Semaine du 2 au 8 février 2005

 

Iran-USA

Nouvelle mise en garde contre une “aventure militaire”

 

 
 
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Nouvelle mise en garde contre une “aventure militaire”

Téhéran a mis en garde une nouvelle fois les Etats-Unis contre la tentation d’une attaque militaire pour stopper les activités nucléaires de la république islamique, une éventualité de nouveau évoquée plus fortement avec le début du deuxième mandat de George W. Bush.

“La menace de nos ennemis étrangers ne nous fait pas peur, ils savent bien que l’Iran, pays historique d’islam, avec son antique civilisation, n’est pas un lieu bien choisi pour les aventures”, c’est en substance le message de l’ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, resté un personnage central du régime, adressé indirectement aux Américains.

Ces propos font surtout écho à ceux tenus par le Président américain (et son staff) sur la possibilité d’opérations militaires contre l’Iran si ce pays, dit-il, persiste à vouloir se doter de l’arme atomique, comme les Etats-Unis l’en accusent. George Bush n’a d’ailleurs écarté aucune option malgré les déboires de son armée dans le pays voisin, l’Irak.

Les déclarations du locataire de la Maison-Blanche ont été conjuguées à un article d’un magazine américain, le New Yorker, pour donner une nouvelle vigueur aux spéculations qui avaient déjà cours avant l’offensive en Irak, sur une attaque américaine contre l’Iran. Dans sa dernière livraison, la publication écrit que des commandos américains sont infiltrés depuis l’été 2004 en Iran pour reconnaître des cibles nucléaires et chimiques potentielles. Il fait même dire à un ancien responsable des renseignements américains que “bientôt, nous assisterons à la campagne d’Iran”.

“Des commandos américains ne peuvent pas entrer aussi facilement en Iran pour y faire de l’espionnage, il serait simpliste d’accepter une telle idée”, a réfuté pour sa part un haut responsable iranien, qui y voit le début d’une campagne psychologique américaine.

Depuis 2002, l’Iran s’est retrouvé, dans la bouche du Président américain, comme faisant partie de “l’axe du mal”, soit, parmi les pays produisant des armes de destruction massive.

La secrétaire d’Etat américaine désignée, Condoleeza Rice, réputée plus dure que son prédécesseur Colin Powell, a encore cité l’Iran parmi “les postes avancés de la tyrannie”. Si elle a brandi la menace contre l’Iran, c’était à nouveau celle d’en référer au conseil de sécurité de l’ONU. Mais elle a aussi plaidé pour une action internationale concertée, au moment où les Européens se sont engagés dans un processus diplomatique pour s’assurer que les Iraniens s’en tiennent à des activités nucléaires civiles.

L’attitude américaine reste marquée par une profonde défiance envers Téhéran et une position ambiguë vis-à-vis des efforts de conciliation européenne.

La crainte de voir une aggravation des tensions avec la République islamique se répercuter du l’Irak voisin complique encore l’équation, au moment où Washington cherche à tout prix à stabiliser ce pays. En fait, la stratégie américaine semble encore incertaine et les choix restent difficiles selon les la plupart des analystes.

En cas de recours au Conseil de sécurité (où le souvenir de l’Irak risque de peser lourd), Washington est loin d’avoir une majorité acquise d’avance pour d’éventuelles sanctions. L’option militaire, des frappes contre les sites nucléaires suspects en Iran ou une stratégie active de “changement de régime” auraient des partisans dans les milieux néo-conservateurs américains, mais cela provoque, selon des informations de presse, de vives résistances dans la hiérarchie militaire notamment. Les Etats-Unis sont tellement englués en Irak et l’Iran a une telle capacité à influer sur son voisin qu’on peut estimer que la marge de manœuvre de Washington envers Téhéran soit très réduite.

Leïla Heraoua

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