Semaine du 04 au 10 janvier 2006

 

Démocratie dans les pays arabes

Quelle place pour les islamistes ?

Irak 2006

Descente en enfer ou espoir ?

Liban

La crainte d’une nouvelle année « noire » 

 

 
 
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Démocratie dans les pays arabes

Quelle place pour les islamistes ?

 « L’échec des frères musulmans montre le recul de leur popularité ». Beaucoup de commentateurs et d’analystes « avertis » n’ont pas hésité de faire ce genre de commentaire lors élections législatives égyptiennes de 1998. En 2005, les « frères musulmans » d’Egypte raflent 20% des sièges du parlement bien que n’ayant pas présenté des candidats dans toutes les circonscriptions, et sans compter également les graves incidents qui ont ponctué la 3e étape du suffrage dont le but était de minimiser la présence des candidats de la confrérie. Cette fois, les commentaires changent : les islamistes ont gagné « parce qu’ils ont utilisé la religion ». A croire que la fois où ils ont perdu les élections ils avaient eu recours à des slogans bouddhistes ! En fait, il est une règle générale dans les pays arabes : les islamistes ne sont acceptés et reconnus que lorsqu’ils perdent des élections.

Mais, le monde arabe ne peut rester immuable devant les changements qui se profilent. Les exemples de la Turquie, du Maroc et de l’Egypte montrent que la popularité des islamistes qui ne prônent pas la violence ne cesse de s’accroître. C’est toute la problématique à laquelle doivent répondre les « élites » dirigeantes dans les pays arabes incapables pour l’heure de lutter réduire les inégalités sociales et d’engager leurs pays sur la voie de la démocratie.

L’absence de réactions internationales à propos de la mascarade électorale du 3e tour des élections législatives égyptiennes est assez significative. Le parti au pouvoir organise une véritable opération coup de poing pour empêcher que les électeurs des circonscriptions où sont candidats les « frères musulmans » d’aller vers les bureaux de vote. Les forces de l’ordre se mettent de la partie en fermant l’accès à ces lieux de vote. Rien, aucune réaction, y compris de la part de la société civile égyptienne. Mais lorsque les militants et les électeurs des « frères musulmans » tente de forcer le cordon sécuritaire pour arriver aux bureaux de vote, ce qui provoque inévitablement des échauffourées, des communiqués fusent de toutes parts pour dénoncer le « recours à la violence » dans le processus électoral ! Cela montre toute la complexité du comportement envers les mouvements islamistes à qui ont reconnaît la popularité sans l’admettre lorsqu’elle s’exprime par les urnes.

La montée en puissance des « frères musulmans » d’Egypte répond à une détresse sociale due à une carence dans la prise en charge des préoccupations d’un pan entier de la société par les gouvernants. C’est aussi dû au fait que les militants de cette mouvance sont très actifs sur le terrain et qu’ils sont, par conséquent, plus visibles pour les électeurs qui ne se contentent plus des discours. C’est bien de considérer que les islamistes sont une « nébuleuse sans projet », mais encore faut-il convaincre les électeurs de cela. Et les électeurs sont convaincus par le concret.

Entre les réalisations des associations proches des islamistes en Egypte et les déclarations des associations proches du parti au pouvoir, la population finit rapidement par faire son choix. Interrogée sur le problème du travail des enfants en Egypte, la présidente d’une association « officielle », répond : « Ce problème est principalement lié à la pauvreté. Par ailleurs, il est indispensable d’expliquer aux couches déshéritées l’importance et la valeur de l’enseignement. Tant que les pauvres continueront à croire que l’enseignement est une perte de temps, ils préféreront trouver un travail à leurs enfants ».

Ainsi donc, aux yeux de cette respectable responsable d’une des plus « importantes » associations de la société civile (officielle) en Egypte, ce n’est pas l’Etat qui est responsable de la pauvreté et donc de la déscolarisations et du travail des enfants, ce sont les pauvres parents qui ne mesurent pas l’importance de l’éducation. Entre temps, les « frères musulmans » gagnent en estime populaire et leurs membres sont élus à la tête de plusieurs syndicats dont celui des étudiants et d’autres catégories socioprofessionnelles.

Reproches et solutions

Par ailleurs, parmi les reproches faits aux islamistes, pour justifier leur exclusion du champ politique, c’est leur mauvaise relation avec l’Occident et les risques que peut entraîner leur éventuelle accession au pouvoir dans les relations avec les pays de l’UE et les Etats-Unis en particulier.

Les régimes arabes ont excellés dans la « démonstration » que la rue est « toujours dominée par les islamistes » et que la « libéralisation politique apportera au pouvoir des extrémistes xénophobes et anti-occidentaux ».

Mais une fois les passerelles établies, un déluge de questions s’abat sur les mouvements islamistes qu’on accuse presque d’intelligence avec l’étranger. Le cas le plus récent est celui des « frères musulmans » d’Egypte lorsque l’Union européenne et les Etats-Unis ont exprimé le « souhait d’établir un dialogue avec la confrérie ». La perspective d’un tel dialogue a suscité une telle panique dans les milieux officiels et proches du parti au pouvoir que ça a donné lieu à un débat houleux. « Quelle relation existe-t-il entre la confrérie interdite mais tolérée des Frères musulmans et l’Occident ? », s’est interrogé le chroniquer d’un journal gouvernemental. A l’origine de cette campagne, une déclaration de la secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice qui a affirmé la disposition des USA à « traiter avec n’importe quel régime élu en Egypte même s’il s’agit d’islamistes modérés » suivie d’une autre déclaration d’un responsable de l’Union européenne qui a affirmé également que « l’UE est disposée à établir un dialogue avec les Frères musulmans ».

Pour d’autres journaux « le message (des occidentaux, ndlr) est clair pour les islamistes (...), si vous avez la capacité de prendre la place des régimes en place, faites-le. Nous n’avons aucun problème tant que cela se fait par la voie pacifique et démocratique ».

Lorsque les islamistes gagnent les élections syndicales à l’Université, cela est attribué à un coup de pouce de l’Etat qui « veut affaiblir la gauche ». Et lorsque les « frères musulmans » participent à des élections et gagnent un nombre important de sièges ou manifestent contre le régime, « ils sont encouragés par les pressions américaines en faveur des réformes démocratiques ». Sinon comment expliquer le « profil bas depuis 24 ans », s’interroge une certaine presse égyptienne. Lorsque les islamistes créent un parti ils « utilisent la religion à des fins politiques » et lorsque, comme pour les « frères musulmans », ils sont « contre l’idée de fonder un parti » car « cela s’oppose à leur doctrine qui consiste à créer un califat islamique ».

Mais, que faire ? Les islamistes disposent indéniablement d’une assise sociale. Avec ou sans partis politiques, ils continueront à travailler la société de l’intérieur. Serait-il possible de les ignorer encore plus longtemps ? L'expérience Turque montre qu’il est possible de négocier des terrains d’entente entre les différentes tendances au sein de la société, et parvenir à des solutions pacifiques en recourant aux voies du dialogue pour, justement, isoler les partisans de la violence qui peuvent profiter du refus adressé aux islamistes de faire partie de l’échiquier politique.

Abdelkader Djalil

 

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Irak 2006

Descente en enfer ou espoir ?

L'ancien président Saddam Hussein en procès, des attentats sanglants, des détenus torturés et trois élections, autant d'images fortes de l'Irak en 2005, un pays qui hésite entre le chaos et l'espoir et dont l’avenir reste incertain.  L'armée américaine, qui a perdu plus de 2.140 soldats, va achever sa troisième année d'occupation du pays et le président George W. Bush, à la recherche d'une "victoire totale contre le terrorisme", refuse obstinément de lui de fixer un calendrier de retrait. "Vive l'Irak, vive la nation arabe", s'est écrié l'ancien homme fort de Baghdad devant ses juges lors d'une comparution le 5 décembre devant le Haut tribunal pénal Irakien qui le juge pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Ce cri apparaissait comme un relent du passé, le pays ayant rompu depuis sa chute en avril 2003 avec le discours nationaliste et panarabe.  Le nouveau pouvoir, dominé par les chiites et les Kurdes, est en brouille avec la plupart de ses voisins arabes, gouvernés par des sunnites, auxquels il reproche de ne rien faire pour l'aider à contenir la rébellion qui ensanglante le pays. Loin de refluer, la violence a empiré en 2005, avec des attentats spectaculaires. Certains n'hésitent pas à parler d'une guerre civile non déclarée entre sunnites et chiites.  Parmi les attentats les plus sanglants, l'un a fait 118 morts fin février dans la ville chiite de Hilla. Fin août, près d'un millier de personnes ont péri dans une bousculade provoquée par des tirs à Bagdad lors d'un pèlerinage chiite. Le 14 septembre, 128 Irakiens sont tués dans des attentats antichiites dans la capitale. Deux mosquées chiites sont visées le 18 novembre par des attentats suicide ayant fait 78 morts. A Bagdad, 32 enfants ont été fauchés par un attentat suicide en juillet. Ils étaient rassemblés autour de soldats américains qui leur distribuaient des friandises et dont aucun ne trouvera la mort. La plupart de ces attentats ont été revendiqués par le groupe Al-Qaïda en Irak du Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui, qui a déclaré une "guerre totale" aux membres de la communauté chiite majoritaire. Cet homme, dont la tête est mise à prix par les Américains pour 25 millions de dollars, reste insaisissable. Certains parmis les Irakiens disent douter de son existence. La découverte d'au moins un centre secret de tortures du ministère de l'Intérieur et l'implication présumée de miliciens chiites dans les mauvais traitements de détenus sunnites ont ravivé la crainte d'une guerre civile.      la transition politique, avec des élections générales au début de l'année, un référendum sur une Constitution permanente en octobre et des législatives le 15 a donné lieu à de nombreuses contestations notamment de la part de la communauté sunnites. Le pays reste sous occupation et le retrait des forces étrangères ne semblent pas être pour un proche avenir. Pour le moment, Washington et Londres le subordonnent à la formation et à l'augmentation des forces de sécurité irakiennes, un thème majeur, au plan intérieur. Des forces de sécurité qui sont quotidiennement la cible d’attentats. Le danger d’une désintégration du pays n’est pas totalement écarté……

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Liban

La crainte d’une nouvelle année « noire » 

Les Libanais appréhendent 2006 et pour cause, celle qui vient de s’écouler a été tragique pour le pays du cèdre où l’assassinat du dirigeant Rafic Hariri, même s’il a mis fin à la tutelle de la Syrie, a provoqué un séisme politique et enclenché une vague d’attentats qui ont plongé le pays dans l’instabilité. Le dernier de ces assassinats a coûté le 12 décembre la vie au député et journaliste Gebrane Tuéni, connu pour son franc-parler contre la Syrie. Rafic Hariri, cinq fois Premier ministre, et Gebrane Tuéni étaient des symboles : le premier tué en février, avait mis toute sa puissance financière au service de la reconstruction économique du pays détruit par la guerre (1975-90), et le second défendait la liberté d’expression. Les deux hommes, l’un musulman et l’autre Chrétien, étaient connus pour leur attachement sourcilleux à l’indépendance du Liban. Assassinés de la même façon, dans des attentats à l’explosif au passage de leur voiture blindée, ils avaient tous deux des rapports houleux avec le pouvoir syrien. Après avoir imposé pendant 29 années sa loi chez son petit voisin, via son armée et le système politico sécuritaire établi grâce à ses hommes liges, Damas a dû évacuer le Liban, deux mois après l’assassinat de Hariri sous la pression de la rue, de l’opposition politique et de la communauté internationale. Les Libanais, par centaines de milliers, sont descendus dans la rue notamment le 14 mars réclamer le départ des troupes syriennes après l’assassinat du « père de la reconstruction », dans des rassemblements sans précédent dans le pays. Dans la foulée du retrait, l’opposition remportait les premières législatives de l’ère post-syrienne. Même si le chef de l’état Emile Lahoud, un homme lige de Damas, est toujours solidement en place en dépit des appels à son départ. L’année 2005 a aussi été émaillée de l’assassinat de deux autres opposants à la présence syrienne, Samir Kassir, écrivain et éditorialiste du journal An Nahar appartenant à Gebrane Tuéni, et le politicien de gauche George Haoui. La journaliste May Chidiac a, elle, survécu mais a été grièvement blessée. Le Liban « est devenu un corbillard ambulant », a constaté avec amertume le ministre de l’information Ghazi Aridi.  Detlev Mehlis, le chef de la commission d’enquête de l’Onu sur l’assassinat de Hariri, a dit qu’il y avait « manifestement » un lien entre ces assassinats. Il doit être remplacé bientôt à la tête de la commission dont le mandat a été prolongé. Son rapport d’étape remis au Conseil de sécurité offre de nouveaux indices d’une implication des services syriens et libanais dans les attentats et souligne la lenteur de la coopération de Damas. Les obsèques de Gebrane Tuéni ont permis de ressouder les Libanais, qui ont afflué de nouveau par dizaines de milliers de tous les coins du Liban. Malgré l’insécurité, la crise économique et les tensions politiques, le pays du cèdre s’est remis à jouir de son indépendance retrouvée : la censure a disparu et les capitaux des pays du Golfe continuent d’affluer à un rythme soutenu, signe de confiance dans l’avenir. Mais la classe politique reste dispersée : Saad Hariri, chef de la majorité parlementaire et fils de l’ancien premier ministre assassiné, vit en exil, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah sort rarement de la banlieue chiite de Beyrouth, le chef druze Walid Joumblatt vit en reclus dans sa montagne et le général Michel Aoun dans la sienne. Emile Lahoud est lui retranché dans son palais présidentiel. Le gouvernement dirigé par Fouad Siniora ressemble à « une fédération de confessions », selon le journaliste Rafic Khoury. Aux côtés d’une coalition des partis de la majorité parlementaire, y figurent des ministres chiites proche de Damas. Ces derniers boycottent ce cabinet accusé d’être « sous tutelle occidentale » après son appel à l’aide à l’Onu dans l’enquête sur tous les assassinats.

 

 

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