamisme, ce secteur connaît une passe plutôt difficile avec
un taux de croissance qui n’arrive pas à dépasser 1,4%. Les spécialistes en
économie sont unanimes à affirmer que les beaux jours du privé sont loin
derrière. Et ce n’est pas fini, puisque ces mêmes spécialistes n’envisagent
aucune amélioration pour les prochaines années. Pis encore, ils affirment que
des milliers d’entreprises privées vont disparaître.
Cette tendance à la baisse est perceptible à
travers le baromètre mensuel que le Forum des chefs d’entreprise (FCE) a réalisé
sur les perspectives d’évolution de la production pour les trois mois à venir.
Si au mois de mai 2006, 50% des chefs d’entreprises pensaient qu’il allait y
avoir une hausse de la production, ils ne sont plus, en juin 2006, que 44%. Ceux
qui envisageaient une amélioration de la situation ont fini par changer d’avis
et rejoindre les plus pessimistes. Ce qui signifie que les perspectives sont
réellement sombres pour le secteur privé.
Les économistes sont alarmistes quant à l’avenir de
ce secteur car ils estiment qu’en période de relance économique, il est plutôt
bizarre de constater que le secteur privé ralentit sérieusement sa croissance.
En même temps, ils expliquent ce ralentissement et cette baisse par la politique
économique de notre pays, qui est centralisée, ce qui n’encourage pas
l’évolution et le développement du secteur privé. Car, disent-ils, l’Etat
favorise le secteur public et lui octroie les grands projets, mais aussi les
ressources pour les concrétiser. Il est donc normal que le secteur privé, ainsi
écarté de la vie économique, ait du mal à assurer une croissance raisonnable.
Ce fléchissement n’a pas été sans conséquences
puisque l’on note un manque d’enthousiasme pour l’entreprenariat privé. Les
chiffe publiés par l’Agence nationale de développement de l’investissement sont
on ne peut plus éloquents. Les investissements privés, qui étaient au nombre de
13.102 en l’an 2000, soit 798 milliards de dinars, ont chuté à 3 484 projets en
2004, ce qui totalise un montant de 389 milliards de dinars. Une baisse très
importante et qui montre, si besoin est, le peu d’intérêt que les promoteurs
accordent désormais au secteur privé.
Il faut aussi prendre en compte tous les problèmes
qui gangrènent le secteur privé, à savoir le foncier industriel, les cotisations
sociales et les lourdes impositions qui font que la plupart des promoteurs se
tournent vers le secteur informel, et c’est sans doute pour cette raison que ces
activités n’apparaissent pas dans les statistiques.
Cette tendance à la baisse serait-elle
conjoncturelle ou faut-il croire qu’elle va s’imprimer pour une plus longue
durée ? Cette question préoccupe au plus haut point les chefs d’entreprises,
mais aussi et surtout les observateurs qui pensent que si les politiques
économiques restent les mêmes, le fléchissement risque de se poursuivre à une
plus grande échelle, surtout que notre pays tend à s’ouvrir à l’économie
internationale. Résultat : ces entreprises vont certainement perdre des parts
importantes de marché et se retrouver sur la touche. Beaucoup d’indices le
prouvent déjà.
Le plan de mise à niveau lancé par le programme
Meda n’a pas encore donné les résultats escomptés. Le fonds de garantie n’arrive
pas encore à réaliser ce pourquoi il a été créé. Autrement dit, les conditions
pour le développement du secteur privé sont encore insuffisantes. C’est ce qui
explique l’appréhension des acteurs de ce secteur suite à l’Accord d’association
signé avec l’Union européenne, car ils s’attendent à ce que des dizaines de
milliers d’entreprises n’aient plus de raison d’exister. Cela s’est déjà vu dans
d’autres pays où la politique économique est centralisée. Si notre politique
était plutôt décentralisée, il serait plus facile de gagner des parts de marché
dans certains secteurs, à savoir le tourisme, l’agroalimentaire, les industries
dérivées des hydrocarbures…
Mais si les promoteurs privés sont pessimistes
quand au devenir de leur secteur, ils sont surtout sûrs de la responsabilité de
l’Etat dans cet état de fait. Cette réaction spontanée fait suite aux
déclarations de Abdelhamid Temmar, ministre de la Participation et de la
Promotion de l’investissement, qui a, lors d’un point de presse, affiché son
inquiétude face au fléchissement du secteur privé. Aussitôt, les entrepreneurs
privés ont riposté, arguant que cette tendance à la baisse était plutôt le
résultat de la lenteur des réformes économiques, du manque de visibilité, de la
mauvaise gestion du foncier, des faibles performances du système financier, des
lenteurs des procédures administratives, de l’absence de mécanismes de garantie,
de l’insuffisance des incitations fiscales… et le chapelet des critiques est
encore long. Autrement dit, les entrepreneurs privés, s’ils reconnaissent la
tendance à la baisse de leur secteur n’en admettent pas moins que cette
déconfiture n’est pas du seul fait de l’incompétence de leurs entreprises, mais
surtout du fait de leur environnement car, affirment-ils, tous les avantages et
les encouragements sont octroyés aux entreprises publiques qui sont ainsi
privilégiées.
Ce recentrage sur l’industrie publique décidé par
les pouvoirs publics est mal vu par les promoteurs privés et les observateurs,
qui estiment que l’économie de marché doit être à dominante privée. Pour ce
faire, il faudrait que toutes les conditions pour mieux développer ce secteur
soient réunies. Certains avantages existent déjà, mais sont estimés insuffisants
pour redynamiser le secteur privé. On énumère le fonds de garantie, la
diminution de l’IBS… mais cela reste insuffisant face aux autres contraintes que
sont le foncier, les crédits, le marché informel, la politique de création
d’entreprise…
Donc après de longues années d’un dynamisme sans
faille, voilà que le secteur privé affiche son incapacité à aller de l’avant et
à réaliser un taux de croissance important. Cela est-il réellement le fait de la
politique économique centralisée, comme l’ont expliqué les entrepreneurs privés,
ou bien faut-il voir dans ce fléchissement les limites d’un secteur qui ne peut
plus aller au-delà de ce qu’il a donné ?
Les économistes s’accordent à dire que
l’environnement économique n’est pas favorable à l’épanouissement de ce secteur,
ce qui favorise la disparition de plusieurs entreprises et augmentera de façon
significative le nombre des chômeurs.
Khadidja Mohamed Bouziane
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Histoire de patates
Entre compétitivité et laisser-aller
Très souvent, quand il s’agit d’expliquer les
problèmes économiques de l’Algérie, en particulier en ce qui concerne la
faiblesse de nos exportations hors hydrocarbures, les «spécialistes» n’hésitent
pas à brandir le manque de compétitivité de l’industrie. Mais quand cela
arrange, il arrive que cette même compétitivité soit évoquée pour expliquer des
problèmes.
A défaut d’endiguer le phénomène de la hausse des
prix de la pomme de terre, certains responsables du secteur de l’agriculture se
lancent dans des explications pour le moins hasardeuses, voire à la limite de
l’insulte pour l’intelligence de leurs concitoyens. Ainsi, interrogé sur les
raisons de la flambée des prix du plus consommé des légumes, un haut cadre du
ministère de l’Agriculture, invité en même temps qu’un fonctionnaire du
ministère du Commerce, expliquait, le week-end dernier, sur les ondes de la
radio Chaîne III, que l’exportation frauduleuse (contrebande) de la pomme de
terre est due à la «compétitivité» de son prix en Algérie qui reste, selon lui,
largement inférieur à ceux pratiqués chez nos voisins et dans certains pays
d’Europe. Le même argument est recyclé pour expliquer le non-recours à
l’importation pour en atténuer les prix localement. «Si les importations
n’ont pu avoir lieu, c’est que le prix du kilogramme de pomme de terre dépasse
un euro sur le marché européen. Il reviendrait à 100 dinars et même plus sur le
marché national», arguait-il pour expliquer cette décision. On donne ainsi à
la «compétitivité» différents goûts, selon la sauce dans laquelle ont veut la
cuire pour justifier nos échecs et pour condamner l’Algérien à vivre dans
d’interminables cycles de crises.
En fait, la crise de la pomme de terre révèle toute
l’étendue de l’incapacité de l’administration algérienne à gérer convenablement
des secteurs-clés de l’économie. Plus apte à dépenser des milliards de dollars
dans le cadre du Plan national de développement agricole (PNDA), qui a donné des
fruits que personne ne peut nier, l’administration reste incapable – du moins
elle n’a pas réussi à prouver le contraire – de poursuivre la réussite de ce
plan à travers un accompagnement nécessaire des agriculteurs dans le transport,
le stockage et la vente de leurs récoltes.
La période «entre deux saisons» évoquée pour
expliquer la cherté de la pomme de terre, due à sa rareté sur le marché, ne
suffit plus pour élucider la complexité du problème de la distribution des
produits agricoles. Tout le monde sait, depuis des lustres, que la cherté des
fruits et des légumes est due, lorsqu’il n’y a pas de problème de production
pour cause d’aléas climatiques, à la multitude d’intermédiaires qui font grimper
les prix du simple au double, voire au triple comme c’est le cas de la pomme de
terre cette année.
Vendue à 17 et 20 DA le kilo, comme l’ont affirmé
certains agriculteurs, la pomme de terre arrive à 70 DA – un prix que le
représentant du ministère de l’Agriculture trouve «relativement cher» ! –
sur le marché du détail, soit 300 à 400% plus cher que les prix pratiqués par
les agriculteurs. D’ailleurs, ces derniers n’ont eu de cesse de réclamer une
aide en matière de transport et de stockage.
C’est vraisemblablement le manque (pour ne pas dire
l’absence) d’organisation des filières agricoles qui pose problème dans la
distribution des produits. Cela vaut autant pour la pomme de terre que pour
d’autres produits de grande consommation, en particulier durant les périodes où
la demande augmente, comme c’est le cas pendant le mois de ramadan. Et tant que
les agriculteurs seront soumis aux lois des intermédiaires, c’est le
consommateur qui payera les pots cassés. Comme si la cherté de la viande rouge
et du poisson ne suffisait pas, voilà que les foyers à faibles et à moyens
revenus doivent faire d’énormes calculs avant de décider de cuisiner gratin ou
purée de pomme de terre.
Quand au représentant du ministère du Commerce, il
s’est contenté de faire état du manque de marchés de gros des fruits et légumes
pour expliquer l’actuelle tension qui caractérise ce secteur. Comme quoi, chaque
année, c’est la même rengaine qui revient sans que l’on se décide, là-haut, à
prendre les décisions qui s’imposent pour réguler le marché des fruits et
légumes et le soustraire au diktat des intermédiaires. C’est le cas également
pour le secteur de la pêche où les prix du poisson atteignent des niveaux
astronomiques. Là aussi, la défaillance de l’administration de tutelle à créer
un véritable marché de gros du poisson induit la prolifération des
intermédiaires. Rappelons que depuis plus quatre ans qu’on parle, au ministère
des Ressources halieutiques, de la nécessité de mettre en place des mercuriales,
rien n’a été concrétisé à ce jour.
Abdelkader Djalil
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ENTV
Les sondages qui font plaisir
L’ENTV serait le média audiovisuel préféré des
Algériens. Beaucoup ont dû se retenir de rire à la lecture des résultats d’un
sondage qui nous apprend que «97% des Algériens (16 ans et plus) ont regardé
la télévision en 2006». Ainsi donc, si vous avez allumé votre télévision et
si vous vous êtes attardé sur l’ENTV ou un de ses signaux (à ne pas confondre
avec de véritables chaînes) vous êtes comptés parmi ces 97%. Toujours selon ce
sondage statistique, la télé algérienne vient en tête de 24 chaînes arabes et de
27 chaînes européennes (françaises en particulier). Curieuse est cette manière
de mesurer l’audimat de l’ENTV pour la placer loin devant des chaînes qui, à
tout point de vue, ne peuvent offrir que de meilleurs programmes que l’Unique.
Le diable est dans le détail. En effet, le sondage
ne précise pas le genre de programmes suivis par les Algériens qui préfèrent l’ENTV.
On peut certes comprendre que l’Algérien reste attaché à l’ENTV lorsqu’il s’agit
de programmes (y compris d’information) liés à son pays. Beaucoup ont, par
exemple, le réflexe de zapper sur l’ENTV au moment de la page météo pour
connaître le temps qu’il fera demain matin. D’autres s’attardent jusqu’aux
titres du JT de 20 heures avant de décider d’aller vers d’autres cieux pour
continuer la soirée. De là à faire de l’ENTV la chaîne préférée des Algériens,
il n’y a qu’un pas. Sauf s’il s’agit d’Algériens qui ne possèdent pas de
récepteurs satellites. Ce qui est très rare.
Selon le sondage, les chaînes les plus souvent
regardées sont l’ENTV (83,2%), Al-Jazeera (46,8%), puis MBC (29,3%) et TF1
(24,7%). Canal+ est avant-dernière dans le classement des chaînes préférées des
Algériens avec seulement 2,1%.
Plusieurs remarques peuvent êtres faites sur ce
sondage. D’abord, sur la technique utilisée. S’agit-il d’analyse de courrier,
d’interviews ou de panels audimétriques (appareils enregistreurs placés dans les
foyers) ? Si la première et la troisième hypothèses sont exclues, c’est la
seconde méthode qui semble avoir été utilisée pour sonder les Algériens sur
leurs préférences télévisuelles. Les interviewés ont donc répondu aux questions
des enquêteurs sur les programmes (ou les chaînes) qu’ils ont suivi la veille ou
qu’ils préfèrent regarder. Selon l’une ou l’autre des deux formules, la réponse
fait appel à la mémoire du répondant. Cela donne plus de chance aux programmes
regardés la veille, par exemple. Et avec l’augmentation du nombre de chaînes, la
mémorisation devient encore plus difficile surtout lorsqu’il s’agit de répondre
debout, sur un trottoir, aux questions du sondeur.
Ceci en ce qui concerne la technique utilisée dans
le sondage. Maintenant, pour ce qui est du fond, l’on s’interroge sur ce qui
permet de comparer l’ENTV à une chaîne comme Al-Jazeera. Les deux étant si
différentes que la comparaison n’a pas lieu d’être. La première étant une chaîne
généraliste nationale alors que la seconde est classée parmi les premières
chaînes d’information dans le monde et qui possède des correspondants dans les
plus grandes capitales de la planète. Demander à un jeune Algérien de 16 ans
s’il regarde la chaîne qatarie relève du miracle (à moins qu’il soit politisé et
qu’il s’intéresse de surcroît aux questions Internationales). La même remarque
vaut pour les chaînes cryptées comme Canal+. En effet, quelle est, parmi les
4 000 sondés, la proportion d’Algériens qui ont un décodeur Canal Satellite ou
qui disposent d’un abonnement collectif ? Une infime minorité, bien évidemment.
Ce qui place, de fait, cette chaîne parmi les dernières dans le classement.
La majorité, soit 55,9% de ceux qui regardent
exclusivement l’ENTV sont des femmes dont 30% sont des femmes au foyer, selon le
sondage qui ne précise pas quels genres de programmes elles préfèrent regarder
sur l’Unique. S’il s’agit en tout cas d’émissions de cuisine ou de séries
arabes, le choix exclusif pour l’ENTV peut paraître difficilement vraisemblable
pour les femmes au foyer étant donné l’étendue du choix qu’elles ont dans une
vingtaine d’autres chaînes arabes.
Une chose est sûre, c’est la qualité des programmes
présentés par l’ENTV durant le mois de ramadan. La facilité, c’est ce qui
caractérise le plus les séries présentées à l’ENTV. Ni les dialogues, ni les
scénarios ni même les décors n’ont été à la hauteur de ce qu’attendait le public
pour cette année. Un public habitué, désormais, à comparer avec les chaînes
arabes. Et aucun sondage du type interview ne changera les choses. A moins
d’installer des audimètres dans un certain nombre de foyers représentatifs de la
société algérienne. On en rediscutera à ce moment-là.
Abdelkader Djalil
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Forum Euromed « Heritage » à Istanbul
Quand les Méditerranéens parlent de ce qui les unit
En réunissant à Istanbul, capitale historique de la
Turquie, les animateurs des projets Euromed Heritage, les organisateurs ont
voulu d’abord faire le point de l’avancement des projets mais ont aussi posé la
problématique de la poursuite de l’action de cette structure quand le dialogue
interméditerranéen a tout le mal du monde à s’engager concrètement.
Envoyé spécial à Istanbul, Amine Esseghir
Au-delà de l’aspect hautement intellectuel de la
réunion et de la bonne volonté évidente des participants, on se rendait bien
compte que l’enjeu des projets allait bien au-delà de la seule dimension
culturelle. Il y a assurément une portée politique dans l’action de Euromed
Heritage et des 400 partenaires engagés dans les projets, dont nombre d’entre
eux étaient présents à l’hôtel Akgun, à Istanbul.
Sous le titre «Patrimoine culturel de Méditerranée
: une responsabilité partagée», on comprend la volonté d’associer tous les
partenaires méditerranéens pour affermir l’idée de patrimoine commun fédérateur.
D’ailleurs, l’on ne voyait pas de difficulté de voir assis à la même table le
directeur du patrimoine culturel israélien et ses homologues responsables dans
des pays carrément en conflit avec Israël comme la Syrie, l’Autorité
palestinienne ou d’autres nations qui ne partagent avec Israël que la côte
méditerranéenne.
C’est en soi une situation intéressante même et si
on ne peut pas encore parler de dialogue politique. Mais déjà, un des documents
de travail futur, la stratégie imaginée pour permettre la poursuite de projets
et l’initiation d’autres a été le fruit de cette collaboration entre des gens
qui, a priori, ne sont pas près de s’entendre. Ce document, qui devra être
enrichi, souligne déjà la nécessité de ce qui frappe le plus les actions de
Euromed Heritage : la confidentialité. Plus d’ouverture vers le public, plus de
mise à contribution des médias et surtout l’octroi de moyens afin de poursuivre
les projets, sans se contenter des seules subventions de l’UE.
La dimension politique ne sera pas éludée, même au
plan officiel, notamment par la représentante de la Commission européenne Carla
Montesi. En fait, il y a lieu d’évaluer l’avancement des projets et de
déterminer les conditions de leur poursuite. Carla Montesi a invité également
les participants à faire état autant des bilans positifs que des blocages et des
raisons de certains échecs ou retards enregistrés. De tels débats étaient donc
propices à établir un bilan, mais aussi à souligner les perspectives.
Cela étant, les seuls soucis des promoteurs,
clairement exprimés, n’ont pas dominé les discussions. Les participants aux
différents projets ont souligné cette propension à la confidentialité des
actions de Euromed Heritage.
Elargir la connaissance
Pour beaucoup, il est nécessaire de diffuser le
plus largement possible l’information et d’agir pour plus de communication pour
que les projets, destinés à promouvoir le patrimoine culturel méditerranéen sous
toutes ses formes, ne restent plus confinés dans les réunions de Euromed
Heritage et puissent être accessibles au grand public.
Probablement que le grand public dont il est le
plus question est celui des pays du Sud. C’est lui qui manque le plus de
connaître l’ampleur des programmes et des initiatives. Un des constats le plus
renouvelés est que les initiateurs des projets soient souvent issus d’Europe et,
dès lors, l’association des pays du Sud parait bien mince, même si elle est
indispensable pour consacrer véritablement la dimension méditerranéenne de tous
les programmes. Comment dépasser ce clivage ? En encourageant les actions de
formation des encadreurs – managers et designer de projets – selon les normes
et conditions de l’UE.
Mais était-ce le forum des griefs ? Certainement
pas, car il est certain que nous sommes dans un contexte où ce qui est
sollicité principalement, c’est la bonne volonté des individus et des
organisations. Sans cela, les projets seraient restés lettre morte alors que
certains sont en phase d’achèvement ; ne reste plus qu’à leur trouver les moyens
de la pérennisation.
A. E.
Encadré
Le Forum d’Istanbul est la seconde rencontre de ce
genre entre les partenaires du programme Euromed Heritage, premier programme
régional MEDA consacré au patrimoine culturel. Inauguré en 1998 et doté d’un
budget global de 57 millions d’euros, il a porté jusqu’à présent sur 32 projets
qui ont réuni plus de 400 partenaires issus du secteur du patrimoine culturel de
l’UE et de dix pays de la région méditerranéenne.
Un nombre impressionnant de publications ont été
produites dans le cadre de ce programme sur des sujets aussi variés que
l’architecture traditionnelle, la gestion des sites et la musique classique.
D’autres projets en cours visent la création de bases de données, la réalisation
d’études sur des thèmes comme la législation comparée, l’organisation
d’expositions itinérantes, la réalisation de films, l’organisation de concerts
et même la mise en place d’itinéraires touristiques. Divers programmes de
formation ont également été mis en œuvre pour renforcer les capacités dans la
conservation et de gestion du patrimoine et l’archéologie sous-marine et pour
améliorer la conception des projets et leur gestion.
Le forum est organisé avec l’appui technique de
l’Unité régionale de soutien et de gestion (RMSU) du programme Euromed Heritage,
sous la tutelle du ministère italien de la Culture (ICCD). L’Office de
coopération de la Commission européenne, EuropeAid, assure la gestion du
programme.
Plus de détails sur certains projets
- Pisa (www.pisanet.org) : ce programme, qui
disposait d’un budget de 3,2 millions d’euros, était le plus important de tous
et avait le plus vaste champ d'action. Un de ses objectifs était de montrer aux
décideurs et aux dirigeants d'entreprises les avantages potentiels, sociaux et
économiques, d'une gestion intégrée des sites archéologiques. Pisa a comparé la
gestion de neuf sites archéologiques : Cherchell (Algérie), Jéricho (Autorité
palestinienne), Bibracte (France), Pella (Grèce), Caesarea Maritima (Israël),
Pompei (Italie), Lixus (Maroc) et Dougga (Tunisie). La conférence finale de Pisa
s'est tenue à Rome, fin de février 2002, et a débouché sur une charte
euroméditerranéenne pour l'amélioration intégrée du patrimoine culturel.
- Medvoices (http://www.med-voices.org/) : avec un
budget de 2.829.771 euros, le projet Voix méditerranéennes enregistre les
souvenirs, les images et les sons qui les rendent uniques. Le public et les
chercheurs pourront avoir accès à cet extraordinaire patrimoine grâce à Internet
et à des séminaires locaux. La principale activité de ce projet consiste à créer
une base de données sur l'histoire orale et collective de ces environnements
urbains, qui recueille la mémoire des hommes et des lieux ainsi que des
documents sonores et visuels (photographies, chansons, etc.).
- "À la découverte de l’art islamique" réalisé par
le réseau Musée sans frontières, permet de maintenir les œuvres d’art in situ,
dans leur environnement naturel, et il est désormais possible d'approcher la
Méditerranée – au travers de neuf expositions thématiques présentant plus d'un
millier de monuments et sites archéologiques depuis la période de la dynastie
des Omeyyades jusqu’au début de l’art ottoman en Égypte, en Espagne, en Italie,
en Jordanie, au Maroc, en Palestine, au Portugal, en Tunisie et en Turquie,
élargies à l’Algérie et à la Syrie – comme un vaste musée unique à ciel ouvert
consacré à l’art islamique. L’exposition est accessible via un livre illustré et
un cédérom présentant les lignes de force du musée virtuel et par Internet sur
www.discoverislamicart.org.
Haut
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