Semaine du  3 au 9 Août  2005

 

La trame du mercredi

Ali Benhadj joue et perd

 

 
 
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La trame du mercredi

Ali Benhadj joue et perd

Un événement qui sort plus ou moins de l’ordinaire, comme l’est assurément l’assassinat des deux diplomates par le groupe sanguinaire d’El-zarkaoui (étant donné que ce n’est tout de même pas tous les jours que le terrorisme frappe le pays à l’extérieur de ses frontières, quant à l’intérieur c’est hélas le lot quotidien), et l’Algérie semble être revenue d’un bond une dizaine années en arrière. Ce n’est pas seulement Ali Benhadj qu’on retrouve égal à lui-même, tout aussi convaincu de la justesse de sa cause, et de l’illégitimité de celles des autres, un prédicateur tout aussi muré dans son fanatisme, à cette différence qu’il a le visage empâté alors qu’il l’avait en lame de couteau, mais tout aussi partisan de la violence sans merci contre l’infidèle où qu’il se trouve, prétendrait-il être musulman. Tout un chacun a pu constater que le discours qui a dominé à peu près partout, dans la bouche des officiels, dans les journaux, du haut du minbar, à la télévision, ne contestait pas à la racine celui que les terroristes avaient servi pour justifier leur forfait, mais le reprenait tel quel, à ceci près qu’il s’agissait de le retourner comme un gant contre eux, d’apporter la démonstration , en se situant sur le même terrain, que la sentence de mort qu’ils avaient prononcée n’était pas conforme aux principes partagés de ce côté comme de l’autre. Comme il y a une dizaine d’années, c’est aux terroristes qu’il est revenu l’initiative de dire et d’appliquer le droit dans sa rigueur, et aux autres, à la grande foule de ses victimes, de réfuter la conclusion sanglante tirée de prémisses qu’elles ne songent aucunement à récuser. Il s’en est même trouvé pour opposer comme un argument décisif le fait que les deux diplomates exécutés n’avaient pas rang d’ambassadeur, mais de simples fonctionnaires qui étaient à Bagdad au service de leurs compatriotes.

Ali Benhadj n’est donc pas le seul à être resté le même. Le djihadiste politique qu’il a été, et qu’il est toujours, a cru le moment venu de tenter un grand coup. Quand ses proches soutiennent maintenant que le journaliste d’El-djazira ne lui a pas laissé le temps de terminer son message, que le sens de sa déclaration n’était pas l’appel au meurtre des otages, ils n’ont pas tout à fait tort, même s’il reste vrai que ce message commence par justifier l’enlèvement des deux diplomates, et que cela seul suffit pour le déférer devant le juge. Mais le but que visait cet enragé n’était pas le même que celui du GSPC : l’exécution de Ali Belaroussi et de Azzedine Belkadi. Il était incomparablement plus ambitieux. Ali Benhadj en fait a joué gros, et perdu gros : sa liberté, ou ce qui lui en restait, peut-être pour longtemps. Non seulement il a enfreint en une seule fois les dix commandements qu’il était tenu d’observer, mais il a cherché par une seule initiative à se placer au centre de l’actualité, à reprendre par une seule manoeuvre tout le terrain que lui et ses amis ont perdu au long de ces années. Ali Benhadj ambitionnait d’obtenir par son charisme la libération des deux diplomates, et que le monde entier soit témoin de cet exploit, de ce triomphe, que dis-je, de ce miracle. Autrement dit, il a enfreint un onzième commandement : ne jamais trop présumer de soi. C’est que pour fanatique et obscurantiste qu’il soit, il est plein de ruse et d’audace. Imaginons un peu qu’il ait réussi son pari, et qu’El-zarkaoui ait consenti à libérer les deux otages, quelles en auraient été les conséquences dans le pays même ? Imaginons plus que cela, que les ravisseurs déclarent que c’est bien aux raisons d’Ali Benhadj qu’ils se rendent en l’occurrence. Celui-ci a demandé l’aide, la compréhension des djihadistes « en Mésopotamie », qui semblent n’y avoir prêté aucune intention. Les seuls qu’ils étaient disposés à écouter, c’était les djihadistes « en Algérie », et c’est ce qui s’est passé effectivement : ils ne les ont déçus en rien. Ils n’ont même pas daigné répondre par des mots à la prière sourde, étouffée, seulement suggérée, que leur a adressée un politique djihadiste, pour lequel ils doivent professer du mépris. Le péché de suffisance commis par Ali Benhadj aura, selon toute vraisemblance, des conséquences bien plus importantes sur sa carrière que le peu de respect qu’il a toujours montré à l’égard des dix commandements sous le régime desquels il vivait depuis sa libération.

M. Habili

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