Semaine du  3 au 9 mai 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

La paix armée

 

 
 
 Editorial

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La paix armée

Dire que la situation de la presse dans notre pays est bonne serait un peu exagéré. Dire qu’elle est mauvaise l’est aussi. Tant nous restons dans le monde arabo-musulman, le seul pays où des journalistes peuvent tout de même écrire ce qu’ils veulent et s’en prendre de la façon la plus extrême parfois,  à leurs dirigeants sans que cela n’entraîne des réactions répressives automatiques. Ce qui est certain, c’est que lorsque les critiques sont faites intelligemment, sans recours à l’injure et avec des arguments solides, la répression est totalement inexistante, du moins d’un point de vue judiciaire.  Il reste évidemment alors à l’Etat le recours à des moyens coercitifs moins spectaculaires, mais c’est là la règle du jeu dans toutes les démocraties du monde.  Cela dit les journaux ne sont pas eux non plus à l’abri de défaillances parfois graves, qui se manifestent notamment par la soumission au diktat des annonceurs, par la faiblesse des ressources réinvesties dans l’outil de production, et par des positionnements idéologiques et politiques qui influent lourdement sur la qualité de l’information vendue aux lecteurs. Les causes de l’insuffisance de notre presse qui influent inévitablement sur  sa liberté d’action sont évidemment partagées. Les journaux sont loin du niveau de professionnalisme qui est exigé d’eux et l’Etat ne fait en vérité pas beaucoup d’efforts pour aider à remédier à ces carences, lorsqu’il ne les entretient pas par une attitude défensive aujourd’hui de moins en moins compréhensible. Ce n’est bien sur pas très adroit de faire un pareil constat le jour de la célébration de la journée de la presse, mais quelle meilleure occasion peut nous être offerte de nous livrer à une introspection qui peut se révéler salutaire, des deux côtés de la barrière d’ailleurs. Tant il est vrai que si nous continuons à ce rythme et sur cette voie, l’Algérie perdra inexorablement l’un des plus grands atouts qu’elle a toujours su avoir de l’indépendance à nos jours, une presse de qualité capable de livrer bataille sur tous les fronts et dans deux  langues à la fois. Une presse qui a su faire entendre la voix de son pays à des moments décisifs, aussi bien pendant la bataille des nationalisations par exemple qu’à celui des tentatives d’interventions étrangères en plein terrorisme. Cette arme est trop précieuse pour la laisser couler sous le poids de son obésité pécuniaire ou la considérer comme définitivement perdue parce que tentée par le clinquant des réceptions dans les ambassades. Comme pour un certain nombre d’autres secteurs, celui des médias est trop important pour ne pas le revitaliser et lui donner la possibilité d’opérer sa mue et de passer à une vitesse supérieure. Un dialogue national autour de la question de la liberté de la presse et aussi de celle d’une presse de qualité est à ce titre plus qu’indispensable et il est tout à fait déplorable que les assises que comptait organiser le défunt ministère de la communication en septembre 2004 aient été tout bonnement passées par la trappe sans même que personne n’éprouve le besoin d’expliquer pourquoi.  Même si les lutes d’appareil encore en cours à ce moment là avaient visé à empêcher Boudjemaâ Haichour  de tenter de caporaliser de façon très astucieuse une corporation  qui en a pourtant vu d’autres et que ni Hamrouche ni même feu Belkaïd, pourtant fin manœuvrier n’avaient guère réussi à mettre dans la  poche du FLN. La diversité éditoriale est si grande aujourd’hui dans les rédactions algériennes qu’il ne faut guère plus craindre une mainmise totale et absolue  de l’ancien parti unique sur la presse privée ou publique, même si les plus gros tirages restent évidemment dans son orbite. Mais gros tirage ne signifie pas nécessairement grosse influence, l’obésité n’ayant jamais signifié bonne santé, bien au contraire. Aussi ces assises sont plus que jamais nécessaires si nous voulons poser les vrais problèmes de la profession et surtout si nous voulons renouer le fil du dialogue entre les journalistes leurs hiérarchies et les pouvoirs publics. Un dialogue à trois sans lequel il est difficile d’imaginer qu’il puisse être possible de sortir de la logique d’ostracisme aujourd’hui à l’œuvre dans les rapports entre les diverses composantes de la société intéressées à   la production d’une presse de qualité travaillant dans un climat moins tendu pour le plus grand profit de tous. Une presse plus libre aussi, qui ne soit soumise ni au diktat des annonceurs, ni à celui des groupes d’intérêts politiques et financiers, ni à celui d’un Etat trop défensif et en proie à la crainte de se voir déborder par les attaques d’une coalition médiatique dopée au délit d’initié.  Ce qui est certain, c’est que la logique répressive qui maintient toujours Mohamed Bentchicou en prison et qui use de l’incarcération des journalistes comme  moyen de régulation absolu de la scène médiatique, n’est pas le chemin le plus court pour instaurer le dialogue, tout comme les attaques en dessous de la ceinture de quelques confrères contre le Président de la République et contre son chef du gouvernement ne sont pas non plus très indiqués pour décrisper l’ambiance et faire converger des positions pas si antagoniques qu’il n’y paraît. Nous avons bien vu, une fois encore à l’occasion de l’odieuse attitude adoptée par une partie de la droite française dans le dernier épisode en date de la prise en charge médicale de Abdelaziz Bouteflika, que la presse algérienne s’est dressée comme un seul homme pour défendre l’honneur de l’Algérie, comme elle a toujours su le faire tout au long de ces quinze dernières années. 

A. M.

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