Semaine du 2 au 8 mars 2005

Egypte

Moubarak lâche du lest

 

 
 
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Moubarak lâche du lest

Le Président égyptien a  lâché du lest en demandant au Parlement un amendement de la Constitution pour introduire dans son pays l’élection présidentielle au suffrage universel direct.

Cette initiative apparaît avant tout comme une réponse aux pressions américaine et dans une moindre mesure aux manifestations de l’opposition égyptienne qui lui demandaient depuis plusieurs semaines d’accélérer les réformes politiques, notamment le mode d’élection du chef de l’état.

L’affaire Ayman Nour a en quelque sorte été le catalyseur conduisant Hosni Moubarak à procéder à quelques aménagements constitutionnels. Ayman Nour, président du parti Al-Ghad (demain-libéral), brutalement privé de son immunité parlementaire et placé le 21 janvier en détention préventive pour 45 jours, a brusquement alourdi le climat politique entre réformateurs et tenants du statu quo à l’intérieur, ainsi qu’entre l’Egypte et ses partenaires étrangers, notamment les Etats-Unis. Le responsable du parti Al Ghad est accusé officiellement de falsification de documents officiels, ce qui peut lui valoir une peine d’emprisonnement et d’être déchu de ses droits civiques. Il a été mis en cause quelques jours après avoir reçu, au Caire, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, actuellement à la tête d’un institut américain pour la promotion de la démocratie dans le monde. Le procureur lui reproche d’avoir présenté des mandats avec de fausses signatures pour appuyer la demande d’agrément de son parti. Des accusations cousues de fil blanc, selon  l’accusé et l’opposition. Cette affaire a adressé un signal très négatif à la communauté internationale, qui attendait de l’Egypte une accélération de ses réformes politiques, après avoir affiché son intention de donner un coup de fouet à ses réformes économiques. Elle a, surtout, passablement troublé les relations égypto-américaines au point où Condoleeza Rice, la secrétaire d’Etat, a fait part des “vives inquiétudes” des dirigeants américains à son homologue égyptien.

C’est dans un tel contexte que le Président égyptien a pris la décision d’amender la Constitution, cherchant avant tout à ne pas apparaître comme étant à la traîne au Proche-Orient s’agissant des ouvertures politiques. En fait, beaucoup plus par nécessité que par conviction. La réforme constitutionnelle doit être approuvée par référendum dans les deux mois de sa mise en forme par le Parlement.

Le processus de l’élection du chef de l’Etat, selon les dispositions en vigueur avant l’amendement, commence par le choix aux deux-tiers des voix par l’Assemblée du peuple d’un candidat unique, qui est ensuite présenté au plébiscite populaire.

Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 23 ans, après l’assassinat en octobre 1981 du président Anouar El-Sadate, ne compte cependant pas se retirer de la course présidentielle. On lui prête l’intention de briguer un cinquième mandat de six ans à la tête de l’Etat égyptien, en septembre prochain.  S’il est élu, il conforterait son record de longévité à la tête de la République depuis sa proclamation, en 1954.

L’opposition égyptienne, qui se sent confortée à l’extérieur, a  organisé plusieurs manifestations depuis décembre, sous le slogan “Kifaya” (ça suffit), pour lui demander de renoncer au pouvoir, d’amender la Constitution, afin d’ouvrir l’élection présidentielle prévue dans quelques mois à une multiplicité de candidatures. Il a cédé sous la contrainte à l’aménagement constitutionnel, sans pour autant hypothéquer ses chances d’être réélu. Il est d’ores et déjà en campagne…

Leïla Heraoua

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