Semaine du  3 au 9 Août  2005

Ecole

Un bilan SVP !

Franc-maçonnerie en Algérie

Une vieille histoire 

Mendicité

Un gagne-pain facile

La réconciliation sur fond de guerre mondiale contre le terrorisme

L’Algérie est-elle en phase avec le monde ?

Chronologie comparative

 

 
 
Nation

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Ecole

Un bilan SVP !

Les résultats pas très réconfortants du baccalauréat et de l’examen d’entrée en 6e pour l’année scolaire 2005/2006 méritent bien des explications de la part du ministère de l’Education nationale. Un petit débat sur le sort de la “réforme” de l’enseignement, des éclaircissements sur les étapes à venir et les résultats escomptés, serait de nature à rassurer (ou le contraire) les parents d’élèves.

Dans la commune de Remchi (wilaya de Tlemcen) on est bien fiers d’arborer le meilleur score de réussite à l’examen de 6e avec un taux de 88,45%. L’on pourrait multiplier les exemples de ce genre dans d’autres communes du monde rural. Mais cela reste très marginal car, vu les conditions sociales et de travail en dehors des grandes villes du pays, les résultats globaux confirment que le secteur de l’éducation a bien plus besoin de moyens et de solutions réelles que de slogans.

Le taux national de réussite à l’examen de sixième est de 53,57%. A peine un élève sur deux. Dans le détail des chiffres, le gap est très important entre d’un côté les grandes villes du pays et de l’autre celles du monde du rural et en particulier dans le sud du pays. Le taux de réussite est de 56,88% au Nord et de 38,90% dans les 14 wilayas du Sud. Le taux le plus élevé a été enregistré à Annaba avec 82,85%, puis à Saïda (74,04%), Tlemcen (69,19%), Constantine (66,26%) et Guelma (66,09%). Quant à Alger, elle arrive à la 7e place avec 64,90%. Dans le bas du tableau, les plus faibles résultats ont été enregistrés dans les wilayas de Tindouf (20,80%), Illizi (23,23%), M’sila (26,26%), Tamanrasset (29,94%) et Adrar (30,38%).

La seule réaction de la part du ministère de l’Education nationale était d’expliquer que l’introduction, cette année, de l’examen de sixième était “d’appréhender le niveau réel de nos élèves et de procéder aux correctifs nécessaires dans le but d’améliorer régulièrement le niveau et par là même le rendement global du système”. L’objectif dans les années à venir serait, affirme-t-on, d’atteindre de manière progressive les 95% de réussite à cet examen.

Comment ? Trois modalités de passage en première année moyenne ont été retenues pour parer aux déficiences profondes du “système”. Pour la première, il suffit d’atteindre 5/10 à l’examen de 6e (peu importe si les résultats obtenus au cours de l’année scolaire ne sont pas à la hauteur). Dans un second cas, l’élève peu accéder au niveau supérieur si le résultat de la somme des moyennes obtenues à l’examen et durant l’année scolaire divisé par deux est égal à 5/10. En dernier recours, les responsables n’écartent pas le recours à une session de rattrapage en septembre 2005.

Voici les seules explications qui ont été avancées à l’annonce des résultats de l’examen de sixième de l’année scolaire 2004/2005. Pas un seul commentaire sur la disparité de ces résultats ni pourquoi des régions comme le Sud du pays affichent de faibles taux.

Au ministère de tutelle, on préfère parler de “rendement global du système” comme si on comparait la réforme de l’éducation nationale à des réglages qu’on porte à une machine de fabrication de serviettes en papier. L’essentiel c’est quelle justifie l’investissement qui a été consenti en produisant tant de quantité par heure !

 

De la malnutrition

Est-ce un hasard que les wilayas du Sud, qui comptent parmi les plus déshéritées, affichent d’aussi faibles résultats par rapport à celles du Nord ? N’y a-t-il pas un lien entre les conditions de travail des enseignants et des élèves ainsi que la situation sociale globale de la population dans les régions concernées ? Il en existe certainement. Sinon, il faudrait conclure que les enfants des villes sont plus intelligents que les autres. Absurde.

Le ministre de l’Education nationale a bien tenté de minimiser ces écarts en reprochant aux regards de s’être attardés sur les 16 établissements scolaires de Mascara qui ont affiché un taux nul de réussite à l’examen de 6e “alors que cette wilaya compte plus de 350 écoles”, a-t-il réagi, sans pour autant donner le taux moyen de réussite dans cette wilaya pour convaincre qu’il s’agit bien de “cas particuliers”.

La vérité est que dans le monde rural en général (y compris dans le Sud) et chez les populations pauvres en particulier, l’on éprouve de plus en plus de difficulté à faire poursuivre aux enfants un cursus scolaire convenable.

Dans un ouvrage collectif intitulé La Nutrition chez l’enfant, paru il y a moins d’une année, le professeur Mostéfa Khiati explique comment la qualité de l’alimentation est primordiale pour un enfant dès sa naissance, mais également durant sa scolarité, c’est-à-dire au moment où il est appelé à faire des efforts d’apprentissage de la connaissance.

Dans d’autres entretiens accordés à la presse, le professeur Khiati constatait l’existence d’un million d’enfants malnutris, ce qui est lié, selon lui, “à plusieurs facteurs dont le plus important c’est la cherté de la vie”. Théoriquement, c’est à l’Etat donc de prendre en charge l’alimentation des enfants scolarisés dans les régions connues pour leur pauvreté. Mais la réalité est tout autre.

En effet, le manque manifeste de cantines scolaires pose un gros problème pour les enfants scolarisés dans les régions déshéritées. Il est inconcevable, surtout à l’intérieur du pays et au Sud, que le taux de demi-pensionnats ne dépasse pas 5% dans des régions où beaucoup d’enfants habitent très loin de leurs établissements scolaires. Certains sont même obligés de faire 5 et même 10 km ou plus pour rejoindre l’école. Ce qui fait qu’à la mi-journée, ils sont obligés de se contenter d’un petit morceau de pain, sans plus et ce, jusqu’au moment de rentrer chez eux à la fin de la journée.

Autre grand problème rencontré dans l’Algérie profonde : le manque d’enseignants et, dans le meilleur des cas, l’instabilité chronique dans l’encadrement. Il est pour le moins impossible de juger les capacités d’un élève dans l’apprentissage du français sans prendre en compte le fait qu’il n’a totalisé que trois ou quatre mois d’enseignement dans cette langue.

 

De la responsabilité des parents

Mais la situation socio-économique n’explique pas la totalité des échecs scolaires. La démission des parents d’élèves est, quant à elle, une raison non moins négligeable que la pauvreté, la malnutrition et le manque d’enseignants ou de confort dans les écoles. C’est aux parents qu’il appartient en premier lieu de s’inquiéter du sort de l’école. Car, ce n’est pas par pure “mauvaise chance” qu’un élève échoue à son examen d’entrée en 6e. Les parents auraient dû s’en apercevoir et s’en inquiéter dès les premières années de la scolarité de leur enfant. Tout rejeter sur le dos de l’école est une bien mauvaise méthode quand il s’agit de l’avenir de sa propre progéniture.

Cependant, l’amélioration de la scolarité pour des millions de jeunes Algériens doit être perçue comme l’une des priorités de la lutte contre la pauvreté. Il est urgent de doter le système scolaire de moyens didactiques, classiques et modernes, pour que la qualité de l’enseignement puisse s’en ressentir. L’absence quasi généralisée de l’outil informatique dans les écoles, y compris dans les lycées, ainsi que le désintérêt pour la lecture chez les élèves sont des exemples parmi d’autres du retard de notre système éducatif.

Par ailleurs, le niveau social des enseignants, le manque de formation et les moyens didactiques mis à leur disposition (y compris la faiblesse de la prime de documentation) n’aident pas à l’émergence d’une école compétente.

Il reste à espérer que le cas “0% de réussite” dans 16 écoles de Mascara constitue une alerte suffisante pour les responsables du secteur de l’Education nationale, qui doivent aussi se rappeler que l’obligation de résultats n’est pas faite uniquement pour les directeurs d’école…

Abdelkader Djalil

 

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Franc-maçonnerie en Algérie

Une vieille histoire 

Des franc-maçons en Algérie, la sentence ressemble à un scoop de tabloïd de hall de gare. Les francs-maçons ont bien existé en Algérie et des documents sérieux et authentiques le prouvent.

Il y a sans conteste les maçons de la loge algéroise de Bélisaire créée autour de 1835. Une loge officielle que les colonisateurs ont ramenée dans leurs bagages. Il reste que l’ancienneté des écritures sur lesquelles se fonde la franc-maçonnerie, la transmission d’un savoir ésotérique qui foisonne de références historiques, laisse penser que les maçons existaient en Algérie bien avant l’arrivée des Français et ce sont les francs-maçons eux-mêmes qui le soutiennent.

Un franc-maçon de la loge de Bélisaire du nom de Piessel, en voyage dans le sud-est algérien au milieu du XIXe siècle parle d’une zaouia, celle des Khouan. Pour lui, cette “secte indigène” appartient à “la grande famille” par une ramification oubliée ou encore un filon perdu. La revue La Maçonnerie africaine parle encore des Khouan et soutient que les termes utilisés par cette société secrète ou les attouchements – les francs-maçons ont des façons propres à eux de se saluer et  pour se reconnaître – sont liés directement aux maçons. Des aspects difficilement vérifiables mais qui rappellent que la maçonnerie, par son ancienneté et les conditions de sa création, fait que le lien entre Orient et Occident sur ce plan est indubitable. Mais au delà de la quête purement intellectuelle, il y a aussi les textes officiels des loges recueillis par Xavier Yacono dans la revue Africiane  en 1951. Ce dernier signale que “dans le Registre des Procès-Verbaux de la Chambre de Paris du Grand Orient en date du 14 septembre 1785, le TCF (très cher frère en écriture maçonnique, ndlr) Mouhammed Techeliby, Algérien, a demandé l’entrée du temple et a été introduit après avoir été thuilé (?) aux trois premiers grades. Ce F (frère) étant muni d’un certificat d’une L (loge) d’Angleterre a prié la Chambre de le viser, ce qui a été accordé à l’unanimité”.

Dans le même artcile de Yacono, “un procès-verbal de la 168e assemblée générale du Grand Orient du 7 avril 1786 dit que le F Méhémet Celibi, maçon algérien, a dit que s’étant trouvé à l’de Nantes et désirant fraterniser avec les maçons français il s’était présenté à la L de la Parfaite située sous le même O, mais que les FF de cette L, quoiqu’il fût connu du vénérable, lui ont refusé l’entrée de leur temple en lui faisant dire que la différence de religion ne leur permettait pas de l’admettre à leurs travaux. Le même F algérien, afin de ne plus être exposé à de semblables refus en visitant d’autres ateliers (sic) a prié le GO de lui accorder la faveur de viser les patentes maçonniques qui constatent sa qualité de frère”. Celebi, selon la graphie turque, ou Tchelebi, a pu faire viser ses patentes prouvant sa qualité de frère le 11 avril, alors que devait se tenir une assemblée de trois ateliers.

Mais le Tchelebi en question n’était pas seul ! Yacono découvre, dans les archives du Grand Orient, un autre Algérien. Dans un extrait de la 184e assemblée extraordinaire du  13 juillet 1787 : “Le R président a invité l’assemblée à accorder des secours aux FF Abraham Gollingo, Turc, et Abraham Baker (peut-être une mauvaise transcription de Bakir ou Bakr, ndlr), Algérien ; il a même proposé de faire une quête extraordinaire en leur faveur.”

Une quête qui rapporté la somme de trente livres deux sols et on y a ajouté une somme “quelconque prise dans la caisse des secours” pour permettre aux deux frères de poursuivre leur route. Cela dit, les documents trouvés par Yacono ne disent pas où ces “frères” ont été initiés.

Abdelkader, une énigme ?

“L’Emir Abdelkader, un maçon”, la phrase fait sursauter beaucoup monde tant l’ignorance de la franc-maçonnerie pousse aux conclusions les plus hâtives. Dans le même temps, le fonctionnement secret de la franc-maçonnerie permet en fait de taxer n’importe qui de maçon d’autant qu’il n’a plus les moyens de remettre en question l’assertion. L’Emir Abdelkader, fondateur historique de l’Etat algérien moderne, combattant et résistant à la colonisation mais aussi grand ami de la France après avoir intercédé en faveur des chrétiens de Damas qui ont failli être massacrés, aurait été initié à Alexandrie, en Egypte. Il n’est pas un ouvrage généraliste, un texte maçon accessible aux profanes, la moindre liste des personnalités célèbres qui ont été franc-maçon qui ne rappelle inlassablement que l’Emir Abdelkader était un “frère”.

Christian Guigue, franc-maçon et historien, interrogé à propos de l’initiation de l’Emir, indique que “personne ne peut retirer la qualité maçonnique d’un franc-maçon ni même ses frères ni son obédience. On peut l’exclure mais en aucun cas annuler sa qualité de maçon comme il est impossible de retirer la qualité de musulman à un homme puisque la circoncision et son engagement devant Allah ont eu lieu”. Un texte historique, un procès-verbal de la loge Henri VI à Paris précise que “le F Emir Abdelkader a été reçu en visite” dans cette loge. Mais une visite à la loge n’est aucunement la preuve d’une initiation. Pour Guigue, “l’Emir Abdelkader semble le plus ancien (musulman et algérien) sinon le premier pour l’ancienne zone française”.

Christian Guigue indique qu’il y a non seulement “des maçons algériens célèbres actuellement. Il reste impossible de donner des noms de maçons vivants”.

Quant aux loges, elles peuvent exister (Guigue refuse d’être affirmatif), “mais travaillent cachées”. Cette façon de faire n’est pas nouvelle, “ce fut toujours le cas au Maghreb. Un membre de ma famille a fondé et fait travailler plusieurs loges en Tunisie, Maroc et Algérie alors que cela était interdit par le pouvoir en place. Elles ont eu une existence officielle, ayant été soutenues par le Grand Orient de France en ce temps-là”.

 

Zaouïa ou loge maçonnique ?

Mais finalement, quelle meilleure manière a-t-on en Algérie pour cacher aux yeux indiscrets l’existence d’une loge maçonnique ? Effectivement les va-et-vient, les tenues (nom donné aux réunions chez les maçons) les convents (les assemblées générales), les initiations et les travaux multiples et variés d’une loge pourraient laisser supposer l’existence de pratiques clandestines. A moins de transformer la loge en mouhafada du FLN, la meilleure façon de la camoufler reste la zaouïa. Si on pratique des rites ou des rituels, cela n’offusque personne et ne devrait pas semer le doute. D’autant que les adeptes d’une zaouïa comme il y en a beaucoup en Algérie peuvent venir de partout et se réunir de manière régulière. A ce propos, on parle d’une zaouïa à Mostaganem dont les adeptes sont parfois des universitaires ou des hommes d’affaires. Des gens qui ne viennent pas pour invoquer le saint patron de la zaouïa mais pour des réunions. Le cheikh de cette zaouïa, qu’on s’attendrait à voir habillé d’une gandoura et portant turban, porte un costume-cravate, a une vie sociale tout à fait normale et vaque à ses affaires.

Une autre zaouïa de Mostaganem se retrouve dans le parcours de René Guénon, personnage fantasque et célèbre pour les passionnés d’ésotérisme ; il est considéré comme le fondateur de l’école traditionaliste en franc-maçonnerie ou encore du “guénonisme”. Sa quête de la “parole perdue” le mènera vers la franc-maçonnerie puis vers l’église gnostique avant de se convertir à l’islam en 1910 sous l’influence d’un peintre présenté tantôt comme suédois, tantôt comme français, qui s’appellerait Yvan  ou Gustave Anguéli, devenu Abdoulhadi.

René Guenon devient alors Abdelwahid Yahia, avant de recevoir la baraka en Egypte d’un cheikh de la tariqa chadlya, Addel-Rahmân Elish el-Kebir. Guenon fera un tour par l’Algérie en 1917 en tant qu’enseignant et séjournera près d’une année à Sétif.

Dans les années trente, on verra se former autour de Guénon tout un groupe d’Européens : Schuon, Titus Burckhardt, Martin Lings, Michel Valsan, qui ne verront de salut que dans la voie ésotérique musulmane. Son influence est telle qu’une loge sera créée avec son accord en France en 1947 puis une seconde sera créée en Suisse sous son nom. En fait, trois courants principaux de disciples ont été esquissés à la mort de René Guénon en Europe : ceux de Frithjof Schuon, de Michel Valsan et de Roger Maridort.

Mais on signale aussi le rôle du cheikh Alawî de Mostaganem (en Algérie) que Schuon rencontrera en 1932. Alors que nous sommes à la quatrième génération des disciples de Guénon, la majorité s’est convertie à l’islam. Non pas à l’islam traditionaliste ou encore aux préceptes salafistes, mais ont rejoint cet islam ésotérique, d’un ordre quasiment “intellectuel” dont le représentant le plus symbolique reste Ibn El-Arabi.

Pour Abdelouahid Yahia, des guildes de maçons opératifs existaient dans le monde musulman.  “Ces maçons orientaux utilisaient même des marques similaires à celles de leurs collègues occidentaux du Moyen Age, et qui étaient appelées en arabe khatt el-bannaïn, c’est-à-dire ‘écriture des bâtisseurs’.” Mais tout cela appartient à un passé déjà assez lointain. Par ailleurs, dans les turuq islamiques ou confréries ésotériques (qui sont également “opératives” en fait, mais évidement dans un autre sens plus profond que le sens purement “professionnel”), certains éléments ont été conservés qui ressemblent étrangement au “compagnonnage” occidental, par exemple le port du ruban ou du bâton qui a exactement la même forme. En ce qui concerne le symbolisme de ces bâtons, il y aurait beaucoup à dire en rapport avec les sciences secrètes qui sont spécialement attribuées à Seyidnâ Suleymân.

 

Quand Bruno Etienne rencontre Abdelkader

Bruno Etienne, né en Algérie, est professeur de sciences politiques à l’université d’Aix-Marseille III. Spécialiste de l’Algérie et de l’islam, il est l’auteur, entre autres, d’une biographie extraordinairement détaillée sur l’Emir Abdelkader. Il s’agit en fait d’un dialogue  imaginaire entre l’Emir et lui.

Franc-maçon et universitaire, Bruno Etienne a écrit également Une Voie pour l’Occident avec pour sous-titre La franc-maçonnerie à venir. Le lien de Bruno Etienne avec l’Emir ne s’arrête pas, bien sûr, à une rencontre intellectuelle. Il a aidé les premiers gouvernements algériens d’après l’indépendance. Il croyait sérieusement à la révolution socialiste menée d’abord par Ben Bella puis par Boumediene. Il a commis, entre autres ouvrages, à cette époque, L’Algérie comme montreur de conduite du Tiers-Monde. Mais cette approche quasi révolutionnaire, à la mode dans les années soixante, n’est pas l’essentiel dans sa rencontre avec l’Emir.

Bruno Etienne assista au rapatriement du corps de l’Emir Abdelkader. Cette rencontre posthume a dû le marquer puisque, travaillant sur la sédentarisation des nomades dans le Sud, Bruno Etienne fit probablement les mêmes remarques que René Guénon à son époque  et vit que les musulmans dans le désert tracent, pour la prière dans le sable, des formes orientées. Le rapprochement est vite fait avec les temples maçonniques qui sont tous orientés, vers… l’Orient.

C’est aussi le rapprochement avec le soufisme et la spiritualité telle que définie par les mystiques. Mais si des liens entre le mouvement Maçonniques et les Algériens ont été tissés, ils restent enfouis dans les méandres de l’histoire sans que l’on sache  où s’accrochent effectivement ces mêmes fils en Algérie.

Amine Esseghir

 

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Mendicité

Un gagne-pain facile

A chaque coin de rue, au seuil des mosquées, dans les stations de bus et de taxis, aux abords des marchés… Ils sont là, sales, dépenaillés. Plus nombreux chaque jour, à vous demander de quoi acheter un pain, du lait pour un bébé ou des médicaments…

Les mendiants, on en découvre de nouveaux chaque jour.

Signe des temps d’une conjoncture peu clémente ou gagne-pain facile ?

 

Où que vous alliez, vous les trouvez sur votre chemin. Mais leurs lieux de prédilection sont immanquablement les mosquées, les restaurants, les stations de bus… Là où l’affluence est toujours nombreuse et où ils sont assurés de ramasser le plus d’argent. Car tout le monde le sait, même s’ils se disent démunis, les mendiants refusent qu’on leur donne des vêtements ou des denrées alimentaires, ils n’acceptent que les espèces sonnantes et trébuchantes.

Tous les moyens sont bons pour vous soutirer de l’argent. A commencer par l’ordonnance douteuse, malmenée par tant de manipulations qu’elle en devient illisible, et qu’on vous brandit en pleine figure avec l’air de vous culpabiliser si vous refusez de mettre la main à la poche. Mais quand on y prend garde, l’ordonnance a été rédigée à une date si lointaine qu’il est évident que la personne à qui elle appartient est guérie depuis belle lurette. Ou peut-être n’est plus de ce monde…

Les mendiants sont souvent de très bons comédiens et peuvent à l’occasion devenir aveugles, handicapés ou revêtir n’importe quelle tare pour inciter la pitié des passants qui ne manqueront jamais de s’apitoyer sur leur sort et, par là même, leur glisser une pièce d’argent dans la main. Enfin, tous les moyens sont bons pour vous extorquer quelques pièces, et Dieu sait qu’ils gagnent bien leurs journées.

Tel ce jeune homme, la quarantaine, proprement habillé, qui vous arrête pour vous demander de l’aider car il doit rentrer chez lui dans une quelconque ville du pays. S’il est à Alger, dit-il, c’est pour voir sa mère hospitalisée à Blida et qui, par malchance, vient de décéder il y a quelques heures. Et puis, sans comprendre le cours de ses argumentations, l’histoire change du tout au tout et le jeune homme qui pleurait à chaudes larmes se transforme en un charlatan qui prétend connaître votre vie, vos soucis et problèmes, mais aussi votre avenir. Il affirme qu’il détient des solutions magiques pour que votre avenir soit le plus intéressant possible. Il est à même, dit-il, moyennant une somme d’argent, de vous assurer la fortune et le grand amour. Oubliée la mère décédée et la grande peine affichée il y a un moment. Notre ami, piètre comédien, est pourtant un fin psychologue. A travers ses pérégrinations, il ne s’adresse qu’aux femmes et fuit les hommes comme la peste. Mais il faut croire que cette méthode n’est pas mauvaise, car cela fait des années que ce jeune homme déambule à travers les quartiers d’Alger.

Ils sont nombreux ceux et celles qui s’inventent une vie pour gagner la pitié des gens. Comme les quatre enfants qui demandaient la charité à Ben-Aknoun. Ils se disaient orphelins. D’après eux, c’est leur sœur aînée, âgée d’une vingtaine d’années, qui s’occupe d’eux. Ces enfants, qui mendiaient chacun de son côté, devant les lycées Amara-Rachid et El-Mokrani, ainsi que devant la faculté de droit, ont gagné tellement d’argent que leurs parents qui, en réalité, étaient vivants et en très bonne santé, ont pu construire une coquette villa.

L’exemple du jeune homme qui se faisait passer pour aveugle et mendiait dans plusieurs quartiers d’Alger (Didouche-Mourad, Larbi-Ben-M’hidi, Hassiba-Ben-Bouali, boulevard Amirouche) pendant tant années qu’il a fini par faire partie du décor, est édifiant. Quand, à l’issue d’une journée bien remplie, des passants l’ont vu ramasser sa besace et monter dans une voiture flambant neuve, ils sont tout bonnement restés pantois. Certains se sont même juré qu’ils ne donneraient plus un sou aux mendiants.

Voir le nombre des mendiants qui se multiplie chaque jour à une vitesse effarante, on comprend que c’est un gagne-pain facile, mais aussi et surtout rentable.

Cette scène, vécue dans un magasin de tissus à Bab-Azzoun est des plus significatives. Il est un peu plus de midi, la rue grouille de tous ces gens qui vont et viennent, font leurs courses. A l’intérieur du magasin, c’est plutôt calme. Quelques clientes palpent plusieurs tissus, l’air concentré. Elles demandent les prix, les trouvent un peu élevés, négocient avec le vendeur. Au milieu de ces négociations, entre dans la boutique une femme âgée d’une cinquantaine d’années. Son hidjab a depuis longtemps perdu sa couleur. Elle, les tissus ne l’intéressent pas. Elle interpelle le vendeur qu’elle semble bien connaître, lui demande de ses nouvelles, se dirige vers la caisse et déverse sur le comptoir le contenu d’un sachet noir. Des pièces de monnaie en tombent. Sonnantes et trébuchantes, c’est le cas de le dire. Le vendeur les compte et lui remet des billets. Il nous dira plus tard qu’elle est venue échanger ses pièces contre 4 000 DA en billets. Et ce n’était que la demi-journée. D’après le vendeur, à qui d’autres mendiants recourent pour échanger leur argent, il y en a même qui gagnent jusqu’à 6 000 DA par jour, s’ils activent dans des quartiers commerçants.

Le gain facile pousse ces mendiants à imaginer tout de qui est possible pour attirer l’attention des passants et gagner leur pitié, et c’est ainsi qu’on en retrouve beaucoup qui se font accompagner de très jeunes enfants, parfois même de bébés, leur faisant prendre beaucoup de risques. Des risques qu’ils tombent malades à passer des journées entières dans la rue, par toutes les saisons, mangeant n’importe quoi. Des risques qu’à leur tour deviennent mendiants et soient livrés ainsi à tous les dangers de la rue.

Cette exploitation des enfants prendra-t-elle fin avec cet arrêt du ministère de la Justice qui prévoit d’enlever ces enfants et de les placer dans des centres spécialisés ? Tout porte à croire que cette décision ne sera pas lettre morte. En effet, suite à des rapports établis par les services de la DGSN et qui font état de plusieurs mères qui accompagnent leurs jeunes enfants pour mendier ou, pire encore, les louent à d’autres personnes qui parfois les emmènent dans d’autres wilayas, les juges des mineurs ont maintenant toute latitude pour placer ces enfants dans des centres spécialisés et ester en justice les parents irresponsables. Car la loi est claire et stipule que les sanctions seront sévères à l’encontre de quiconque exploite un enfant ou n’assure pas sa protection. Or il est avéré que les enfants qui mendient par eux-mêmes, ou ceux qui accompagnent des adultes, ne sont nullement protégés. Ces enfants qui ne vont pas à l’école, ou y vont de façon irrégulière, ont peu de chance d’apprendre à lire et écrire. Et c’est les condamner d’avance à vivre dans l’ignorance. Ces enfants vivent dans des conditions déplorables, contraints qu’ils sont de déambuler toute la journée, quelle que soit la saison. Ils ne connaissent aucune stabilité.

Mais l’appât du gain facile est grand chez ces mendiants qui refusent dur comme fer d’aller dans des centres des œuvres sociales. A Constantine, la direction des affaires religieuses a offert à certains d’entre eux des emplois, et à d’autres de leur verser chaque mois une aide puisée dans “sendouk ezzakat”, mais ils ont tous refusé fermement. Les sommes qu’ils gagnent en quémandant dans les rues sont nettement supérieures, et ce n’est pas pour rien que souvent des bagarres se déclenchent entre mendiants parce que l’un d’eux, nouveau dans le métier, a empiété sans le savoir sur les plates-bandes d’un ancien…

Khadidja Mohamed Bouziane

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La réconciliation sur fond de guerre mondiale contre le terrorisme

L’Algérie est-elle en phase avec le monde ?

Le phénomène terroriste dans les relations extérieures de l’Algérie a évolué en deux étapes distinctes. Les années 1990 ont été celles de l’isolement de l’Algérie dans sa guerre à l’insurrection intégriste, pendant que les puissances occidentales ne bridaient en rien l’internationale islamiste. La tendance s’est totalement inversée après le 11 septembre 2001, mettant l’Algérie en retrait dans un sujet sur lequel elle était à l’avant-garde : le monde fait la guerre au terrorisme, l’Algérie se dirige vers la réconciliation nationale.

L’annulation du second tour des élections législatives, en janvier 1992, n’a pas été sans poser un dilemme pour les dirigeants de la communauté internationale. Dans le même temps, ils ne pouvaient convaincre leur opinion que cette mesure est démocratique et ne pouvaient soutenir ouvertement l’ex-FIS, professant une violente critique de l’Occident, notamment depuis la guerre du Golfe en 1991. Mais à Paris comme à Washington, le temps était à la certitude que, tôt ou tard, le FIS allait arriver au pouvoir. Force était pour les chancelleries étrangères, à partir de cette logique, de maintenir le contact avec lui même après son interdiction. Le principe directeur de cette politique du double langage, qui sera longtemps appliquée en direction des acteurs de la crise algérienne, est qu’il fallait à tout prix éviter l’erreur commise avec la révolution iranienne, le mouvement d’opposition ayant fini par renverser le régime en place.

De 1992 à 1995, soit jusqu’à la présidentielle sanctionnée par l’élection de Liamine Zeroual, la communauté internationale affichait une attitude distante envers Alger. Officieusement, des dirigeants du FIS étaient reçus de temps à autre en Europe ou aux Etats-Unis. L’exemple le plus édifiant dans ce sens étant le soutien officiel de Washington au contrat national (début 1995) et son appel à la réconciliation entre le gouvernement et le FIS. Cette position ne manquera pas de s’infléchir, cependant, à la suite de l’élection de Zeroual. De ce dernier, il sera attendu la reprise du processus électoral et du dialogue avec les dirigeants du FIS. Ce dialogue, on le sait, achoppe sur le refus de ces derniers de condamner le terrorisme, exigence première du pouvoir. Mais la suite des événements montrera les limites de l’édifice institutionnel tel que reconstruit qui empêchent l’Etat de résoudre et de dépasser la crise au double plan politique et sécuritaire. La persistance de la violence et la mobilisation permanente de l’opposition pro-FIS a grandement réduit la marge de manœuvre du gouvernement qui, malgré l’achèvement du processus électoral reconduit (1995-1997), n’est toujours pas parvenu à briser l’embargo diplomatique édifié sur la demande express de réintégrer les islamistes dans le jeu politique. Le moyen de pression le plus récurrent pour ce faire s’est traduit par un traitement médiatique particulier à l’Algérie, grandement dominé par les médias français diffusant des documentaires fortement orientés et une charge incessante des ONG de défense des droits de l’homme qui se chargeaient surtout de défendre partialement les rangs des islamistes.

Enfin, autre moyen de pression, le plus pervers sans doute, et ce n’est pas la suite des événements qui nous contredira, les capitales étrangères, notamment Londres, refusaient systématiquement les demandes d’extradition des individus reconnus coupables de terrorisme en Algérie, avec cette particularité de permettre aux activistes, comme c’était au grand jour à Londres, de faire leur propagande et de procéder la collecte des fonds au bénéfice des “moudjahidine” en Algérie.

La première erreur d’analyse des capitales occidentales a été de surestimer le poids réel des islamistes en Algérie. Pensant que l’influence des dirigeants politiques islamistes était sur le terrain autant que celle issue du scrutin de 1991, ce sera la trêve unilatérale de l’AIS en 1997 qui inversera totalement les données : non seulement au sein de l’ex-FIS – c’était l’aile armée qui détenait l’initiative sur des politiques en retrait – mais de surcroît la défaite de celle-ci était parfaitement consommée.

Au plan de la compréhension de la situation interne, la trêve suscite une réaction positive de Washington qui soutient la lutte antiterroriste, accepte de reparler de fourniture d’armes et joue en sous-main un rôle décisif au niveau de l’ONU pour l’envoi d’un panel de diplomates développant une thèse nettement plus favorable à Alger que ne l’avait élaboré la troïka de l’Union européenne de 1998.

A vrai dire, le changement dans les relations extérieures de l’Algérie n’interviendra qu’au printemps 1999, avec l’élection à la présidence de Abdelaziz Bouteflika. Le scrutin lui-même relève plutôt de la farce, mais du moins l’Algérie a-t-elle enfin pour Président un homme dont la première qualité est qu’il n’est pas un acteur direct dans la crise et recèle des atouts diplomatiques indéniables. Retenons, à ce propos, quelques actes lourds qui ont certainement décrispé les cercles auprès desquels il était possible de faire un premier lobbying : caution des dirigeants arabes, poignée de main avec Barak, prise de contact avec le nouveau souverain marocain, dégel avec Chirac ou encore rencontre non protocolaire avec Bill Clinton aux funérailles de Hassan II. Et contrairement à l’ancien Président américain, Bush recevra par deux fois, en 2001, Abdelaziz Bouteflika.

La caution internationale à la politique de concorde civile, appuyée par un référendum aux résultats incontestables, est totalement acquise et rares sont les voix qui s’élèvent contre. Alger semble sur le bon chemin. Assez d’ailleurs pour songer à prendre ses distances avec l’Europe, avec qui elle a tôt fait de signer un Accord d’association sans effet immédiat et d’envisager une coopération plus affirmée avec les Etats-Unis. Ce qui se fera sans trop de difficulté.

Les raisons du retournement de la Maison-Blanche sont fort simples : le pétrole et la guerre contre le terrorisme. Les liens de la famille Bush avec les compagnies pétrolières ne sont pas un secret et, au regard de nombre d’observateurs, c’est ce facteur qui a été déterminant dans le rapprochement entre Alger et Washington. Les événements du 11 septembre inverseront la donne, la guerre contre le terrorisme islamiste, Al-Qaîda en tête, étant la ligne de démarcation entre les amis et les ennemis des Etats-Unis et leurs alliés européens. Le seul débat possible, en 2001, était d’être pour des actions unilatérales de Washington ou le règlement des questions connexes dans le cadre de l’ONU, comme ce fut le cas pour la guerre en Afghanistan ou l’invasion de l’Irak.

Les positions des uns et des autres étant connues, quel rôle pour Alger dans la nouvelle équation mondiale ? Loin de nous arrêter à l’anecdotique projection de La Bataille d’Alger dans les casernes US, la coopération dans le renseignement et la lutte antiterroriste, déjà bien engagée à l’étranger et dans le Sahel, a connu un cran de plus, impulsée par la détermination des Américains et par la solide expérience de l’Algérie dans ce domaine. A ce stade, l’idée dominante était que les thèses d’Alger sur le caractère international du terrorisme islamiste étaient enfin admises après avoir été trop longtemps ignorées non pas par méconnaissance du phénomène, mais par méfiance envers le gouvernement algérien à qui l’on s’interdisait de prêter assistance.

Au détour du dramatique épisode de l’enlèvement de deux diplomates algériens à Baghdad, l’Algérie a dû mesurer la fausseté d’une telle croyance, vérifiant par elle-même l’étendue de son isolement dans une épreuve qui avait frappé pêle-mêle d’autres pays. Ni les officiels ni les médias n’ont témoigné la solidarité à laquelle beaucoup croyaient être en droit de s’attendre. Il est à remarquer également que, dans la première phase comme dans la seconde, le déphasage de l’orientation politique de l’Algérie par rapport au reste du monde est inexplicablement patent, d’autant que dans les enjeux mobilisant des forces opposées déterminées à en découdre, l’Algérie semble s’agripper à une neutralité dont elle n’a ni les moyens (le terrorisme continue de sévir selon ses possibilités) ni l’intérêt.

Nabil Benali

 

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Chronologie comparative

En Algérie…

 

1999

15 avril : élection d’Abdelaziz Bouteflika, considéré comme le candidat de l’armée. Les résultats officiels lui ont assuré 73,79% des suffrages exprimés par 60,25% des inscrits.

Juin : l’Armée islamique du salut (AIS), bras armé du FIS, confirme officiellement l’abandon de la lutte armée annoncé en 1997, et se place sous l’autorité de l’Etat. Le chef du FIS, Abassi Madani, annonce son soutien à cette initiative le 11 juin.

Septembre : la loi sur la “concorde civile”, qui prévoit une amnistie totale ou partielle pour les islamistes armés non coupables de crimes de sang ou de viols, est adoptée par référendum avec 98,6% de “oui”.

2000

Janvier : expiration du délai accordé aux islamistes armés pour rendre les armes dans le cadre de la loi sur la concorde civile. Le bilan est mitigé.

Juillet : la recrudescence de la violence fait 300 victimes en un mois ; depuis la fin de l’application de la loi sur la concorde civile, le 13 janvier, plus de 1 000 personnes ont été tuées.

Novembre : le gouvernement refuse de donner son agrément au nouveau parti islamiste Wafa (Fidélité et Justice), fondé durant l’été 1999 par l’ancien ministre Ahmed Taleb-Ibrahimi.

Hiver 2000-2001: recrudescence des massacres qui font plusieurs centaines de victimes.

2001

Février : le témoignage d’un ancien officier des forces spéciales de l’armée, Habib Souaïdia (La Sale guerre) suscite de vives réactions en Algérie.

2002

Janvier : la recrudescence des tueries fait 150 morts en un peu plus d’un mois. Le 8, Antar Zouabri, chef des GIA, est abattu par l’armée à Boufarik (Mitidja).

27 septembre : le général Nezzar, qui a intenté un procès en diffamation à Habib Souaïdia, est débouté par la justice française. Celle-ci estime dans ses attendus qu’”il n’appartient pas au tribunal” de juger l’Histoire.

2003

Janvier : une brusque flambée de violence fait plus de 90 morts en quatre jours, en majorité des membres des forces de sécurité, après une relative accalmie de quelques mois. Depuis octobre, le nombre mensuel de victimes était descendu en dessous de la centaine.

2 juillet : les deux dirigeants de l’ex- FIS, Abassi Madani et Ali Benhadj, condamnés en 1992 à 12 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat, sont libérés.

2004

8 avril : Abdelaziz Bouteflika est réélu Président avec 84,99% des suffrages.

3 août : démission du général Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée algérienne.

1er novembre : Abdelaziz Bouteflika évoque l’éventualité d’une amnistie générale soumise à référendum. Soutien immédiat de Abassi Madani.

2005

31 janvier : les associations de disparus se prononcent contre l’amnistie générale.

10 févier : exclusion de Hassan Hattab du GSPC, ce dernier était supposé préparer sa reddition.

31 mars : Farouk Ksentini remet le rapport de la commission ad hoc sur les disparus au président de la République.

4 juillet : Abdelaziz Bouteflika annonce un prochain référendum sur la réconciliation nationale, sans autre précision.

21 juillet : Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi sont enlevés à Baghdad. Surprise à Alger. Revendication d’Al-Qaîda et approbation du GSPC. Condamnation de Washington et de Paris.

28 juillet : assassinat des deux diplomates algériens revendiqué par Al-Qaîda. Nouvelle approbation du GSPC. Condamnation unanime en Algérie et à travers le monde.

 

… et dans le monde

2001

9 septembre : en Afghanistan, deux Marocains se faisant passer pour des journalistes assassinent le commandant Ahmad Shah Massoud, chef de l’Alliance du Nord, l’un des principaux groupes de la résistance afghane contre les talibans. Son décès est annoncé officiellement quelques jours plus tard, l’organisation Al-Qaîda est soupçonnée d’avoir commandité cet assassinat.

11 septembre : attentats à New York et sur le Pentagone.

13 septembre : le Président des États-Unis, George W. Bush, désigne officiellement Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaîda, comme le responsable principal des attentats. Il demande au régime des talibans son extradition d’Afghanistan.

14 septembre : le Congrès des Etats-Unis débloque 40 milliards de dollars et permet à George W. Bush d’employer la force pour lutter contre les pays, les organisations et les personnes qui ont participé de près ou de loin aux attentats du 11 septembre.

17 septembre : sept pays sont désignés par les Etats-Unis comme soutenant le terrorisme : l’Iran, l’Irak, la Syrie, la Libye, le Soudan, Cuba et la Corée du Nord.

18 septembre : le Conseil de sécurité des Nations unies ordonne aux Talibans de remettre Oussama Ben Laden aux Etats-Unis.

20 septembre : George W. Bush déclare officiellement que les Etats-Unis sont en guerre contre le terrorisme et tout particulièrement contre Al-Qaîda.

28 septembre : le Conseil de sécurité de l’ONU vote une résolution pour faciliter le gel des avoirs des groupes terroristes.

7 octobre : les forces militaires américaines et britanniques commencent à bombarder les positions des talibans et des camps d’entraînement d’Al-Qaîda en Afghanistan. Cette opération est désignée sous le nom d’”opération Liberté immuable”.

26 octobre : après le vote favorable du Congrès des Etats-Unis, George W. Bush signe le Patriot Act. Cette loi renforce considérablement les pouvoirs d’investigation et d’intervention des agences gouvernementales, tout en diminuant les pouvoirs de la défense des accusés.

7 décembre : le régime des talibans s’effondre avec la prise de la ville de Kandahar par l’Alliance du Nord, soutenue par les Etats-Unis.

2002

11 janvier : les premiers prisonniers d’Afghanistan, présumés talibans, sont envoyés dans la prison de Guantanamo, à Cuba.

29 janvier : lors de son discours sur l’état de l’Union, George W. Bush présente l’Iran, l’Irak, la Corée du Nord et, plus tard, la Syrie comme l’”Axe du mal” (en référence à l’Axe et à l’Empire du mal de Ronald Reagan, qui désignaient l’Union soviétique). Ces pays sont présentés comme voulant posséder des armes de destruction massive avec pour objectif de les vendre à des organisations terroristes. Les opinions publiques européennes, hostiles à George W. Bush, s’inquiètent de ce discours.

12 septembre : lors d’un discours devant l’assemblée générale de l’ONU, George W. Bush exprime la nécessité d’employer la force contre l’Irak si Saddam Hussein ne détruit pas ses armes de destruction massive.

17 septembre : l’Irak accepte le retour inconditionnel des experts en désarmement de l’ONU. Hans Blix en est le chef.

21 septembre : une commission d’enquête parlementaire est créée pour faire la lumière sur les attentats du 11 septembre, ainsi que les dysfonctionnements des agences de renseignement.

12 octobre : un attentat à Bali, en Indonésie fait 183 morts.

2003

27 janvier : Hans Blix et Mohamed El-Baradei, président de l’AIEA, présentent chacun un rapport de leurs activités. La conclusion est que rien ne permet encore d’affirmer ni d’infirmer que l’Irak dispose d’armes de destruction massive.

7 mars : aucune preuve de la présence d’armes de destruction massive n’a été trouvée en Irak, déclare Hans Blix. Les investigations continuent.

L’invasion de l’Irak débute dans la nuit du 19 mars au 20 mars. Les forces militaires américaines et britanniques pénètrent sur le sol irakien. Avec comme soutien étranger, les forces australiennes et polonaises ainsi que les forces navales danoises et espagnoles.

9 avril : le régime de Saddam Hussein prend fin par la prise de la capitale irakienne, Bagdad.

13 décembre : Saddam Hussein est capturé à Tikrit.

2004

11 mars : attentats à Madrid.

16 juin : la commission d’enquête déclare qu’”il n’y a pas de preuve crédible que l’Irak et Al-Qaîda aient coopéré pour attaquer les Etats-Unis” et qu’aucun gouvernement n’a financé les attentats du 11 septembre.

2005

7 juillet : à Londres, des bombes explosent dans trois rames de métro et dans un bus, au matin. Bilan : cinquante-sept personnes décédées et plusieurs centaines de blessés. Qualifiée parfois de “Londonistan” vu la facilité avec laquelle des militants extrémistes y vivent et y professent, la capitale britannique est, elle aussi, touchée par la vague terroriste.

21 juillet : un attentat à la voiture piégée fait 68 morts à Charm el-Cheikh, en Egypte.

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