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De la couleur,
mais peu d’info
Il ne faut pas
perdre de vue que depuis l’élection présidentielle d’avril 2004, le
lectorat a perdu tout intérêt pour une presse qui a allègrement
transgressé toutes les règles de la déontologie et qui s’est posée
en interlocuteur politique en lieu et place d’une classe politique
certes grandement défaillante. En l’absence de chiffres sérieux et
vérifiés, il est tout de même possible de noter une désaffection
indéniable par rapport à une presse qui non seulement est sortie de
son rôle de simple média, mais qui souffre encore des limites
professionnelles que lui a imposé le terrorisme.
Célébrer la
Journée mondiale de la presse avec un directeur de journal en prison
et plusieurs journalistes avec des condamnations à des peines de
prison ferme suspendues au dessus de leur tête n’est pas la manière
la plus appropriée qui soit pour encourager la liberté d’expression.
Mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi une espèce de délitement
généralisé d’une corporation qui semble arrivée trop vite à une
impasse professionnelle autant que politique. Les deux
problématiques étant d’ailleurs dialectiquement liées, puisque
jamais un journaliste n’aurait pu être jeté en prison si les
conditions objectives et subjectives dans lesquelles évolue la
profession ne s’y prêtaient pas. D’un point de vue strictement
matériel, la situation est d’ailleurs en passe de devenir
difficilement gérable aussi bien pour les pouvoirs publics que pour
les gens qui évoluent dans ce milieu. Les premiers parce qu’ils ont
à faire face à une prolifération absolument ahurissante de titres
quotidiens qu’il faut bien entendu imprimer et auxquels il s’agit de
garantir un minimum de financement pour en assurer la viabilité, et
les seconds parce qu’il leur est tout simplement impossible de
résister à de nouvelles lois du marché doublées d’une concurrence
impitoyable qui aurait eu tôt fait de les balayer de la scène, n’eut
été l’intervention régulatrice de l’Etat. Une situation qui ne
pourra d’ailleurs pas durer bien longtemps tant les
dysfonctionnements et les ratés dans la machine informative se font
nombreux et importants.
Cependant, il ne
faut guère se cacher que, malgré le grand nombre de titres
formellement proposés aux lecteurs, seuls cinq d’entre eux
réussissent encore à survivre grâce à une injection massive de
publicité qui cache, dans l’écrasante majorité des cas, une courbe
dangereusement descendante des ventes. Il ne faut pas perdre de vue,
en effet, que depuis l’élection présidentielle d’avril 2004, le
lectorat a perdu tout intérêt pour une presse qui a allègrement
transgressé toutes les règles de la déontologie et qui s’est posée
en interlocuteur politique en lieu et place d’une classe politique
certes grandement défaillante. En l’absence de chiffres sérieux et
vérifiés, il est tout de même possible de noter une désaffection
indéniable par rapport à une presse qui non seulement est sortie de
son rôle de simple média, mais souffre encore des limites
professionnelles que lui a imposé le terrorisme. La disparition du
journalisme d’investigation au profit du commentaire s’aggravant à
présent par l’assujettissement à une forme de communication à sens
unique organisée par les détenteurs de l’information. La
structuration de la communication, étatique ou non d’ailleurs,
autour des forums et autres conférences de presse faisant de la
presse nationale, tous titres confondus, un relais étrangement
passif d’une information préalablement formatée et moulée dans un
corset institutionnel qui ne souffre aucune contradiction. Il n’y a
donc pas, de ce point de vue du moins, de grande différence
d’approche entre un journal et un autre. La seule différence notable
se situant à présent au niveau des moyens. Les titres de la première
génération bénéficiant, pour des raisons historiques bien connues,
d’importants moyens financiers qui leur permettent de disposer de
leurs propres réseaux de diffusion, de compter parmi leurs
annonceurs les entreprises commerciales et industrielles les plus
florissantes et, pour certains, de leur propre imprimerie. Aussi ne
faut-il pas s’interroger longuement sur le sort de la multitude de
petits journaux qui n’ont guère les moyens de rivaliser avec des
titres qui, sans être forcément plus compétitifs sur le plan
professionnel, le sont en tout cas certainement sur le plan
matériel. Une situation tout à fait ubuesque du reste puisque le
problème de fond, qui est celui de la désaffection progressive du
lectorat envers une presse qui ne lui apporte quasiment plus rien de
nouveau, ne fait que s’aggraver au fur et à mesure que s’éloigne la
perspective de l’ouverture de nouveaux espaces d’expression. La
privatisation de l’audiovisuel étant une perspective qui a tendance
à s’éloigner plus que de raison, il ne fait aucun doute que la
presse privée ne pourra pas, à elle seule, satisfaire les nouveaux
besoins de consommation en la matière et s’épuisera vite à essayer
de pallier cette absence, même en jouant à se donner des couleurs.
A. M.
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