Semaine du  3 au 9 mai 2006

Algérie-France

Une relation de haine-passion

 

 
 
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Une relation de haine-passion

Mercredi 25 avril. Le Soir d’Algérie, à l’instar de tous les quotidiens paraissant ce jour, annonce le retour de Bouteflika au pays. "Il poursuivra ses soins à Alger", croit savoir ce quotidien. Il rappelle qu’une semaine avant, le Président algérien "avait été admis à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris dans la plus grande discrétion", mais "la confidentialité sera brutalement violée par Jean-Marie Le Pen dès jeudi matin". Il précise que "le chef de file de l’extrême-droite, qui s’indignait de ce que ‘ l’on se permette d’insulter la France et le lendemain on s’y rend pour se soigner’, sera le détonateur de ce qui l’une des plus graves crises diplomatiques algéro- française de l’histoire".

Il faut dire aussi que de l’autre côté de la Méditerranée, on avait très mal pris les déclarations du Président algérien qui, lors de sa visite d’inspection effectuée le 16 avril à Constantine, affirmait que  "la colonisation française a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions". Depuis, le malaise ressenti à l’issue de la visite du ministre français des Affaires étrangères à Alger les 9 et 10 avril, laquelle visite s’est achevée sur un constat d’échec, s’est accentué. C’est dire que le déplacement à Paris de Abdelaziz Bouteflika a été une opportunité que les hommes politiques et les médias français ont exploitée jusqu’à la lie pour tenter de riposter à Alger.

La droite française  se déchaîne

Le quotidien français Le Monde a souligné, dans son édition du  23 avril 2006, que "le malaise entre la France et l'Algérie persiste". Il en voudra pour preuve les propos du président Bouteflika  qui "avait dénoncé, à Constantine (Est algérien) un ‘génocide de l'identité’ algérienne par la France durant la colonisation de l'Algérie de 1830 à 1962". Le même quotidien rappelle qu’"une semaine plus tard, le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a appelé le président algérien Abdelaziz Bouteflika à ne pas ‘galvauder’ le terme ‘génocide’. Des intellectuels et des philosophes nous ont appris, en particulier Primo Levi, qu'il ne faut jamais galvauder le terme de génocide". Tels ont été les commentaires de Douste-Blazy lors d'une interview à Radio J. Le Monde a ajouté que "les propos du Président algérien avaient d'autant plus heurté M. Douste-Balzy qu'ils intervenaient quelques jours à peine après une visite du chef de la diplomatie française en Algérie, qui avait pour objectif de relancer le projet de traité d'amitié franco-algérien, un processus grippé depuis le vote de la loi du 23 février 2005 vantant le ’rôle positif’ de la colonisation". Mais ce n’est pas le seul point qui alimente le malaise. C’est ainsi que Le Monde a précisé qu’"autre facteur d'incompréhension, les déclarations de M. Bouteflika précédaient de peu la venue du dirigeant algérien en France pour des examens médicaux". Le Monde estime ainsi légitime les réactions enregistrées, puisque, a-t-il écrit, "aux attaques répétées de M. Bouteflika contre la France, plusieurs responsables politiques – surtout à droite et à l'extrême-droite – se sont insurgés contre la venue du président algérien". "Je ne comprends pas très bien que ce monsieur vienne se faire soigner chez les abominables colonialistes que nous sommes", déclarait notamment Jean-Marie Le Pen, le président du Front national, qui fut le premier à révéler la venue de M. Bouteflika.

Le député des Alpes-Maritimes, Lionnel Luca (UMP), avait de son côté estimé qu'"il n'est pas normal que la France accepte la venue" du Président algérien, qualifié de "multirécidiviste de l'insulte". Un constat partagé par le député de l'Essonne, Nicolas Dupont-Aignan (UMP) : "L'attitude du président Bouteflika, qui insulte la France le matin et vient s'y faire soigner l'après-midi, est indécente".

Douste-Blazy s’oublie

Philippe Douste-Blazy a ajouté sa contribution à cette polémique. "Je ferai une remarque concernant les propos de M. Bouteflika sur la France : je vois qu'il apprécie les médecins français, je vois qu'il apprécie la médecine française, je vois qu'il apprécie les hôpitaux français." Avant cette  date, les commentaires de la presse, paraissant le  mardi 18 avril, sur les relations franco-algériennes n’étaient pas tendres à l’égard de l’Algérie. La Provence avait écrit que "le Président algérien est revenu à la charge, hier, pour mieux enfoncer le clou de ses ressentiments, pour davantage dénoncer "un génocide de l'identité" de 1830 à 1962. (...) La charge est lourde. Elle sera perçue comme blessante, voire insultante, par tous ceux qui ont oeuvré dans ce pays avec foi, conviction et amour. En Algérie, autant qu'il nous en souvienne, il n'y avait pas que des colons nantis. Il existait aussi de modestes gens, amoureux de cette terre qu'ils avaient fait la leur, à tort ou à raison. Comme une deuxième patrie. Ceux-là se sentiront bafoués. (…) Mais de grâce, M. Bouteflika, ne nous demandez plus de former vos élites pour en retirer, ensuite, tous les bénéfices inhérents. Ne venez plus bénéficier de nos soins à la première alerte". 

Nice Matin se fera plus pragmatique : "L’intérêt de la France à consigner de bonnes relations avec l'Algérie, tient pragmatiquement à l'enjeu économique –elle reste le premier fournisseur –  à l'enjeu migratoire – les Algériens constituent toujours le flux le plus fourni – à l'enjeu culturel, enfin : l'Algérie, malgré qu'elle en ait, est, après la France, le plus important des pays francophones. Et s'il est indéniable qu'au contraire du Maroc et de la Tunisie, l'identité culturelle algérienne a été particulièrement affectée par 130 ans de colonisation française, on voit mal qu'une expiation solennelle de la France puisse y apporter quelque baume (...)."

Le  22 avril 2006, Le Nouvel Observateur fera remarquer que "Bouteflika a quitté l'hôpital sur fond de tension entre Alger et Paris". Cette nouvelle hospitalisation avait été violemment dénoncée par plusieurs députés de droite et par l'extrême-droite française.La veille Le Nouvel Observateur rapportait les critiques de la droite formulées après l’hospitalisation du Président algérien. Celle de la vice-présidente exécutive de l'UDF, qui estimait que "la France aurait dû réagir aux propos du Président algérien", ajoutant : "j'aurais attendu que le gouvernement français dise quelque chose." "Le mot génocide, on fait attention, on ne l'utilise pas à n'importe quel propos, et là c'est vraiment des propos extrêmement malvenus et je trouve qu'on aurait dû entendre la France." Les propos de deux députés UMP, ont été également rapportés.  Si l’un a jugé "indécente" cette situation, le second a affirmé qu’"il est particulièrement indécent que celui qui est un multirécidiviste de l'insulte à l'égard de la France vienne une nouvelle fois se faire soigner chez l'ancien colonisateur responsable d'un 'génocide identitaire’".  Le numéro deux du MPF a, lui, estimé que c'était "un véritable scandale".  Il a également affirmé que "la France a eu un rôle positif en Algérie et partout ailleurs" où elle a colonisé.

Alger ne veut pas polémiquer

Pourtant après avoir regagné Alger, le Président algérien a adressé un message à son homologue français dans lequel, a remarqué Le Jeune Indépendant, "aux insultes et autres écarts, Bouteflika répond par la noblesse et la profondeur  du respect que le peuple algérien voue à la science et aux illuminés". Le seul reproche a émané de Belkhadem, lequel a exprimé sa "déception" de la diplomatie française. Ce fait a été rapporté par le Jour d’Algérie dans son édition du mardi 25 avril.       

Nadia Kerraz

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