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3 mai
Une presse en
questionnements
Il est de
tradition, à chaque Journée internationale de la liberté de la
presse, de faire le bilan des “exactions” des pouvoirs publics
contre les journaux dits “indépendants”. Le jeu de
l’autosatisfaction peut indéfiniment continuer, cela ne changera en
rien la perception assez négative qu’ont les lecteurs et les
citoyens en général de la presse privée algérienne.
La seule
“satisfaction” qui peut être revendiquée est que cette presse soit
“mieux” que les médias publics qui se contentent de ronronner le son
de cloche officiel. C’est très relatif. Encore que, dans certains
domaines, les deux secteurs soient parfaitement semblables.
Néanmoins, doit-on se laisser berner par cette comparaison
improductive, qui ne sert en rien la profession ? N’est-il pas temps
d’organiser une espèce “d’états généraux” de la presse écrite pour
dresser son bilan réel depuis son avènement en 1990 et pour décider
des mesures nécessaires afin de la remettre sur les rails du “devoir
d’information” (le vrai, pas le slogan !)?
“La presse la plus
libre du monde arabe.” Cette phrase, pleine d’hypocrisie, est
souvent prononcée pour distinguer la presse algérienne de ses
homologues dans les pays arabes. Franchement pas de quoi
s’enorgueillir. L’avant-dernier de la classe peut-il tirer la
moindre satisfaction d’être “meilleur” que le dernier ? En réalité,
les chantres de la distribution des “bons points” se gardent bien de
dire franchement et ouvertement ce qu’ils pensent réellement de la
presse algérienne. En “off”, ils sont plutôt critiques, beaucoup
plus critiques des dépassements verbaux aux conséquences
incalculables de cette “jeune” presse qui ne veut (ou ne peut) pas
atteindre sa maturité.
La liberté
d’expression signifie tout d’abord le droit du citoyen à une
information juste, crédible, diversifiée et sourcée. Les opinions
des journalistes importent peu dans les articles d’information. Le
lecteur a d’abord besoin d’une information qui lui soit livrée
indépendamment des commentaires (qui doivent avoir une place
distincte) pour se faire une idée personnelle sur le sujet traité et
construire sa propre opinion. L’avis du journaliste peut, bien
évidemment, lui servir d’appoint, de guide, mais en aucun cas jouer
le rôle d’une œillère qui oriente exclusivement vers une direction
donnée. Dans tous les manuels journalistiques, il est clairement
précisé que l’information doit être séparée du commentaire. C’est
pourtant loin d’être le cas.
En fait, la liste
des reproches est interminable. L’on se contentera de quelques uns,
en espérant qu’un jour, l’on discutera à cœur ouvert pour effacer
cette page peu glorieuse.
Durant la décennie
de crise que nous avons vécue, l’information sécuritaire a été le
talon d’Achille de la presse. C’est précisément dans ce domaine où
elle excellé dans l’atteinte à la déontologie journalistique. Se
cachant sous la casquette de la “source généralement bien informée”,
des tas de mensonges ont été écrits. Le tristement célèbre et
sanguinaire “émir” du GIA, Antar Zouabri, a été tué plusieurs fois
par les services de sécurité. Pour les besoins du sensationnel, on
lui a même inventé une sœur (Nacéra Zouabri) qui, écrivait-on, avait
pour mission de subtiliser aux victimes des massacres leurs bijoux.
Le reportage d’une (vraie) journaliste a démontré la supercherie.
Nacéra Zouabri n’a pourtant jamais existé ! Publié sur Internet
(c’était la seule manière de placer l’information), le reportage
est, malheureusement, passé presqu’inaperçu.
Autre reproche. La
presse n’a pas été capable d’informer correctement, même au sujet de
l’assassinat d’un confrère. Le cas de Tahar Djaout, assassiné le 26
mai 1993, illustre bien l’incapacité de l’”indépendante” d’aller
au-delà de ce qui est distillé par les sources sécuritaires. A
quelques exceptions près : celle de Mesmar Djeha (sic !) notamment,
les écrits de presse ont quasiment tous abondé dans le sens officiel
de la version de l’assassinat de Djaout qui reste, à ce jour, non
encore élucidé.
En février 2001,
l’affaire Omar Chikhi contient, elle aussi, la même marque de
fabrique. Pour éviter un débat sur le livre La Sale guerre, ou
plutôt pour l’escamoter, certains titres sont passés maîtres ès
“guerre psychologique” en publiant un entretien réalisé en 1999, par
trois journalistes, de différents journaux privés, qui se rencontrés
par hasard (où ?) pour aller interviewer un ex-membre fondateur du
GIA, repenti, qui avoue des assassinats de journalistes. Une
véritable diversion pour détourner les regards du livre de Habib
Souaïdia. Il ne faut pas s’étonner que, quelques années plus tard,
certains journalistes avoueront avoir, par patriotisme et par
militantisme, accepté d’écrire sur la base de “dossiers ficelés” qui
leur ont été remis.
Le patriotisme de
la presse américaine ne l’a pas empêché de dénoncer la guerre en
Irak et de mettre à nu la pratique de la torture dans la prison
d’Abou Ghraïb.
Plus récent encore
: le traitement médiatique des événements de Kabylie a démontré à
ceux qui ne voulaient pas admettre la triste réalité la partialité
d’une certaine presse algérienne. Avec le rétablissement fort
considérable de la situation sécuritaire, cette presse a pu quand
même relancer sa machine infernale à fabriquer des mensonges. Non
pas qu’il fallait éviter de dénoncer l’assassinat du jeune
Massinissa et des autres jeunes fauchés par les balles des
gendarmes, mais la presse se devait d’être lucide et ne pas jeter
l’huile sur le feu, en rapportant les faits tels qu’ils se sont
déroulés.
Même la
photographie n’a pas échappé à la manipulation et aux mises en scène
lors de ces événements. Pourtant, cette même presse a été quasi
muette lorsqu’un autre jeune, Hamza Ouali, a été assassiné en 1998
devant une dizaine de témoins au moins. Mais comme son assassin
n’est pas un gendarme, le silence était de mise. Les arouch
n’auraient-ils pas dû exister dès cette époque pour exiger le
jugement de l’assassin ? Ou bien les calculs politiques sont-ils
plus forts que la recherche de la vérité ?
Plus soft par
rapport aux questions sécuritaires, l’affaire Khalifa et celle dite
Al-Shorafa, sont également des exemples à mettre sur le registre de
l’irrespect de la déontologie journalistique. Lorsqu’il était
évident, dès 1998, pour des gens sensés, que la constitution de
l’empire Khalifa était loin de correspondre à l’explication
simpliste qui était avancée à cette époque pour justifier cette
fortune, une bonne partie de la presse a préféré se taire car elle y
voyait la naissance du futur “homme fort” de la sphère économique,
qui avait des soutiens dans les hautes sphères de l’Etat et de
l’administration. Durant son court parcours, elle a dressé à Moumen
Khalifa toutes sortes de tapis rouges de façon qu’aucune critique ni
interrogation “malsaine” ne soit évoquée dans ses colonnes.
Quant à l’affaire
Al-Shorafa, elle devrait être citée comme référence dans les manuels
de journalisme en matière d’irrespect total de la déontologie. Si
nous nous devons exprimer notre réprobation des peines
d’emprisonnement prononcées contre les journalistes concernés par ce
dossier, il reste que leur comportement dans cette affaire doit être
fermement dénoncé. On n’accuse pas, sans preuve, un homme d’avoir
usé de son influence pour que le marché de la seconde licence de
téléphonie soit accordé à un opérateur “arabe”. En tout cas, les
preuves qu’on nous promettait n’ont pas été livrées à la justice. Ce
qui n’a pas empêché, entre-temps, que soient engrangés les placards
publicitaires de “l’Arabe” en question par cette même presse qui a
remué ciel et terre pour dénoncer l’opération d’octroi de la
deuxième licence de GSM (au fait, où sont passés les spécialistes
qui remplissaient des pages entières pour nous expliquer que ça
allait “naturellement” foirer ?). Et dans tout ce brouhaha
médiatique, le très “vénéré” Conseil de l’éthique et de la
déontologie, né dans les conditions que l’on sait, sombre dans un
sommeil profond. A croire que ses membres ne lisent pas la presse
algérienne. Pas même une tentative d’organiser un débat pour
discuter de ces méthodes qui n’honorent pas le métier.
Abdelkader
Djalil
Haut
Etat des
libertés syndicales en Algérie
Entre agitation
et monopole de la représentativité
Quel avenir
immédiat pour le pluralisme syndical en Algérie ? Alors que les
syndicats autonomes ne peuvent activer que dans le cadre restreint
des corporations qu’ils sont sensés représenter, dans le même temps,
des militants sans cadre légal font bouger beaucoup plus le monde du
travail que des syndicats agréés et qui ont même pignon sur rue.
Un pluralisme
qu’on présente comme un acquis, mais absent de ce qui semble faire
la vie syndicale en Algérie. Si on a fait des deux cadres bipartite
et tripartite les cadres de concertation idoines devant surtout
mettre en avant la capacité du gouvernement à devenir un partenaire
social qui prend en compte les attentes des travailleurs et des
patrons, il est évident que dans ce contexte, le même gouvernement
fait d’un interlocuteur unique le seul représentant des travailleurs
quand lui-même est battu à froid sur le terrain des luttes
syndicales.
Si on évoque dans
le secteur de l’éducation des personnages comme Redouane Osmane,
animateur du Conseil des lycées d’Alger (CLA, un organe autonome qui
n’a aucune existence légale mais une existence effective qui ne
manque pas de se faire remarquer à chaque grève), cette organisation
est même en porte-à-faux avec les textes de loi régissant l’activité
syndicale, au cas où ses animateurs viendraient à demander son
agrément (il n’y a pas, comme pour les associations, possibilité de
faire des syndicats locaux).
On a vu, autant
dans le domaine de la santé que chez les vétérinaires,
l’organisation d’une grève à la japonaise en plein Aïd El-Adha, jour
où ils sont mobilisés et certainement le moment où enfin on remarque
leur existence. Durant l’Aïd dernier, les grévistes ont arboré des
banderoles et des brassards avec la mention “vétérinaire en colère”,
tout en continuant à travailler avec zèle.
Précédents
On ne rappellera
jamais assez que les ouvriers de la Société nationale des transports
ferroviaires (SNTF) ont déclenché une grève illimitée, en octobre
2003, paralysant le transport par rail. Au bout de six jours de
négociations, la direction de la SNTF a accepté les revendications
salariales des cheminots après avoir porté plainte devant la justice
parce que la grève n’était pas à l’instigation de l’UGTA.
L’augmentation accordée était de 1 500 DA, au lieu des 800 DA
proposés initialement par la direction.
Un mois plus tard,
c’est dans le prétendu fief de l’UGTA, la SNVI de Rouiba, que des
ouvriers se mettent en grève car considérant une augmentation des
salaires, négociée par l’UGTA, dérisoire. La grève déclenchée verra
même des syndicalistes de l’UGTA bombardés de pierres et
l’intervention de policiers anti-émeute pour protéger des membres de
la direction de l’UGTA partis en reconnaissance. Après quelques
jours d’arrêt de travail, la direction de la SNVI accorde le double
de ce qui avait été négocié par l’UGTA.
Entre les
débordement activistes de syndicalistes hors-cadre, l’action
militante efficace de travailleurs qui ne croient plus aux vertus du
syndicalisme et des syndicats autonomes plus actifs et visibles, il
y a effectivement comme un malaise dans le monde du travail qui,
finalement, n’est pas pris en charge par les syndicats. Mais c’est
la situation de malaise des syndicats qui le met en relief.
Amine Esseghir
Haut
Le secrétaire
du Syndicat national des vétérinaires fonctionnaires
“Le pluralisme
syndical, c’est de la poudre aux yeux”
Le Dr Sayad
Djamel, secrétaire national à l’organique du Syndicat des
vétérinaires fonctionnaires, ne s’explique pas pourquoi il a fallu
attendre 15 mois pour obtenir l’agrément du syndicat. “Si on est
d’accord pour la multiplication des syndicats, on use de la
meilleure manière pour ne pas les laisser exister.”
Le Dr Sayad
indique par ailleurs que la multiplication des déplacements pour
signer des documents relatifs au dossier d’agrément a obligé le
syndicat à élire un bureau au Centre du pays. “Aujourd’hui, on nous
lance au visage cette situation pour nous dire que nous ne sommes
pas représentatifs”, souligne-t-il. Pour lui, “le pluralisme
syndical, c’est de la poudre aux yeux tant que les syndicats ne sont
pas représentés, notamment aux bipartites et tripartites”.
Quant au fait que
les syndicats sont pour la plupart corporatistes, tout en inscrivant
cela dans l’histoire récente de la naissance des nouveaux syndicats
algériens, le Dr Sayad voit en cela une solution aux problèmes du
monde du travail. “Les grands syndicats peuvent prétendre
représenter, au niveau d’un gouvernement, les attentes des
travailleurs, mais qui mieux qu’un syndicat dit de corporation pour
mieux comprendre et défendre les intérêts des travailleurs d’un
secteur donné, d’autant que le syndicat dit le plus représentatif
est souvent absent du terrain des luttes syndicales.”
Il rappelle à ce
propos les augmentations du SNMG qui ont eu des effets effectivement
sur l’augmentation des plus bas salaires, mais n’ont pas été suivies
des augmentations proportionnelles des salaires intermédiaires.
“Cette augmentation dont on a beaucoup parlé n’a eu pour effet qu’un
tassement des salaires et une perte du pouvoir d’achat des
travailleurs”, précise le Dr Sayad.
Propos
recueillis
par A. E.
Haut
Classe politique
Courant
nationaliste en difficulté
Le moins que l’on
puisse dire est que Abdelaziz Belkhadem a créé la surprise en
faisant part de son souhait de se retirer du gouvernement pour se
consacrer à ses obligations partisanes. Il n’est guère arrivé,
auparavant, que quelqu’un demande à être déchargé de sa fonction
ministérielle. La démission de plein gré ne fait pas partie des
mœurs d’un personnel dirigeant qui continue de se recruter pour
l’essentiel dans le FLN ou dans ses dépendances.
Il n’y a pas de
raison de penser que le ministre des Affaires étrangères se serait
vu en réalité forcé d’annoncer son intention de quitter le
gouvernement, pour des raisons qu’il préfère taire pour le moment et
qui, sûrement, apparaîtront par la suite. Son choix est d’autant
plus inattendu qu’il a semblé que son parti, ayant réussi le pari,
plus difficile qu’il n’y paraissait, d’organiser son 8e congrès,
allait sans plus tarder tenter de reprendre le terrain concédé à son
rival, le RND, du fait de la crise qui l’avait affecté dans la
perspective de l’élection présidentielle. Son premier objectif,
pensait-on communément sur la foi des déclarations faites par des
membres en vue du FLN, serait de récupérer la chefferie du
gouvernement, qui lui revenait en quelque sorte de droit, étant le
parti le plus important de la coalition au pouvoir. L’offensive
promise n’aura pas lieu, ni dans cette direction ni pour évincer le
RND de certaines places fortes, telle l’UGTA par exemple. Au bout du
compte, c’était à tort que l’on prêtait une humeur conquérante à une
formation dont la cohésion ne s’est pas entièrement rétablie, qui
reste menacée par un regain de division, soit dans les mêmes termes
qu’auparavant, soit sous une forme plus ou moins renouvelée, le
conflit engendré par l’élection présidentielle se transformant dans
ce dernier cas de figure en une discorde différente.
Les observateurs,
pour qui l’ex-parti unique n’a jamais frôlé d’aussi près
l’éclatement qu’à cette occasion, ont finalement porté
l’appréciation la plus juste sur la gravité du mal qui le frappait
et sur la difficulté qu’il éprouverait à le surmonter. Pour que son
secrétaire général, plutôt que de tendre vers le premier rôle dans
le gouvernement, fasse savoir qu’il aimerait le quitter car une
autre mission lui paraît désormais plus urgente, il faut que le FLN
soit dans un état interne sinon critique, du moins assez sérieux
pour préoccuper fortement ses dirigeants. A. Belkhadem a été plutôt
explicite à cet égard quand il a déclaré que son parti traversait
pour le moment une phase de convalescence. La métaphore employée
contraste de façon marquée avec la satisfaction et autres allures
conquérantes que certains de ses subordonnés ont arboré dans la
foulée du congrès de réunification. Non seulement elle lève un coin
de voile sur un corps qui peine à recouvrer son unité et ses forces,
mais elle fait mesurer la gravité de la dissension qui l’a mené à
cet état présent, où les démons intérieurs guettent le moment
propice pour se déchaîner de nouveau. Le fait est que c’est la
première fois qu’un dirigeant du FLN abandonne la langue de bois
pour reconnaître, certes par le biais de l’euphémisme et du non-dit,
que la principale force politique du pays, ex-parti unique qui plus
est, nécessite une période de repli sur soi qu’elle emploiera à se
réorganiser, à liquider ses luttes intestines, à restaurer son unité
et sa confiance en elle-même. L’idée, ou plutôt le danger
sous-jacent, c’est qu’un redéploiement déterminé dès à présent,
visant notamment à rejeter l’autre parti de la mouvance nationaliste
dans ses derniers retranchements, en attendant de le réabsorber,
risque de disloquer les rangs plutôt que de les faire avancer au
même rythme et dans la même direction. Se lancer dans un projet
ambitieux est susceptible de se traduire d’abord par un retour de
flamme dévastateur.
La nouvelle
direction – dont il est impossible pour le moment d’évaluer le degré
de légitimité, le 8e congrès étant plutôt un replâtrage, un
ravalement de façade qui n’aurait même pas été possible si le
président Bouteflika n’était pas venu à la rescousse en acceptant le
titre de président d’honneur du parti – ne peut pas ignorer les
signes qui ne se seraient pas manifestés si la crise avait été
vaincue. Le plus significatif en est, bien sûr, le refus de
l’écrasante majorité des élus de Kabylie de remettre leur mandat
comme cela leur a été demandé. Le secrétaire général du parti a beau
minimiser cette attitude, elle n’en dit pas moins que l’unité reste
à faire et que les recommandations de la direction ne sont pas
encore reçues avec la discipline voulue. On pourrait dire qu’il
s’agit là du dernier avatar du conflit passé et qu’avec le temps, la
cohésion finira par s’imposer, de même que l’autorité des instances
dirigeantes sur la base. Peut-être. Le fait est que ce n’est pas
encore le cas. En ce qui le concerne, A. Belkhadem juge ce symptôme
assez préoccupant pour se mettre en devoir de lui trouver dès
maintenant un remède, de peur qu’il ne rejaillisse dans d’autres
structures du parti.
Mais il n’y a pas
que le FLN qui soit mal en point. Le RND non plus n’a pas grand
motif de satisfaction pour le moment. Des élections qui se
tiendraient aujourd’hui, que ce soit à l’échelle locale ou
nationale, le réduiraient probablement à la portion congrue, avec
pour lui le risque supplémentaire de voir son existence elle-même
remise en cause. Non qu’il soit à lui seul objectivement responsable
de la détérioration des conditions sociales, mais comme son
secrétaire général se trouve être en même temps le chef du
gouvernement et que celui-ci a tendance à assumer dans un style
cassant une politique économique qui n’est peut-être même pas celle
qui aurait eu sa préférence, il ne serait pas autrement étonnant que
ce soit à son encontre que s’exercerait le plus lourdement la
sanction des urnes. Si elles avaient lieu maintenant, les élections
partielles envisagées en Kabylie se traduiraient, selon toute
probabilité, par une débâcle qui hâterait sa “liquidation”. La
rivalité entre les deux partis nationalistes, commencée en 1997, à
la naissance du RND, se solderait dès cette échéance par la victoire
écrasante de la formation-mère sur la formation-fille, et
conséquemment par la fin d’une alternative au FLN qui soit un
clonage de celui-ci. Alors que le FLN, ou plus exactement sa
direction actuelle, craint une reprise de la discorde antérieure qui
le replongerait dans la crise et dans les affres de l’implosion, le
RND, quant à lui, en apparence soudé, appréhende une réprobation
populaire, qui ne serait en fait que la continuation ou
l’achèvement de celle qu’il a subie lors des élections de 2002. Le
premier, c’est surtout de lui-même qu’il a peur, et l’autre, du
reste de la société.
Cela fait déjà des
semaines que le chef du gouvernement a évoqué des élections
partielles en Kabylie. Pourtant, elles n’ont toujours pas été
annoncées. Plus le temps passe et plus le sentiment se conforte
qu’il n’y aura pas de dissolution des assemblées (du moins
s’agissant de celles qui ont procédé d’élections plus ou moins
légales) et plus la position du chef du gouvernement, qui a présenté
la mesure comme étant aussi imminente qu’inéluctable, s’affaiblit
tant dans son parti qu’au sein du gouvernement, sans même parler de
l’opinion en général.
Est-il concevable
que ces élections soient oubliées, enterrées, que tout se passe
comme si de rien n’était ? Oui, cela est possible, même si cela
paraît peu plausible. Il est en fait imaginable que le Président ne
prenne aucun décret de dissolution, désavouant par son silence le
chef du gouvernement sans se sentir cependant obligé de s’en
séparer. Mais il est aussi concevable qu’il décide la dissolution
tout en sachant qu’elle est susceptible de poser au moins autant de
problèmes qu’elle en résout, rien que pour garder le chef du
gouvernement, dans la difficulté où il serait de lui trouver un
remplaçant. Pour l’heure, le Président, étant maître du jeu, peut
faire l’un ou l’autre choix.
Dans les jours qui
viennent, le chef du gouvernement devrait se présenter devant
l’Assemblée pour faire une déclaration de politique générale. A la
façon dont il sera reçu par les députés, on saura quel sort lui a
été réservé.
Mohamed Habili
Haut
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