Semaine du 04 au 10 janvier 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Un traité un la mer, un !

 

 
 
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Un traité un la mer, un !

Le message envoyé par le Président Abdelaziz Bouteflika à Jaques Chirac, s’il comble une lacune assez inhabituelle dans la tradition diplomatique algérienne, en exprimant enfin les remerciements légitimes en pareilles circonstances aux instances médicales françaises, marque lui aussi une évolution somme toute assez prévisible dans des relations marquées du sceau de l’imprévisibilité.  Prévisible parce qu’il est de plus en plus clair aujourd’hui, que les plus hautes instances de l’Etat algérien ont fini par convenir depuis quelques mois déjà, que l’idée d’un traité d’amitié entre les deux pays n’était peut-être pas ce qu’il y a de plus judicieux  à faire en l’état  actuel  des choses. Les conditions qui avaient présidé à la mise en chantier d’un si important projet au cours de l’année 2003, à la veille de l’élection présidentielle d’avril 2004, n’étant apparemment plus les mêmes après cette échéance à l’occasion de laquelle Abdelaziz Bouteflika a remporté haut la main  cette difficile épreuve. Ce qui induit que cette idée n’est pas celle des algériens qui n’ont jamais été vraiment demandeur en ce domaine, mais plutôt celle d’un Etat français soucieux de bétonner ses relations avec des partenaires considérés comme stratégiques sur les plans sécuritaires, économiques aussi bien que géostratégiques. La France étant particulièrement préoccupée par un processus d’autonomisation de l’Algérie qui a commencé, au moins depuis le début des années 90 à prendre progressivement ses distances avec elle  et à manifester des signes de plus en clairs de rapprochement avec un certain nombre d’autres puissances mondiales,  dont  la Chine et les USA pour ne citer que celles-là. La période du passage de Liamine Zeroual à la Présidence de la République ayant été la plus détestable qui soit  sur l’état des relations bilatérales et a même fait craindre le pire au moment où une rencontre – à New York ! -  avec le Président Jaques Chirac a été purement et simplement annulée pour de vagues histoires de protocole.  C’est dire que les dirigeants français ont éprouvé le besoin à l’issue d’une période de terrorisme qui les a particulièrement visé, de mettre en place un cadre général, aussi contraignant que possible pour les deux parties, mais surtout pour la partie algérienne, qui puisse protéger les énormes intérêts français en Algérie. La logique de ce traité étant exactement la même qui a présidé à celui qui a été signé entre la France et l’Allemagne au moment où les deux pays ont décidé d’un commun accord de constituer le couple moteur de l’union européenne. Les deux pays se promettant ainsi  de ne pas trahir leur engagement mutuel stratégique par des engagements avec d’autres pays membres de l’union européenne et notamment avec l’Angleterre qui a toujours aimé jouer le rôle du trublion en la matière.

Si les algériens ne peuvent qu’être touchés par une aussi élogieuse marque d’attachement de la part de la France il est aussi un fait qu’ils n’ont pas du tout les mêmes intérêts  à signer un traité d’amitié d’où ils ne risquent guère de tirer les mêmes avantages que les allemands par exemple. Dans le meilleur des cas, ce traité ne pourra que mettre en forme juridique des relations très largement déséquilibrées qui se mesurent aujourd’hui par exemple à l’état de la circulation des personnes entre les deux pays et au volume d’un échange économique de plus en plus inégal, surtout depuis l’entrée en application de l’accord d’association avec l’union européenne. Cela sans parler de la fameuse loi  du 23 février qui glorifie le rôle de la colonisation et notamment en Afrique du Nord, c’est à dire surtout en Algérie puisqu’il n’y a jamais eu de colonisation à proprement parler ni en Tunisie ni au Maroc ni en Mauritanie. L’esprit même de cette loi indiquant bien dans quels termes était envisagé un traité d’amitié qui à bien y réfléchir devait furieusement ressembler à un  traité d’allégeance qui ne dit pas son nom. Aussi faut-il comprendre ainsi les attaques d’une grande violence lancées contre lui par le Président Abdelaziz Bouteflika à la veille de la signature d’un traité d’amitié qu’il avait fini par percevoir sous son vrai visage. Et c’est aussi comme cela qu’il faut lire aujourd’hui le dernier message de remerciement adressé au Président Jaques Chirac et dans lequel il n’est pas fait référence du tout à un quelconque traité d’amitié, mais plutôt à « l’œuvre de refondation et de restructuration des relations algéro-françaises  porteuse d’une vision affirmée de rapports nouveaux répondant pleinement à l’attente des deux peuples. » Exit le traité d’amitié !

A. M.  

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