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Amnistie
générale
Un projet
prématuré
Tout compte fait,
il n’aura pas fallu énormément de temps au président Bouteflika pour
s’apercevoir que le projet d’amnistie générale n’était pas une bonne
idée, du moins dans les conditions actuelles, et qu’il valait mieux
l’abandonner dans l’attente de jours meilleurs. Il faut dire que
l’unique fois où il avait abordé le sujet, c’était sous forme de
remarque incidente, dans un discours consacré à d’autres questions,
et que de plus, il avait pris soin d’avertir qu’il n’entreprendrait
rien de concret en la matière qui n’ait d’abord obtenu le soutien
massif de l’opinion nationale.
Sans doute peut-on
trouver à redire à la méthode employée pour sonder “le cœur et les
reins” des Algériens, sans s’engager à rien, sans avoir l’air de
leur demander quelque chose de précis et sans avoir à se reconnaître
par la suite désavoué par eux, s’il s’avère qu’ils pensent tout
différemment de vous sur la question que vous vous êtes arrangé pour
ne pas poser… tout en la leur posant. Mais enfin, la faute est
vénielle, puis le procédé n’a suborné que les gens prédisposés à
l’être car mauvais observateurs de la scène algérienne, ou bien
parce qu’étant eux-mêmes chauds partisans de l’amnistie générale,
ils ont cru que s’ils s’empressaient d’apporter leur appui à la
suggestion, en s’offrant notamment de lui assurer l’assentiment
populaire, ils auraient vite raison des dernières préventions que le
Président pouvait encore entretenir à ce propos, ils ne manqueraient
pas de le faire agir selon sa propre inclination et surtout
conformément à leurs vœux les plus chers. En revanche, les
indépendants d’esprit, ceux qui jugent une proposition d’abord pour
elle-même, non pas par rapport à la qualité de la personne qui l’a
faite, ces gens-là se doutaient dès le départ des difficultés qu’un
tel projet allait soulever au fur et à mesure que la question était
examinée dans la diversité de ses aspects. Voilà pourquoi ils n’ont
pas été dupes des gesticulations des uns et des autres, tendant
toutes à faire croire que les jeux étaient faits, qu’une loi
d’amnistie générale était fin prête, qui n’attendait que d’être
plébiscitée. La prudence avec laquelle le Président avait lancé le
projet ne leur avait pas échappé, en effet. Ils ont gardé ce
“détail” à l’esprit ; ils ont continué à s’y référer même quand le
jeu d’ombres, qui se donnait depuis la fin de l’année dernière, a
redoublé d’intensité et qu’il a semblé sur le point de prendre une
forme concrète.
Quelques mots
détachés du corps du discours qu’il tenait devant les moudjahidine
réunis pour leur 10e congrès, voilà toute la contribution du
président Bouteflika dans le débat sur l’amnistie générale. C’est
avec le même détachement apparent qu’il y a mis fin, dans des
circonstances, qui plus est, présentant des similitudes avec les
premières. Entre-temps, une commission a été mise sur pied, avec
l’aval supposé de la présidence de la République, qui s’est gardée
d’ailleurs de rien démentir ; des conférences-débats se sont
déroulées dans différentes régions du pays, qui ont été relayées par
la télévision. Sans même parler de Farouk Ksentini, le président de
la Commission pour la défense et la promotion des droits de l’Homme,
qui ne s’est pas peu dépensé sur ce thème dans les médias, adoptant
sans désemparer un ton de conviction qu’il serait bien en peine
aujourd’hui d’expliquer.
Quant aux partis
de la coalition, on ne peut vraiment pas dire qu’ils aient fait
preuve, en la circonstance, d’une prudence ou d’une retenue calquée
sur celle du Président. Le RND, il est vrai, n’a pas fait montre
d’un enthousiasme débordant, encore que sur la fin, il ait voulu se
rattraper comme par crainte d’être sanctionné pour sa réserve ou par
celle d’être laissé sur le bas-côté par ses partenaires de la
coalition, qui n’attendaient, eux, que le signal de départ pour
aller par tout le pays répandre la bonne parole. Le sommet de
l’opportunisme, toutefois, allié à ce qui ressemble fort à ce qu’il
faut bien appeler du crétinisme politique, est conquis de haute
lutte par le FLN, dont on se demande aujourd’hui s’il aurait pu
tenir son 8e congrès bis sans le projet d’amnistie générale, cette
aubaine tombée du ciel, taillée à sa juste mesure, et qui avait tout
pour exciter sa passion de servir… pour se servir.
Il est vrai qu’en
cette matière, il a trouvé à qui parler : le MSP, à qui tout semble
réussir si bien qu’il en redemande, et commence à revendiquer,
indirectement toutefois, un réaménagement de la coalition qui rende
justice au poids réel qu’il se prête. C’est à peine s’il n’annonce
pas, dès aujourd’hui, un doublement, sinon un triplement de sièges
dans la législature prochaine, résultat qui lui paraît tout à fait
dans ses moyens pour peu que le FLN et le RND acceptent de partager
plus généreusement, comme cela devrait se faire spontanément entre
partenaires qui mettent au-dessus de tout leur intérêt mutuel, pour
peu donc qu’ils veuillent bien présenter des listes communes avec
lui et se désister en sa faveur partout où il lui plairait de le
demander. A en croire le MSP, le FLN et le RND ne vont concourir que
pour satisfaire sa boulimie de sièges et qu’il ne leur arrivera pas
de temps en temps de penser un peu à eux-mêmes.
On a bien vu que
le projet d’amnistie générale n’a troublé en rien la coalition
tripartite. Le RND, voyant que le FLN a pu tenir, contre toute
attente, son congrès, et que de surcroît il a fait une recrue de
choix en la personne du président de la République, a vite ravalé ce
qui lui restait d’état d’âme pour se déclarer partisan de la mesure
tout autant que ses deux partenaires, qui avaient du mal, quant à
eux, à ne pas donner libre cours à l’euphorie qu’ils ressentaient.
De sorte que l’ajournement sine die du projet ne changera pas
grand-chose à une alliance cimentée par un opportunisme à toute
épreuve. Tout sera comme avant, à l’Assemblée et au gouvernement,
sauf que le MSP aura, selon toute vraisemblance, un mouvement de
recul par rapport au FLN pour se rapprocher du RND, et que celui-ci
va resserrer son emprise sur la chefferie du gouvernement, tandis
que celui-là sera enclin à rabattre de ses projections dans l’avenir
immédiat.
Ce n’est donc pas
de leur côté qu’il faut chercher la source des objections ayant
entraîné l’abandon du projet d’amnistie générale. En fait, le
président Bouteflika n’a pas varié sur ce sujet après avoir vu se
dresser devant lui une mobilisation plus ou moins déterminée à lui
barrer la route. Non, rien de tout cela. Une fois de plus, en effet,
l’opposition a donné la preuve de sa faiblesse – pas seulement
numérique, ce qui aurait constitué un moindre mal – étant donné
qu’elle n’a même pas été en mesure d’expliquer sa position, ou ses
positions, d’acceptation ou de refus, ou d’une attitude qui serait
un moyen terme entre ces deux choix extrêmes. Ou bien elle s’est
réfugiée sagement dans le silence, ou bien elle a parlé dans un
langage confus, avant de se reconnaître incompétente puis de se
taire.
Il semble que le
Président, entretenant des doutes sur la faisabilité, aujourd’hui,
du projet, ait mis en route le débat dans le seul but d’avoir une
meilleure connaissance du terrain où il comptait s’engager. Il s’est
aperçu alors que celui-ci était impraticable. Au moins pour une
double raison. D’abord, le terrorisme n’est pas encore totalement
éradiqué dans le pays. Dans ces conditions, une amnistie générale
équivaudrait à une offre de paix. Or les deux notions sont
antinomiques. Comment peut-on songer à proclamer une amnistie
générale alors que la violence persiste et que les terroristes
visent toujours à créer les meilleures conditions pour eux et leur
mouvance avant de déposer les armes ? C’est alors de négociations en
vue de la paix qu’il convient de parler, ou plus exactement de
signature d’un armistice, car les groupes terroristes ne voudront
cesser leurs actions que s’ils sont sûrs de pouvoir les reprendre au
cas où le vis-à-vis reviendrait sur ses engagements.
Le deuxième
argument à l’encontre de la mesure envisagée concerne les conditions
politiques prévalant au moment où celle-ci serait intervenue. On
n’est pas en réalité fondé à proposer une amnistie générale sans
changement politique préalable. Il faut, en effet, avoir réussi le
passage d’un régime qui sécrète la violence à un régime respectueux
des libertés et des droits de l’Homme, pour que le pardon des
souffrances infligées non seulement ait un sens, mais constitue un
des fondements de la société nouvelle, une clause essentielle du
nouveau contrat social.
Car le plus
important n’est pas de pardonner, c’est de couper à la racine les
causes de la violence, c’est de reconstruire politiquement le pays
de sorte qu’il n’arrive plus que les Algériens s’entretuent comme
ils l’ont fait, pour des divergences essentiellement idéologiques et
politiques.
M. Habili
Haut
Réconciliation,
amnistie et lutte antiterroriste
Une équation à
plusieurs inconnues
“Mon programme
pour les prochaines années se donne pour objectif principal le
retour à la confiance entre les acteurs de la société afin de les
mobiliser au service de l’avancée de notre pays dans tous les
domaines.”
Sans transition,
amnistie et réconciliation nationale prennent effet d’annonce et
constituent le “programme présidentiel”. Cette fois, le Président
nuance sa démarche et évoque le facteur temps, encore défavorable.
“Elles (les
victimes du terrorisme) ne sont pas prêtes à pardonner.”
La nuance vaut son
pesant d’or, elle révèle pour le moins un réaménagement des contours
de l’idée d’amnistie telle que développée quatre mois plus tôt.
A la veille de la
célébration du cinquantenaire de la Révolution algérienne, soit
quatre mois plus tôt, le président de la République évoquait pour la
première fois la notion d’amnistie générale, une possibilité pour
laquelle il a exprimé son accord, invitant au passage les acteurs
politiques à y réfléchir. Faite devant un parterre de militants FLN
avec toute sa composante, le Président faisait le premier pas d’un
compromis pour le vieux parti et néanmoins artisan de l’expérience
de 1992. L’annonce fait l’effet d’un pavé dans la mare tellement
elle va réveiller les vieux démons de la décennie noire.
Depuis ce 1er
novembre et jusqu’à ce 24 février, l’on n’en saura pas plus, sinon
que le concept d’amnistie sera interprété au gré des intérêts des
uns et des autres, nourri d’un discours pour le moins ambivalent
quant il s’agira de lever un peu plus le voile sur les intentions
réelles d’un projet en mal d’opportunités de l’heure.
Intervenant dans
une conjoncture plutôt tournée vers des défis économiques et
sociaux, l’offre de paix telle que proposée s’avère en elle-même en
inadéquation avec la réalité de par le seul fait qu’elle ne répond à
aucune demande, sinon à apaiser les ardeurs d’un FLN plus radical
que jamais depuis la tenue de son congrès unificateur.
Entre le “je suis
de ceux qui sont pour une amnistie générale, mais je ne ferais rien
sans consulter le peuple” et “tant que les larmes ne sont pas
séchées je ne ferais rien”, le Président joue à l’équilibriste en
voulant contenter les uns et les autres quant au traitement d’un
dossier engageant toutes les composantes de la société.Pourquoi
a-t-il choisi de sortir la question de l’amnistie au moment où
aucune revendication n’est enregistrée ? Et ce, au moment justement
où toute la société attend autre chose qu’une offre de paix qui ne
soit pas soutenue par une demande. Le Président lui-même, dans le
même discours devant les syndicalistes, évoquait la nécessité de
dépasser “les turbulences des années quatre-vingt-dix qui ont été à
la fois un symptôme et un facteur aggravant d’une situation qui,
structurellement, tenait plus de l’impasse que de la crise”.
Partant de là,
l’idée d’amnistie devient un euphémisme du fait qu’elle ne nécessite
nullement le traitement de choc qui lui est préconisé, à savoir
l’amnistie. C’est encore le Président lui-même qui fait tomber
l’argument en abordant l’amélioration de la situation sécuritaire
qui prévaut, jugée “en voie de parachèvement”, alors que d’autres
soucis sont plus présents avec tout le poids qu’ils supposent et
pour lesquels il faut “nous atteler à trancher le nœud gordien qui
lie souvent abusivement l’Etat à la sphère de la production
marchande”.
L’opacité de
l’idée n’aura, au cours de ces quelques mois, que conforté le
courant des islamistes trouvant refuge, depuis peu, chez un FLN plus
radical dans son opposition à toute modernisation de la société, a
saisi au vol l’opportunité d’amnistie générale comme toile de fond
sur laquelle va s’inscrire “on efface tout et on recommence” comme
si de rien n’était, si ce n’est une société qui a subi dans le sang
les affres d’un terrorisme aveugle alimenté par les rancœurs des
poches de résistance aux projets de changement. Le grand pardon va
gagner le discours politique au point de friser le ridicule par le
haut degré d’allégeance manifesté pour l’initiateur du projet.
Lutte
antiterroriste et grand pardon
L’opposition à
l’esprit de réconciliation globale est une manière dangereuse pour
entraver “toutes nos démarches visant à réunir les Algériens, tous
les Algériens sans exclusive sous la concorde, la réconciliation,
l’entraide, l’action productive et l’anéantissement de la discorde
et de l’animosité”. La définition rime, par lecture rapide, avec
“ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous”. La réconciliation
globale, qui sous-entend une amnistie de par le vocable “globale”,
est avancée comme condition et même parfois comme préalable. Le
Président dont on connaît l’attachement à son projet, recule bien
des échéances économiques et sociales pour focaliser sur l’idée de
réunir les Algériens sous la bannière de concorde et réconciliation,
deux concepts tellement juxtaposés qu’il devient difficile d’en
cerner les contours politiques. Devant l’UGTA, il rassure les
victimes du terrorisme ; devant l’ONM, il réitère son offre sans
ambages, sauf pour responsabiliser le peuple quant à son adoption, à
savoir l’amnistie relevant “du seul ressort du peuple”.
Tant de concepts
sont servis à chaque occasion avec la sauce qui leur convient.
Depuis la promulgation de la loi sur la concorde civile, la
réconciliation nationale est apparue comme une suite logique à la
première, encouragée par l’absence, ce qui lui donne un fait dont le
prolongement et l’aboutissement n’est autre que l’amnistie, qu’il
convient maintenant de codifier par un référendum donnant de la
légitimité à une démarche qui a pris son origine en 2001.
La classe
politique se trouvant ainsi piégée au départ par le consentement
sans réserve sur la loi sur la concorde, ne peut qu’acquiescer au
processus, au risque de voir les rapports de force se transformer au
bénéfice du courant islamiste qui en sortira agrandi. La petite
phrase de compassion du Président à l’égard des victimes quand il
parla de plaie encore ouverte lui a déjà valu des reproches de la
tendance lourde des islamistes par la bouche de Djaballah qui, deux
jours plus tard, a crié au recul du Président sur la démarche
d’amnistie générale.
La lutte
antiterroriste, pourtant contenue dans le programme du deuxième
mandat présidentiel, perd de ce fait toute sa substance eu égard au
paradoxe entretenu entre un discours conçu pour la consommation
interne et l’autre exprimé sur le plan international. L’Algérie,
tenue par des engagements internationaux de première importance tant
diplomatique qu’économique, donne ce visage double d’un pays qui
fait table rase sur les raisons l’ayant amené à vivre une décennie
noire et une Algérie qui manifeste toute sa disponibilité à se
mettre à niveau avec les normes internationales, dont celle de
lutter contre le terrorisme international comme fléau
transfrontalier.
L’expérience
algérienne en matière de terrorisme est avancée à chaque occasion
comme témoin de cet engagement international, au point de fâcher
parfois les frères arabes “financiers de la mort”. Lors de la
conférence arabe sur la lutte antiterroriste, l’Algérie a plaidé
pour plus que de la coopération internationale pour faire face au
phénomène de terrorisme. Engageant sa contribution à l’effort
général, il a été recommandé avec insistance la surveillance des
frontières comme tâche première, outre l’action de lutte
antiterroriste sur le terrain par des formules pratiques et
complémentaires de coopération qui tiennent en compte les dimensions
politiques, diplomatiques, judiciaires et financières permettant un
traitement instantané et uniforme des questions relatives à la lutte
antiterroriste, interpellant au passage les alliés arabes dans cette
lutte contre le terrorisme à faire appliquer la convention arabe sur
la lutte contre le terrorisme et celle de l’Organisation de la
conférence islamique sur la lutte contre le terrorisme
international. Bien sûr, une fois que les concernés auront convenu
d’une définition consensuelle du terrorisme et de la signature d’une
convention globale dans ce domaine. La conjoncture internationale à
laquelle souscrit l’Algérie confond forcément le discours de grand
pardon, d’autant que l’idée d’amnistie elle-même saborde toute
crédibilité de l’Etat algérien de par sa qualité de signataire de
conventions internationales portant sur la pénalisation de l’acte
terroriste.
Samira Mana
Haut
L’amnistie prélude à une transition
Un précédent
avec Chadli
Le débat national
sur l’amnistie générale peut se servir d’un précédent : celui de
1990, intervenant à l’ombre d’une nouvelle Constitution et d’un
nouveau système politique, lequel introduisait la nouveauté
d’instaurer le pluralisme.
Pour ce faire, il
semble, peut-être nécessaire d’évoquer l’amnistie de 1990, celle
promulguée par l’ancien président Chadli Bendejdid dans le cadre de
la loi 90-19 du 19 août 1990. Cette loi concernait, selon son
article 1er, “les crimes et délits contre les personnes et les biens
commis à force ouverte pendant ou à l’occasion d’attroupements
survenus” pendant certains événements que ladite loi avait
déterminés avec précision. Elle cite, en premier chef, le printemps
berbère, du 1er au 30 avril, sur les territoires des wilayas de Tizi
Ouzou et Béjaïa. Elle s’étend également aux événements de Tiaret et
de Mahdia (1982), les événements d’avril 1985 et d’avril 1986 à
Alger (daïras de Sidi M’hamed et Bab El-Oued), novembre 1986 à
Constantine, Sétif et Skikda, juillet 1988 à Djelfa et, bien
évidemment, les événements d’octobre 1998 “sur tout le territoire
national”.
Par le biais de
cette loi, en somme, toute l’opposition au régime de Chadli, qu’elle
soit structurée, activant depuis de longues années de manière
clandestine (allant des islamistes à l’extrême gauche) ou concernant
des individus militants de conviction (intellectuels, avocats…), qui
fut, de facto, amnistiée. Mais, cette loi avait été aussi perçue
sous l’angle des événements induits par l’activité armée du groupe
de Mustapha Bouyali qui, depuis 1985 et surtout avec l’attaque de
l’Ecole de police de Soumâa en 1986, restaient particulièrement
suivis. Cette particularité n’avait pas été omise par les
observateurs, bien qu’au regard du commun des Algériens, tout cela
était noyé par l’expansion de l’amnistie à une grande partie de
leurs compatriotes qui, pour une raison ou une autre, furent mêlés
aux manifestations du 5 octobre 1988.
En tout état de
cause, cette amnistie était marquée par son contexte qui en a fait,
en définitive, soulignons-le bien fort, un instrument nécessaire à
une transition politique. Les “crimes et délits” contre la sûreté de
l’Etat concernés par le texte de l’amnistie de 1990 sont ceux qui
ont été commis entre 1980 et 1989, ce qui revient à les mettre tous,
et quoi que puisse différer leur nature, à l’ombre de la
Constitution de 1976. En effet, le texte stipule que “sont admis au
bénéfice de l’amnistie les nationaux condamnés, poursuivis ou
susceptibles de l’être pour avoir participé antérieurement au 23
février 1989 à une action ou à un mouvement subversifs dans un but
d’opposition à l’autorité de l’Etat”. L’autre preuve de la
transition vers un nouveau système politique, provient du fait que
le texte se base aussi sur la loi 89-06 d’avril 1989 portant
“suppression de la cour de sûreté de l’Etat”.
Changement de
Constitution, changement de système politique et ouverture sur un
printemps démocratique qui, lui, ne durera pas plus loin que le
processus électoral qu’il a favorisé. Mais il reste que c’est cette
amnistie qui a servi, en partie, à établir une passerelle, à sceller
juridiquement – si l’on peut s’exprimer ainsi – une phase antérieure
et une autre qui s’annonçait. L’on en veut pour preuve la
possibilité offerte par la suite à un grand nombre d’amnistiés,
autrefois harcelés et réprimés par le pouvoir politique, de
participer à la vie politique légale. C’est ce qui s’est produit
dans le cadre de nouveaux partis politiques (RCD, Nahda, PRS, FIS,
OST, FFS, PAGS, MDA, etc.) et il nous semble inutile de rappeler,
ici, que le gros des cadres et des militants de ces partis se
trouvent dans l’une ou l’autre des catégories d’amnistiés.
Par ailleurs,
cette amnistie avait ceci de différent qu’elle ne s’insérait pas
dans le cadre d’un quelconque processus de réconciliation nationale,
pour la simple raison qu’il n’y avait pas de conflit armé la
précédant. Il était question de transition du système de parti
unique qui assimilait toute opposition à une atteinte à la sûreté de
l’Etat, vers un régime pluraliste qui se devait, comme préalable, de
régler un passif de luttes politiques par des dispositions
juridiques.
De la sorte, si
l’on convient qu’une amnistie est avant toute chose une transition
d’un régime à un autre, d’une construction politique à une autre
fondamentalement différente (ce que l’Algérie a déjà vécu) il
s’avère pertinent de se demander en quoi la présente amnistie
générale, celle qui a occupé le débat national des mois durant,
pourrait-elle être porteuse de changements en termes de système
politique.
C’est,
semble-t-il, pour avoir trouvé la réponse à cette question que le
président Bouteflika qui n’a fait que soumettre l’idée au débat, a
conclu à la déduction qu’il valait nettement mieux en décider le
report.
Car de deux choses
l’une : ou il faut promulguer l’amnistie, ce qui revient à lever
toutes les barrières, juridiques d’abord, politiques ensuite, qui
empêchaient de reproduire la violence, et dans ce cas revenir à la
case de départ, et donc en 1992, soit il faut admettre qu’en aucun
cas une amnistie générale ne servirait à conforter une orientation
politique qui n’a eu de cesse d’exclure et le recours à la violence
et la remise en cause de l’ouverture démocratique.
Bien entendu, dans
un cas comme dans l’autre, le déterminant commun se trouve dans la
nature même du système politique actuel qui, pour avoir empêché
l’islamisme radical de s’emparer du pouvoir, n’est pas moins inapte
à pousser plus en avant le processus démocratique. L’espoir d’un
retour par la grande porte, suscité auprès de la mouvance islamiste
alors que tout semblait perdu pour de longues décennies, nous a été
fourni à l’occasion du débat national sur l’amnistie générale,
puisque pour cette partie de la classe politique, il était question,
plus que d’un débat, d’une veillée d’armes pour un retournement de
l’Histoire.
Nabil Benali
Haut
Réconciliation nationale
L’indispensable
catharsis collective
Les initiatives
tendant à la réconciliation dans les sociétés qui ont vécu de
grandes crises sont peut-être aussi nombreuses que les crises
elles-mêmes. On cite comme cela, à l’emporte-pièce, l’Afrique du
Sud, le Maroc ou le Chili. Dans tous les cas, la nécessité de
l’expression passe par la reconnaissance de la souffrance. Il ne
s’agit pas forcément d’évaluer les dédommagements des douleurs, mais
bien une reconnaissance publique des drames vécus pour justement
offrir une écoute, à défaut d’offrir une issue judiciaire. Le tout
avec en toile de fond un profond ancrage de ces sociétés dans les
principes universels de respect des droits de l’Homme. Il reste que,
dans tous les cas, ce qui saute aux yeux c’est surtout un passage
d’un régime à un autre, d’un système à un autre.
En Afrique du Sud,
le TRC (Truth and Reconciliation Committee, comité vérité et
réconciliation) a été créé en juillet 1995 sur la base d’un texte
juridique le, “Promotion of National Unity and Reconciliation Act
n°34” de 1995. Selon la doctrine de ce document, il s’agit
d’instituer “un pont historique entre le passé d’une société
profondément divisée caractérisée par les différends,
l’incommunicabilité des souffrances et de l’injustice avec le futur
fondé sur la reconnaissance des droits humains, la démocratie et la
coexistence pacifique pour tous les Sud-Africains indépendamment de
leurs couleurs, races, classes, croyances ou sexes”.
En fait, le texte
de préambule a dessiné tout de suite les grands contours que devait
prendre ce déballage de la souffrance rencontrés par tous les
Sud-Africains, sans mettre dans la balance qui a souffert le plus et
quelles qu’en furent les raisons. Le but étant certes de concrétiser
la réconciliation entre les populations d’un même pays, mais surtout
d’éviter que de tels drames puissent se reproduire.
Le TRC est
structuré sur la base de trois comités : celui de l’amnistie ; celui
de la réparation et la réhabilitation ; le comité de violation des
droits de l’Homme. A chaque comité est dévolue une mission,
notamment les enquêtes sur les violations des droits de l’Homme
commis entre 1960 et 1994. Des enquêtes qui déterminent l’identité
des victimes et évaluent les séquelles des atrocités subies.
Une fois les
victimes clairement identifiées, elles sont orientées vers le comité
“réparation et réhabilitation”. Ce comité est chargé de s’assurer
que le TRC restaure effectivement la dignité des victimes, formule
de manière claire les moyens et recommandations liés à la
réhabilitation et soulage les survivants, leurs familles et la
communauté.
Un fond mis en
place par le Parlement est destiné à payer les réparations
nécessaires aux victimes de manière urgente (dans les cas de
disparition ou de meurtre, voire même de séquelles de tortures,
certaines familles ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins une
fois que le chef de famille était mort ou handicapé à vie).
Le comité
d’amnistie reçoit en fait les demandes d’amnistie pour tout acte
répréhensible – dans le cadre de l’objet du TRC – commis entre le
1er mars 1960 et le 6 décembre 1993. Les demandes étaient recevables
jusqu’au 30 septembre 1997. L’amnistie accordée signifie une
libération de toute poursuite judiciaire pour quiconque reconnaît
son implication dans une atteinte aux droits de l’Homme.
En tout état de
cause, si la structure du TRC paraît simple, elle a permis d’aborder
en profondeur les effets du régime d’apartheid. Dans le même temps,
autant policiers que miliciens, hommes politiques ou responsables
blancs tortionnaires ont été “blanchis”, autant les victimes ont pu
faire état de ce qu’ils ont subi. Par ailleurs, les exactions
commises par certains militants de l’ANC ont été également mises au
jour.
Il est intéressant
de noter que le TRC sud-africain a entériné le principe de la
responsabilité dans les atrocités commises sous les gouvernements
précédents. Il s’agit là d’une quête permanente des citoyens et une
façon on ne peut plus précise pour annoncer le changement de régime.
A la fin du
système d’apartheid, certains anciens militants de l’ANC ont voulu
mettre en place des tribunaux spéciaux, à l’image de celui de
Nuremberg à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour juger les
criminels nazis.
Le TRC aura eu
donc le mérite de ne pas lancer une sorte de chasse à l’homme blanc
(après celle de la chasse à l’homme noir durant la période
d’apartheid) avec tous les risques de fuite et de déstabilisation de
l’Etat encourus, tout en favorisant le débat au sein de la société.
Pour Mandela, ce procédé a permis d’aller de l’avant une fois que la
vérité sur ce qui s’est passé a été connue et que la réconciliation
nationale a commencé.
Quant aux
adversaires du TRC, il évoquent que celui-ci a été trop mou et a
consacré le principe que les atrocités commises étaient celles d’un
gouvernement en lutte contre des groupes rebelles.
Maroc : le
changement dans la continuité ?
L’Instance équité
et réconciliation (IER) mise en place au Maroc en janvier 2004
s’inspire certainement de ce qui s’est fait en Afrique du Sud, même
si l’objet de cette instance est différent de celui du TRC.
Il s’agit
essentiellement pour l’IER de mettre en évidence les atteintes aux
droits de l’Homme sans entrer dans des procès sans fin. L’instance a
été mise en place sur la base d’un discours prononcé par le roi
Mohamed VI et d’un dahir (décret royal) signé en janvier 2004.
Le discours est,
selon la déclaration publiée à la création de l’IER, la “référence
d’orientation des activités de l’IER”. En déballant les atteintes
aux droits humains commis sous le règne de Hassan II, l’IER veut
“parachever le règlement équitable et extrajudiciaire des violations
du passé”, le but étant de mener à terme “un processus empreint
d’audace, de sérénité et de raison pour assurer la cicatrisation des
blessures, la réparation des préjudices subis, la réhabilitation des
victimes et leur réintégration sociale et la mise en lumière
d’enseignements permettant aux Marocains de se réconcilier avec
eux-mêmes et avec leur histoire, tout en poursuivant la libération
de leurs énergies”.
Concrètement, l’IER,
indépendante dans la manière de mener à bien sa mission et
totalement libre de mettre en place son règlement intérieur et de
l’adapter en fonction des nécessités du terrain, a tout le soutien
des moyens de l’Etat pour parachever sa mission. Aux termes de
l’article 5 de son règlement intérieur, l’IER marocaine se penche
sur les “violations graves des droits de l’Homme” limités dans les
disparitions forcées et les détentions arbitraires. Le même texte
définit les disparitions forcées, les détentions arbitraires, les
victimes.
L’instance
détermine aussi les réparations des préjudices.
La même instance
établit la nature des violations, détermine la responsabilité des
organes de l’Etat coupables et indemnise les victimes.
Il est utile de
noter que nous sommes face à un Etat, coupable d’exactions, qui
reconnaît ses torts et fait amende honorable. Est-ce que seule
continuité de l’Etat ou du pouvoir sont en cause ? Probablement que
la pérennité du royaume est en question, d’autant que le Maroc veut
demeurer un Etat fréquentable, mais au-delà, s’il y a
réconciliation, elle se fait de part et d’autre d’une frontière,
certes diffuse mais bien réelle, qui sépare le pouvoir représenté
par les démembrements de l’Etat, d’un part, et la population victime
d’atteintes graves aux libertés, de l’autre.
Chili : la
réconciliation inachevée
Engagée dès 1988,
la réconciliation nationale au Chili a buté d’abord sur une loi
d’amnistie qui lavait l’ancien dictateur, le général Pinochet.
Le blocage du
système judiciaire, la corruption, l’immixtion permanente des
Etats-Unis dans les affaires intérieures de l’Etat ont réduit à
néant les efforts de la commission de réconciliation nationale mise
en place en 1990. Celle-ci s’est limitée à faire état du sort
réservé aux disparus, sans autre possibilité de permettre à la
justice qu’elle juge les coupables.
La particularité
de la commission de réconciliation chilienne était en fait de
soumettre ses conclusions à la justice pour que les procès publics
soient tenus. En fait, la réconciliation elle-même passait par les
prononcés des jugements préalables à toute amnistie ou
dédommagement.
Les quelques
procès qui se sont tout de même tenus ont rarement satisfait les
familles des victimes, alors que d’anciens tortionnaires tenaient
toujours les rênes du système judiciaire, pénitentiaire ou les
services de sécurité malgré le départ de Pinochet.
En fait, dans les
années 1980, partout dans les pays d’Amérique du Sud sont mises en
place des commissions “vérité et justice”. En Argentine, une
commission spécialisée sur les disparitions a mis en relief les
mécanismes d’Etat permettant de faire disparaître les personnes
hostiles au système. Des procès eurent lieu, avant que ne soit
prononcée une amnistie générale en 1987.
Au Chili, le
général Augusto Pinochet, sentant le vent tourner, avait, dès 1978,
promulgué une amnistie pour lui-même avant d’organiser, en 1988, un
référendum lui permettant de perpétuer sa dictature. La
“réconciliation nationale” lancée dès lors n’a pas enregistré
d’avancées notables liées à une justice nécessitant une réforme de
fond.
Le gouvernement du
président Aylwin, démocratiquement élu en 1990, a même concocté une
Constitution qui évite aux anciens militaires de se retrouver dans
les tribunaux.
Par ailleurs, la
meilleure manière de bloquer la réconciliation nationale dans ce
pays a été de faire passer toute possibilité d’entente par la
justice.Cette même réconciliation se conjugue aux poursuites des
luttes armées, menées notamment par le mouvement Lautaro et, bien
entendu, la poursuite des arrestations et détentions politiques. Les
prisons chiliennes qui maintiennent des quartiers de détention pour
les politiques résonnent des rumeurs des grèves de la faim menées
par les prisonniers pour améliorer leurs conditions de vie.
En fait, après
l’élection de Aylwin en 1990, certains groupes de gauche ont refusé
de déposer les armes. Par ailleurs, le général Pinochet, arrêté en
1998 à Londres, est rentré dans son pays en 2000 pour être jugé
suite à 14 plaintes déposées contre lui. La levée de l’immunité
parlementaire a été prononcée la même année, mais sans résultat. En
fait, au centre du débat il n’y a pas que Pinochet, et il semble que
la polémique judiciaire soulevée autour de l’ancien dictateur sert
surtout à mieux masquer d’autres problèmes autrement plus cruciaux,
liés au respect des droits de l’Homme.
En juin 1997,
malgré la mise en place de la commission de réconciliation, Amnesty
International dénonçait 20 cas de torture commis par la police en
1996.
La Commission de
défense des droits du peuple (Codepu) chilienne avait, pour sa part,
dès avril 1994, recensé 140 cas de torture postérieurs à 1991.
Dans ce pays, rien
n’est réglé et les méandres judiciaires dans lesquels se sont
engouffrés les politiques rendent la réconciliation, dans l’état
actuel des choses, quasiment impossible.
Amine Esseghir
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Quelles chances de réussite
pour une
réconciliation publique en Algérie ?
Et si on adoptait
le modèle sud-africain ou marocain pour réconcilier les Algériens
avec eux-mêmes ? C’est en fait toute la problématique d’une
démarche, certes généreuse, qui consiste à pardonner aux auteurs
d’actes criminels, mais qui, si elle n’était pas portée par la
société, serait fatalement vouée à l’échec. Lors de son discours
devant les syndicalistes, le 23 février dernier, le président
Bouteflika a dit vouloir préparer les Algériens à ce qu’ils se
pardonnent tout en demandant le soutien de tous. S’il croit aux
vertus de la réconciliation nationale, il reste qu’il n’en esquisse
pas les contours, laissant peut-être à la société le soin de les
imaginer. Reste bien entendu à se demander comment une société
fatiguée de se voir spoliée ses droits à l’expression par les
charlatans politiques et les opportunistes de tous bords, puisse
réellement réoccuper la place. Effectivement, quels relais possède
encore cette même société pour faire entendre sa voix ? Par
ailleurs, on se demande aussi comment une telle démarche est-elle
possible s’il n’y a pas débat.
Bien entendu, il
ne s’agit pas de digresser de manière très savante sur les effets et
circonvolutions des dispositions d’une loi d’amnistie ni même
limiter les délibérations aux envolées populistes de députés en mal
de notoriété, mais il s’agit d’imaginer un échange pour que tous les
Algériens concernés s’expriment enfin sans donner procuration à
quiconque.
Qui sont ceux qui
devraient s’exprimer dans cette véritable catharsis nationale ? Il
s’agit, bien sûr, des victimes civiles, les victimes du terrorisme,
les familles des personnes tuées, mais aussi ceux qu’on appelle les
familles de disparus, les victimes des exactions policières ou
victimes de tortures de la part des membres des services de
sécurité. Les familles des militaires et policiers tués aussi
devraient s’exprimer, mais également les membres des services de
sécurité qui devraient être libérés de leur obligation de réserve,
plus bien entendu les membres de groupes armés repentis ou arrêtés.
Cet échange
devrait donner à la loi sa pleine chance de réussite en réduisant
les risques de voir ceux qui se considèrent victimes lésés dans
leurs droits à la réhabilitation en tant que citoyens prendre le
maquis des instances juridiques internationales puisqu’une loi
d’amnistie suppose que l’Etat algérien abandonne son droit de
poursuite.
On peut se
demander quelle résistance peut rencontrer une telle démarche en
Algérie. Au delà de l’aspect le plus éventuel – celui des membres de
services de sécurité qui seraient mis sur la sellette pour les
dépassements commis durant la guerre contre le terrorisme – il y a
aussi l’implication politique des islamistes, principalement ceux du
FIS, qui devraient rendre compte publiquement des liens entre les
instances du parti intégriste et les groupes armés.
Le modèle déjà
préconisé en Algérie avec la concorde civile n’a pas donné la
moindre chance au débat tant il était focalisé à réduire le nombre
d’armes dans les maquis et offrir une porte de sortie politique aux
membres de l’AIS, présentée alors comme le seul bras armé du FIS.
Il y aura aussi
les assassinats suspects, ceux que l’on comptabilise facilement
comme des règlements de compte, ou ceux qui ne peuvent être
attribués aux islamistes car leurs implications étaient trop
importantes pour se suffire d’une explication banalement criminelle.
Cependant, si la
mise en place de ce genre de comité ou de commission est
concomitante avec le changement de régime, il ne fait aucun doute
que nous ne sommes absolument pas dans ce cas de figure. Il faudra
même se demander si certains, prompts à adopter cette idée comme
leur enfant, ne seraient pas séduits par une telle démarche pour en
user comme d’un marchepied ou d’un tremplin opportuniste pour se
poser en artisans du changement.
Reste aussi à
savoir comment désigner les membres de cette instance chargée
d’entendre, d’évaluer et de rendre ses conclusions. Durant la lutte
contre le terrorisme, il ne fait aucun doute que politiques et
intellectuels ont été partagés par la ligne de feu on était soit
éradicateur, soit réconciliateur. Aujourd’hui, si une démarche de
réconciliation est engagée, il faudra d’abord épuiser ce contentieux
de manière définitive en choisissant des personnalités qui auront
travaillé sur eux-mêmes pour abolir ce différend qui n’a existé que
le temps d’une riposte ou le temps de se mettre à l’abri.
A. E.
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