Semaine du 2 au 8 mars 2005

 

Le président de la République se livre devant les travailleurs

Loin d’être un discours de circonstance

 

 
 
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Le président de la République se livre devant les travailleurs

Loin d’être un discours de circonstance

Pour le lecteur profane, il peut sembler bizarre qu’un même discours prononcé par le président de la République donne lieu à autant de Unes qu’il existe de titres sur la place. Mais pour le lecteur averti, cette diversité de titres est tout à fait compréhensible. Elle dénote, outre la diversité médiatique, le fait que chaque rédaction croit y trouver une grille de lecture qui corresponde à sa ligne éditoriale ou encore à ses préoccupations de l’heure.

C’est le cas, entre autres, du dernier long discours prononcé, le 23 février, par Abdelaziz Bouteflika à l’occasion de la célébration du double anniversaire de la création de l’UGTA et de la nationalisation des hydrocarbures. “Un discours, souligne l’éditorialiste du Jour d’Algérie (édition du samedi 26 février) (qui) n’a pas fini d’alimenter les débats les plus passionnés autour de déclarations qui, pour certaines d’entre elles, marquent l’entrée dans une démarche politique qui a au moins l’avantage de la clarté.”

C’est ainsi qu’au lendemain de ce discours, les titres l’ont décortiqué en fonction de ce qu’ils ont estimé important. Sur cette base, on retrouve ceux qui auront traité le passage destiné à l’UGTA, à l’image du Jour d’Algérie, de La Dépêche de Kabylie et Liberté, dans lequel le premier magistrat affirme : “Je ne reconnais que l’UGTA.” C’est le cas également du titre arabophone El Khabar, qui reprend également en Une de son édition du jour l’aveu fait par le Président et selon lequel “la loi sur les hydrocarbures a été imposée et que nous n’avons pas d’autre choix que la privatisation”.

Ceci pendant que Le Maghreb prend la peine de reprendre, entre guillemets, le passage où Bouteflika affirme que “les EPE ne seront pas bradées”.

Une autre partie de quotidiens, à l’image d’Al Fadjr et La Nouvelle République, qui, eux, ont préféré s’attarder sur le passage dans lequel Bouteflika s’en prend à la mafia du foncier. El Ahdeth est à classer dans cette catégorie puisque, en Une de son édition du jeudi 24 février, il annonçait : “Bouteflika ouvre le feu sur de hauts responsables de l’Etat.” En plus clair, estime en une El Djazair News “c’est les  réformes  ou  la... catastrophe”.

L’intérêt d’une troisième partie de titres a été retenu par le volet politique du discours. “Pas de référendum avant que les plaies ne se referment”, annonce Le Jeune Indépendant. “Pas d’amnistie tant que la société n’est pas prête”, renchérit La Tribune, tandis qu’El Watan met en évidence la phrase dans laquelle le premier magistrat du pays rappelle : “L’amnistie n’est pas de mon ressort.”

 

Seule l’UGTA est reconnue

La rédactrice de La Dépêche de Kabylie affirmait, au lendemain du discours prononcé par le Président que d’aucuns ont jugé très “réconfortant pour les adhérents de l’UGTA” puisque “ce parrainage va inéluctablement renforcer les troupes de Sidi Saïd”, allait nécessairement susciter quelques mécontents parmi les syndicats autonomes qui ont été remis en cause par le discours “puisqu’ils ne sont pas reconnus comme partenaires sociaux”, ne s’est pas trompée puisque dès samedi, la presse a faisait état de la réaction des responsables de ces syndicats.

“Les syndicats autonomes (sont) indignés” annonce El Watan du samedi 26 février.

Toutefois, est-il souligné, le coordinateur du Comité national des libertés syndicales (CNLS) “a fait remarquer que les déclarations du président Bouteflika ne doivent pas constituer un motif de découragement”. Reste, rapporte Le Soir d’Algérie que “les animateurs de la CNLS (qui) considèrent que le Président de tous les Algériens est aussi le Président de tout les syndicats algériens”, n’ont pas manqué de s’interroger sur “les visées d’une reconnaissance d’un seul partenaire social”. Pour El Ahdeth l’explication est toute simple : “Le pouvoir a récompensé la Centrale syndicale pour sa concession au sujet de la loi sur les hydrocarbures.” Il n’en demeure pas moins que les syndicalistes autonomes menacent et “prévoient une grève” selon Le Jour d’Algérie du 26 février.

 

Foncier agricole

 La commentatrice d’Al Fadjr, de son côté, revient sur l’intention affichée de Bouteflika de déclarer la guerre aux spéculateurs dans le domaine du foncier agricole. “D’où cela commencera-t-il ?”, s’est-elle interrogée d’emblée. Si Bouteflika se limite à s’attaquer aux exploitants agricoles qui ont fait des désistements conformément à la loi en vigueur et aux bénéficiaires tout aussi légaux, “il ne changera rien à la situation”, avertit-elle. Car il s’attaquera à “la seule partie émergée de l’iceberg tandis que la partie immergée est la plus importante dans cette bataille loin de la guerre”. “Le problème, est-il ajouté, est plus profond et ne se limite pas à ceux qui se sont désistés ou qui ont bénéficié car ils sont, dans la plupart des cas, des prête-noms.” C’est pourquoi, conclut la commentatrice d’A Ffadjr, “si le Président se contente de situer les responsabilités à ce niveau, c’est qu’il aura choisi la solution de facilité, ou mieux encore il sera semblable à celui qui affrontera des moulins à vent”.

 

Amnistie générale

C’est à juste raison que Le Jeune Indépendant du jeudi 24 février souligne, à l’issue du discours, “qu’au moment où la classe politique s’attendait à ce que le président de la République dévoile les détails de l’initiative qu’il avait lancée le 1er novembre 2004 pour une amnistie générale”, le président Bouteflika a annoncé qu’il n’y aura pas de référendum avant que les plaies ne se referment. Pour lui, il n’est pas possible de pardonner si le peuple n’est pas prêt.

El Watan souligne que, dans ce discours, le Président a apporté “une précision de taille sur un sujet qui occupe la scène nationale” en affirmant devant l’auditoire qu’il “sera incapable de demander au peuple de se prononcer sur le projet de l’amnistie s’il ressent que ce dernier n’est pas prêt à pardonner”.

La Tribune du 24 février souligne que le Président “est revenu sur l’amnistie en déclarant qu’il ne pouvait prendre la responsabilité maintenant de décréter une amnistie alors que la société n’en voulait pas pour l’instant et que sa politique de réconciliation nationale visait justement à apaiser les esprits, sécher les larmes et panser les plaies”.

Reste que ces déclarations n’ont pas manqué de susciter un intérêt médiatique. Pour preuve, El Watan du samedi 26 février revient sur le sujet. “Le projet sur l’amnistie générale évoqué par le président Bouteflika avant que les partis de l’alliance présidentielle et autres organisations de la société civile qui gravitent dans le giron du Pouvoir ne s’emparent du dossier pour lancer une campagne avant l’heure serait-ce un simple ballon-sonde pour jauger les prédispositions de l’opinion publique par rapport à cette initiative politique particulièrement sensible ?”, s’est interrogé son commentateur. Ce qui est certain, estime ce quotidien, c’est que, s’agissant de ce projet, “Bouteflika remet les compteurs à zéro”.

Mais pas seulement pour ce qui concerne cet aspect. Puisque revenant sur les idées fortes du discours, l’éditorialiste du Jour d’Algérie du samedi 26 février estime que désormais, “nous voilà donc avertis des options que le président de la République entend mettre en œuvre pour les quatre ans à venir sur fond de moralisation de la vie publique”. L’éditorialiste met en garde contre les dangers qui peuvent découler de “la conséquence logique d’une telle vision des choses étant que le président de la République va alors immanquablement se retrouver comme seul et unique acteur politique du pays (…)”.

Nadia Kerraz

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