Semaine du 2 au 8 février 2005

 

Pluie, neige et froid glacial sur le nord du pays

“Du jamais vu en Algérie”

 

 
 
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Pluie, neige et froid glacial sur le nord du pays

“Du jamais vu en Algérie”

Ce qui n’était au début qu’un simple phénomène naturel, rarissime cependant dans un pays comme le nôtre puisque “Froid, pluie et neige” (titre de Une d’El Watan du mercredi 26 janvier) ne sont pas coutumiers aux régions du Nord, s’est vite transformé en un véritable problème national. Pour preuve, le dimanche 30 janvier, Le Jeune Indépendant annonçait en Une de son édition du jour qu’en raison de la persistance des perturbations climatiques, “plan Orsec et cellules de crise” ont été appelés en “renfort” pour faire face à la situation. La veille, Le Jour d’Algérie annonçait de son côté l’installation de “cellules de crise” pour parer à des “catastrophes imprévues”.

SOS population en danger

Mais pouvait-il en être autrement lorsque La Dépêche de Kabylie annonce, à titre d’exemple, un “SOS, Kabylie en détresse” dans son édition du samedi 29 janvier ? Et que La Tribune signale, dans son édition du dimanche 30 janvier, qu’en dépit de la mobilisation de “tous les moyens d’intervention sur instruction” de Abdelaziz Bouteflika, président de la République, “plusieurs villes et villages (sont) toujours isolés”. Un isolement que le Jour d’Algérie avait signalé dans son édition du jeudi 27 janvier puisqu’il avait annoncé, en Une de son édition du jour, que suite aux intempéries sur le nord de l’Algérie, “villes et villages (étaient totalement) isolés”. Le quotidien a souligné que “denrées alimentaires, médicaments, gaz butane, journaux et autres produits de large consommation n’ont pu parvenir aux populations de plusieurs agglomérations du pays”. Le Jour d’Algérie a ajouté : “Qu’il s’agisse de zones montagneuses ou côtières, les mauvaises conditions climatiques ont rendu impossible la circulation routière sur plusieurs axes.”

Une situation qui a nécessité l’intervention de l’ANP, appelée “à la rescousse” comme le souligne El Watan du dimanche 30 janvier, qui annonce en Une de son édition que “la population se sent abandonnée”. Mieux encore, Liberté du même jour n’a pas été par quatre chemins : “Au 5e jour des intempéries, l’armée prend les choses en main”, est-il annoncé. Pour ce quotidien, “devant l’insuffisance des moyens d’intervention des autorités civiles, l’ANP a déployé, depuis vendredi éléments et matériels pour débloquer les routes, acheminer les vivres et porter assistance aux populations”.

Cette intervention de l’ANP a fait réagir l’éditorialiste du Jour d’Algérie qui s’est interrogé : “L’armée, jusqu’à quand ?” Une intervention, dira-t-il, qui “est à saluer et constitue un nouveau motif de fierté pour les Algériens, qui peuvent se targuer d’avoir l’armée la plus secourable et la plus efficace en pareilles circonstances”. Une armée, ajoutera-t-il, dont les effectifs “ne sont pas grand-chose comparés aux effectifs de l’administration civile qui tournent autour de deux millions d’employés et qui est censée posséder tous les équipements requis pour faire face à toutes les éventualités, catastrophes naturelles comprises”. D’autant, affirmera-t-il que “gouverner, c’est prévoir”. Par conséquent, poursuivra l’éditorialiste de ce quotidien, “il n’y a donc aucune raison qui pourrait justifier un manque quelconque en moyens d’intervention”. D’autant, rappellera-t-il, que “les militaires ne sont pas censés devoir déblayer la neige et approvisionner les populations en nourriture en temps de paix”. Une situation qui pousse l’éditorialiste à s’interroger : “Jusqu’à quand l’Armée algérienne va-t-elle continuer à combler les lacunes béantes d’un appareil administratif civil incapable de prévoir la moindre catastrophe, de mettre en mouvement ses moyens considérables et de se rapprocher de la population, autrement que par l’usage du bâton.”

L’ANP à la rescousse

Sur un ton ironique, l’éditorialiste ajoutera : “On s’étonnera, ensuite, que les militaires se mêlent de politique et ne puissent pas faire confiance à des civils dont le sens des responsabilités reste encore à parfaire.”

De son côté, l’éditorialiste de la Dépêche de Kabylie (édition du 29 janvier) a affirmé que “si tant de jours (trois au total) ont mis à nu tant d’insuffisances pour que les voies de communication soient dégagées ou que les services vitaux soient assurés, ils ont aussi montré que la Kabylie est dans un état d’abandon”. C’est pourquoi ce quotidien qui, faut-il le souligner, épouse la revendication de l’UDR relative à la dissolution des APC et APW élues en 2002, soutient qu”’au delà des moyens humains et surtout matériels qui doivent être disponibles pour parer à pareille catastrophe, le vrai déblaiement doit toucher ceux en charge de la vie quotidienne des citoyens, de leur sécurité comme de leur relatif confort”. Un argument dont ne tient pas compte un autre éditorial paru, certes avant, le 27 janvier. En effet, de l’avis de son rédacteur, il estime qu’”à leur décharge, commis de l’Etat ou élus peuvent rétorquer que les plus nobles intentions et les plus fortes volontés sont ligotées, asphyxiées et pétrifiées par le manque de moyens matériels et financiers”.

Reste que, comme l’on souligné plusieurs titres de la presse écrite paraissant le samedi 29 janvier, “le froid a tué !” (Le Soir d’Algérie) ; “13 morts et 47 blessés” (Liberté) ; “plusieurs morts en 48 heures” (La Nouvelle République) ; “morts, isolement et spéculation sauvage autour du gaz et des légumes” (El Youm ) ; “des dizaines de victimes et la neige impose une situation d’exception” (El Khabar).

Les leçons de cette nouvelle catastrophe seront-elles pour autant tirées ? C’est le souhait exprimé notamment par la commentatrice d’Al Fadjr (édition du dimanche 30 janvier) qui rappelle que la joie de voir la neige vêtir les villes s’est vite transformée en une angoisse du fait que ces intempéries ont montré l’autre visage de la capitale, une ville qui n’a pas pu être approvisionnée en fruits et légumes car les agriculteurs ne sont pas équipés pour cueillir leurs récoltes en pareil climat. La rédactrice a émis le vœu qu’”un service météorologique en qui on aura confiance soit mis en place”.

Pour sa part l’éditorialiste de Liberté du même jour se demande “s’il ne faudrait peut-être pas décréter un état de catastrophe pour permettre la mise en place d’un cadre législatif nécessaire à d’éventuelles indemnisations des victimes les plus touchées”. De même, ajoutera-t-il, “cette tempête a mis en évidence le sous-équipement criant dont souffrent un certain nombre de nos communes dans les montagnes”. C’est pourquoi, poursuivra-t-il, “c’est le moment de pallier cette injustice”.

Nadia Kerraz

 

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