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De la pomme de terre à 120 DA
Un octobre bien différent
Ce mois de ramadan 2006 qui vient de s’écouler aura
été la confirmation de ce que tout un chacun sait depuis des lustres. A savoir
l’incapacité de l’Etat à assumer son rôle de régulateur. Les prix des fruits et
légumes ont atteint des sommets. Pis, l’augmentation du prix de la pomme de
terre a dépassé l’entendement en atteignant par endroits la barre des 100 DA le
kilo. Dans son édition du dimanche 29 octobre, Le Jour d’Algérie revient sur ce
phénomène en le qualifiant tout simplement de «scandale». Le quotidien indique
que «de 25 à 35 dinars le kilo suivant les saisons, les prix de la pomme de
terre sont passés successivement à 50 et 70 dinars pour atteindre aujourd’hui,
dans certaines régions, des seuils de 100 et 120 DA pour le même poids».
Scandaleux
Pourtant, est-il indiqué, «la pomme de terre est
disponible actuellement en grande quantité. Les importants tonnages détenus
frauduleusement, par des opérateurs peu soucieux de l’intérêt général auraient
pu assurer un approvisionnement régulier des marchés des légumes jusqu’à la fin
du mois de décembre 2006». Mais cela n’a pas été le cas. L’explication est
fournie par le rédacteur : «Des spéculateurs de tous bords, apparemment sûrs de
leur impunité, en ont décidé autrement en persistant, à ce jour, à
approvisionner les étals avec parcimonie.» Et d’ajouter : «Très au fait de ces
pratiques malhonnêtes portant gravement atteinte aux intérêts des consommateurs,
on est en droit de s’interroger sur les raisons qui empêchent les pouvoirs
publics de faire intervenir les forces de police pour libérer les tonnages
retenus et approvisionner régulièrement et à des prix légaux les marchés à la
consommation.»
Le quotidien arabophone Al Fadjr indique quant à
lui que ce mois de piété s’est transformé en un mois d’agressions, de trafics et
d’accidents. Selon un bilan de la Gendarmerie nationale plus de trois tonnes de
kif traité ont été saisies.
De la hausse des prix il en sera également question
dans Le Jeune Indépendant du même jour. Mais du blé et non pas de la pomme de
terre. Ainsi, ce quotidien indique que « la facture du blé dépasse 700 millions
de dollars en neuf mois». Et d’expliquer que «cet état de fait s’explique
essentiellement par la flambée des cours du blé sur le marché mondial en raison
d’une offre déficitaire par rapport à la demande». Mais, est-il souligné, le
pays a diminué ses achats de blé, les portant à 1,543 million de tonnes pour
392,36 millions de dollars contre 2,289 millions de tonnes pour 462,22 millions
de dollars durant la même période de 2005». Cette baisse serait due, selon les
spécialistes, «au changement du mode alimentaire des Algériens qui consomment de
moins en moins de couscous et de pâtes».
La Nouvelle République revient pour sa part sur le
sujet du textile algérien en rappelant que la branche «risque de disparaître
complètement». D’où son titre de Une, «La grande faillite». La question posée
par le quotidien est de savoir si «la stratégie industrielle envisagée par le
gouvernement algérien sera en mesure de sauver la branche textile et cuirs de
la disparition totale». El Watan abonde dans le sens de son confrère en
soulignant que «le secteur est en faillite». Mais si une faillite devait être
pointée de l’index, il s’agirait sans nul doute de celle du système algérien.
Faillites
Al Khabar, dans son édition du samedi 28 octobre,
rapporte que le dossier du wali d’El-Tarf sera traité le même jour par la Cour
suprême. Ce quotidien rappelle que «la wilaya a consommé depuis 1985 plus de
15 000 milliards de centimes sans avoir pour autant désenclavé la région, ni
réussi à éradiquer la pauvreté sociale, ni avoir réussi le développement local».
Et ce journal ne croyait pas si bien dire puisque la nouvelle de son limogeage
pas le président de la République est tombée le jour même. Le dimanche 29
octobre, elle fait la Une de la presse nationale. «Le wali d’El-Tarf démis de
ses fonctions et mis sous contrôle judiciaire», était la première ouverture de
nombreux titres. Selon El Ahdeth, cette affaire remonte à la fin du mois de
janvier dernier lorsque la présidence a ordonné l’ouverture d’enquêtes sur
l’octroi et la gestion de certains marchés publics dans la wilaya». El Djazair
News, rapporte à la Une de son édition du 29 octobre, qu’un «trou» de
11 milliards de dinars a été découvert dans la comptabilité de Socothyd. Selon
ce quotidien, «le P-DG de l’entreprise nie les faits relevés par la commission
de participation et accuse quelques uns de ses membres».
Et ce ne sont là que quelques faits relevés au
cours de cette dernière semaine du mois d’octobre. Est-ce dire pour autant,
comme le suggère le commentateur de la Nouvelle République, que cette «fin
d’octobre (est) ordinaire» ? L’affirmer c’est assurément aller un peu trop vite
en besogne d’autant que, comme le souligne l’éditorialiste du Jour d’Algérie,
«rarement la scène médiatico-politique algérienne aura connu une telle
effervescence et ce, depuis de très longues années ». En fait est-il indiqué,
«cela part dans tous les sens et touche aussi bien le rebond à répétition des
trop grosses affaires que les mises en cause de walis, que les disparitions
mystérieuses des fils Layada et Benhadj, que le regain de terrorisme, que
l’intense activité politique de Rabah Kebir». Cependant, est-il précisé, cette
«ébullition n’est pas fortuite».
A chacun sa manière…
Ainsi, après deux années «de vaches maigres qui
aura vu l’activité politique entièrement polarisée autour de la seule personne
du président de la République, cette fois, les choses semblent se passer en
dehors de lui, à plus forte échelle et dans une direction où Abdelaziz
Bouteflika ne semble pas même directement impliqué». En réalité, croit déceler
l’éditorialiste du Jour d’Algérie, «la société semblant bouger par elle-même
pour arriver à un objectif qui ne peut objectivement être que la reconfiguration
de l’ensemble d’une scène politique trop à l’étroit dans ses limites actuelles».
Il ajoute, pour apporter un plus grand éclairage, que «la colonne vertébrale de
ce grand chambardement étant évidemment le travail mené par Rabah Kébir et ceux
qui lui ont ouvert les portes de la République en vue de la création d’un
nouveau parti islamiste». Cette situation nouvelle a provoqué les réactions en
chaîne qui indiquent que «tout le monde n’est évidemment pas d’accord sur cette
façon de faire évoluer les choses. Et chacun le fait savoir à sa manière».
Nadia Kerraz.
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