|
Accueil
Un
traité un la mer, un !
Le message envoyé
par le Président Abdelaziz Bouteflika à Jaques Chirac, s’il comble
une lacune assez inhabituelle dans la tradition diplomatique
algérienne, en exprimant enfin les remerciements légitimes en
pareilles circonstances aux instances médicales françaises, marque
lui aussi une évolution somme toute assez prévisible dans des
relations marquées du sceau de l’imprévisibilité. Prévisible parce
qu’il est de plus en plus clair aujourd’hui, que les plus hautes
instances de l’Etat algérien ont fini par convenir depuis quelques
mois déjà, que l’idée d’un traité d’amitié entre les deux pays
n’était peut-être pas ce qu’il y a de plus judicieux à faire en
l’état actuel des choses. Les conditions qui avaient présidé à la
mise en chantier d’un si important projet au cours de l’année 2003,
à la veille de l’élection présidentielle d’avril 2004, n’étant
apparemment plus les mêmes après cette échéance à l’occasion de
laquelle Abdelaziz Bouteflika a remporté haut la main cette
difficile épreuve. Ce qui induit que cette idée n’est pas celle des
algériens qui n’ont jamais été vraiment demandeur en ce domaine,
mais plutôt celle d’un Etat français soucieux de bétonner ses
relations avec des partenaires considérés comme stratégiques sur les
plans sécuritaires, économiques aussi bien que géostratégiques. La
France étant particulièrement préoccupée par un processus
d’autonomisation de l’Algérie qui a commencé, au moins depuis le
début des années 90 à prendre progressivement ses distances avec
elle et à manifester des signes de plus en clairs de rapprochement
avec un certain nombre d’autres puissances mondiales, dont la
Chine et les USA pour ne citer que celles-là. La période du passage
de Liamine Zeroual à la Présidence de la République ayant été la
plus détestable qui soit sur l’état des relations bilatérales et a
même fait craindre le pire au moment où une rencontre – à New York !
- avec le Président Jaques Chirac a été purement et simplement
annulée pour de vagues histoires de protocole. C’est dire que les
dirigeants français ont éprouvé le besoin à l’issue d’une période de
terrorisme qui les a particulièrement visé, de mettre en place un
cadre général, aussi contraignant que possible pour les deux
parties, mais surtout pour la partie algérienne, qui puisse protéger
les énormes intérêts français en Algérie. La logique de ce traité
étant exactement la même qui a présidé à celui qui a été signé entre
la France et l’Allemagne au moment où les deux pays ont décidé d’un
commun accord de constituer le couple moteur de l’union européenne.
Les deux pays se promettant ainsi de ne pas trahir leur engagement
mutuel stratégique par des engagements avec d’autres pays membres de
l’union européenne et notamment avec l’Angleterre qui a toujours
aimé jouer le rôle du trublion en la matière.
Si les algériens
ne peuvent qu’être touchés par une aussi élogieuse marque
d’attachement de la part de la France il est aussi un fait qu’ils
n’ont pas du tout les mêmes intérêts à signer un traité d’amitié
d’où ils ne risquent guère de tirer les mêmes avantages que les
allemands par exemple. Dans le meilleur des cas, ce traité ne pourra
que mettre en forme juridique des relations très largement
déséquilibrées qui se mesurent aujourd’hui par exemple à l’état de
la circulation des personnes entre les deux pays et au volume d’un
échange économique de plus en plus inégal, surtout depuis l’entrée
en application de l’accord d’association avec l’union européenne.
Cela sans parler de la fameuse loi du 23 février qui glorifie le
rôle de la colonisation et notamment en Afrique du Nord, c’est à
dire surtout en Algérie puisqu’il n’y a jamais eu de colonisation à
proprement parler ni en Tunisie ni au Maroc ni en Mauritanie.
L’esprit même de cette loi indiquant bien dans quels termes était
envisagé un traité d’amitié qui à bien y réfléchir devait
furieusement ressembler à un traité d’allégeance qui ne dit pas son
nom. Aussi faut-il comprendre ainsi les attaques d’une grande
violence lancées contre lui par le Président Abdelaziz Bouteflika à
la veille de la signature d’un traité d’amitié qu’il avait fini par
percevoir sous son vrai visage. Et c’est aussi comme cela qu’il faut
lire aujourd’hui le dernier message de remerciement adressé au
Président Jaques Chirac et dans lequel il n’est pas fait référence
du tout à un quelconque traité d’amitié, mais plutôt à « l’œuvre de
refondation et de restructuration des relations algéro-françaises
porteuse d’une vision affirmée de rapports nouveaux répondant
pleinement à l’attente des deux peuples. » Exit le traité d’amitié !
A. M.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |