|
Accueil
Iran-USA
Nouvelle mise
en garde contre une “aventure militaire”
Téhéran a mis en
garde une nouvelle fois les Etats-Unis contre la tentation d’une
attaque militaire pour stopper les activités nucléaires de la
république islamique, une éventualité de nouveau évoquée plus
fortement avec le début du deuxième mandat de George W. Bush.
“La menace de nos
ennemis étrangers ne nous fait pas peur, ils savent bien que l’Iran,
pays historique d’islam, avec son antique civilisation, n’est pas un
lieu bien choisi pour les aventures”, c’est en substance le message
de l’ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, resté un
personnage central du régime, adressé indirectement aux Américains.
Ces propos font
surtout écho à ceux tenus par le Président américain (et son staff)
sur la possibilité d’opérations militaires contre l’Iran si ce pays,
dit-il, persiste à vouloir se doter de l’arme atomique, comme les
Etats-Unis l’en accusent. George Bush n’a d’ailleurs écarté aucune
option malgré les déboires de son armée dans le pays voisin, l’Irak.
Les déclarations
du locataire de la Maison-Blanche ont été conjuguées à un article
d’un magazine américain, le New Yorker, pour donner une nouvelle
vigueur aux spéculations qui avaient déjà cours avant l’offensive en
Irak, sur une attaque américaine contre l’Iran. Dans sa dernière
livraison, la publication écrit que des commandos américains sont
infiltrés depuis l’été 2004 en Iran pour reconnaître des cibles
nucléaires et chimiques potentielles. Il fait même dire à un ancien
responsable des renseignements américains que “bientôt, nous
assisterons à la campagne d’Iran”.
“Des commandos
américains ne peuvent pas entrer aussi facilement en Iran pour y
faire de l’espionnage, il serait simpliste d’accepter une telle
idée”, a réfuté pour sa part un haut responsable iranien, qui y voit
le début d’une campagne psychologique américaine.
Depuis 2002,
l’Iran s’est retrouvé, dans la bouche du Président américain, comme
faisant partie de “l’axe du mal”, soit, parmi les pays produisant
des armes de destruction massive.
La secrétaire
d’Etat américaine désignée, Condoleeza Rice, réputée plus dure que
son prédécesseur Colin Powell, a encore cité l’Iran parmi “les
postes avancés de la tyrannie”. Si elle a brandi la menace contre
l’Iran, c’était à nouveau celle d’en référer au conseil de sécurité
de l’ONU. Mais elle a aussi plaidé pour une action internationale
concertée, au moment où les Européens se sont engagés dans un
processus diplomatique pour s’assurer que les Iraniens s’en tiennent
à des activités nucléaires civiles.
L’attitude
américaine reste marquée par une profonde défiance envers Téhéran et
une position ambiguë vis-à-vis des efforts de conciliation
européenne.
La crainte de voir
une aggravation des tensions avec la République islamique se
répercuter du l’Irak voisin complique encore l’équation, au moment
où Washington cherche à tout prix à stabiliser ce pays. En fait, la
stratégie américaine semble encore incertaine et les choix restent
difficiles selon les la plupart des analystes.
En cas de recours
au Conseil de sécurité (où le souvenir de l’Irak risque de peser
lourd), Washington est loin d’avoir une majorité acquise d’avance
pour d’éventuelles sanctions. L’option militaire, des frappes contre
les sites nucléaires suspects en Iran ou une stratégie active de
“changement de régime” auraient des partisans dans les milieux
néo-conservateurs américains, mais cela provoque, selon des
informations de presse, de vives résistances dans la hiérarchie
militaire notamment. Les Etats-Unis sont tellement englués en Irak
et l’Iran a une telle capacité à influer sur son voisin qu’on peut
estimer que la marge de manœuvre de Washington envers Téhéran soit
très réduite.
Leïla Heraoua
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |