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Remaniement
ministériel
Un gouvernement
pour la relance
Le provisoire ne
cesse de durer pour un gouvernement auquel on a confié la tâche
ardue de mettre en application un programme de 55 milliards de
dollars pour soutenir la relance économique à l’horizon 2009.
L’échéance prend tout son sens dès que l’on évoque la composante du
nouvel Exécutif d’où sont écartés Benachenhou et Belkhadem, tous
deux ex-détenteurs de ministères de souveraineté.
Le premier perd sa
place pour avoir imposé durant son règne l’ultralibéralisme, ce qui
s’avéra incompatible avec l’investissement sur fonds publics, sur
lequel compte le Président pour honorer ses engagements électoraux.
Le deuxième, qui a réussi un retour en force du FLN, est sacrifié au
nom de l’équilibre politique recherché entre les différentes
tendances et, par conséquent, les centres de décisions. Le grand
gagnant est sans conteste le chef du gouvernement. Il gagne, à la
faveur de ce remaniement, d’échapper aux griffes du FLN en évitant
le passage obligé de la déclaration de politique générale, n’étant
plus de mise maintenant qu’il doit se présenter devant les élus dans
un autre cadre, celui de la présentation d’un nouveau programme,
même de pure forme du fait qu’elle servira à mieux expliciter les
détails du plan de relance.
L’alliance
représentée par les chefs
Le fait marquant
dans cette composante gouvernementale est que l’on retrouve les
chefs des trois partis représentant l’alliance présidentielle. Il
s’agit d’Ahmed Ouyahia (secrétaire général du RND), Abelaziz
Belkhadem (secrétaire général du FLN) et Aboudjerra Soltani, nommé
ministre d’Etat sans poste défini. Le calcul en termes de sièges
pour la représentativité n’existe plus, au profit de l’octroi de
postes de ministre d’Etat aux premiers responsables des formations
concernées.
Ainsi contentés,
les partis ayant soutenu le programme de Bouteflika continueront à
le faire pour le restant de ce deuxième mandat. Sont tues également
les divergences d’option économique ayant émaillé l’ancienne
composante, dont la démarche a buté sur l’intransigeance du ministre
des Finances qui, en sa qualité d’expert non-concerné par le jeu
politique, a fini par raviver des mécontentements dans l’octroi des
budgets. La question est tout simplement tranchée par le retour de
Mourad Medelci aux commandes des Finances, après qu’il eut été mis
en réserve quelque temps, s’occupant des conseils économiques pour
le Président. Connu pour son penchant pour une gestion des
ressources de l’Etat qui serait profitable à l’investissement
public, Medelci est tout trouvé pour signer une réorientation de la
gestion des finances de l’Etat pour la réalisation du plan de
relance tel que conçu par le Président et, par là, effacer les
hésitations de son prédécesseur. Rappelons-nous les critiques dont a
été accablé Benachenhou par le président de la République lors de
son discours devant les cadres de la nation. Le Président, tout en
lui déniant tout effort de réforme du secteur des finances, lui a
rappelé la rigidité de ses théories dont il dira”quelle que soit la
théorie, elle reste toujours adaptable à la réalité”. C’est dire que
Benachenhou n’était plus fait pour la suite à donner au Programme de
soutien à la relance et que son entêtement à vouloir coûte que coûte
injecter de l’orthodoxie dans la gestion des finances était plutôt
considérée comme un handicap à un programme dont il est attendu la
réalisation d’un million de logements, un million d’emplois et des
facilités fiscales et parafiscales pour les opérateurs intervenant
dans la sphère économique.
Privatisations
version Temmar
Autant est
facilité l’accès aux finances publiques avec l’arrivée de Medelci,
autant le retour de Hamid Temmar sonne comme une raison d’Etat
devant faire admettre que rien n’a changé dans l’orientation
économique du pays. Celui qui se plaisait à se faire appeler
“Monsieur privatisation” revient par la grande porte, au grand dam
du partenaire social, en l’occurrence l’UGTA, qui n’a jamais pu
faire bon ménage avec lui. L’on se souvient encore de la grogne
qu’il a provoquée lors de son passage à la tête de ce département
ministériel et du tollé qu’il a soulevé par son attitude en voulant
agir seul, sans consultation aucune.
L’état actuel du
processus de privatisation est quelque peu contesté par les
institutions financières internationales, qui y voient beaucoup de
“lenteurs” pour ne pas dire un manque d’entrain de la part des nos
pouvoirs publics. L’arrivée de Temmar a de quoi rassurer quant à la
démarche, surtout que la conjoncture étant différente de celle qui a
prévalu lors du premier passage.
L’UGTA n’est plus
dans les mêmes dispositions quant au stade de la contestation de
cette démarche. Mieux, l’arrivée de ce nouveau ministre coïncide
avec la préparation du pacte économique et social auquel applaudit
le partenaire social. Le chemin est tout balisé, le ministre des
privatisations n’aura plus à “gratouiller” les susceptibilités du
partenaire social, rangé depuis la dernière tripartite derrière le
chef du gouvernement et le président de la République à qui il vient
de réitérer son soutien pour le plan de relance.
Les privatisations
sont sur le terrain, ne reste qu’à appliquer les lois du marché sur
les entités en mal de marché.
Le maintien des
ministres en charge de certains secteurs entrant dans le plan de
soutien à la relance est par ailleurs un signe qui ne trompe pas, au
su de la constante de la volonté de faire aboutir le plan tel que
conçu. Ainsi, Barkat, dont le ministère a largement profité de
l’investissement public, que ce soit dans le cadre du premier ou du
deuxième plan, est maintenu à son poste, sans surprise. Le même cas
est observé pour celui en charge des Travaux publics, considéré dans
le deuxième plan de relance comme une assise à fabriquer pour un
développement durable. Le secteur de la pêche, ceux des transports,
de l’industrie, même s’il ont changé de main, sont restés les
départements desquels il est beaucoup attendu en matière de relance.
Le poste de ministre des Postes et Télécommunications, dorénavant
confié à Haïchour, ne gêne pas non plus du fait que l’ancien
ministre s’est amplement chargé de l’ouvrir à la concurrence privé.
Ne reste plus que l’ouverture du capital d’Algérie Télécom et, là
encore, c’est l’Autorité de régulation qui s’en chargera. Mission
accomplie par Amar Tou, Haïchour n’aura qu’à faire le suivi. Par
contre, c’est le ministre Djaaboub qui, en passant au Commerce, aura
la rude tâche de faire entrer l’Algérie à l’OMC, lui qui a su gérer,
adapter le secteur de l’industrie à la nouvelle donne économique
nationale, maintenant que les accords d’association avec l’Europe
arrivent à conclusion.
Pour le président
de la République qui attend la sacralisation de son programme de
relance, et pour le chef du gouvernement qui attend à son tour les
ressources nécessaires pour le financement de ce plan, Chakib Khelil
vient en sauveur. Sachant rester en dehors des querelles stériles,
le ministre de l’Energie et des Mines garde son poste après tout
générateur de recettes pétrolières dont il est inconcevable de faire
l’économie. Maintenant que la loi sur les hydrocarbures est votée
par l’APN, ne reste plus qu’à rentabiliser la réforme du secteur au
profit… du développement durable.
Samira Mana
Haut
Ouyahia reste, mais affaibli
On ne peut pas
dire que le remaniement gouvernemental décidé par Bouteflika soit un
bouleversement.
Tout au plus, il
met fin au manque de cohésion gouvernementale dans le cadre strict
de la mise en œuvre de son programme.
Ouyahia reste et
c’est sans surprise, si l’on considère que le secrétaire général du
RND, sur la quasi-majorité des dossiers, s’est fait le fidèle
interprète des instructions du chef de l’Etat, y compris sur la
question de la révocation des élus en Kabylie où il donnait
l’impression de s’embourber vu que le retrait escompté des élus
n’ait eu lieu, notamment de la part de l’opposition et que la
situation avait été rendue encore plus délicate avec le retard de la
décision de dissolution des assemblées, le FLN ayant requis pour ce
faire que le Président signe un décret dans ce sens.
Cela dit, le
maintien d’Ouyahia n’est pas forcément synonyme de son renforcement
et, par voie de conséquence, de celui du RND dans les rouages de
l’Etat. Le fait d’avoir confié les ministères économiques clés à des
hommes du cercle présidentiel, sinon au FLN, comme c’est le cas pour
le département de l’Industrie, le confirme dans une large mesure. Le
retour de “Monsieur privatisations” en la personne de Hamid Temmar
annonce déjà une montée en cadence des privatisations, trahissant
par ailleurs toute l’exaspération ressentie par Bouteflika deux
années durant, soit depuis qu’Ouyahia a pris sous sa coupe le MPPI.
Avec le chef du gouvernement comme tampon vis-à-vis du partenaire
syndical, du reste tout à fait “assagi” par rapport à la cession du
secteur public, Hamid Temmar, un interlocuteur qui “passe bien”
auprès des milieux d’affaires étrangers, aura surtout à éviter la
réédition des actes manqués, comme le cas Enasucre-Blanky. Et, en
tout état de cause, ce dernier retrouvera la même équipe qu’il a
laissée il y a trois ans de cela, après avoir remanié les dossiers
des EPE sous toutes les coutures. Il n’est pas impossible à cet
égard que M. Temmar soit encore plus souple en matière de
négociation avec les repreneurs, notamment au chapitre du prix de
cession, lui-même étant convaincu qu’une grande partie des
entreprises ne peuvent être sauvées après avoir suffisamment coûté à
l’Etat.
Autre élément : la
nomination de Hachemi Djaaboub au Commerce, l’ancien ministre de
l’Industrie ayant dû plusieurs fois “recadrer” les propos de
Nourredine Boukrouh, notamment pour ce qui touche aux barrières
tarifaires et au délai d’adaptation que l’Algérie escompte arracher
à l’OMC. Un dossier aussi important tombant entre les mains d’un
ministre FLN, ce n’est pas pour arranger les affaires d’Ouyahia, ce
même Djaaboub s’étant plusieurs fois exprimé dans un sens contraire
à l’ancien MPPI, Yahia Hamlaoui.
En outre, le
retour “surprenant” de Yahia Guidoum à la tête d’un ministère qu’il
ne connaît peut-être pas le mieux, peut lui aussi être vu comme un
renforcement du RND, mais pas forcément d’Ouyahia, Yahia Guidoum
étant connu pour être un d’abord un proche de Mohamed Betchine, qui
marque son retour au RND et dans le microcosme algérois.
Enfin, le retrait
de Abdelaziz Belkhadem du ministère des Affaires étrangères met ce
dernier tout à fait à son aise pour “s’occuper” du FLN comme il en a
publiquement émis le vœu, ce parti étant entièrement considéré comme
facteur de stabilité institutionnelle, élément trop précieux pour
laisser les stigmates de la crise fraîchement dépassée revenir par
cet inattendu refus des élus de Kabylie d’obtempérer aux
instructions de la leur direction. En le maintenant au rang de
ministre “sans poste”, mais non moins en qualité de son représentant
personnel, le chef de l’Etat est loin de compter sur A. Belkhadem
pour de délicates missions diplomatiques, comme il est donné de le
penser à première vue. L’expérience de Mohamed Bedjaoui y suffirait
largement, cependant que le secrétaire général du FLN serait si bien
toujours dans le giron du chef de l’Etat qui doit garder en mémoire
la tentation oppositionnelle qui a dominé un moment ce parti. Et si
d’aventure il s’agirait surtout de préparer le terrain au projet
d’amnistie générale, A. Belkhadem semble déjà tout désigné pour en
présider l’organisation, trouvant, dans cas de figure, l’appui
certain de son nouveau collègue du MSP, Abou Djerra Soltani.
Ce rééquilibrage
des forces au sein du gouvernement replace tous les ministres
(qu’ils soient de l’alliance présidentielle ou non) dans une logique
autre que celle qui a prévalu jusque-là. Le départ de Abdellatif
Benachenhou et le retour de Mourad Medelci, discret et objectivement
moins conflictuel, peuvent être déjà interprétés comme un
assouplissement de la pression qu’exerçait l’ancien locataire de Ben
Aknoun par rapport à l’action des autres départements, instruits
qu’ils sont désormais de consommer à bon escient les 55 milliards de
dollars du Plan de soutien à la croissance économique. Cette
nouvelle configuration de l’Exécutif n’a pas pour but de satisfaire
l’agacement du chef de l’Etat, certes, avec la levée des verrous et
des frictions de tous genres, mais elle vise surtout à exclure les
dernières résistances. Tout doit désormais se faire avec une vitesse
inédite. Le plan de soutien à la croissance, le million de logement,
les privatisations, le pacte social, l’adhésion à l’OMC et l’entrée
en vigueur de l’Accord d’association…Un peu comme s’il s’agissait
d’un gouvernement de campagne, ce que les ministres partants
semblent n’avoir pas très bien compris.
Nabil Benali
Haut
Réformes économiques
Le retour de
Monsieur privatisation
Parce qu’il a
affiché des objectifs trop ambitieux ou alors précisément parce que
son département était trop dépendant du chef du gouvernement, Yahia
Hamlaoui a dû céder la place à Hamid Temmar, lequel n’a aucune
raison de changer d’opinion : le secteur public doit être transféré
au privé. Tout le secteur public et dans les plus brefs délais.
Sur 1 200
entreprises publiques économiques, près d’une centaine ont été
finalement vendues en moins d’une année. On ne sait pas dans le
détail de quelles sociétés il s’agit, dans quelles circonstances, à
quel prix, avec quel business plan proposé par l’acheteur, bref,
tout cela s’est opéré dans un certain degré d’opacité qui ne permet
aujourd’hui aucune appréciation juste du processus lui-même. Restent
donc les grands chiffres : 1/10 des sociétés ont été effectivement
vendues. Si l’on s’en tenait à cet élément, il n’y aurait pas de
raison de penser qu’il s’agit d’un mauvais résultat, la
privatisation étant un processus qui peut consommer plus d’une
décennie, comme c’est encore le cas dans de nombreux pays. Mais il y
a surtout le marché en soi qui différencie la privatisation en
Algérie de celle menée par ailleurs, puisqu’il est plus rentable
d’investir dans une nouvelle entreprise que d’en acheter une auprès
de l’Etat, voire importer plutôt que de s’installer ici, comme cela
est déjà le cas pour nombre de firmes européennes qui ne vont pas
au-delà de l’implantation d’une représentation commerciale et ce,
dans plusieurs de créneaux et notamment celui de l’agroalimentaire.
Les entreprises publiques sont effectivement difficiles à vendre,
mais ce n’est pas leur cas à toutes. De ce schéma sont exclues les
sociétés monopolistiques, donc les plus intéressantes, mais celles
que l’Etat semble le moins empressé de liquider, pour la même raison
sans doute.
En tout état de
cause, avec la levée de toutes les contraintes antérieures, et
notamment la résistance de l’UGTA, dont le secrétaire général
Abdelmadjid Sidi Saïd redécouvre miraculeusement les vertus de
l’entente et du partenariat, il était espéré un rush historique (on
parlait de 400 manifestations d’intérêt pour les deux premiers mois
suivant la publication de la liste des privatisables). Les cessions
dont on a eu vent n’ont vu y prendre part que les grands
investisseurs locaux, avec en sus ce point noir du flop inexpliqué
de l’Enasucre.
A vrai dire, la
sanction, si l’on peut dire les choses ainsi, que traduit le départ
de M. Hamlaoui trouve pour explication non pas ce bilan mitigé en
apparence, mais le fait que les privatisations n’ont jusque-là
intéressé aucun partenaire étranger de renom, en dépit des louanges
itératives faites aux rares exemples que sont l’ENAD-Henkel ou
Sider-Ispat (Mittal Steel)… L’impact des maigres résultats réalisés
se ressent aussi sur les bilans annuels et les recettes de la
privatisation qu’on n’ose pas rendre publics et sur la part des IDE
qui croît ou se dégonfle, suivant qu’il y ait évolution dans le seul
secteur des télécoms ou non.
Le nouveau
ministre de la Participation et de la Promotion des investissements
est donc une nouvelle fois Hamid Temmar. Ce n’est pas un ancien
cadre de SGP comme son prédécesseur, mais un conseiller de la
Présidence, de surcroît architecte de tout le dispositif dans lequel
agit son département. On le voit mal, dans ces circonstances,
recevoir ses ordres du chef du gouvernement qui ne devrait pas, en
toute logique et vu la situation actuelle, tenter de lui imposer sa
méthode étapiste.
Hamid Temmar est
de retour parce qu’il est un libéral convaincu et qu’il n’est en
rien issu de cette bureaucratie (au sens caricatural du terme) qui
fait si peur au capital étranger. Il est également de retour pour
que les cessions subissent une forte impulsion vers l’avant.
Récemment (fin
mars) a eu lieu la publication dans le Journal Officiel d’un
mouvement des chefs de division du MPPI, touchant ses anciens
collaborateurs qui, si l’on s’en souvient bien, ont repris les
postes dans lesquels Temmar les avait laissés en 2002. Sans doute la
décision de le substituer à M. Hamlaoui était prise depuis quelques
temps, qui sait ? Il y a, en dehors de ces considérations, une autre
raison pour le retour du père de l’ANDI et du Conseil national de
l’investissement (CNI). En sus de la gestion des capitaux marchands
de l’Etat, il sera à la tête du dispositif de promotion de
l’investissement et le chef de l’Etat ne semble pas vouloir d’un
autre interlocuteur direct aux compagnies pétrolières et gazières
qui viendront bénéficier des effets conjugués de la loi Khelil
fraîchement votée et du régime spécifique soutenant les
investissements en Algérie.
N. B.
Haut
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