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La trame du mercredi
Ali Benhadj
joue et perd
Un événement qui
sort plus ou moins de l’ordinaire, comme l’est assurément
l’assassinat des deux diplomates par le groupe sanguinaire d’El-zarkaoui
(étant donné que ce n’est tout de même pas tous les jours que le
terrorisme frappe le pays à l’extérieur de ses frontières, quant à
l’intérieur c’est hélas le lot quotidien), et l’Algérie semble être
revenue d’un bond une dizaine années en arrière. Ce n’est pas
seulement Ali Benhadj qu’on retrouve égal à lui-même, tout aussi
convaincu de la justesse de sa cause, et de l’illégitimité de celles
des autres, un prédicateur tout aussi muré dans son fanatisme, à
cette différence qu’il a le visage empâté alors qu’il l’avait en
lame de couteau, mais tout aussi partisan de la violence sans merci
contre l’infidèle où qu’il se trouve, prétendrait-il être musulman.
Tout un chacun a pu constater que le discours qui a dominé à peu
près partout, dans la bouche des officiels, dans les journaux, du
haut du minbar, à la télévision, ne contestait pas à la racine celui
que les terroristes avaient servi pour justifier leur forfait, mais
le reprenait tel quel, à ceci près qu’il s’agissait de le retourner
comme un gant contre eux, d’apporter la démonstration , en se
situant sur le même terrain, que la sentence de mort qu’ils avaient
prononcée n’était pas conforme aux principes partagés de ce côté
comme de l’autre. Comme il y a une dizaine d’années, c’est aux
terroristes qu’il est revenu l’initiative de dire et d’appliquer le
droit dans sa rigueur, et aux autres, à la grande foule de ses
victimes, de réfuter la conclusion sanglante tirée de prémisses
qu’elles ne songent aucunement à récuser. Il s’en est même trouvé
pour opposer comme un argument décisif le fait que les deux
diplomates exécutés n’avaient pas rang d’ambassadeur, mais de
simples fonctionnaires qui étaient à Bagdad au service de leurs
compatriotes.
Ali Benhadj n’est
donc pas le seul à être resté le même. Le djihadiste politique qu’il
a été, et qu’il est toujours, a cru le moment venu de tenter un
grand coup. Quand ses proches soutiennent maintenant que le
journaliste d’El-djazira ne lui a pas laissé le temps de terminer
son message, que le sens de sa déclaration n’était pas l’appel au
meurtre des otages, ils n’ont pas tout à fait tort, même s’il reste
vrai que ce message commence par justifier l’enlèvement des deux
diplomates, et que cela seul suffit pour le déférer devant le juge.
Mais le but que visait cet enragé n’était pas le même que celui du
GSPC : l’exécution de Ali Belaroussi et de Azzedine Belkadi. Il
était incomparablement plus ambitieux. Ali Benhadj en fait a joué
gros, et perdu gros : sa liberté, ou ce qui lui en restait,
peut-être pour longtemps. Non seulement il a enfreint en une seule
fois les dix commandements qu’il était tenu d’observer, mais il a
cherché par une seule initiative à se placer au centre de
l’actualité, à reprendre par une seule manoeuvre tout le terrain que
lui et ses amis ont perdu au long de ces années. Ali Benhadj
ambitionnait d’obtenir par son charisme la libération des deux
diplomates, et que le monde entier soit témoin de cet exploit, de ce
triomphe, que dis-je, de ce miracle. Autrement dit, il a enfreint un
onzième commandement : ne jamais trop présumer de soi. C’est que
pour fanatique et obscurantiste qu’il soit, il est plein de ruse et
d’audace. Imaginons un peu qu’il ait réussi son pari, et qu’El-zarkaoui
ait consenti à libérer les deux otages, quelles en auraient été les
conséquences dans le pays même ? Imaginons plus que cela, que les
ravisseurs déclarent que c’est bien aux raisons d’Ali Benhadj qu’ils
se rendent en l’occurrence. Celui-ci a demandé l’aide, la
compréhension des djihadistes « en Mésopotamie », qui semblent n’y
avoir prêté aucune intention. Les seuls qu’ils étaient disposés à
écouter, c’était les djihadistes « en Algérie », et c’est ce qui
s’est passé effectivement : ils ne les ont déçus en rien. Ils n’ont
même pas daigné répondre par des mots à la prière sourde, étouffée,
seulement suggérée, que leur a adressée un politique djihadiste,
pour lequel ils doivent professer du mépris. Le péché de suffisance
commis par Ali Benhadj aura, selon toute vraisemblance, des
conséquences bien plus importantes sur sa carrière que le peu de
respect qu’il a toujours montré à l’égard des dix commandements sous
le régime desquels il vivait depuis sa libération.
M. Habili
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