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La Trame
Veillée d’armes
Ahmed Ouyahia
n’est décidément pas au bout de ses peines : ce n’est plus seulement
du côté du ministre des Finances, poste qui fait prendre des airs de
supériorité intellectuelle à ceux qui l’occupent, qu’il doit se
garder, mais aussi du ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz
Belkhadem, maintenant que le FLN s’est mis en règle avec la justice,
s’il lui reste beaucoup à faire pour désarmer sa dernière dissension
et se remettre à parler d’une seule voix, comme le RND. Pour une
raison facile à appréhender : un FLN qu’aucune menace d’implosion ne
tient plus en respect, qui continue de détenir la majorité à
l’Assemblée, mais qui pourtant ne tente rien pour récupérer son dû,
qui n’entreprend rien pour déstabiliser les institutions et
notamment l’équipe gouvernementale, cet FLN tout simplement n’existe
pas, pas même en théorie. Un seul adversaire est capable de lui
faire ravaler ses ambitions hégémoniques aussi longtemps que ça lui
chante, c’est lui-même. Tout autre que lui doit se soumettre ou se
démettre. Sauf, évidemment, le président de la République, auquel il
doit obéissance, pour des raisons qui ont quelque chose à voir avec
l’intérêt supérieur de la nation. Quant au chef du gouvernement, de
surcroît chef de file d’un parti minoritaire, il n’a qu’à bien se
tenir, lui qui usurpe une fonction revenant de droit au FLN.
Ceux qui ont parié
sur son incapacité à organiser son congrès de réconciliation en sont
maintenant pour leurs frais. Le vieil homme conserve de la vigueur
dans les membres et de l’ambition hégémonique — ne vous en déplaise
— à en revendre. Il compte bien reconquérir ce qu’il a perdu pour
avoir cru depuis les victoires de 2002, portées, à tort bien sûr, au
crédit du secrétaire général de l’époque, qu’il pouvait s’identifier
de nouveau au système en entier, comme dans le passé, en choisissant
lui-même le président de la République.
A. Belkhadem,
aussi bien d’ailleurs que d’autres ténors du parti ont dû
comprendre, au cours de ces mois consacrés à traiter la division
engendrée par l’élection présidentielle, que cela revient en fait à
mettre la charrue devant les bœufs que de vouloir ramener en premier
lieu l’entente avant d’aller au congrès pour y célébrer avec éclat
l’union restaurée. Il fallait s’y prendre tout autrement : témoigner
de l’hostilité envers l’usurpateur avant même le jour des
retrouvailles, dont il était à craindre qu’elles ne se déroulent pas
sans quelques remous, pour bien montrer que l’unité se forge dans
l’action, qu’elle est au bout de l’élan tendant à faire recouvrer la
jouissance de l’ensemble de ses droits. Rien, en effet, n’est plus
mobilisant, et donc plus propice à la réunification, qu’une attitude
offensive envers le camp à qui ont bénéficié les querelles
intestines, recette universellement éprouvée.
Puisque guerre il
y a, autant la mener à l’extérieur, contre le RND, qui ne se porte
jamais aussi bien que le FLN est malade. Il ne faut donc pas tenir
pour tout à fait absurdes les accusations portées par le chef du
gouvernement contre on ne sait quels tenants de la rente qui
seraient derrière les émeutes consécutives à l’augmentation des
carburants. Bien entendu, le FLN n’avait pas grand-chose à faire
pour que ça échauffe ici et là dans le pays, pour la bonne raison
que le gouvernement a agi dans la circonstance en pyromane en
décidant d’une augmentation qui avait été rejetée par les deux
chambres du Parlement. Attendre un froid exceptionnel pour prendre
cette mesure, en tournant la loi par-dessus le marché, c’est prouver
qu’on n’a besoin de personne pour se faire le plus grand tort.
M. Habili
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