Semaine du 04 au 10 mai 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

De la couleur, mais peu d’info

 

 
 
 Editorial

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De la couleur, mais peu d’info

Il ne faut pas perdre de vue que depuis l’élection présidentielle d’avril 2004, le lectorat a perdu tout intérêt pour une presse qui a allègrement transgressé toutes les règles de la déontologie et qui s’est posée en interlocuteur politique en lieu et place d’une classe politique certes grandement défaillante. En l’absence de chiffres sérieux et vérifiés, il est tout de même possible de noter une désaffection indéniable par rapport à une presse qui non seulement est sortie de son rôle de simple média, mais qui souffre encore des limites professionnelles que lui a imposé le terrorisme.

Célébrer la Journée mondiale de la presse avec un directeur de journal en prison et plusieurs journalistes avec des condamnations à des peines de prison ferme suspendues au dessus de leur tête n’est pas la manière la plus appropriée qui soit pour encourager la liberté d’expression. Mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi une espèce de délitement généralisé d’une corporation qui semble arrivée trop vite à une impasse professionnelle autant que politique. Les deux problématiques étant d’ailleurs dialectiquement liées, puisque jamais un journaliste n’aurait pu être jeté en prison si les conditions objectives et subjectives dans lesquelles évolue la profession ne s’y prêtaient pas. D’un point de vue strictement matériel, la situation est d’ailleurs en passe de devenir difficilement gérable aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les gens qui évoluent dans ce milieu. Les premiers parce qu’ils ont à faire face à une prolifération absolument ahurissante de titres quotidiens qu’il faut bien entendu imprimer et auxquels il s’agit de garantir un minimum de financement pour en assurer la viabilité, et les seconds parce qu’il leur est tout simplement impossible de résister à de nouvelles lois du marché doublées d’une concurrence impitoyable qui aurait eu tôt fait de les balayer de la scène, n’eut été l’intervention régulatrice de l’Etat. Une situation qui ne pourra d’ailleurs pas durer bien longtemps tant les dysfonctionnements et les ratés dans la machine informative se font nombreux et importants.

Cependant, il ne faut guère se cacher que, malgré le grand nombre de titres formellement proposés aux lecteurs, seuls cinq d’entre eux réussissent encore à survivre grâce à une injection massive de publicité qui cache, dans l’écrasante majorité des cas, une courbe dangereusement descendante des ventes. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que depuis l’élection présidentielle d’avril 2004, le lectorat a perdu tout intérêt pour une presse qui a allègrement transgressé toutes les règles de la déontologie et qui s’est posée en interlocuteur politique en lieu et place d’une classe politique certes grandement défaillante. En l’absence de chiffres sérieux et vérifiés, il est tout de même possible de noter une désaffection indéniable par rapport à une presse qui non seulement est sortie de son rôle de simple média, mais souffre encore des limites professionnelles que lui a imposé le terrorisme. La disparition du journalisme d’investigation au profit du commentaire s’aggravant à présent par l’assujettissement à une forme de communication à sens unique organisée par les détenteurs de l’information. La structuration de la communication, étatique ou non d’ailleurs, autour des forums et autres conférences de presse faisant de la presse nationale, tous titres confondus, un relais étrangement passif d’une information préalablement formatée et moulée dans un corset institutionnel qui ne souffre aucune contradiction. Il n’y a donc pas, de ce point de vue du moins, de grande différence d’approche entre un journal et un autre. La seule différence notable se situant à présent au niveau des moyens. Les titres de la première génération bénéficiant, pour des raisons historiques bien connues, d’importants moyens financiers qui leur permettent de disposer de leurs propres réseaux de diffusion, de compter parmi leurs annonceurs les entreprises commerciales et industrielles les plus florissantes et, pour certains, de leur propre imprimerie. Aussi ne faut-il pas s’interroger longuement sur le sort de la multitude de petits journaux qui n’ont guère les moyens de rivaliser avec des titres qui, sans être forcément plus compétitifs sur le plan professionnel, le sont en tout cas certainement sur le plan matériel. Une situation tout à fait ubuesque du reste puisque le problème de fond, qui est celui de la désaffection progressive du lectorat envers une presse qui ne lui apporte quasiment plus rien de nouveau, ne fait que s’aggraver au fur et à mesure que s’éloigne la perspective de l’ouverture de nouveaux espaces d’expression. La privatisation de l’audiovisuel étant une perspective qui a tendance à s’éloigner plus que de raison, il ne fait aucun doute que la presse privée ne pourra pas, à elle seule, satisfaire les nouveaux besoins de consommation en la matière et s’épuisera vite à essayer de pallier cette absence, même en jouant à se donner des couleurs.

A. M.

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