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Théorème
Le sort du FLN est
depuis des années réglé par une loi à laquelle il se fait comme un
devoir de ne jamais déroger. Il est déjà arrivé qu’elle soit
formulée ici, et plus d’une fois, mais le lecteur n’a pas dû y
prêter beaucoup d’attention, estimant non sans raison que le but
recherché n’était pas de dégager une sorte de vérité première, mais
plutôt d’ébranler la confiance qu’un adversaire politique pouvait
avoir en lui-même. Elle est la suivante : le FLN ne se porte jamais
aussi bien qu’au lendemain d’un revers, et jamais aussi mal qu’à la
suite d’un succès. Ce qui se peut se gloser comme suit : c’est au
moment précis où le FLN semble rendre l’âme que tout à coup, comme
par enchantement, il se redresse de toute sa taille, mais
voilà c’est pour se retrouver bientôt en train de couver une crise
aussi grave, sinon plus grave, que celle dont il vient de sortir.
Un seul épisode
suffira, je crois, à faire comprendre cette malignité du sort qui le
vise tout particulièrement, et à laquelle ce serait un miracle qu’il
puisse un jour trouver remède. C’est ainsi que la période ayant
précédé la dernière élection présidentielle s’est traduite par une
dissension qui aurait annihilé tout autre parti que lui. A vrai
dire, s’il était réellement un parti comme un autre, c’en aurait été
fini et de son unité et de son statut de première formation
politique. Ses propres ressorts étaient cassés ; il était en proie à
son pire ennemi : lui-même. Or contre son destin, nul ne peut rien.
Abdelaziz Belkhadem en sait quelque chose, lui dont tout le premier
discours en tant que secrétaire général, s’adressait moins à la
raison de ses auditeurs qu’à leur fêlure secrète, à ce défaut
pernicieux dans la cuirasse du parti, à ce je ne sais quoi de
rongeur lové dans ses replis. Si le FLN était maître de son destin,
il aurait cessé d’exister.
Comme on savait
qu’il était un appareil mû de l’extérieur, on était sûr que quelle
que soit l’issue de l’élection présidentielle, il saurait en tirer
avantage. Mais voilà qu’il tardait à se reprendre en main, comme si
le système dont il était une composante, se demandait sérieusement
s’il ne fallait pas se saisir de l’occasion pour l’achever.
L’impuissance où
il était de dépasser une crise, alors même que le motif de celle-ci
relevait du passé (certes récent, mais du passé tout de même),
c’était le signe le plus significatif que son sort était en
délibération, qu’il ne tenait qu’à un fil, qui pouvait très bien
être coupé à tout moment. S’il a pu en réchapper, c’est seulement
parce qu’il est gouverné par une loi qui commande de le tirer
d’affaire au moment où il court à sa perte. Son équation personnelle
n’est pour rien dans le fait qu’il a pu tenir son congrès de
réunification, alors que tout disait qu’il en était incapable, que
ses démons intérieurs s’y déchaîneraient et le feraient partir en
plusieurs morceaux.
Ce congrès n’a pu
avoir lieu, avec les irrégularités qui l’ont marqué, que parce que
le président Bouteflika a accepté de devenir le président d’honneur
du parti. Qu’on imagine seulement qu’il ait fait parvenir aux
congressistes non pas un message d’acceptation, mais de refus de la
supplique déposée à ses pieds, et c’en était fini du FLN. Le congrès
se serait transformé en une foire d’empoigne où il menaçait de
basculer dès son ouverture. Le président Bouteflika n’avait
d’ailleurs même pas besoin de répondre à la supplique pour que le
congrès de réconciliation tourne à l’implosion. C’est dire si la vie
ou la mort du FLN tenait finalement à peu de chose.
Mais maintenant
que le FLN non seulement a liquidé sa crise, mais est revenu en
force, le théorème qui préside à son destin est tenu d’entrer en jeu
pour l’entraîner dans une nouvelle crise. Sinon il est faux, puisque
démenti par la réalité. Ce serait bien la première fois, mais une
seule fois suffit pour que le doute s’installe quant à sa justesse.
Or tout porte à penser qu’il se vérifie de nouveau. Preuve en est
que le projet d’amnistie générale, auquel le FLN allait se
consacrer, et qui jusque-là expliquait tant bien que mal pourquoi le
président Bouteflika avait accepté le titre qui lui était proposé,
vient d’être reporté aux calendes grecques – c’est-à-dire, en fait,
abandonné.
C’est ainsi que le
FLN n’avait pas plus tôt rechargé ses batteries qu’il lui faut déjà
tourner à vide. Il n’était pas parti que déjà son élan est brisé.
On aurait voulu
qu’il retombe sans plus tarder dans ses divisions qu’on ne s’y
serait pas pris autrement.
M. Habili
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