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Histoire
L’apiculture
traditionnelle dans les Aurès
Depuis les temps
les plus reculés et jusqu’à l’heure actuelle, l’apiculture est
pratiquée dans les Aurès. La ruche sur les pentes du massif, fait
partie du paysage. Dans le massif géohistorique, il n’y a pas une
seule famille, aussi démunie soit-elle, qui ne possède pas au moins
une ruche pour sa propre consommation, et surtout pour les soins de
première nécessité, car dans les Aurès, le miel est considéré comme
un remède miracle, une panacée…
C’est surtout sur
les versants sud et sud-est du massif que se pratique et prospère
l’apiculture. Les meilleurs ruchers, les plus productifs, se
trouvent à Kimmel, Sidi Ali, Tkout, Ghouffi, Tifelfelt, Menaâ, Nara,
Thaghit Sidi Belkheir, inoughissen. L’abeille, qui y butine une
flore variée, donne un produit d’une couleur blanchâtre, introuvable
ailleurs.
Jusqu’à l’heure
actuelle, dans le massif profond, la ruche la plus courante est en
liège ou en alfa. Celle-ci se présente sous la forme d’un cylindre
de 80 à 90 centimètres de longueur, sur un diamètre de 40
centimètres, ouvert seulement d’un côté, terminé de l’autre en forme
de cône, percé d’un petit orifice ; l’ouverture opposée peut être
fermée à l’aide d’un couvercle circulaire en alfa. La ruche est
ainsi constituée de plusieurs éléments conçus de la sorte et réunis
les uns aux autres par une tresse en alfa. La ruche est recouverte
intérieurement de plâtre pour assurer une parfaite étanchéité.
Dans les Aurès,
les ruches sont disposées les unes à côté des autres, le plus
souvent sur une assise rocheuse d’une trentaine de centimètres de
hauteur qui les protège de l’écoulement des eaux. Toutes les entrées
des cellules qui forment le rucher sont orientées dans la même
direction, sous une forme linéaire.
On réunit l’essaim
au mois de mai, quand une partie s’est installée sur un arbre ou
dans l’anfractuosité d’un rocher, en frappant deux pierres l’une
contre l’autre. Dès que toutes les abeilles sont entrées dans la
ruche, on ferme l’orifice et le fond. Ce dernier est quelquefois
bouché avec de la terre glaise afin que la fermeture soit plus
étanche et surtout pour supprimer la lumière car, aussi paradoxal
que cela puisse paraître, l’abeille est plus active et plus
productive dans l’obscurité totale.
Quand les abeilles
donnent peu de miel, la récolte se fait une seule fois par an, en
juin ou en juillet ; par contre si l’année est bonne et le produit
est disponible et abondant, on enlève le miel deux fois, en avril/
mai et en octobre.
Au moment de
l’enlèvement du miel, l’apiculteur prépare un récipient contenant
des braises ardentes, recouvertes de bouse de vache séchée, et
l’approche de la ruche dont il a ouvert le fond. Les abeilles
enfumées se dispersent, on enlève la production, n’en laissant que
la quantité nécessaire aux besoins de l’essaim pour la période
hivernale, et l’on referme la ruche.
Dans les Aurès, le
miel est utilisé pour faire des entremets délicieux et spécifiques à
la région (ziraoui, tamina, r’fis, etc.). Mais il est aussi utilisé
comme médicament pour le traitement de certaines maladies. Il est
vrai que la diversité et la richesse de la flore donne un miel dont
les propriétés thérapeutiques sont certaines. Sa réputation
miraculeuse a été exagérée par la croyance populaire, mais il est
vrai que ses effets curatifs ont été largement démontrés.
La petite abeille
brune, presque noire, du versant oriental auréssien semi-désertique
(face limitrophe aux Nememchas), selon qu’elle butine le suc de
plantes sauvages, aromatiques et plus souvent médicinales, ou les
fleurs d’arbres fruitiers des vergers, donne du miel introuvable
ailleurs. Le meilleur miel, le plus rare et le plus recherché pour
ses effets thérapeutiques est celui que donne un nouvel essaim. Il
est d’une blancheur immaculée et d’une limpidité de cristal, appelé
dans le massif “le miel des oiseaux”.
La production du
miel dans les Aurès a connu ces dernières années une légère
augmentation, mais l’apiculture traditionnelle est en nette
diminution, remplacée par des procédés rationnels et modernes grâce
à la coopérative apicole de Batna, unique vestige de la “révolution
agraire” de triste mémoire. Cette structure, héritée d’un passé
tumultueux, fabrique sur place des ruches en bois à rayons fixes et
mobiles. En plus de l’approvisionnement des apiculteurs en produits
nécessaire à leur activité, cette coopérative, qui emploie une
quarantaine d’ouvriers, commercialise le miel à travers le pays
après l’avoir mis en pots dans une petite unité artisanale de
conditionnement.
En plus du siège
sur la route de Tazoult, la coopérative possède une antenne à Arris,
au cœur du massif auréssien.
L’apiculture
pourrait éventuellement procurer aux populations déshéritées de
cette région, sur laquelle pèse une fatalité écrasante, des
ressources non négligeables et pour le moins salutaires, mais encore
faut-il mettre le prix et promouvoir une politique éclairée et
responsable.
Chenouf Ahmed
Boudi
e-mail :contact@lesdebats.com |