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Code de la
famille
Statu quo ou
réalisme ?
Qu’est-ce qui a
motivé la décision du président de la République en faveur du
maintien de l’article relatif au garant (wali) dans le projet de
révision du code de la famille, alors que nombre d’analystes et de
commentateurs étaient quasi certains que Bouteflika allait supprimer
cette disposition tant décriée par les associations de femmes et la
majorité des acteurs du courant moderniste ?
En attendant la
levée de boucliers des partisans de la suppression de l’exigence de
la présence du wali de la femme (père, frère, oncle) pour le
mariage, il est bon de s’interroger sur les raisons de cette
décision du chef de l’Etat. Le communiqué sanctionnant le dernier
Conseil des ministres en donne quelques éléments. En mentionnant
explicitement une disposition qui n’a pas été modifiée par rapport
au texte en vigueur, le président de la République a voulu trancher
net dans ce débat en marquant sa préférence pour la “cohésion
sociale”.
Pour Bouteflika,
l’essentiel de la révision du code devait aller dans le sens de la
préservation de notre société des “conséquences graves induites par
les drames conjugaux des femmes jetées à la rue et des enfants
livrés au dénuement”. Le texte est donc perçu comme un ensemble de
dispositions qui concernent toutes les composantes de la famille
algérienne et non pas la femme uniquement. En d’autres termes, le
plus important était de légiférer pour faire en sorte que la femme
divorcée et ses enfants dont elle a la garde puissent bénéficier de
garanties légales pour qu’ils ne soient pas jetés à la rue. La
disposition la plus importante semble donc être l’obligation faite à
l’époux “d’assurer, en cas de divorce, le logement à ses enfants
mineurs dont la garde est confiée à la mère”.
Ainsi,
l’avant-projet d’ordonnance modifiant et complétant le code de la
famille de 1984 persiste dans “le maintien du wali pour le mariage
de la femme, y compris majeure, en précisant que celle-ci conclut
son contrat de mariage en présence de son wali”. C’est l’expression
d’un statu quo, diront certains, mais ça a tout l’air d’être une
décision plutôt réaliste qui colle parfaitement à la réalité de la
société algérienne.
D’ailleurs, même
si la présence du wali lors de la contraction du mariage n’était
plus exigée dans le code de la famille, les chances d’application
d’une telle disposition auraient été quasi nulles pour majorité des
familles algériennes toutes tendances confondues. Car, dans la
pratique, le véritable mariage a lieu lors de la cérémonie de la
“fatiha” ; celle-ci se déroule en présence du wali de la femme et
celui de l’époux (dans la plupart des cas) et de deux ou plusieurs
témoins. A cette étape du mariage (avant celle du passage devant le
président d’APC), la loi ne peut en aucun cas intervenir pour
veiller à ce que le wali soit présent. De plus, l’observation montre
que même dans les familles cataloguées “modernistes” la présence du
wali est quasi systématique.
Les voix
favorables à la suppression du wali partent de la supposition que la
femme est contrainte d’épouser un homme dont elle ne veut pas. En
réalité, le wali fait office de “garant” du choix arrêté par la
future mariée. S’il ne faut pas nier l’existence de la contrainte
dans le mariage (qui peut également, à des proportions réduites,
concerner les hommes aussi dans le cas des mariages d’intérêt), elle
recule de plus en plus étant donné l’évolution de la société, y
compris dans les régions rurales.
Sans prétendre à
une révolution, le communiqué du Conseil des ministres parle
d’”avancées significatives” pour “renforcer les droits de la femme”.
Ce n’est pas vraiment ce que veut une partie de la société, mais ça
a l’avantage d’un changement qui permettra d’éviter les drames
humains qui se déroulent sous nos yeux dans les rues.
Parmi les
nouvelles dispositions, l’ordonnance modifiant et complétant le code
de la famille fixe l’âge du mariage à 19 ans aussi bien pour l’homme
que pour la femme, et supprime le mariage par procuration. Elle
soumet la polygamie “au consentement préalable de la ou des épouses
et de la future épouse et à l’autorisation du président du tribunal,
qui devra vérifier le consentement ainsi que les motifs et
l’aptitude de l’époux à assurer l’équité et les conditions
nécessaires à la vie conjugale”.
En outre, parmi
ses nouveautés, l’avant-projet reconsidère “l’ordre des priorités en
matière de droit de garde au profit du père, qui se place désormais
après la mère de l’enfant”, déclassant ainsi la mère de l’épouse, sa
sœur, ses tantes et la mère de l’époux. En matière de garanties, le
texte élargit les prérogatives du juge qui pourra “statuer en
référé, par ordonnance notamment, sur les questions relatives au
droit de garde, au droit de visite, au logement et à la pension
alimentaire”. Partant d’un vécu, cette disposition permettra
d’accélérer les procédures judiciaires afin d’éviter à la femme qui
a la garde des enfants d’attendre des années avant de percevoir une
pension alimentaire dont le montant devient caduque par le fait de
la dévaluation.
En rendant hommage
aux membres de la commission qui a élaboré les propositions
d’amendement du code de la famille, Bouteflika a tenu à écorcher au
passage les “faux clivages et les débats stériles” entretenus par
les deux bords qui s’affrontent autour de la réforme. Pour le
premier magistrat du pays, l’essentiel dans la révision était de
“concilier les prescriptions intangibles de notre religion sacrée et
les valeurs civilisationnelles de notre peuple avec les données
incontournables de l’évolution de la société algérienne dans ce
qu’elle véhicule comme aspirations à la liberté et à la consécration
du droit à l’égalité des Algériennes et des Algériens”.
Il faut juste
rappeler qu’une loi à elle seule ne garantit pas l’égalité. Car le
poids des lois du silence sont plus pesantes au sein de la société.
Le meilleur gage pour l’évolution des droits de la femme, et du
droit tout court, serait de porter l’ensemble de la société à
évoluer vers des pratiques de liberté et de respect des choix de
chaque individu. Si l’”élite” perdait moins de temps à donner des
leçons au “petit peuple” et s’impliquait à faire “évoluer” les
perceptions du monde au sein de la société, on avancerait plus vite.
En attendant, il faut rester réaliste dans la liste des
“révolutions” qu’on veut proposer.
Abdelkader
Djalil
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Affaire de la
résidence des Deux Bassins
Une histoire de
double hypothèque
L’affaire opposant
la famille Mimouni à l’architecte promoteur M’Hamed Sahraoui est
riche en rebondissements. Avant de trouver son épilogue, elle
continue de livrer, petit à petit, ses secrets. Le dernier en date,
et non des moindres, est la découverte faite pas les acquéreurs d’un
logement dans la tour de la résidence des Deux Bassins, dont ils
peinent à obtenir l’acte de propriété bien qu’ils aient payé la
totalité de la somme depuis dix ans, à propos de l’hypothèque du
terrain qui devait accueillir la promotion et l’ensemble des
constructions qui allaient êtres érigées dans cette superficie.
Quoi de plus
normal, diriez-vous, qu’un promoteur hypothèque un lot de terrain
qu’il détient en toute propriété afin d’obtenir un prêt bancaire
devant lui faciliter l’accomplissement de la promotion immobilière
qu’il s’apprête à réaliser. Sahraoui n’est ni le premier ni le
dernier à recourir à cette solution de l’hypothèque légale.
Mais la découverte
faite par la famille Mimouni, auprès de la Conservation foncière de
Chéraga, n’a rien d’une opération légale qui a été, de surcroît,
réalisée grâce au concours d’un notaire. Les documents obtenus par
les acquéreurs montrent que le promoteur a hypothéqué deux fois et
en même temps le terrain d’assiette et les constructions qui
devaient y être édifiées pour obtenir des prêts auprès de deux
banques différentes. Selon les “formalités de publicité” rédigées
par Me Mokhtari Mohamed, notaire, le promoteur de la résidence des
Deux Bassins a hypothéqué une première fois, le 5 décembre 1989, un
lot de terrain de 31 576 m2 ainsi que toutes les constructions qui
devaient y être érigées dans le cadre de la promotion (appartements,
villas, pavillons, bureaux, boutiques et locaux commerciaux). Cette
hypothèque devait lui servir pour obtenir un prêt bancaire d’un
montant de 50 millions de dinars auprès de la Banque nationale
d’Algérie (BNA - Agence de Riadh El-Feth). Prévu pour une durée de
trente ans, l’hypothèque devait prendre fin le 5 décembre 2019. Une
convention de crédit à moyen terme est alors signée par le promoteur
et la BNA, le 19 mars 1990. Près de huit ans plus tard, après avoir
remboursé le prêt contracté à la BNA, le promoteur obtient de cette
banque, en date du 15 mai 1997, une “déclaration de mainlevée” afin
que soit définitivement radiée l’inscription de l’hypothèque légale
ayant permis l’octroi de ce premier prêt. Un autre document obtenu
par la famille Mimouni auprès de la Conservation foncière de la
daïra de Chéraga, montre que M. Sahraoui a eu recours, trois ans
avant que soit radiée la première hypothèque, à une seconde
hypothèque pour obtenir un prêt d’une autre institution bancaire.
Le document,
établi par le même notaire, montre qu’il s’agit du même “lot de
terrain d’une superficie de 31 576 m2 situé sur le territoire de la
commune d’El-Achour (daïra de Chéraga), limité par une forêt et une
autoroute au nord, un établissement scolaire CEM au sud, la route de
wilaya n°13 à l’est et le projet des 1026 logements EPLF à l’ouest”.
La seconde
hypothèque a été inscrite le 22 février 1994, alors que la première
était toujours en cours. Elle devait servir pour l’obtention d’un
“crédit à la construction” d’un montant de 10 millions de dinars
auprès de la CNEP. Une convention a, d’ailleurs, été signée par les
deux contractants le 2 juin 1994. La mainlevée sur la deuxième
hypothèque a été octroyée par la CNEP le 17 novembre 1997, soit six
mois jour pour jour avant celle qui a été délivrée par la BNA pour
la première hypothèque.
Résumons-nous. M.
Sahraoui a hypothéqué à deux reprises le terrain et les
constructions qu’il allait réaliser dessus pour l’obtention de deux
prêts bancaires. La première irrégularité est, donc, d’avoir
hypothéqué le même bien une seconde fois avant que la première
hypothèque ne soit levée. Sur ce point, il est légitime de
s’interroger sur le rôle de la Conservation foncière de Chéraga et,
surtout, sur celui de l’agence CNEP de Bou Ismaïl.
Rappelons que dans
l’entretien qu’il nous avait accordé l’année dernière, l’architecte
promoteur avait minimisé cette histoire en n’évoquant qu’une seule
opération d’hypothèque. “En fait, disait-il, j’avais contracté un
emprunt et la banque a exigé de moi une hypothèque sur une toute
petite partie parce que la somme était minuscule. J’ai investi plus
de 300 milliards de centimes, alors que le prêt que j’avais
contracté n’était que de 8 milliards de centimes uniquement. Une
somme que j’ai, d’ailleurs, remboursée d’un seul coup.”
L’autre
irrégularité, et non des moindres, commise par le promoteur, est
d’avoir vendu sur plan à des dizaines d’acquéreurs sans les avoir
préalablement informés que le terrain devant accueillir la promotion
immobilière et l’ensemble des ouvrages qui allaient y être
construits étaient hypothéqués. Il faut rappeler que les premiers
acquéreurs ont acheté des appartements dès 1992, soit pendant la
première hypothèque, alors que d’autres en ont acquis en 1994 et
1995, comme c’est le cas de la famille Mimouni, soit lorsque les
deux hypothèques étaient en vigueur.
C’est ce qui
explique que le promoteur ne pouvait pas remettre les actes de
propriété aux acquéreurs qu’à partir de l’année 2000, car n’étant
pas encore, lui-même, propriétaire avant cette date (la famille
Mimouni étant la seule à ne pas avoir obtenu ce document).
Après la
délivrance des deux mainlevées, fin 1997, le promoteur de la
résidence des Deux Bassins a dû attendre mars 1999 pour l’obtention
du certificat de conformité par l’APC d’El-Achour qui devait, avant
de le lui délivrer, constater (comme le prévoit la loi) que le plan
de masse initial avait été respecté et que toutes les commodités
étaient achevées.
A. D.
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