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Le président de
la République se livre devant les travailleurs
Loin d’être un
discours de circonstance
Pour le lecteur
profane, il peut sembler bizarre qu’un même discours prononcé par le
président de la République donne lieu à autant de Unes qu’il existe
de titres sur la place. Mais pour le lecteur averti, cette diversité
de titres est tout à fait compréhensible. Elle dénote, outre la
diversité médiatique, le fait que chaque rédaction croit y trouver
une grille de lecture qui corresponde à sa ligne éditoriale ou
encore à ses préoccupations de l’heure.
C’est le cas,
entre autres, du dernier long discours prononcé, le 23 février, par
Abdelaziz Bouteflika à l’occasion de la célébration du double
anniversaire de la création de l’UGTA et de la nationalisation des
hydrocarbures. “Un discours, souligne l’éditorialiste du Jour
d’Algérie (édition du samedi 26 février) (qui) n’a pas fini
d’alimenter les débats les plus passionnés autour de déclarations
qui, pour certaines d’entre elles, marquent l’entrée dans une
démarche politique qui a au moins l’avantage de la clarté.”
C’est ainsi qu’au
lendemain de ce discours, les titres l’ont décortiqué en fonction de
ce qu’ils ont estimé important. Sur cette base, on retrouve ceux qui
auront traité le passage destiné à l’UGTA, à l’image du Jour
d’Algérie, de La Dépêche de Kabylie et Liberté, dans lequel le
premier magistrat affirme : “Je ne reconnais que l’UGTA.” C’est le
cas également du titre arabophone El Khabar, qui reprend également
en Une de son édition du jour l’aveu fait par le Président et selon
lequel “la loi sur les hydrocarbures a été imposée et que nous
n’avons pas d’autre choix que la privatisation”.
Ceci pendant que
Le Maghreb prend la peine de reprendre, entre guillemets, le passage
où Bouteflika affirme que “les EPE ne seront pas bradées”.
Une autre partie
de quotidiens, à l’image d’Al Fadjr et La Nouvelle République, qui,
eux, ont préféré s’attarder sur le passage dans lequel Bouteflika
s’en prend à la mafia du foncier. El Ahdeth est à classer dans cette
catégorie puisque, en Une de son édition du jeudi 24 février, il
annonçait : “Bouteflika ouvre le feu sur de hauts responsables de
l’Etat.” En plus clair, estime en une El Djazair News “c’est les
réformes ou la... catastrophe”.
L’intérêt d’une
troisième partie de titres a été retenu par le volet politique du
discours. “Pas de référendum avant que les plaies ne se referment”,
annonce Le Jeune Indépendant. “Pas d’amnistie tant que la société
n’est pas prête”, renchérit La Tribune, tandis qu’El Watan met en
évidence la phrase dans laquelle le premier magistrat du pays
rappelle : “L’amnistie n’est pas de mon ressort.”
Seule l’UGTA
est reconnue
La rédactrice de
La Dépêche de Kabylie affirmait, au lendemain du discours prononcé
par le Président que d’aucuns ont jugé très “réconfortant pour les
adhérents de l’UGTA” puisque “ce parrainage va inéluctablement
renforcer les troupes de Sidi Saïd”, allait nécessairement susciter
quelques mécontents parmi les syndicats autonomes qui ont été remis
en cause par le discours “puisqu’ils ne sont pas reconnus comme
partenaires sociaux”, ne s’est pas trompée puisque dès samedi, la
presse a faisait état de la réaction des responsables de ces
syndicats.
“Les syndicats
autonomes (sont) indignés” annonce El Watan du samedi 26 février.
Toutefois, est-il
souligné, le coordinateur du Comité national des libertés syndicales
(CNLS) “a fait remarquer que les déclarations du président
Bouteflika ne doivent pas constituer un motif de découragement”.
Reste, rapporte Le Soir d’Algérie que “les animateurs de la CNLS
(qui) considèrent que le Président de tous les Algériens est aussi
le Président de tout les syndicats algériens”, n’ont pas manqué de
s’interroger sur “les visées d’une reconnaissance d’un seul
partenaire social”. Pour El Ahdeth l’explication est toute simple :
“Le pouvoir a récompensé la Centrale syndicale pour sa concession au
sujet de la loi sur les hydrocarbures.” Il n’en demeure pas moins
que les syndicalistes autonomes menacent et “prévoient une grève”
selon Le Jour d’Algérie du 26 février.
Foncier
agricole
La commentatrice
d’Al Fadjr, de son côté, revient sur l’intention affichée de
Bouteflika de déclarer la guerre aux spéculateurs dans le domaine du
foncier agricole. “D’où cela commencera-t-il ?”, s’est-elle
interrogée d’emblée. Si Bouteflika se limite à s’attaquer aux
exploitants agricoles qui ont fait des désistements conformément à
la loi en vigueur et aux bénéficiaires tout aussi légaux, “il ne
changera rien à la situation”, avertit-elle. Car il s’attaquera à
“la seule partie émergée de l’iceberg tandis que la partie immergée
est la plus importante dans cette bataille loin de la guerre”. “Le
problème, est-il ajouté, est plus profond et ne se limite pas à ceux
qui se sont désistés ou qui ont bénéficié car ils sont, dans la
plupart des cas, des prête-noms.” C’est pourquoi, conclut la
commentatrice d’A Ffadjr, “si le Président se contente de situer les
responsabilités à ce niveau, c’est qu’il aura choisi la solution de
facilité, ou mieux encore il sera semblable à celui qui affrontera
des moulins à vent”.
Amnistie
générale
C’est à juste
raison que Le Jeune Indépendant du jeudi 24 février souligne, à
l’issue du discours, “qu’au moment où la classe politique
s’attendait à ce que le président de la République dévoile les
détails de l’initiative qu’il avait lancée le 1er novembre 2004 pour
une amnistie générale”, le président Bouteflika a annoncé qu’il n’y
aura pas de référendum avant que les plaies ne se referment. Pour
lui, il n’est pas possible de pardonner si le peuple n’est pas prêt.
El Watan souligne
que, dans ce discours, le Président a apporté “une précision de
taille sur un sujet qui occupe la scène nationale” en affirmant
devant l’auditoire qu’il “sera incapable de demander au peuple de se
prononcer sur le projet de l’amnistie s’il ressent que ce dernier
n’est pas prêt à pardonner”.
La Tribune du 24
février souligne que le Président “est revenu sur l’amnistie en
déclarant qu’il ne pouvait prendre la responsabilité maintenant de
décréter une amnistie alors que la société n’en voulait pas pour
l’instant et que sa politique de réconciliation nationale visait
justement à apaiser les esprits, sécher les larmes et panser les
plaies”.
Reste que ces
déclarations n’ont pas manqué de susciter un intérêt médiatique.
Pour preuve, El Watan du samedi 26 février revient sur le sujet. “Le
projet sur l’amnistie générale évoqué par le président Bouteflika
avant que les partis de l’alliance présidentielle et autres
organisations de la société civile qui gravitent dans le giron du
Pouvoir ne s’emparent du dossier pour lancer une campagne avant
l’heure serait-ce un simple ballon-sonde pour jauger les
prédispositions de l’opinion publique par rapport à cette initiative
politique particulièrement sensible ?”, s’est interrogé son
commentateur. Ce qui est certain, estime ce quotidien, c’est que,
s’agissant de ce projet, “Bouteflika remet les compteurs à zéro”.
Mais pas seulement
pour ce qui concerne cet aspect. Puisque revenant sur les idées
fortes du discours, l’éditorialiste du Jour d’Algérie du samedi 26
février estime que désormais, “nous voilà donc avertis des options
que le président de la République entend mettre en œuvre pour les
quatre ans à venir sur fond de moralisation de la vie publique”.
L’éditorialiste met en garde contre les dangers qui peuvent découler
de “la conséquence logique d’une telle vision des choses étant que
le président de la République va alors immanquablement se retrouver
comme seul et unique acteur politique du pays (…)”.
Nadia Kerraz
Haut
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