Semaine du  3 au 9 Août  2005

Histoire

L’apiculture traditionnelle dans les Aurès

 

 
 
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L’apiculture traditionnelle dans les Aurès

Depuis les temps les plus reculés et jusqu’à l’heure actuelle, l’apiculture est pratiquée dans les Aurès. La ruche  sur les pentes du massif, fait partie du paysage. Dans le massif géohistorique, il n’y a pas une seule famille, aussi démunie soit-elle, qui ne possède pas au moins une ruche pour sa propre consommation, et surtout pour les soins de première nécessité, car dans les Aurès, le miel est considéré comme un remède miracle, une panacée…

C’est surtout sur les versants sud et sud-est du massif que se pratique et prospère l’apiculture. Les meilleurs ruchers, les plus productifs, se trouvent à Kimmel, Sidi Ali, Tkout, Ghouffi, Tifelfelt, Menaâ, Nara, Thaghit Sidi Belkheir, inoughissen. L’abeille, qui y butine une flore variée, donne un produit d’une couleur blanchâtre, introuvable ailleurs.

Jusqu’à l’heure actuelle, dans le massif profond, la ruche la plus courante est en liège ou en alfa. Celle-ci se présente sous la forme d’un cylindre de 80 à 90 centimètres de longueur, sur un diamètre de 40 centimètres, ouvert seulement d’un côté, terminé de l’autre en forme de cône, percé d’un petit orifice ; l’ouverture opposée peut être fermée à l’aide d’un couvercle circulaire en alfa. La ruche est ainsi constituée de plusieurs éléments conçus de la sorte et réunis les uns aux autres par une tresse en alfa. La ruche est recouverte intérieurement de plâtre pour assurer une parfaite étanchéité.

Dans les Aurès, les ruches sont disposées les unes à côté des autres, le plus souvent sur une assise rocheuse d’une trentaine de centimètres de hauteur qui les protège de l’écoulement des eaux. Toutes les entrées des cellules qui forment le rucher sont orientées dans la même direction, sous une forme linéaire.

On réunit l’essaim au mois de mai, quand une partie s’est installée sur un arbre ou dans l’anfractuosité d’un rocher, en frappant deux pierres l’une contre l’autre. Dès que toutes les abeilles sont entrées dans la ruche, on ferme l’orifice et le fond. Ce dernier est quelquefois bouché avec de la terre glaise afin que la fermeture soit plus étanche et surtout pour supprimer la lumière car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’abeille est plus active et plus productive dans l’obscurité totale.

Quand les abeilles donnent peu de miel, la récolte se fait une seule fois par an, en juin ou en juillet ; par contre si l’année est bonne et le produit est disponible et abondant, on enlève le miel deux fois, en avril/ mai et en octobre.

Au moment de l’enlèvement du miel, l’apiculteur prépare un récipient contenant des braises ardentes, recouvertes de bouse de vache séchée, et l’approche de la ruche dont il a ouvert le fond. Les abeilles enfumées se dispersent, on enlève la production, n’en laissant que la quantité nécessaire aux besoins de l’essaim pour la période hivernale, et l’on referme la ruche.

Dans les Aurès, le miel est utilisé pour faire des entremets délicieux et spécifiques à la région (ziraoui, tamina, r’fis, etc.). Mais il est aussi utilisé comme médicament pour le traitement de certaines maladies. Il est vrai que la diversité et la richesse de la flore donne un miel dont les propriétés thérapeutiques sont certaines. Sa réputation miraculeuse a été exagérée par la croyance populaire, mais il est vrai que ses effets curatifs ont été largement démontrés.

La petite abeille brune, presque noire, du versant oriental auréssien semi-désertique (face limitrophe aux Nememchas), selon qu’elle butine le suc de plantes sauvages, aromatiques et plus souvent médicinales, ou les fleurs d’arbres fruitiers des vergers, donne du miel introuvable ailleurs. Le meilleur miel, le plus rare et le plus recherché pour ses effets thérapeutiques est celui que donne un nouvel essaim. Il est d’une blancheur immaculée et d’une limpidité de cristal, appelé dans le massif “le miel des oiseaux”.

La production du miel dans les Aurès a connu ces dernières années une légère augmentation, mais l’apiculture traditionnelle est en nette diminution, remplacée par des procédés rationnels et modernes grâce à la coopérative apicole de Batna, unique vestige de la “révolution agraire” de triste mémoire. Cette structure, héritée d’un passé tumultueux, fabrique sur place des ruches en bois à rayons fixes et mobiles. En plus de l’approvisionnement des apiculteurs en produits nécessaire à leur activité, cette coopérative, qui emploie une quarantaine d’ouvriers, commercialise le miel à travers le pays après l’avoir mis en pots dans une petite unité artisanale de conditionnement.

En plus du siège sur la route de Tazoult, la coopérative possède une antenne à Arris, au cœur du massif auréssien.

L’apiculture pourrait éventuellement procurer aux populations déshéritées de cette région, sur laquelle pèse une fatalité écrasante, des ressources non négligeables et pour le moins salutaires, mais encore faut-il mettre le prix et promouvoir une politique éclairée et responsable.

Chenouf Ahmed Boudi

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