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Mission impossible
La très
officieuse Commission nationale de l’amnistie générale (CNAG, comme
disent les gens qui veulent l’accréditer au plus vite dans
l’opinion) n’a dû dernièrement son salut qu’à l’ample élargissement
de son organe directeur à tout ce qu’elle comptait de membres
hostiles à la personne lui servant de chef, le président du PRA. Et
Ahmed Ben Bella, pressenti pour être son président d’honneur, qui
pose ses conditions et hausse le ton pour faire lâcher prise à un
parti dont on se demande comment il a procédé pour s’adjuger une
entreprise d’une telle dimension avec un aussi petit capital de
départ. Imaginons qu’il réussisse à déblayer les maquis, à ramener
dans le droit chemin les quelque 400 à 800 terroristes qui écument
encore nos campagnes, à faire tomber bourreaux et victimes dans les
bras les uns des autres dans une réconciliation générale, et il
passerait du jour au lendemain du statut d’avorton politique à celui
de la formation incomparablement la plus influente.
Soyons sérieux une
minute. On aurait voulu dès le départ dire le plus clairement du
monde qu’on ne croit pas beaucoup à la réussite de l’entreprise
qu’on ne s’y serait pas mieux pris. C’est ainsi d’ailleurs qu’on
peut s’expliquer qu’Ahmed Ben Bella se refuse à coiffer une
commission qui nourrit une ambition aussi grandiose, mais qui prend
ses quartiers là où il lui serait difficile de la rallier sans
attenter à son prestige d’ancien président de la République. Même si
l’offre est alléchante et qu’on est porté inévitablement à se dire
que les gens du PRA ne se sont pas lancés de leur propre initiative
dans un projet qui, de toute évidence, nécessite infiniment plus de
forces qu’ils n’en peuvent aligner. Ils n’oseraient pas se réclamer
du président Bouteflika, s’ils n’en avaient pas le droit. Si
hésitation, pusillanimité ou même grenouillage il y a, il doit aussi
y avoir intention réelle d’enclencher un processus final en y
mettant les grands moyens. Et puis, Ahmed Ben Bella serait
effectivement dans son rôle vu ses convictions politiques, si tout
cela n’était pas une espèce de canular.
C’est qu’il ne
manque pas de raisons invitant à faire preuve de circonspection.
D’abord, cette étrange attitude en retrait du FLN, ce qui ne lui
ressemble guère. Certes, il soutient le projet, il a même voulu que
ce soit lui qui le défende dans le peuple, mais depuis quelque
temps, en gros depuis la tenue de son congrès, il se contente à ce
propos d’une déclaration sur le mode mineur, comme s’il avait la
certitude que la réconciliation générale n’était pas pour très
bientôt.
Ne parlons pas du
RND, qui n’acquiesce que contraint et forcé. Et du FFS, qui ne veut
pas en entendre parler. Ni non plus des partis dits éradicateurs,
qui ne s’avisent même pas de tempêter là-contre, à croire que tout
cela n’est que fumisterie. Ou du PT, qui a d’autres chats à
fouetter. Qui aurait cru que le seul le PRA serait sur la brèche,
s’agissant d’une question aussi explosive ?
Et ne voilà-t-il
pas le Président lui-même qui ajoute, comme par un fait exprès, à
l’illisibilité du contexte, en affirmant, contre toute attente pour
ainsi dire, que la réhabilitation de l’ex-FIS est hors de question,
que ses anciens dirigeants n’ont désormais plus droit qu’”au pain et
à l’oxygène”. Qui croire dans ces conditions, à quel saint se vouer,
à quoi se résoudre ?
Conséquence : un
regain de violence terroriste et une contestation interne qui a
failli emporter l’ainsi-nommée commission nationale de l’amnistie
générale. Laquelle d’ailleurs n’a pas encore dit son dernier mot. En
somme, on n’aura réussi qu’à ranimer une violence qui semblait tirer
à sa fin.
D’où la nécessité
de dessaisir le PRA d’une mission pour laquelle, de toute évidence,
il n’est pas taillé. Et d’en charger peut-être Ahmed Ben Bella, qui
saurait aussi bien qu’un autre fournir la preuve de son
impossibilité.
Mohamed Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |