Semaine du 2 au 8 août 2006

 

Réactualisation du plan du philosophe Leo Strauss

Et le «chaos destructeur» commença…

Monde arabe

Quelle culture dans la division ?

 

 
 
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Réactualisation du plan du philosophe Leo Strauss

Et le «chaos destructeur» commença…

Les bombardements qui pleuvent sur le Liban et qui tuent chaque jour des vies humaines, ont quelque chose de positif, voire de constructif, dans la vision des Américains et des Israéliens. Pour preuve, ce nouveau génocide est qualifié par la secrétaire d’Etat des USA, Condoleezza Rice, de «contractions de la naissance d’un nouveau Moyen-Orient».

Après les partisans de «la régression féconde» en Algérie, qui semblaient en symbiose avec ceux favorables au «laboratoire» maghrébin, voilà que nous assistons aujourd’hui à la naissance du concept de «chaos constructeur» par les néo-conservateurs américains. La théorie du khalatha ou tesfa est réservée à toute une région qui a du mal à s’apaiser depuis les années 1940 et où l’on exige la mort, la destruction et le sang pour asseoir un nouvel ordre dans un Moyen-Orient qui se trouve être très riche en hydrocarbures.

Préparée de longue date, mais accélérée par le prétexte de l’enlèvement de deux soldats israéliens par le Hezbollah libanais, l’agression de l’armée israélienne contre le pays du Cèdre est contrôlée et suivie depuis Washington.

Il n’y a qu’à revenir à ce 21 juillet dernier, où Mme Rice s’est élevée contre tout retour au «statu quo ante» entre Israël et le Liban, lors de son point de presse au département d’Etat. La responsable a laissé clairement entendre que les Etats-Unis doivent être «certains» qu’ils poussent vraiment vers le nouveau Moyen-Orient. Ainsi, la fameuse justification des soldats israéliens capturés par le mouvement chiite, brandie pour blanchir l’invasion du territoire libanais, n’a plus lieu d’être. Dans l’étape actuelle, on a affaire à la mise en application d’un plan diabolique mûrement réfléchi, celui du «chaos constructeur». Un plan enfanté par le philosophe Leo Strauss, qui estimait que le pouvoir ne saurait s’exercer dans l’immobilisme, mais de préférence par l’élimination de toute forme de résistance. Pour les adeptes de Strauss, il faut donc plonger des populations dans le chaos et le désordre, seul moyen de pousser les élites à ambitionner à la stabilité/solidité de leur position. Ils pensent même que grâce à la violence, ils feraient correspondre les intérêts colonialistes américains avec ceux de l’Etat hébreu. Cela, en jouant évidemment sur l’alliance sacrée judéo-chrétienne.

Des voix s’élèvent aujourd’hui pour attirer l’attention sur le fait que l’idée d’un démantèlement du Liban, de la création d’un mini-Etat chrétien et de l’annexion d’une partie du territoire libanais n’est pas nouvelle. En 1957, un certain David Gourion y faisait référence dans une de ses lettres (publiée en annexe de ses mémoires posthumes), indique-t-on. Et c’est cette même lettre qui a servi, trente-neuf ans plus tard, à la rédaction du projet de colonisation du Proche-Orient. La pensée du sionisme révisionniste était bel et bien en marche !

Sous le titre Une Rupture propre : une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume (d’Israël), le document en question prévoit plusieurs événements, dont certains se confirment à l’heure actuelle, à savoir l’annulation des accords de paix d’Oslo, l’annexion des territoires palestiniens, le renversement de Saddam Hussein (Irak) aux fins de déstabiliser la Syrie et le Liban, l’élimination de Yasser Arafat, le démantèlement de l’Irak avec la création d’un Etat palestinien sur son territoire, ainsi que l’utilisation d’Israël comme base complémentaire du programme de guerre des étoiles des Etats-Unis. Ce texte aurait même inspiré Benjamin Netanyahu dans un de ses discours devant les congressistes US, allant jusqu’à proférer des menaces contre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, sans négliger la revendication d’annexion de la partie est de la Palestine.

Ce point de vue rejoint celui de l’administration Bush, qui semble préoccupée par le contrôle des zones riches en hydrocarbures, connues sous le vocable de «arc de crise». C’est-à-dire l’arc allant du Golfe de Guinée à la mer Caspienne en passant par le golfe Persique. Seulement, un tel projet ambitieux demande une redéfinition à la fois des frontières, des Etats et des régimes politiques ou, pour paraphraser le président américain George W. Bush, suppose «un remodelage du Grand Moyen-Orient». C’est de ce nouveau Moyen-Orient que Condoleezza Rice veut parler en justifiant sa naissance dans la douleur.

De l’avis des analystes, le remodelage de la carte géopolitique et géoéconomique de la région, tel qu’il est conçu, exigerait de prendre en compte l’ancien territoire de l’empire ottoman. Dans la vision américano-israélienne, les Etats hérités de la chute de cet empire devraient se transformer en douaïlate, c’est-à-dire de petites entités mono-ethniques qui seraient neutralisées, grâce aux disputes (et conflits) permanents entre elles. Finalement, il ne s’agirait ni plus ni moins que du retour aux accords Sykes-Picot, qui ont été conclus secrètement en 1916 par les empires français et britannique, avec cette fois la consécration de la tutelle totale des Anglo-Saxons sur la région.

Mais en attendant la réalisation du projet impérial, Washington, Israël et leurs alliés, y compris au sein des Nations unies, s’emploient depuis quelques années à détruire les Etats du Moyen-Orient. Pour preuve, les territoires occupés de la Palestine ont encore réduits de 7%. Par ailleurs, la Bande de Gaza et la Cisjordanie ont été séparées physiquement par un mur, malgré l’opposition des instances internationales. L’Autorité palestinienne a en outre été humiliée et agressée : ses ministres et ses parlementaires ont été enlevés et séquestrés. Pour ce qui est du Liban, celui-ci a été sommé par l’ONU de se désarmer à travers l’éjection des forces syriennes et la liquidation du Hezbollah. Depuis le 12 juillet dernier, l’offensive israélienne cible des villages, des civils et des infrastructures, notamment économiques, contraignant plusieurs centaines de Libanais à emprunter le chemin de l’exil. Il n’empêche que le mythe d’Israël l’invincible a éclaté en mille morceaux après les coups portés par la résistance libanaise conduite par le Hezbollah.

Pour ce qui est de l’Irak, le régime de Saddam qualifié de dictatorial a été substitué par un régime encore plus cruel. La grande mascarade de la «démocratie à l’américaine» a ouvert la voie à l’anarchie dans ce pays, qui risque maintenant de se fragmenter.
Après l’Afghanistan, l’Irak et le Liban, les néo-colonialistes américains, disciples de Leo Strauss, sont impatients d’étendre leur théorie du chaos à la Syrie, à l’Iran et au Soudan. Dans l’étape actuelle, les bienfaits de la démocratie et des droits de l’homme sont célébrés par le sang, la désolation et les larmes !

Des sources, dont le San Francisco Chronicle, indiquent que le projet de destruction du Liban a été présenté par Israël à l’administration Bush, il y a un peu plus d’un an. Il aurait aussi fait l’objet de discussions politiques, les 17 et 18 juin dernier, au cours du Forum mondial de l’American Enterprise Institute, à Beaver Creek, entre Dick Cheney et Benjamin Netanyahu. C’est après cette rencontre qu’est venu alors le feu vert de la Maison-Blanche.
Z’hor Chérief

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Monde arabe

Quelle culture dans la division ?

Alger sera-t-elle réellement la capitale de la culture arabe en 2007 ? A voir déjà tous les problèmes et les lenteurs qui ont émaillé les préparatifs de cette manifestation, à commencer par le différend qui a sérieusement opposé le commissaire du festival et la ministre de la Culture, Khalida Toumi, et qui s’est soldé par le départ de Lamine Bechichi, l’on se demande si cette manifestation se tiendra à temps, mais aussi et surtout si elle sera réussie. Une autre interrogation, qu’on ne peut passer sous silence, s’impose. Ce qui se passe en ce moment dans le monde arabe est-il favorable à ce genre de rencontres, surtout que les Arabes ont clairement manifesté leur division ?

Les Américains auront donc largement réussi leur politique dans le monde arabe, qui consiste à semer la discorde entre des pays qui ont tout pour s’entendre. Langue commune, us et traditions qui se ressemblent beaucoup… Ils ont aussi largement réussi à faire peur aux régimes arabes. En effet, depuis l’invasion de l’Irak sous le prétexte fallacieux d’y instaurer la démocratie et de juger le président Saddam Hussein qui avait une réputation de dictateur, les pays arabes sont nombreux à redouter une agression, car nul n’est sans ignorer que la présence américaine en Irak n’a apporté que malheur et désolation.

Ce que les Américains appellent "la libération" du pays s’est traduit par un gigantesque dégraissage qui a mis au chômage 50 à 70% de la population en quelques mois seulement. Violence, pénuries, inflation, corruption sont devenus le quotidien des Irakiens qui avaient compris, depuis le début des menaces américaines, que le but réel de l’occupation était de donner plus de liberté aux capitaux étrangers.

Certains observateurs sont même allés jusqu’à affirmer que le projet fondamental américain, en intervenant en Irak, était de poursuivre et de développer l’encerclement stratégique de l’Europe pour contrer toute tentative d’avancée de ses principaux rivaux impérialistes, notamment l’Allemagne, vers l’est de la Méditerranée.

Toujours est-il que les régimes arabes ont pris peur de se voir traiter comme le fut l’Irak qui, jusqu’à ce jour, baigne dans la violence, la faim, le manque de médicaments et surtout peine à se voir un jour libre. Donc la stratégie du Grand Moyen-Orient imaginée par les Américains, concrétisée surtout avec l’occupation de l’Irak, a porté ses fruits.

Les Arabes ont peur de contredire les Etats-Unis ou de s’opposer à l’une de leurs décisions. La preuve est là, tangible. Nul n’a levé le petit doigt pour venir en aide aux Irakiens, nul ne bougera le pour soutenir les Libanais que l’armée israélienne ne cesse de bombarder depuis des jours et des jours. Mieux encore, le président égyptien, Hosni Moubarak, a clairement annoncé que son pays ne prendrait nullement part à cette guerre où il n’a rien à gagner ni à perdre et qu’il préfère utiliser le budget qu’il aurait pu être alloué pour aider le Liban à améliorer les conditions de vie de son peuple. Des conditions, tout le monde le sait, qui sont catastrophiques et pas près de s’améliorer.

L’Arabie Saoudite, pour sa part, ne s’est pas gênée pour justifier l’agression israélienne contre le Liban par le kidnapping de deux soldats israéliens par le parti du Hezbollah. Ce qui n’est pas vrai et ne convainc personne, car on ne fait pas une guerre aussi atroce pour récupérer deux soldats. Des négociations entre les deux parties auraient certainement abouti à une solution moins catastrophique et moins violente.

Donc, que des régimes arabes cautionnent presque des frappes militaires contre un autre pays arabe paraît invraisemblable. Mais la réalité est là pour le confirmer.

Déjà, du temps de l’occupation de la Palestine, certains pays arabes avaient donné le ton et tourné le dos à une revendication des plus légitimes : chasser les Israéliens d’une terre qu’ils ont injustement occupée et dont ils ont spolié les richesses. Depuis, les choses n’ont pas changé. Plus grave encore, certains régimes arabes ont carrément affiché leur tendance à sympathiser avec Israël. Visite de dirigeants arabes à Tel Aviv, signature de traités, ouverture de représentations diplomatiques israéliennes dans des capitales arabes… Mieux encore, les échanges commerciaux sont de plus en plus réguliers et il ressort que plus de 34% des importations réalisées par les pays arabes proviennent d’Israël.

Résultat : les Arabes se rapprochent de plus en plus des Etats-Unis et d’Israël et s’éloignent à grands pas de la sphère du Monde arabe. Rien de plus simple pour le prouver que de citer le sommet arabe extraordinaire que le Yémen a proposé de tenir pour discuter des conditions édictées par Israël pour arriver à un cessez-le-feu. Il y a quelques jours, Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, avait annoncé que la date et le lieu de la tenue de ce sommet extraordinaire ne pouvaient être définies car le quorum n’était pas atteint. Curieux paradoxe. Le Yémen, qui avait lui-même proposé l’idée de ce sommet, a fini par s’excuser de ne pouvoir y participer. Résultat logique des choses. Le sommet a été annulé au grand dam des Arabes qui, encore une fois, n’ont pu être solidaires les uns des autres pour exercer une pression sur Israël, qui continue, avec la bénédiction des Américains, à mettre à feu et à sang la Palestine et le Liban, dans l’impunité totale.

Les Arabes ont, encore une fois, raté l’occasion de dire haut et fort ce qu’ils pensent des agissements américains, mais aussi et surtout d’agir en conséquence pour se défendre.

A quoi sert-il donc de glorifier la culture arabe si cette culture est menacée de disparition ? Tout le monde aura constaté la destruction en Irak des mosquées, des musées et de beaucoup d’autres monuments qui symbolisaient la culture arabo-islamique. Si le but était d’instaurer un régime démocratique, pourquoi les Américains se sont-ils attaqués avec autant d’acharnement aux symboles de ce pays et à son histoire ? N’est-ce pas la preuve irréfutable que l’idée première est d’en faire un pays sans culture, sans histoire et donc sans racines.

L’idée de faire de l’Algérie la capitale de la culture arabe n’est pas une mauvaise idée. C’est même une initiative louable. Mais qu’aura-t-elle de concret pour le monde arabe qui manifeste clairement sa division ?

Les différends qui ont surgi dès le début des préparatifs entre le commissaire et Khalida Toumi, ministre de la Culture, ont abouti au blocage du budget de cette manifestation ; le financement a été libéré sitôt Lamine Bechichi parti. Ce conflit ne donne-t-il pas un avant-goût de ce que sera la manifestation culturelle annoncée à cor et à cri ?

Khadidja Mohamed Bouziane

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