Semaine du 04 au 10 mai 2005

 

Remaniement ministériel

 

Un gouvernement pour la relance

Ouyahia reste, mais affaibli

Réformes économiques

Le retour de Monsieur privatisation

 

 
 
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  Remaniement ministériel

Un gouvernement pour la relance

Le provisoire ne cesse de durer pour un gouvernement auquel on a confié la tâche ardue de mettre en application un programme de 55 milliards de dollars pour soutenir la relance économique à l’horizon 2009. L’échéance prend tout son sens dès que l’on évoque la composante du nouvel Exécutif d’où sont écartés Benachenhou et Belkhadem, tous deux ex-détenteurs de ministères de souveraineté.

Le premier perd sa place pour avoir imposé durant son règne l’ultralibéralisme, ce qui s’avéra incompatible avec l’investissement sur fonds publics, sur lequel compte le Président pour honorer ses engagements électoraux. Le deuxième, qui a réussi un retour en force du FLN, est sacrifié au nom de l’équilibre politique recherché entre les différentes tendances et, par conséquent, les centres de décisions. Le grand gagnant est sans conteste le chef du gouvernement. Il gagne, à la faveur de ce remaniement, d’échapper aux griffes du FLN en évitant le passage obligé de la déclaration de politique générale, n’étant plus de mise maintenant qu’il doit se présenter devant les élus dans un autre cadre, celui de la présentation d’un nouveau programme, même de pure forme du fait qu’elle servira à mieux expliciter les détails du plan de relance. 

L’alliance représentée par les chefs

Le fait marquant dans cette composante gouvernementale est que l’on retrouve les chefs des trois partis représentant l’alliance présidentielle. Il s’agit d’Ahmed Ouyahia (secrétaire général du RND), Abelaziz Belkhadem (secrétaire général du FLN) et Aboudjerra Soltani, nommé ministre d’Etat sans poste défini. Le calcul en termes de sièges pour la représentativité n’existe plus, au profit de l’octroi de postes de ministre d’Etat aux premiers responsables des formations concernées.

Ainsi contentés, les partis ayant soutenu le programme de Bouteflika continueront à le faire pour le restant de ce deuxième mandat. Sont tues également les divergences d’option économique ayant émaillé l’ancienne composante, dont la démarche a buté sur l’intransigeance du ministre des Finances qui, en sa qualité d’expert non-concerné par le jeu politique, a fini par raviver des mécontentements dans l’octroi des budgets. La question est tout simplement tranchée par le retour de Mourad Medelci aux commandes des Finances, après qu’il eut été mis en réserve quelque temps, s’occupant des conseils économiques pour le Président. Connu pour son penchant pour une gestion des ressources de l’Etat qui serait profitable à l’investissement public, Medelci est tout trouvé pour signer une réorientation de la gestion des finances de l’Etat pour la réalisation du plan de relance tel que conçu par le Président et, par là, effacer les hésitations de son prédécesseur. Rappelons-nous les critiques dont a été accablé Benachenhou par le président de la République lors de son discours devant les cadres de la nation. Le Président, tout en lui déniant tout effort de réforme du secteur des finances, lui a rappelé la rigidité de ses théories dont il dira”quelle que soit la théorie, elle reste toujours adaptable à la réalité”. C’est dire que Benachenhou n’était plus fait pour la suite à donner au Programme de soutien à la relance et que son entêtement à vouloir coûte que coûte injecter de l’orthodoxie dans la gestion des finances était plutôt considérée comme un handicap à un programme dont il est attendu la réalisation d’un million de logements, un million d’emplois et des facilités fiscales et parafiscales pour les opérateurs intervenant dans la sphère économique.

Privatisations version Temmar

Autant est facilité l’accès aux finances publiques avec l’arrivée de Medelci, autant le retour de Hamid Temmar sonne comme une raison d’Etat devant faire admettre que rien n’a changé dans l’orientation économique du pays. Celui qui se plaisait à se faire appeler “Monsieur privatisation” revient par la grande porte, au grand dam du partenaire social, en l’occurrence l’UGTA, qui n’a jamais pu faire bon ménage avec lui. L’on se souvient encore de la grogne qu’il a provoquée lors de son passage à la tête de ce département ministériel et du tollé qu’il a soulevé par son attitude en voulant agir seul, sans consultation aucune.

L’état actuel du processus de privatisation est quelque peu contesté par les institutions financières internationales, qui y voient beaucoup de “lenteurs” pour ne pas dire un manque d’entrain de la part des nos pouvoirs publics. L’arrivée de Temmar a de quoi rassurer quant à la démarche, surtout que la conjoncture étant différente de celle qui a prévalu lors du premier passage.

L’UGTA n’est plus dans les mêmes dispositions quant au stade de la contestation de cette démarche. Mieux, l’arrivée de ce nouveau ministre coïncide avec la préparation du pacte économique et social auquel applaudit le partenaire social. Le chemin est tout balisé, le ministre des privatisations n’aura plus à “gratouiller” les susceptibilités du partenaire social, rangé depuis la dernière tripartite derrière le chef du gouvernement et le président de la République à qui il vient de réitérer son soutien pour le plan de relance.

Les privatisations sont sur le terrain, ne reste qu’à appliquer les lois du marché sur les entités en mal de marché.

Le maintien des ministres en charge de certains secteurs entrant dans le plan de soutien à la relance est par ailleurs un signe qui ne trompe pas, au su de la constante de la volonté de faire aboutir le plan tel que conçu. Ainsi, Barkat, dont le ministère a largement profité de l’investissement public, que ce soit dans le cadre du premier ou du deuxième plan, est maintenu à son poste, sans surprise. Le même cas est observé pour celui en charge des Travaux publics, considéré dans le deuxième plan de relance comme une assise à fabriquer pour un développement durable. Le secteur de la pêche, ceux des transports, de l’industrie, même s’il ont changé de main, sont restés les départements desquels il est beaucoup attendu en matière de relance. Le poste de ministre des Postes et Télécommunications, dorénavant confié à Haïchour, ne gêne pas non plus du fait que l’ancien ministre s’est amplement chargé de l’ouvrir à la concurrence privé. Ne reste plus que l’ouverture du capital d’Algérie Télécom et, là encore, c’est l’Autorité de régulation qui s’en chargera. Mission accomplie par Amar Tou, Haïchour n’aura qu’à faire le suivi. Par contre, c’est le ministre Djaaboub qui, en passant au Commerce, aura la rude tâche de faire entrer l’Algérie à l’OMC, lui qui a su gérer, adapter le secteur de l’industrie à la nouvelle donne économique nationale, maintenant que les accords d’association avec l’Europe arrivent à conclusion.

Pour le président de la République qui attend la sacralisation de son programme de relance, et pour le chef du gouvernement qui attend à son tour les ressources nécessaires pour le financement de ce plan, Chakib Khelil vient en sauveur. Sachant rester en dehors des querelles stériles, le ministre de l’Energie et des Mines garde son poste après tout générateur de recettes pétrolières dont il est inconcevable de faire l’économie. Maintenant que la loi sur les hydrocarbures est votée par l’APN, ne reste plus qu’à rentabiliser la réforme du secteur au profit… du développement durable.

Samira Mana

 

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Ouyahia reste, mais affaibli

On ne peut pas dire que le remaniement gouvernemental décidé par Bouteflika soit un bouleversement.

Tout au plus, il met fin au manque de cohésion gouvernementale dans le cadre strict de la mise en œuvre de son programme.

Ouyahia reste et c’est sans surprise, si l’on considère que le secrétaire général du RND, sur la quasi-majorité des dossiers, s’est fait le fidèle interprète des instructions du chef de l’Etat, y compris sur la question de la révocation des élus en Kabylie où il donnait l’impression de s’embourber vu que le retrait escompté des élus n’ait eu lieu, notamment de la part de l’opposition et que la situation avait été rendue encore plus délicate avec le retard de la décision de dissolution des assemblées, le FLN ayant requis pour ce faire que le Président signe un décret dans ce sens.

Cela dit, le maintien d’Ouyahia n’est pas forcément synonyme de son renforcement et, par voie de conséquence, de celui du RND dans les rouages de l’Etat. Le fait d’avoir confié les ministères économiques clés à des hommes du cercle présidentiel, sinon au FLN, comme c’est le cas pour le département de l’Industrie, le confirme dans une large mesure. Le retour de “Monsieur privatisations” en la personne de Hamid Temmar annonce déjà une montée en cadence des privatisations, trahissant par ailleurs toute l’exaspération ressentie par Bouteflika deux années durant, soit depuis qu’Ouyahia a pris sous sa coupe le MPPI.  Avec le chef du gouvernement comme tampon vis-à-vis du partenaire syndical, du reste tout à fait “assagi” par rapport à la cession du secteur public, Hamid Temmar, un interlocuteur qui “passe bien” auprès des milieux d’affaires étrangers, aura surtout à éviter la réédition des actes manqués, comme le cas Enasucre-Blanky. Et, en tout état de cause, ce dernier retrouvera la même équipe qu’il a laissée il y a trois ans de cela, après avoir remanié les dossiers des EPE sous toutes les coutures. Il n’est pas impossible à cet égard que M. Temmar soit encore plus souple en matière de négociation avec les repreneurs, notamment au chapitre du prix de cession, lui-même étant convaincu qu’une grande partie des entreprises ne peuvent être sauvées après avoir suffisamment coûté à l’Etat.

Autre élément : la nomination de Hachemi Djaaboub au Commerce, l’ancien ministre de l’Industrie ayant dû plusieurs fois “recadrer” les propos de Nourredine Boukrouh, notamment pour ce qui touche aux barrières tarifaires et au délai d’adaptation que l’Algérie escompte arracher à l’OMC. Un dossier aussi important tombant entre les mains d’un ministre FLN, ce n’est pas pour arranger les affaires d’Ouyahia, ce même Djaaboub s’étant plusieurs fois exprimé dans un sens contraire à l’ancien MPPI, Yahia Hamlaoui.

En outre, le retour “surprenant” de Yahia Guidoum à la tête d’un ministère qu’il ne connaît peut-être pas le mieux, peut lui aussi être vu comme un renforcement du RND, mais pas forcément d’Ouyahia, Yahia Guidoum étant connu pour être un d’abord un proche de Mohamed Betchine, qui marque son retour au RND et dans le microcosme algérois.

Enfin, le retrait de Abdelaziz Belkhadem du ministère des Affaires étrangères met ce dernier tout à fait à son aise pour “s’occuper” du FLN comme il en a publiquement émis le vœu, ce parti étant entièrement considéré comme facteur de stabilité institutionnelle, élément trop précieux pour laisser les stigmates de la crise fraîchement dépassée revenir par cet inattendu refus des élus de Kabylie d’obtempérer aux instructions de la leur direction. En le maintenant au rang de ministre “sans poste”, mais non moins en qualité de son représentant personnel, le chef de l’Etat est loin de compter sur A. Belkhadem pour de délicates missions diplomatiques, comme il est donné de le penser à première vue. L’expérience de Mohamed Bedjaoui y suffirait largement, cependant que le secrétaire général du FLN serait si bien toujours dans le giron du chef de l’Etat qui doit garder en mémoire la tentation oppositionnelle qui a dominé un moment ce parti. Et si d’aventure il s’agirait surtout de préparer le terrain au projet d’amnistie générale, A. Belkhadem semble déjà tout désigné pour en présider l’organisation, trouvant, dans cas de figure, l’appui certain de son nouveau collègue du MSP, Abou Djerra Soltani.

Ce rééquilibrage des forces au sein du gouvernement replace tous les ministres (qu’ils soient de l’alliance présidentielle ou non) dans une logique autre que celle qui a prévalu jusque-là. Le départ de Abdellatif Benachenhou et le retour de Mourad Medelci, discret et objectivement moins conflictuel, peuvent être déjà interprétés comme un assouplissement de la pression qu’exerçait l’ancien locataire de Ben Aknoun par rapport à l’action des autres départements, instruits qu’ils sont désormais de consommer à bon escient les 55 milliards de dollars du Plan de soutien à la croissance économique. Cette nouvelle configuration de l’Exécutif n’a pas pour but de satisfaire l’agacement du chef de l’Etat, certes, avec la levée des verrous et des frictions de tous genres,  mais elle vise surtout à exclure les dernières résistances. Tout doit désormais se faire avec une vitesse inédite. Le plan de soutien à la croissance, le million de logement, les privatisations, le pacte social, l’adhésion à l’OMC et l’entrée en vigueur de l’Accord d’association…Un peu comme s’il s’agissait d’un gouvernement de campagne, ce que les ministres partants semblent n’avoir pas très bien compris.

Nabil Benali

 

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Réformes économiques

Le retour de Monsieur privatisation

Parce qu’il a affiché des objectifs trop ambitieux ou alors précisément parce que son département était trop dépendant du chef du gouvernement, Yahia Hamlaoui a dû céder la place à Hamid Temmar, lequel n’a aucune raison de changer d’opinion : le secteur public doit être transféré au privé. Tout le secteur public et dans les plus brefs délais.

Sur 1 200 entreprises publiques économiques, près d’une centaine ont été finalement vendues en moins d’une année. On ne sait pas dans le détail de quelles sociétés il s’agit, dans quelles circonstances, à quel prix, avec quel business plan proposé par l’acheteur, bref, tout cela s’est opéré dans un certain degré d’opacité qui ne permet aujourd’hui aucune appréciation juste du processus lui-même. Restent donc les grands chiffres : 1/10 des sociétés ont été effectivement vendues. Si l’on s’en tenait à cet élément, il n’y aurait pas de raison de penser qu’il s’agit d’un mauvais résultat, la privatisation étant un processus qui peut consommer plus d’une décennie, comme c’est encore le cas dans de nombreux pays. Mais il y a surtout le marché en soi qui différencie la privatisation en Algérie de celle menée par ailleurs, puisqu’il est plus rentable d’investir dans une nouvelle entreprise que d’en acheter une auprès de l’Etat, voire importer plutôt que de s’installer ici, comme cela est déjà le cas pour nombre de firmes européennes qui ne vont pas au-delà de l’implantation d’une représentation commerciale et ce, dans plusieurs de créneaux et notamment celui de l’agroalimentaire. Les entreprises publiques sont effectivement difficiles à vendre, mais ce n’est pas leur cas à toutes. De ce schéma sont exclues les sociétés monopolistiques, donc les plus intéressantes, mais celles que l’Etat semble le moins empressé de liquider, pour la même raison sans doute.

En tout état de cause, avec la levée de toutes les contraintes antérieures, et notamment la résistance de l’UGTA, dont le secrétaire général Abdelmadjid Sidi Saïd redécouvre miraculeusement les vertus de l’entente et du partenariat, il était espéré un rush historique (on parlait de 400 manifestations d’intérêt pour les deux premiers mois suivant la publication de la liste des privatisables). Les cessions dont on a eu vent n’ont vu y prendre part que les grands investisseurs locaux, avec en sus ce point noir du flop inexpliqué de l’Enasucre.

A vrai dire, la sanction, si l’on peut dire les choses ainsi, que traduit le départ de M. Hamlaoui trouve pour explication non pas ce bilan mitigé en apparence, mais le fait que les privatisations n’ont jusque-là intéressé aucun partenaire étranger de renom, en dépit des louanges itératives faites aux rares exemples que sont l’ENAD-Henkel ou Sider-Ispat (Mittal Steel)… L’impact des maigres résultats réalisés se ressent aussi sur les bilans annuels et les recettes de la privatisation qu’on n’ose pas rendre publics et sur la part des IDE qui croît ou se dégonfle, suivant qu’il y ait évolution dans le seul secteur des télécoms ou non.

Le nouveau ministre de la Participation et de la Promotion des investissements est donc une nouvelle fois Hamid Temmar. Ce n’est pas un ancien cadre de SGP comme son prédécesseur, mais un conseiller de la Présidence, de surcroît architecte de tout le dispositif dans lequel agit son département. On le voit mal, dans ces circonstances, recevoir ses ordres du chef du gouvernement qui ne devrait pas, en toute logique et vu la situation actuelle, tenter de lui imposer sa méthode étapiste.

Hamid Temmar est de retour parce qu’il est un libéral convaincu et qu’il n’est en rien issu de cette bureaucratie (au sens caricatural du terme) qui fait si peur au capital étranger. Il est également de retour pour que les cessions subissent une forte impulsion vers l’avant.

Récemment (fin mars) a eu lieu la publication dans le Journal Officiel d’un mouvement des chefs de division du MPPI, touchant ses anciens collaborateurs qui, si l’on s’en souvient bien, ont repris les postes dans lesquels Temmar les avait laissés en 2002. Sans doute la décision de le substituer à M. Hamlaoui était prise depuis quelques temps, qui sait ? Il y a, en dehors de ces considérations, une autre raison pour le retour du père de l’ANDI et du Conseil national de l’investissement (CNI). En sus de la gestion des capitaux marchands de l’Etat, il sera à la tête du dispositif de promotion de l’investissement et le chef de l’Etat ne semble pas vouloir d’un autre interlocuteur direct aux compagnies pétrolières et gazières qui viendront bénéficier des effets conjugués de la loi Khelil fraîchement votée et du régime spécifique soutenant les investissements en Algérie.

N. B.

 

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