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Réactualisation du plan du philosophe Leo Strauss
Et le «chaos
destructeur» commença…
Les bombardements
qui pleuvent sur le Liban et qui tuent chaque jour des vies
humaines, ont quelque chose de positif, voire de constructif, dans
la vision des Américains et des Israéliens. Pour preuve, ce nouveau
génocide est qualifié par la secrétaire d’Etat des USA, Condoleezza
Rice, de «contractions de la naissance d’un nouveau Moyen-Orient».
Après les
partisans de «la régression féconde» en Algérie, qui semblaient en
symbiose avec ceux favorables au «laboratoire» maghrébin, voilà que
nous assistons aujourd’hui à la naissance du concept de «chaos
constructeur» par les néo-conservateurs américains. La théorie du khalatha
ou tesfa est réservée à toute une région qui a du mal à s’apaiser
depuis les années 1940 et où l’on exige la mort, la destruction et
le sang pour asseoir un nouvel ordre dans un Moyen-Orient qui se
trouve être très riche en hydrocarbures.
Préparée de longue
date, mais accélérée par le prétexte de l’enlèvement de deux soldats
israéliens par le Hezbollah libanais, l’agression de l’armée
israélienne contre le pays du Cèdre est contrôlée et suivie depuis
Washington.
Il n’y a qu’à
revenir à ce 21 juillet dernier, où Mme Rice s’est élevée
contre tout retour au «statu quo ante» entre Israël et le Liban,
lors de son point de presse au département d’Etat. La responsable a
laissé clairement entendre que les Etats-Unis doivent être
«certains» qu’ils poussent vraiment vers le nouveau Moyen-Orient.
Ainsi, la fameuse justification des soldats israéliens capturés par
le mouvement chiite, brandie pour blanchir l’invasion du territoire
libanais, n’a plus lieu d’être. Dans l’étape actuelle, on a affaire
à la mise en application d’un plan diabolique mûrement réfléchi,
celui du «chaos constructeur». Un plan enfanté par le philosophe Leo
Strauss, qui estimait que le pouvoir ne saurait s’exercer dans
l’immobilisme, mais de préférence par l’élimination de toute forme
de résistance. Pour les adeptes de Strauss, il faut donc plonger des
populations dans le chaos et le désordre, seul moyen de pousser les
élites à ambitionner à la stabilité/solidité de leur position. Ils
pensent même que grâce à la violence, ils feraient correspondre les
intérêts colonialistes américains avec ceux de l’Etat hébreu. Cela,
en jouant évidemment sur l’alliance sacrée judéo-chrétienne.
Des voix s’élèvent
aujourd’hui pour attirer l’attention sur le fait que l’idée d’un
démantèlement du Liban, de la création d’un mini-Etat chrétien et de
l’annexion d’une partie du territoire libanais n’est pas nouvelle.
En 1957, un certain David Gourion y faisait référence dans une de
ses lettres (publiée en annexe de ses mémoires posthumes),
indique-t-on. Et c’est cette même lettre qui a servi, trente-neuf
ans plus tard, à la rédaction du projet de colonisation du
Proche-Orient. La pensée du sionisme révisionniste était bel et bien
en marche !
Sous le titre
Une Rupture propre : une nouvelle stratégie pour sécuriser le
royaume (d’Israël), le document en question prévoit plusieurs
événements, dont certains se confirment à l’heure actuelle, à
savoir l’annulation des accords de paix d’Oslo, l’annexion des
territoires palestiniens, le renversement de Saddam Hussein (Irak)
aux fins de déstabiliser la Syrie et le Liban, l’élimination de
Yasser Arafat, le démantèlement de l’Irak avec la création d’un Etat
palestinien sur son territoire, ainsi que l’utilisation d’Israël
comme base complémentaire du programme de guerre des étoiles des
Etats-Unis. Ce texte aurait même inspiré Benjamin Netanyahu dans un
de ses discours devant les congressistes US, allant jusqu’à proférer
des menaces contre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, sans négliger
la revendication d’annexion de la partie est de la Palestine.
Ce point de vue
rejoint celui de l’administration Bush, qui semble préoccupée par le
contrôle des zones riches en hydrocarbures, connues sous le vocable
de «arc de crise». C’est-à-dire l’arc allant du Golfe de Guinée à la
mer Caspienne en passant par le golfe Persique. Seulement, un tel
projet ambitieux demande une redéfinition à la fois des frontières,
des Etats et des régimes politiques ou, pour paraphraser le
président américain George W. Bush, suppose «un remodelage du Grand
Moyen-Orient». C’est de ce nouveau Moyen-Orient que Condoleezza Rice
veut parler en justifiant sa naissance dans la douleur.
De l’avis des
analystes, le remodelage de la carte géopolitique et géoéconomique
de la région, tel qu’il est conçu, exigerait de prendre en compte
l’ancien territoire de l’empire ottoman. Dans la vision
américano-israélienne, les Etats hérités de la chute de cet empire
devraient se transformer en douaïlate, c’est-à-dire de
petites entités mono-ethniques qui seraient neutralisées, grâce aux
disputes (et conflits) permanents entre elles. Finalement, il ne
s’agirait ni plus ni moins que du retour aux accords
Sykes-Picot, qui ont été conclus secrètement en 1916 par les empires
français et britannique, avec cette fois la consécration de la
tutelle totale des Anglo-Saxons sur la région.
Mais en attendant
la réalisation du projet impérial, Washington, Israël et leurs
alliés, y compris au sein des Nations unies, s’emploient depuis
quelques années à détruire les Etats du Moyen-Orient. Pour preuve,
les territoires occupés de la Palestine ont encore réduits de 7%.
Par ailleurs, la Bande de Gaza et la Cisjordanie ont été séparées
physiquement par un mur, malgré l’opposition des instances
internationales. L’Autorité palestinienne a en outre été humiliée et
agressée : ses ministres et ses parlementaires ont été enlevés et
séquestrés. Pour ce qui est du Liban, celui-ci a été sommé par l’ONU
de se désarmer à travers l’éjection des forces syriennes et la
liquidation du Hezbollah. Depuis le 12 juillet dernier, l’offensive
israélienne cible des villages, des civils et des infrastructures,
notamment économiques, contraignant plusieurs centaines de Libanais
à emprunter le chemin de l’exil. Il n’empêche que le mythe d’Israël
l’invincible a éclaté en mille morceaux après les coups portés par
la résistance libanaise conduite par le Hezbollah.
Pour ce qui est de
l’Irak, le régime de Saddam qualifié de dictatorial a été substitué
par un régime encore plus cruel. La grande mascarade de la
«démocratie à l’américaine» a ouvert la voie à l’anarchie dans ce
pays, qui risque maintenant de se fragmenter.
Après l’Afghanistan, l’Irak et le Liban, les néo-colonialistes
américains, disciples de Leo Strauss, sont impatients d’étendre leur
théorie du chaos à la Syrie, à l’Iran et au Soudan. Dans l’étape
actuelle, les bienfaits de la démocratie et des droits de l’homme
sont célébrés par le sang, la désolation et les larmes !
Des sources, dont
le San Francisco Chronicle, indiquent que le projet de
destruction du Liban a été présenté par Israël à l’administration
Bush, il y a un peu plus d’un an. Il aurait aussi fait l’objet de
discussions politiques, les 17 et 18 juin dernier, au cours du Forum
mondial de l’American
Enterprise Institute, à Beaver Creek, entre
Dick Cheney
et Benjamin Netanyahu. C’est après cette rencontre qu’est venu alors
le feu vert de la Maison-Blanche.
Z’hor Chérief
Haut
Monde arabe
Quelle culture
dans la division ?
Alger sera-t-elle
réellement la capitale de la culture arabe en 2007 ? A voir déjà
tous les problèmes et les lenteurs qui ont émaillé les préparatifs
de cette manifestation, à commencer par le différend qui a
sérieusement opposé le commissaire du festival et la ministre de la
Culture, Khalida Toumi, et qui s’est soldé par le départ de Lamine
Bechichi, l’on se demande si cette manifestation se tiendra à temps,
mais aussi et surtout si elle sera réussie. Une autre interrogation,
qu’on ne peut passer sous silence, s’impose. Ce qui se passe en ce
moment dans le monde arabe est-il favorable à ce genre de
rencontres, surtout que les Arabes ont clairement manifesté leur
division ?
Les Américains
auront donc largement réussi leur politique dans le monde arabe, qui
consiste à semer la discorde entre des pays qui ont tout pour
s’entendre. Langue commune, us et traditions qui se ressemblent
beaucoup… Ils ont aussi largement réussi à faire peur aux régimes
arabes. En effet, depuis l’invasion de l’Irak sous le prétexte
fallacieux d’y instaurer la démocratie et de juger le président
Saddam Hussein qui avait une réputation de dictateur, les pays
arabes sont nombreux à redouter une agression, car nul n’est sans
ignorer que la présence américaine en Irak n’a apporté que malheur
et désolation.
Ce que les
Américains appellent "la libération" du pays s’est traduit par un
gigantesque dégraissage qui a mis au chômage 50 à 70% de la
population en quelques mois seulement. Violence, pénuries,
inflation, corruption sont devenus le quotidien des Irakiens qui
avaient compris, depuis le début des menaces américaines, que le but
réel de l’occupation était de donner plus de liberté aux capitaux
étrangers.
Certains
observateurs sont même allés jusqu’à affirmer que le projet
fondamental américain, en intervenant en Irak, était de poursuivre
et de développer l’encerclement stratégique de l’Europe pour contrer
toute tentative d’avancée de ses principaux rivaux impérialistes,
notamment l’Allemagne, vers l’est de la Méditerranée.
Toujours est-il
que les régimes arabes ont pris peur de se voir traiter comme le fut
l’Irak qui, jusqu’à ce jour, baigne dans la violence, la faim, le
manque de médicaments et surtout peine à se voir un jour libre. Donc
la stratégie du Grand Moyen-Orient imaginée par les Américains,
concrétisée surtout avec l’occupation de l’Irak, a porté ses fruits.
Les Arabes ont
peur de contredire les Etats-Unis ou de s’opposer à l’une de leurs
décisions. La preuve est là, tangible. Nul n’a levé le petit doigt
pour venir en aide aux Irakiens, nul ne bougera le pour soutenir les
Libanais que l’armée israélienne ne cesse de bombarder depuis des
jours et des jours. Mieux encore, le président égyptien, Hosni
Moubarak, a clairement annoncé que son pays ne prendrait nullement
part à cette guerre où il n’a rien à gagner ni à perdre et qu’il
préfère utiliser le budget qu’il aurait pu être alloué pour aider le
Liban à améliorer les conditions de vie de son peuple. Des
conditions, tout le monde le sait, qui sont catastrophiques et pas
près de s’améliorer.
L’Arabie Saoudite,
pour sa part, ne s’est pas gênée pour justifier l’agression
israélienne contre le Liban par le kidnapping de deux soldats
israéliens par le parti du Hezbollah. Ce qui n’est pas vrai et ne
convainc personne, car on ne fait pas une guerre aussi atroce pour
récupérer deux soldats. Des négociations entre les deux parties
auraient certainement abouti à une solution moins catastrophique et
moins violente.
Donc, que des
régimes arabes cautionnent presque des frappes militaires contre un
autre pays arabe paraît invraisemblable. Mais la réalité est là pour
le confirmer.
Déjà, du temps de
l’occupation de la Palestine, certains pays arabes avaient donné le
ton et tourné le dos à une revendication des plus légitimes :
chasser les Israéliens d’une terre qu’ils ont injustement occupée et
dont ils ont spolié les richesses. Depuis, les choses n’ont pas
changé. Plus grave encore, certains régimes arabes ont carrément
affiché leur tendance à sympathiser avec Israël. Visite de
dirigeants arabes à Tel Aviv, signature de traités, ouverture de
représentations diplomatiques israéliennes dans des capitales
arabes… Mieux encore, les échanges commerciaux sont de plus en plus
réguliers et il ressort que plus de 34% des importations réalisées
par les pays arabes proviennent d’Israël.
Résultat : les
Arabes se rapprochent de plus en plus des Etats-Unis et d’Israël et
s’éloignent à grands pas de la sphère du Monde arabe. Rien de plus
simple pour le prouver que de citer le sommet arabe extraordinaire
que le Yémen a proposé de tenir pour discuter des conditions
édictées par Israël pour arriver à un cessez-le-feu. Il y a quelques
jours, Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, avait
annoncé que la date et le lieu de la tenue de ce sommet
extraordinaire ne pouvaient être définies car le quorum n’était pas
atteint. Curieux paradoxe. Le Yémen, qui avait lui-même proposé
l’idée de ce sommet, a fini par s’excuser de ne pouvoir y
participer. Résultat logique des choses. Le sommet a été annulé au
grand dam des Arabes qui, encore une fois, n’ont pu être solidaires
les uns des autres pour exercer une pression sur Israël, qui
continue, avec la bénédiction des Américains, à mettre à feu et à
sang la Palestine et le Liban, dans l’impunité totale.
Les Arabes ont,
encore une fois, raté l’occasion de dire haut et fort ce qu’ils
pensent des agissements américains, mais aussi et surtout d’agir en
conséquence pour se défendre.
A quoi sert-il
donc de glorifier la culture arabe si cette culture est menacée de
disparition ? Tout le monde aura constaté la destruction en Irak des
mosquées, des musées et de beaucoup d’autres monuments qui
symbolisaient la culture arabo-islamique. Si le but était
d’instaurer un régime démocratique, pourquoi les Américains se
sont-ils attaqués avec autant d’acharnement aux symboles de ce pays
et à son histoire ? N’est-ce pas la preuve irréfutable que l’idée
première est d’en faire un pays sans culture, sans histoire et donc
sans racines.
L’idée de faire de
l’Algérie la capitale de la culture arabe n’est pas une mauvaise
idée. C’est même une initiative louable. Mais qu’aura-t-elle de
concret pour le monde arabe qui manifeste clairement sa division ?
Les différends qui
ont surgi dès le début des préparatifs entre le commissaire et
Khalida Toumi, ministre de la Culture, ont abouti au blocage du
budget de cette manifestation ; le financement a été libéré sitôt
Lamine Bechichi parti. Ce conflit ne donne-t-il pas un avant-goût de
ce que sera la manifestation culturelle annoncée à cor et à cri ?
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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