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Pluie, neige et
froid glacial sur le nord du pays
“Du jamais vu
en Algérie”
Ce qui n’était au
début qu’un simple phénomène naturel, rarissime cependant dans un
pays comme le nôtre puisque “Froid, pluie et neige” (titre de Une
d’El Watan du mercredi 26 janvier) ne sont pas coutumiers aux
régions du Nord, s’est vite transformé en un véritable problème
national. Pour preuve, le dimanche 30 janvier, Le Jeune Indépendant
annonçait en Une de son édition du jour qu’en raison de la
persistance des perturbations climatiques, “plan Orsec et cellules
de crise” ont été appelés en “renfort” pour faire face à la
situation. La veille, Le Jour d’Algérie annonçait de son côté
l’installation de “cellules de crise” pour parer à des “catastrophes
imprévues”.
SOS population
en danger
Mais pouvait-il en
être autrement lorsque La Dépêche de Kabylie annonce, à titre
d’exemple, un “SOS, Kabylie en détresse” dans son édition du samedi
29 janvier ? Et que La Tribune signale, dans son édition du dimanche
30 janvier, qu’en dépit de la mobilisation de “tous les moyens
d’intervention sur instruction” de Abdelaziz Bouteflika, président
de la République, “plusieurs villes et villages (sont) toujours
isolés”. Un isolement que le Jour d’Algérie avait signalé dans son
édition du jeudi 27 janvier puisqu’il avait annoncé, en Une de son
édition du jour, que suite aux intempéries sur le nord de l’Algérie,
“villes et villages (étaient totalement) isolés”. Le quotidien a
souligné que “denrées alimentaires, médicaments, gaz butane,
journaux et autres produits de large consommation n’ont pu parvenir
aux populations de plusieurs agglomérations du pays”. Le Jour
d’Algérie a ajouté : “Qu’il s’agisse de zones montagneuses ou
côtières, les mauvaises conditions climatiques ont rendu impossible
la circulation routière sur plusieurs axes.”
Une situation qui
a nécessité l’intervention de l’ANP, appelée “à la rescousse” comme
le souligne El Watan du dimanche 30 janvier, qui annonce en Une de
son édition que “la population se sent abandonnée”. Mieux encore,
Liberté du même jour n’a pas été par quatre chemins : “Au 5e jour
des intempéries, l’armée prend les choses en main”, est-il annoncé.
Pour ce quotidien, “devant l’insuffisance des moyens d’intervention
des autorités civiles, l’ANP a déployé, depuis vendredi éléments et
matériels pour débloquer les routes, acheminer les vivres et porter
assistance aux populations”.
Cette intervention
de l’ANP a fait réagir l’éditorialiste du Jour d’Algérie qui s’est
interrogé : “L’armée, jusqu’à quand ?” Une intervention, dira-t-il,
qui “est à saluer et constitue un nouveau motif de fierté pour les
Algériens, qui peuvent se targuer d’avoir l’armée la plus secourable
et la plus efficace en pareilles circonstances”. Une armée,
ajoutera-t-il, dont les effectifs “ne sont pas grand-chose comparés
aux effectifs de l’administration civile qui tournent autour de deux
millions d’employés et qui est censée posséder tous les équipements
requis pour faire face à toutes les éventualités, catastrophes
naturelles comprises”. D’autant, affirmera-t-il que “gouverner,
c’est prévoir”. Par conséquent, poursuivra l’éditorialiste de ce
quotidien, “il n’y a donc aucune raison qui pourrait justifier un
manque quelconque en moyens d’intervention”. D’autant,
rappellera-t-il, que “les militaires ne sont pas censés devoir
déblayer la neige et approvisionner les populations en nourriture en
temps de paix”. Une situation qui pousse l’éditorialiste à
s’interroger : “Jusqu’à quand l’Armée algérienne va-t-elle continuer
à combler les lacunes béantes d’un appareil administratif civil
incapable de prévoir la moindre catastrophe, de mettre en mouvement
ses moyens considérables et de se rapprocher de la population,
autrement que par l’usage du bâton.”
L’ANP à la
rescousse
Sur un ton
ironique, l’éditorialiste ajoutera : “On s’étonnera, ensuite, que
les militaires se mêlent de politique et ne puissent pas faire
confiance à des civils dont le sens des responsabilités reste encore
à parfaire.”
De son côté,
l’éditorialiste de la Dépêche de Kabylie (édition du 29 janvier) a
affirmé que “si tant de jours (trois au total) ont mis à nu tant
d’insuffisances pour que les voies de communication soient dégagées
ou que les services vitaux soient assurés, ils ont aussi montré que
la Kabylie est dans un état d’abandon”. C’est pourquoi ce quotidien
qui, faut-il le souligner, épouse la revendication de l’UDR relative
à la dissolution des APC et APW élues en 2002, soutient qu”’au delà
des moyens humains et surtout matériels qui doivent être disponibles
pour parer à pareille catastrophe, le vrai déblaiement doit toucher
ceux en charge de la vie quotidienne des citoyens, de leur sécurité
comme de leur relatif confort”. Un argument dont ne tient pas compte
un autre éditorial paru, certes avant, le 27 janvier. En effet, de
l’avis de son rédacteur, il estime qu’”à leur décharge, commis de
l’Etat ou élus peuvent rétorquer que les plus nobles intentions et
les plus fortes volontés sont ligotées, asphyxiées et pétrifiées par
le manque de moyens matériels et financiers”.
Reste que, comme
l’on souligné plusieurs titres de la presse écrite paraissant le
samedi 29 janvier, “le froid a tué !” (Le Soir d’Algérie) ; “13
morts et 47 blessés” (Liberté) ; “plusieurs morts en 48 heures” (La
Nouvelle République) ; “morts, isolement et spéculation sauvage
autour du gaz et des légumes” (El Youm ) ; “des dizaines de victimes
et la neige impose une situation d’exception” (El Khabar).
Les leçons de
cette nouvelle catastrophe seront-elles pour autant tirées ? C’est
le souhait exprimé notamment par la commentatrice d’Al Fadjr
(édition du dimanche 30 janvier) qui rappelle que la joie de voir la
neige vêtir les villes s’est vite transformée en une angoisse du
fait que ces intempéries ont montré l’autre visage de la capitale,
une ville qui n’a pas pu être approvisionnée en fruits et légumes
car les agriculteurs ne sont pas équipés pour cueillir leurs
récoltes en pareil climat. La rédactrice a émis le vœu qu’”un
service météorologique en qui on aura confiance soit mis en place”.
Pour sa part
l’éditorialiste de Liberté du même jour se demande “s’il ne faudrait
peut-être pas décréter un état de catastrophe pour permettre la mise
en place d’un cadre législatif nécessaire à d’éventuelles
indemnisations des victimes les plus touchées”. De même,
ajoutera-t-il, “cette tempête a mis en évidence le sous-équipement
criant dont souffrent un certain nombre de nos communes dans les
montagnes”. C’est pourquoi, poursuivra-t-il, “c’est le moment de
pallier cette injustice”.
Nadia Kerraz
Haut
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