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Egypte
Moubarak lâche
du lest
Le Président
égyptien a lâché du lest en demandant au Parlement un amendement de
la Constitution pour introduire dans son pays l’élection
présidentielle au suffrage universel direct.
Cette initiative
apparaît avant tout comme une réponse aux pressions américaine et
dans une moindre mesure aux manifestations de l’opposition
égyptienne qui lui demandaient depuis plusieurs semaines d’accélérer
les réformes politiques, notamment le mode d’élection du chef de
l’état.
L’affaire Ayman
Nour a en quelque sorte été le catalyseur conduisant Hosni Moubarak
à procéder à quelques aménagements constitutionnels. Ayman Nour,
président du parti Al-Ghad (demain-libéral), brutalement privé de
son immunité parlementaire et placé le 21 janvier en détention
préventive pour 45 jours, a brusquement alourdi le climat politique
entre réformateurs et tenants du statu quo à l’intérieur, ainsi
qu’entre l’Egypte et ses partenaires étrangers, notamment les
Etats-Unis. Le responsable du parti Al Ghad est accusé
officiellement de falsification de documents officiels, ce qui peut
lui valoir une peine d’emprisonnement et d’être déchu de ses droits
civiques. Il a été mis en cause quelques jours après avoir reçu, au
Caire, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright,
actuellement à la tête d’un institut américain pour la promotion de
la démocratie dans le monde. Le procureur lui reproche d’avoir
présenté des mandats avec de fausses signatures pour appuyer la
demande d’agrément de son parti. Des accusations cousues de fil
blanc, selon l’accusé et l’opposition. Cette affaire a adressé un
signal très négatif à la communauté internationale, qui attendait de
l’Egypte une accélération de ses réformes politiques, après avoir
affiché son intention de donner un coup de fouet à ses réformes
économiques. Elle a, surtout, passablement troublé les relations
égypto-américaines au point où Condoleeza Rice, la secrétaire
d’Etat, a fait part des “vives inquiétudes” des dirigeants
américains à son homologue égyptien.
C’est dans un tel
contexte que le Président égyptien a pris la décision d’amender la
Constitution, cherchant avant tout à ne pas apparaître comme étant à
la traîne au Proche-Orient s’agissant des ouvertures politiques. En
fait, beaucoup plus par nécessité que par conviction. La réforme
constitutionnelle doit être approuvée par référendum dans les deux
mois de sa mise en forme par le Parlement.
Le processus de
l’élection du chef de l’Etat, selon les dispositions en vigueur
avant l’amendement, commence par le choix aux deux-tiers des voix
par l’Assemblée du peuple d’un candidat unique, qui est ensuite
présenté au plébiscite populaire.
Hosni Moubarak, au
pouvoir depuis 23 ans, après l’assassinat en octobre 1981 du
président Anouar El-Sadate, ne compte cependant pas se retirer de la
course présidentielle. On lui prête l’intention de briguer un
cinquième mandat de six ans à la tête de l’Etat égyptien, en
septembre prochain. S’il est élu, il conforterait son record de
longévité à la tête de la République depuis sa proclamation, en
1954.
L’opposition
égyptienne, qui se sent confortée à l’extérieur, a organisé
plusieurs manifestations depuis décembre, sous le slogan “Kifaya”
(ça suffit), pour lui demander de renoncer au pouvoir, d’amender la
Constitution, afin d’ouvrir l’élection présidentielle prévue dans
quelques mois à une multiplicité de candidatures. Il a cédé sous la
contrainte à l’aménagement constitutionnel, sans pour autant
hypothéquer ses chances d’être réélu. Il est d’ores et déjà en
campagne…
Leïla Heraoua
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