Semaine du 2 au 8 mars 2005

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Théorème

 

 
 
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Théorème

Le sort du FLN est depuis des années réglé par une loi à laquelle il se fait comme un devoir de ne jamais déroger. Il est déjà arrivé qu’elle soit formulée ici, et plus d’une fois, mais le lecteur n’a pas dû y prêter beaucoup d’attention, estimant non sans raison que le but recherché n’était pas de dégager une sorte de vérité première, mais plutôt d’ébranler la confiance qu’un adversaire politique pouvait avoir en lui-même. Elle est la suivante : le FLN ne se porte jamais aussi bien qu’au lendemain d’un revers, et jamais aussi mal qu’à la suite d’un succès. Ce qui se peut se gloser comme suit : c’est au moment précis où le FLN semble rendre l’âme que tout à coup, comme par enchantement, il se redresse de toute sa taille, mais voilà c’est pour se retrouver bientôt en train de couver une crise aussi grave, sinon plus grave, que celle dont il vient de sortir.

Un seul épisode suffira, je crois, à faire comprendre cette malignité du sort qui le vise tout particulièrement, et à laquelle ce serait un miracle qu’il puisse un jour trouver remède. C’est ainsi que la période ayant précédé la dernière élection présidentielle s’est traduite par une dissension qui aurait annihilé tout autre parti que lui. A vrai dire, s’il était réellement un parti comme un autre, c’en aurait été fini et de son unité et de son statut de première formation politique. Ses propres ressorts étaient cassés ; il était en proie à son pire ennemi : lui-même. Or contre son destin, nul ne peut rien. Abdelaziz Belkhadem en sait quelque chose, lui dont tout le premier discours en tant que secrétaire général, s’adressait moins à la raison de ses auditeurs qu’à leur fêlure secrète, à ce défaut pernicieux dans la cuirasse du parti, à ce je ne sais quoi de rongeur lové dans ses replis. Si le FLN était maître de son destin, il aurait cessé d’exister.

Comme on savait qu’il était un appareil mû de l’extérieur, on était sûr que quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle, il saurait en tirer avantage. Mais voilà qu’il tardait à se reprendre en main, comme si le système dont il était une composante, se demandait sérieusement s’il ne fallait pas se saisir de l’occasion pour l’achever.

L’impuissance où il était de dépasser une crise, alors même que le motif de celle-ci relevait du passé (certes récent, mais du passé tout de même), c’était le signe le plus significatif que son sort était en délibération, qu’il ne tenait qu’à un fil, qui pouvait très bien être coupé à tout moment. S’il a pu en réchapper, c’est seulement parce qu’il est gouverné par une loi qui commande de le tirer d’affaire au moment où il court à sa perte. Son équation personnelle n’est pour rien dans le fait qu’il a pu tenir son congrès de réunification, alors que tout disait qu’il en était incapable, que ses démons intérieurs s’y déchaîneraient et le feraient partir en plusieurs morceaux.

Ce congrès n’a pu avoir lieu, avec les irrégularités qui l’ont marqué, que parce que le président Bouteflika a accepté de devenir le président d’honneur du parti. Qu’on imagine seulement qu’il ait fait parvenir aux congressistes non pas un message d’acceptation, mais de refus de la supplique déposée à ses pieds, et c’en était fini du FLN. Le congrès se serait transformé en une foire d’empoigne où il menaçait de basculer dès son ouverture. Le président Bouteflika n’avait d’ailleurs même pas besoin de répondre à la supplique pour que le congrès de réconciliation tourne à l’implosion. C’est dire si la vie ou la mort du FLN tenait finalement à peu de chose.

Mais maintenant que le FLN non seulement a liquidé sa crise, mais est revenu en force, le théorème qui préside à son destin est tenu d’entrer en jeu pour l’entraîner dans une nouvelle crise. Sinon il est faux, puisque démenti par la réalité. Ce serait bien la première fois, mais une seule fois suffit pour que le doute s’installe quant à sa justesse. Or tout porte à penser qu’il se vérifie de nouveau. Preuve en est que le projet d’amnistie générale, auquel le FLN allait se consacrer, et qui jusque-là expliquait tant bien que mal pourquoi le président Bouteflika avait accepté le titre qui lui était proposé, vient d’être reporté aux calendes grecques – c’est-à-dire, en fait, abandonné.

C’est ainsi que le FLN n’avait pas plus tôt rechargé ses batteries qu’il lui faut déjà tourner à vide. Il n’était pas parti que déjà son élan est brisé.

On aurait voulu qu’il retombe sans plus tarder dans ses divisions qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

M. Habili

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