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Démocratie dans les pays
arabes
Quelle place pour les
islamistes ?
« L’échec des frères
musulmans montre le recul de leur popularité ». Beaucoup de commentateurs et
d’analystes « avertis » n’ont pas hésité de faire ce genre de commentaire lors
élections législatives égyptiennes de 1998. En 2005, les « frères musulmans »
d’Egypte raflent 20% des sièges du parlement bien que n’ayant pas présenté des
candidats dans toutes les circonscriptions, et sans compter également les graves
incidents qui ont ponctué la 3e étape du suffrage dont le but était
de minimiser la présence des candidats de la confrérie. Cette fois, les
commentaires changent : les islamistes ont gagné « parce qu’ils ont utilisé la
religion ». A croire que la fois où ils ont perdu les élections ils avaient eu
recours à des slogans bouddhistes ! En fait, il est une règle générale dans les
pays arabes : les islamistes ne sont acceptés et reconnus que lorsqu’ils perdent
des élections.
Mais, le monde arabe ne peut
rester immuable devant les changements qui se profilent. Les exemples de la
Turquie, du Maroc et de l’Egypte montrent que la popularité des islamistes qui
ne prônent pas la violence ne cesse de s’accroître. C’est toute la problématique
à laquelle doivent répondre les « élites » dirigeantes dans les pays arabes
incapables pour l’heure de lutter réduire les inégalités sociales et d’engager
leurs pays sur la voie de la démocratie.
L’absence de réactions
internationales à propos de la mascarade électorale du 3e tour des
élections législatives égyptiennes est assez significative. Le parti au pouvoir
organise une véritable opération coup de poing pour empêcher que les électeurs
des circonscriptions où sont candidats les « frères musulmans » d’aller vers les
bureaux de vote. Les forces de l’ordre se mettent de la partie en fermant
l’accès à ces lieux de vote. Rien, aucune réaction, y compris de la part de la
société civile égyptienne. Mais lorsque les militants et les électeurs des
« frères musulmans » tente de forcer le cordon sécuritaire pour arriver aux
bureaux de vote, ce qui provoque inévitablement des échauffourées, des
communiqués fusent de toutes parts pour dénoncer le « recours à la violence »
dans le processus électoral ! Cela montre toute la complexité du comportement
envers les mouvements islamistes à qui ont reconnaît la popularité sans
l’admettre lorsqu’elle s’exprime par les urnes.
La montée en puissance des
« frères musulmans » d’Egypte répond à une détresse sociale due à une carence
dans la prise en charge des préoccupations d’un pan entier de la société par les
gouvernants. C’est aussi dû au fait que les militants de cette mouvance sont
très actifs sur le terrain et qu’ils sont, par conséquent, plus visibles pour
les électeurs qui ne se contentent plus des discours. C’est bien de considérer
que les islamistes sont une « nébuleuse sans projet », mais encore faut-il
convaincre les électeurs de cela. Et les électeurs sont convaincus par le
concret.
Entre les réalisations des
associations proches des islamistes en Egypte et les déclarations des
associations proches du parti au pouvoir, la population finit rapidement par
faire son choix. Interrogée sur le problème du travail des enfants en Egypte, la
présidente d’une association « officielle », répond : « Ce problème est
principalement lié à la pauvreté. Par ailleurs, il est indispensable d’expliquer
aux couches déshéritées l’importance et la valeur de l’enseignement. Tant que
les pauvres continueront à croire que l’enseignement est une perte de temps, ils
préféreront trouver un travail à leurs enfants ».
Ainsi donc, aux yeux de cette
respectable responsable d’une des plus « importantes » associations de la
société civile (officielle) en Egypte, ce n’est pas l’Etat qui est responsable
de la pauvreté et donc de la déscolarisations et du travail des enfants, ce sont
les pauvres parents qui ne mesurent pas l’importance de l’éducation. Entre
temps, les « frères musulmans » gagnent en estime populaire et leurs membres
sont élus à la tête de plusieurs syndicats dont celui des étudiants et d’autres
catégories socioprofessionnelles.
Reproches et solutions
Par ailleurs, parmi les
reproches faits aux islamistes, pour justifier leur exclusion du champ
politique, c’est leur mauvaise relation avec l’Occident et les risques que peut
entraîner leur éventuelle accession au pouvoir dans les relations avec les pays
de l’UE et les Etats-Unis en particulier.
Les régimes arabes ont
excellés dans la « démonstration » que la rue est « toujours dominée par les
islamistes » et que la « libéralisation politique apportera au pouvoir des
extrémistes xénophobes et anti-occidentaux ».
Mais une fois les passerelles
établies, un déluge de questions s’abat sur les mouvements islamistes qu’on
accuse presque d’intelligence avec l’étranger. Le cas le plus récent est celui
des « frères musulmans » d’Egypte lorsque l’Union européenne et les Etats-Unis
ont exprimé le « souhait d’établir un dialogue avec la confrérie ». La
perspective d’un tel dialogue a suscité une telle panique dans les milieux
officiels et proches du parti au pouvoir que ça a donné lieu à un débat houleux.
« Quelle relation existe-t-il entre la confrérie interdite mais tolérée des
Frères musulmans et l’Occident ? », s’est interrogé le chroniquer d’un journal
gouvernemental. A l’origine de cette campagne, une déclaration de la secrétaire
d’Etat américain, Condoleezza Rice qui a affirmé la disposition des USA à «
traiter avec n’importe quel régime élu en Egypte même s’il s’agit d’islamistes
modérés » suivie d’une autre déclaration d’un responsable de l’Union européenne
qui a affirmé également que « l’UE est disposée à établir un dialogue avec les
Frères musulmans ».
Pour d’autres journaux « le
message (des occidentaux, ndlr) est clair pour les islamistes (...), si vous
avez la capacité de prendre la place des régimes en place, faites-le. Nous
n’avons aucun problème tant que cela se fait par la voie pacifique et
démocratique ».
Lorsque les islamistes
gagnent les élections syndicales à l’Université, cela est attribué à un coup de
pouce de l’Etat qui « veut affaiblir la gauche ». Et lorsque les « frères
musulmans » participent à des élections et gagnent un nombre important de sièges
ou manifestent contre le régime, « ils sont encouragés par les pressions
américaines en faveur des réformes démocratiques ». Sinon comment expliquer le
« profil bas depuis 24 ans », s’interroge une certaine presse égyptienne.
Lorsque les islamistes créent un parti ils « utilisent la religion à des fins
politiques » et lorsque, comme pour les « frères musulmans », ils sont « contre
l’idée de fonder un parti » car « cela s’oppose à leur doctrine qui consiste à
créer un califat islamique ».
Mais, que faire ? Les
islamistes disposent indéniablement d’une assise sociale. Avec ou sans partis
politiques, ils continueront à travailler la société de l’intérieur. Serait-il
possible de les ignorer encore plus longtemps ? L'expérience Turque montre qu’il
est possible de négocier des terrains d’entente entre les différentes tendances
au sein de la société, et parvenir à des solutions pacifiques en recourant aux
voies du dialogue pour, justement, isoler les partisans de la violence qui
peuvent profiter du refus adressé aux islamistes de faire partie de l’échiquier
politique.
Abdelkader Djalil
Haut
Irak 2006
Descente
en enfer ou espoir ?
L'ancien président Saddam Hussein en procès, des
attentats sanglants, des détenus torturés et trois élections, autant d'images
fortes de l'Irak en 2005, un pays qui hésite entre le chaos et l'espoir et dont
l’avenir reste incertain. L'armée américaine, qui a perdu plus de 2.140
soldats, va achever sa troisième année d'occupation du pays et le président
George W. Bush, à la recherche d'une "victoire totale contre le terrorisme",
refuse obstinément de lui de fixer un calendrier de retrait. "Vive l'Irak, vive
la nation arabe", s'est écrié l'ancien homme fort de Baghdad devant ses juges
lors d'une comparution le 5 décembre devant le Haut tribunal pénal Irakien qui
le juge pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Ce cri apparaissait
comme un relent du passé, le pays ayant rompu depuis sa chute en avril 2003 avec
le discours nationaliste et panarabe. Le nouveau pouvoir, dominé par les
chiites et les Kurdes, est en brouille avec la plupart de ses voisins arabes,
gouvernés par des sunnites, auxquels il reproche de ne rien faire pour l'aider à
contenir la rébellion qui ensanglante le pays. Loin de refluer, la violence a
empiré en 2005, avec des attentats spectaculaires. Certains n'hésitent pas à
parler d'une guerre civile non déclarée entre sunnites et chiites. Parmi les
attentats les plus sanglants, l'un a fait 118 morts fin février dans la ville
chiite de Hilla. Fin août, près d'un millier de personnes ont péri dans une
bousculade provoquée par des tirs à Bagdad lors d'un pèlerinage chiite. Le 14
septembre, 128 Irakiens sont tués dans des attentats antichiites dans la
capitale. Deux mosquées chiites sont visées le 18 novembre par des attentats
suicide ayant fait 78 morts. A Bagdad, 32 enfants ont été fauchés par un
attentat suicide en juillet. Ils étaient rassemblés autour de soldats américains
qui leur distribuaient des friandises et dont aucun ne trouvera la mort. La
plupart de ces attentats ont été revendiqués par le groupe Al-Qaïda en Irak du
Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui, qui a déclaré une "guerre totale" aux
membres de la communauté chiite majoritaire. Cet homme, dont la tête est mise à
prix par les Américains pour 25 millions de dollars, reste insaisissable.
Certains parmis les Irakiens disent douter de son existence. La découverte d'au
moins un centre secret de tortures du ministère de l'Intérieur et l'implication
présumée de miliciens chiites dans les mauvais traitements de détenus sunnites
ont ravivé la crainte d'une guerre civile. la transition politique, avec
des élections générales au début de l'année, un référendum sur une Constitution
permanente en octobre et des législatives le 15 a donné lieu à de nombreuses
contestations notamment de la part de la communauté sunnites. Le pays reste sous
occupation et le retrait des forces étrangères ne semblent pas être pour un
proche avenir. Pour le moment, Washington et Londres le subordonnent à la
formation et à l'augmentation des forces de sécurité irakiennes, un thème
majeur, au plan intérieur. Des forces de sécurité qui sont quotidiennement la
cible d’attentats. Le danger d’une désintégration du pays n’est pas totalement
écarté……
Haut
Liban
La crainte d’une nouvelle année « noire »
Les Libanais appréhendent 2006 et pour cause, celle
qui vient de s’écouler a été tragique pour le pays du cèdre où l’assassinat du
dirigeant Rafic Hariri, même s’il a mis fin à la tutelle de la Syrie, a provoqué
un séisme politique et enclenché une vague d’attentats qui ont plongé le pays
dans l’instabilité. Le dernier de ces assassinats a coûté le 12 décembre la vie
au député et journaliste Gebrane Tuéni, connu pour son franc-parler contre la
Syrie. Rafic Hariri, cinq fois Premier ministre, et Gebrane Tuéni étaient des
symboles : le premier tué en février, avait mis toute sa puissance financière au
service de la reconstruction économique du pays détruit par la guerre (1975-90),
et le second défendait la liberté d’expression. Les deux hommes, l’un musulman
et l’autre Chrétien, étaient connus pour leur attachement sourcilleux à
l’indépendance du Liban. Assassinés de la même façon, dans des attentats à
l’explosif au passage de leur voiture blindée, ils avaient tous deux des
rapports houleux avec le pouvoir syrien. Après avoir imposé pendant 29 années sa
loi chez son petit voisin, via son armée et le système politico sécuritaire
établi grâce à ses hommes liges, Damas a dû évacuer le Liban, deux mois après
l’assassinat de Hariri sous la pression de la rue, de l’opposition politique et
de la communauté internationale. Les Libanais, par centaines de milliers, sont
descendus dans la rue notamment le 14 mars réclamer le départ des troupes
syriennes après l’assassinat du « père de la reconstruction », dans des
rassemblements sans précédent dans le pays. Dans la foulée du retrait,
l’opposition remportait les premières législatives de l’ère post-syrienne. Même
si le chef de l’état Emile Lahoud, un homme lige de Damas, est toujours
solidement en place en dépit des appels à son départ. L’année 2005 a aussi été
émaillée de l’assassinat de deux autres opposants à la présence syrienne, Samir
Kassir, écrivain et éditorialiste du journal An Nahar appartenant à Gebrane
Tuéni, et le politicien de gauche George Haoui. La journaliste May Chidiac a,
elle, survécu mais a été grièvement blessée. Le Liban « est devenu un corbillard
ambulant », a constaté avec amertume le ministre de l’information Ghazi Aridi.
Detlev Mehlis, le chef de la commission d’enquête de l’Onu sur l’assassinat de
Hariri, a dit qu’il y avait « manifestement » un lien entre ces assassinats. Il
doit être remplacé bientôt à la tête de la commission dont le mandat a été
prolongé. Son rapport d’étape remis au Conseil de sécurité offre de nouveaux
indices d’une implication des services syriens et libanais dans les attentats et
souligne la lenteur de la coopération de Damas. Les obsèques de Gebrane Tuéni
ont permis de ressouder les Libanais, qui ont afflué de nouveau par dizaines de
milliers de tous les coins du Liban. Malgré l’insécurité, la crise économique et
les tensions politiques, le pays du cèdre s’est remis à jouir de son
indépendance retrouvée : la censure a disparu et les capitaux des pays du Golfe
continuent d’affluer à un rythme soutenu, signe de confiance dans l’avenir. Mais
la classe politique reste dispersée : Saad Hariri, chef de la majorité
parlementaire et fils de l’ancien premier ministre assassiné, vit en exil, le
chef du Hezbollah Hassan Nasrallah sort rarement de la banlieue chiite de
Beyrouth, le chef druze Walid Joumblatt vit en reclus dans sa montagne et le
général Michel Aoun dans la sienne. Emile Lahoud est lui retranché dans son
palais présidentiel. Le gouvernement dirigé par Fouad Siniora ressemble à « une
fédération de confessions », selon le journaliste Rafic Khoury. Aux côtés d’une
coalition des partis de la majorité parlementaire, y figurent des ministres
chiites proche de Damas. Ces derniers boycottent ce cabinet accusé d’être « sous
tutelle occidentale » après son appel à l’aide à l’Onu dans l’enquête sur tous
les assassinats.
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