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Algérie-France
Une relation de
haine-passion
Mercredi 25 avril.
Le Soir d’Algérie, à l’instar de tous les quotidiens paraissant ce
jour, annonce le retour de Bouteflika au pays. "Il poursuivra ses
soins à Alger", croit savoir ce quotidien. Il rappelle qu’une
semaine avant, le Président algérien "avait été admis à l’hôpital du
Val-de-Grâce à Paris dans la plus grande discrétion", mais "la
confidentialité sera brutalement violée par Jean-Marie Le Pen dès
jeudi matin". Il précise que "le chef de file de l’extrême-droite,
qui s’indignait de ce que ‘ l’on se permette d’insulter la France et
le lendemain on s’y rend pour se soigner’, sera le détonateur de ce
qui l’une des plus graves crises diplomatiques algéro- française de
l’histoire".
Il faut dire aussi
que de l’autre côté de la Méditerranée, on avait très mal pris les
déclarations du Président algérien qui, lors de sa visite
d’inspection effectuée le 16 avril à Constantine, affirmait que "la
colonisation française a réalisé un génocide de notre identité, de
notre histoire, de notre langue, de nos traditions". Depuis, le
malaise ressenti à l’issue de la visite du ministre français des
Affaires étrangères à Alger les 9 et 10 avril, laquelle visite s’est
achevée sur un constat d’échec, s’est accentué. C’est dire que le
déplacement à Paris de Abdelaziz Bouteflika a été une opportunité
que les hommes politiques et les médias français ont exploitée
jusqu’à la lie pour tenter de riposter à Alger.
La droite
française se déchaîne
Le quotidien
français Le Monde a souligné, dans son édition du 23 avril 2006,
que "le malaise entre la France et l'Algérie persiste". Il en voudra
pour preuve les propos du président Bouteflika qui "avait dénoncé,
à Constantine (Est algérien) un ‘génocide de l'identité’ algérienne
par la France durant la colonisation de l'Algérie de 1830 à 1962".
Le même quotidien rappelle qu’"une semaine plus tard, le chef de la
diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a appelé le président
algérien Abdelaziz Bouteflika à ne pas ‘galvauder’ le terme
‘génocide’. Des intellectuels et des philosophes nous ont appris, en
particulier Primo Levi, qu'il ne faut jamais galvauder le terme de
génocide". Tels ont été les commentaires de Douste-Blazy lors d'une
interview à Radio J. Le Monde a ajouté que "les propos du Président
algérien avaient d'autant plus heurté M. Douste-Balzy qu'ils
intervenaient quelques jours à peine après une visite du chef de la
diplomatie française en Algérie, qui avait pour objectif de relancer
le projet de traité d'amitié franco-algérien, un processus grippé
depuis le vote de la loi du 23 février 2005 vantant le ’rôle
positif’ de la colonisation". Mais ce n’est pas le seul point qui
alimente le malaise. C’est ainsi que Le Monde a précisé qu’"autre
facteur d'incompréhension, les déclarations de M. Bouteflika
précédaient de peu la venue du dirigeant algérien en France pour des
examens médicaux". Le Monde estime ainsi légitime les réactions
enregistrées, puisque, a-t-il écrit, "aux attaques répétées de M.
Bouteflika contre la France, plusieurs responsables politiques –
surtout à droite et à l'extrême-droite – se sont insurgés contre la
venue du président algérien". "Je ne comprends pas très bien que ce
monsieur vienne se faire soigner chez les abominables colonialistes
que nous sommes", déclarait notamment Jean-Marie Le Pen, le
président du Front national, qui fut le premier à révéler la venue
de M. Bouteflika.
Le député des
Alpes-Maritimes, Lionnel Luca (UMP), avait de son côté estimé qu'"il
n'est pas normal que la France accepte la venue" du Président
algérien, qualifié de "multirécidiviste de l'insulte". Un constat
partagé par le député de l'Essonne, Nicolas Dupont-Aignan (UMP) :
"L'attitude du président Bouteflika, qui insulte la France le matin
et vient s'y faire soigner l'après-midi, est indécente".
Douste-Blazy
s’oublie
Philippe
Douste-Blazy a ajouté sa contribution à cette polémique. "Je ferai
une remarque concernant les propos de M. Bouteflika sur la France :
je vois qu'il apprécie les médecins français, je vois qu'il apprécie
la médecine française, je vois qu'il apprécie les hôpitaux
français." Avant cette date, les commentaires de la presse,
paraissant le mardi 18 avril, sur les relations franco-algériennes
n’étaient pas tendres à l’égard de l’Algérie. La Provence avait
écrit que "le Président algérien est revenu à la charge, hier, pour
mieux enfoncer le clou de ses ressentiments, pour davantage dénoncer
"un génocide de l'identité" de 1830 à 1962. (...) La charge est
lourde. Elle sera perçue comme blessante, voire insultante, par tous
ceux qui ont oeuvré dans ce pays avec foi, conviction et amour. En
Algérie, autant qu'il nous en souvienne, il n'y avait pas que des
colons nantis. Il existait aussi de modestes gens, amoureux de cette
terre qu'ils avaient fait la leur, à tort ou à raison. Comme une
deuxième patrie. Ceux-là se sentiront bafoués. (…) Mais de grâce, M.
Bouteflika, ne nous demandez plus de former vos élites pour en
retirer, ensuite, tous les bénéfices inhérents. Ne venez plus
bénéficier de nos soins à la première alerte".
Nice Matin se fera
plus pragmatique : "L’intérêt de la France à consigner de bonnes
relations avec l'Algérie, tient pragmatiquement à l'enjeu économique
–elle reste le premier fournisseur – à l'enjeu migratoire – les
Algériens constituent toujours le flux le plus fourni – à l'enjeu
culturel, enfin : l'Algérie, malgré qu'elle en ait, est, après la
France, le plus important des pays francophones. Et s'il est
indéniable qu'au contraire du Maroc et de la Tunisie, l'identité
culturelle algérienne a été particulièrement affectée par 130 ans de
colonisation française, on voit mal qu'une expiation solennelle de
la France puisse y apporter quelque baume (...)."
Le 22 avril 2006,
Le Nouvel Observateur fera remarquer que "Bouteflika a quitté
l'hôpital sur fond de tension entre Alger et Paris". Cette nouvelle
hospitalisation avait été violemment dénoncée par plusieurs députés
de droite et par l'extrême-droite française.La veille Le Nouvel
Observateur rapportait les critiques de la droite formulées après
l’hospitalisation du Président algérien. Celle de la vice-présidente
exécutive de l'UDF, qui estimait que "la France aurait dû réagir aux
propos du Président algérien", ajoutant : "j'aurais attendu que le
gouvernement français dise quelque chose." "Le mot génocide, on fait
attention, on ne l'utilise pas à n'importe quel propos, et là c'est
vraiment des propos extrêmement malvenus et je trouve qu'on aurait
dû entendre la France." Les propos de deux députés UMP, ont été
également rapportés. Si l’un a jugé "indécente" cette situation, le
second a affirmé qu’"il est particulièrement indécent que celui qui
est un multirécidiviste de l'insulte à l'égard de la France vienne
une nouvelle fois se faire soigner chez l'ancien colonisateur
responsable d'un 'génocide identitaire’". Le numéro deux du MPF a,
lui, estimé que c'était "un véritable scandale". Il a également
affirmé que "la France a eu un rôle positif en Algérie et partout
ailleurs" où elle a colonisé.
Alger ne veut
pas polémiquer
Pourtant après
avoir regagné Alger, le Président algérien a adressé un message à
son homologue français dans lequel, a remarqué Le Jeune Indépendant,
"aux insultes et autres écarts, Bouteflika répond par la noblesse et
la profondeur du respect que le peuple algérien voue à la science
et aux illuminés". Le seul reproche a émané de Belkhadem, lequel a
exprimé sa "déception" de la diplomatie française. Ce fait a été
rapporté par le Jour d’Algérie dans son édition du mardi 25
avril.
Nadia Kerraz
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