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État
de santé du président
Rumeurs et
spéculations out
L’annonce le 26 novembre dernier du transfert à
l’hôpital français Val de Grâce du président Bouteflika pour raisons de santé
aura crée une angoisse terrible chez les algériens. Dans les jours qui ont suivi
on s’est mis à s’attendre au pire quand les propos d’ hommes politiques de
premier rang ne suffisaient pas à rassurer l’opinion. Mieux on préférait tendre
l’oreille aux rumeurs faute d’attendre de savoir à quoi réellement s’en tenir.
C’est surtout l’absence de diagnostique sans le
premier communiqué qui aura suscité la crainte et l’usage d’une expression
devant couper court aux spéculations. La situation du président Bouteflika,
selon les termes de ce communiqué, ne prêtait pas à l’inquiétude, de quoi
susciter l’épouvante dans un pays où on a pris trop souvent l’habitude de lire
entre les lignes et à chercher des explications dans ce qui n’est pas
expressément dit.
Il est vrai que la rationalité était bafouée dès
lors que l’on ne disait pas de quoi le président était malade mais on assurait
tout le monde que ce n’était pas inquiétant !
Pourtant, un mois et une semaine plus tard on est
bien obligé de se rendre à l’évidence, le communiqué disait vrai et les propos
rassurants de Ahmed Ouyahia puis ceux de Belkhadem n’étaient pas éloigné de la
réalité, ils étaient seulement truffés d’imprécisions comme si ces hommes
étaient tenus à garder un immense secret et ne pouvaient finalement livrer que
des impressions.
Mais si ces personnalités disaient vrai qu’est-ce
qui a suscité autant les craintes dans l’opinion ? Qui est responsable, quia
semé le doute dans les esprits ? Les médias (on devrait dire essentiellement
les journaux privés algériens) victime de la rumeurs ? Ces derniers ont le plus
souvent fait leur une de toutes les impressions qu’ils ont pu collecter faute
mieux. Des impressions qui ne prêtaient pas à l’inquiétude. Lorsque la ministre
française de la défense se trouvait à Alger pour une réunion des pays de
l’initiative 5+5 (pays des deux rives occidentales de la méditerranée). Elle
avait seulement livré des impressions pour permettre aux journaux de faire des
ouvertures sur l’état de santé du président.
Faute d’informations précises que seul le bulletin
de santé publié une dizaine de jour plus tard a donné (le président
Bouteflika a été opéré d’un ulcère hémorragique) la presse n’a publié que ces
impressions rassurantes mis dans le même temps à force de ne livrer que des
impressions elle donnait crédit aux rumeurs. Plus que jamais il devenait
difficile d’avoir du souffle en prenant ses distances avec les faits en se
bornant à ne relayer que ce qui est sur, d’autant que l’opinion n’a jamais été
dupe sachant effectivement faire la différence entre des faits et les
commentaires des journalistes qui n’ont rien à dire.
On n’a rien caché
Il faut aussi reconnaître qu’il était compliqué et
hasardeux d’éluder la question de la maladie du président. Une pénible
impression - encore une ! - que tout était à l’arrêt et attendait une libération
pour que la normale reprenne le dessus, se ressentait partout.
Finalement, au plan de la communication c’est
effectivement le président lui-même qui aura fait le plus gros du travail
notamment en se présentant devant les téléspectateurs du monde entier, certes
affaibli après une opération et quelques jours d’hospitalisation, mais tout à
fait lucide et maître de ses propos.
Mais il ne fait aucun doute que dans l’esprit des
algériens c’était l’image d’un président qui revenait de loin, que ce soit avéré
ou non. Durant des jours ce qui a mis en doute les déclarations et les
impressions, c’est cette légitime suspicion des algériens vis-à-vis de leurs
gouvernants. L'irrépressible sentiment qu’on leur cache des choses domine
finalement tout raisonnement et toute attitude objective.
Pourtant, dans cet épisode on n’a rien caché mais
on n’en a pas trop dit. C’est justement cette économie du langage qui aura
entériné dans les esprits que l’on avait des peurs et des craintes que l’on a
habillé d’autant de silences et de distance.
Cette distanciation, c’est certainement ce qui a
manqué le plus autant aux Algériens et aux médias (du moins les journaux privés
puisque les médias publics ont suivi à la lettre les directives de leurs
responsables). Mais si on n’a pas su prendre ses distances est-ce que ce n’est
pas aussi parce que la même méfiance que l’on rencontre dans la rue était
relayée dans les mêmes forme et parfois dans le même langage dans les salles de
rédactions.
Et s’il ne s’agissait que de prendre ses
distances ? Sachant que le président était encore maître de tout il fallait
justement attendre qu’il puisse prendre lui même les dispositions qui le
concernent et concerne ses relations avec les algériens. D’ailleurs, son retour
sur les écrans, a été marqué par sa détermination à tout dire ou de faire tout
dire notamment par le professeur Messaoud Zitouni sur son état de santé pour
rassurer définitivement l’opinion. Il ne fait aucun doute qu’à ce moment se
profilait chez les téléspectateurs algériens le souvenir d’un Boumediene
mourrant qu’on a présenté comme en plein forme ou d’un Mitterrand qui a menti
sur son état de santé pour demeurer au pouvoir. Ces images étaient battues en
brèche par président déterminé à ne pas perdre la confiance de ses citoyens
électeurs.
Fait il parier qu’après cet épisode plus rien ne
sera comme avant ? Les hommes politiques sont-ils aujourd’hui nantis d’un crédit
qui était sujet à caution ? La rumeur est elle pour autant battue ?
Amine Esseghir
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Leçon de choses politiques
C’est une évidence, l’accueil populaire réservé au
président Bouteflika n’aura pas nécessité la mise en branle d’une organisation
extraordinaire pour mobiliser les masses, mais plutôt pour assurer sa sécurité.
Il y avait dans cet accueil une spontanéité certaine que l’on aura beaucoup plus
ressentie qu’appréhendée par ses aspects les plus objectifs et les plus
palpables.
Les algériens dans leur majorité ont compris depuis
des années la nécessité de la stabilité pour pouvoir avancer. Le fait qu’ils
n’adhèrent pas forcément à toute ce qu’on leur propose ne signifie pas non plus
qu’ils rejettent dans sa globalité ce même pouvoir à travers ses personnalités
les plus représentatives et à ce propos le président de la république est ce
représentant non seulement du pouvoir politique mais aussi de la stabilité.
Le choc suscité par l’évolution inattendue de la
maladie du président est lié aux perspectives négatives de cette maladie et
l’ouverture sur l’incertitude que les algériens ne peuvent plus supporter. Dans
le même temps il y a assez de maturité dans la société aujourd’hui pour
comprendre le sens des équilibres et la difficulté à gérer un pays comme le
notre dans la quiétude.(Il ne faut pas oublier que ce pays a faillé être emporté
plus d’une fois par des émeutes cet par la déferlante intégriste politique ou
terroriste)
Bouteflika est - il étranger à cette prise de
conscience ? Certainement pas, ses discours qui ponctuent la vie politique
(voire la pimente) depuis six ans (deux campagnes présidentielles et deux
campagnes référendaires, des dizaines d’interventions dans les rencontres
nationales et internationales ça laisse forcément des traces) ont été assez
nombreux pour finalement avoir mis au fait les algériens des conditions dans
lesquelles s’exerce le pouvoir en Algérie.
Depuis Boumédiène, il est certainement l’homme
politique qui a le plus contribué à la formation d’une culture politique dans
un pays qui en avait grandement besoin quand les autres acteurs politiques (à
l’exception notable de Louisa Hanoune) ont été plutôt timides lorsqu’il ne
s’agissait plus de séduire un électorat. L’épreuve de sa maladie aura confronté
les hommes politiques au test de la crédibilité, ils l’ont passé avec succès
reste maintenant à tenir la distance.
A.E.
Haut
Bouteflika signe la loi de finances 2006
Le second plan de relance peut commencer
De retour au pays, le Président Bouteflika a signé
la loi de finances pour l’exercice 2006. Ce texte tire son importance de
l’augmentation du budget d’équipement, traduisant une hausse de l’effort
d’investissement de l’Etat. Il fait suite également à la loi de finances 2005 et
ses projections 2009, bien qu’en dernier arbitrage, le président Bouteflika a
décidé de ne pas laisser l’action gouvernementale emprisonnée dans une logique
de récession, après que son ancien ministre des finances ait tout fait pour
réprimer la dépense publique qu’il estimait, avec l’accord des experts du FMI,
que l’Etat dépensait trop, allant jusqu’à appuyer sa position par le constat
d’échec du premier plan de relance (PSRE, 2001-2004). Le départ de Abdellatif
Benachenhou signifie, depuis, la poursuite de la politique de détente
budgétaire.
En langage des chiffres, la loi de finances 2006
prévoit des recettes de 1.667 milliards de DA se répartissant tablent sur des
ressources ordinaires (dont recettes fiscales et revenus des domaines) de 118
milliards de dinars et une fiscalité pétrolière de 916 milliards de dinars.Au
plan de la répartition budgétaire, le train de vie de l’Etat nécessitera le
volume de 1.283 milliards de DA. Sur un autre registre, la LF 2006 s’inscrit
officiellement dans les objectifs du programme complémentaire de soutien à la
croissance (PCSC) pour la période 2005-2009 dont la bonne conduite demande une
mobilisation de l’argent public qualitativement plus efficace et
quantitativement sans précédent. Fortement sollicité par la couverture
financière des projets inscrits dans ce programme quinquennal, le budget de
l’Etat pour 2006 marque ainsi une progression remarquable (+116,6 %) de la
dépense d’équipement par rapport aux réalisations de 2004 et de 28% par rapport
au niveau des dépenses arrêtées par la loi de finances complémentaire pour
l’année 2005. Avec des dépenses d’équipement de 1.348,6 milliards de DA et un
budget de fonctionnement de 1283,5 milliards, c’est bien la première fois qu’une
loi de finances est élaborée avec des crédits de paiement dépassant la dotation
budgétaire allouée au fonctionnement.
En s’inscrivant dans la perspective de la
réalisation des objectifs assignés au PCSC pour une enveloppe colossale de 4.600
milliards de DA ou environ 60 milliards de dollars pour les quatre ans (ou un
peu moins), le texte donne les moyens à l’Etat de traduire dans les faits ses
cibles socio-économiques d’appui à une croissance forte et durable dans un
proche avenir, y compris l’affectation de fonds importants aux transferts
sociaux de toutes sortes. Il convient de noter, à cet égard que si le maintien
du cap sur les instruments keynésiens est confirmé, c’est-à-dire l’action
volontariste de l’Etat, cette politique ne jouit pas dans le cas présent d’une
action sur la demande, toute hausse des salaires étant fort improbable.
Le gouvernement Ouyahia, chargé de traduire sur le
terrain le PCSC, affiche une démarche dont les fruits sont loin devant, une
stratégie qui vise « à améliorer les conditions de vie du citoyen en matière
d’habitat, d’accès à l’eau, aux soins et aux prestations de base, à l’éducation
et à la formation, ainsi que le développement et la modernisation du service
public et le rééquilibrage territorial à travers le développement du réseau
routier et ferroviaire.
Il en veut pour preuve que les secteurs de
l’éducation, de la formation, de l’enseignement supérieur et de la santé
continuent d’ailleurs à émarger pour une part significative dans le budget de
fonctionnement de l’Etat (1.283 milliards de dinars en 2006). Etablies sur la
base d’un baril de pétrole à 19 dollars (un débat non encore épuisé - voir
précédents numéros), les recettes budgétaires, pour l’année 2006, s’établissent
à 1.667,9 milliards de DA, soit une augmentation de 38,1 milliards de DA par
rapport à 2005 (+2,3%). Ces recettes résultent, pour 916 milliards de DA, de la
fiscalité pétrolière et pour 751,9 milliards de DA de la fiscalité ordinaire.
Les objectifs macroéconomiques du PCSC qu’est
censée inaugurer la LF 2006 sont les suivants : une richesse nationale de plus
de 100 milliards de dollars, un revenu par habitant de plus de 3 000 dollars,
une dette extérieure ramenée sous la barre des 10 milliards de dollars, un
volume d’investissements étrangers et nationaux de 40 milliards de dollars et un
taux de chômage de 10 %.
A ce jour, les grandes lignes du PCSC sont connues
de tous et seule demeure à acquérir la certitude que ce plan puisse être lancé à
temps. La dernière conférence des cadres de la nation, faisant suite à
l’incertitude de Abdelaziz Bouteflika pour un second mandat a été interprétée
comme le coup d’envoi d’un chantier d’une telle envergure. Si aucune source
officielle n’avoue qu’il y a retard en la matière, l’opinion n’en doute pas du
tout par contre, surtout que rien ni personne n’a confirmé officiellement le
démarrage de la mise en œuvre du PCSC. Si du temps de Abdelkader Khelil, il
existait une instance chargée de la supervision du PSRE, il n’y a rien de tel
aujourd’hui qui puisse communiquer, au moins au Parlement, les résultats
partiels de ce plan. Si tout cela venait à se confirmer, cela veut dire que tout
ce qui a été conçu pour la période 2005-2009, devra se réaliser à partir de
2006, ce qui veut dire avec une année en moins et le risque de fausser les
prévisions en matière de coûts, de délais et de qualité de l’ouvrage s’agissant
des réalisations physiques. En 2005, les milieux les mieux informés ne cessaient
de reculer la phase de lancement. On avait avancé le mois de juin, puis la fin
de l’été et encore une fois dès l’adoption de la loi de finances complémentaire,
etc.
Mais sans aller plus loin, il faudrait bien
connaître les raisons qui retardent l’application du PCSC, alors que son budget
a été découpé par secteur et suivant des buts très précis. Est-ce la faute à
l’administration qui ne serait pas en mesure de gérer convenablement un budget
de 60 milliards de dollars, d’autant que certains experts estiment qu’en
définitive, la consommation des crédits liés au premier plan de relance, soit 7
milliards de dollars en 3 ans, n’aurait pas atteint les 70% ? Faut-il déduire
que les différents exécutifs de wilaya aient été sommés de revoir de fond en
comble leur mode d’utilisation des autorisations de programme (ce dont il est
permis de douter), ce qui signifie dans une large mesure que le sommet de
l’appareil d’Etat fait face, quoi qu’il envisage, à un appareil bureaucratique
indépassable ? Le système financier ? Un peu que oui, avec la mort définitive du
secteur privé et les scandales à répétition sur des sommes qui donnent le
vertige dans les banques de l’Etat. Un système qui fait craindre le pire en
matière de dilapidation des ressources. Une démobilisation des bases locales des
partis de l’Alliance présidentielle qui peut, comme prouvé quand celles-ci en
éprouvent le besoin, agir pour accélérer les choses ?
En tout état de causes, et quel que soit le motif,
le PCSC a déjà perdu une année entière, lors de laquelle nous retenons surtout
des annonces de baisses du chômage, successivement suivies de correctifs à la
hausse par les institutions financières internationales et beaucoup d’autres
chiffres ronds avec beaucoup de zéro derrière, dont on ne connaît pas la
traduction exacte sur la réalité sociale du pays. Pareille situation n’a que
trop duré. A supposer que le PCSC suffise à lui seul pour tirer le pays du sous
développement, thème n’est-ce pas d’un débat qui n’a pas encore eu lieu.
Nabil Benali
Haut
Affaire
Mellouk-Affaire Ould El Hocine
Les deux
affaires judiciaires qui ont traversé le siècle
L’affaire dite
des magistrats faussaires, ainsi que l’affaire EPSRS, appelées plus tard affaire
Mellouk et affaire Ould El Hocine par la presse, ont allégrement franchi le cap
du XXe siècle pour se retrouver cinq ans après le XXIe quasiment au même point.
C’est-à-dire sans que justice ne soit rendue à deux hommes à qui on a volé, l’un
son combat pour la vérité, l’autre son bien. Mellouk Benyoucef endure ainsi une
injustice qui dure depuis le mois de mars 1992, c’est-à-dire depuis 13 longues
années, tandis que Mohamed Chérif Ould El Hocine se bat depuis au moins l’année
1985, date de sa sortie de prison, pour tenter de récupérer une entreprise qui
lui a été confisquée par l’Etat-FLN au moment où ce même FLN décidait de le
mettre en captivité en 1980 pour des raisons de basse politique tenant en
réalité à une vulgaire manœuvre de rééquilibrage du pouvoir. Vingt ans de lutte
incessante pour cet autre maquisard de la vérité qui assistera, impuissant, au
pillage de son entreprise et à sa lente descente aux enfers.
Mellouk, le
témoin du faux
Jamais une
affaire n’aurait pourtant été aussi limpide et facile à traiter par la justice
que celle que lui a soumise Benyoucef Mellouk par voie de presse en ce mois de
mars 1992. Tout y était et y est encore. Les noms des faussaires, leurs
fonctions passées et présentes, les documents falsifiés glissés dans leurs
dossiers administratifs, les manques à gagner pour le Trésor public et l’énorme
préjudice moral causé aux véritables acteurs de la guerre de Libération
nationale. Seul problème, les faussaires étaient ou sont encore des magistrats.
Une corporation à laquelle on ne s’attaque pas sans risque, surtout lorsqu’elle
décide de faire corps avec les brebis galeuses qui la discréditent. Mellouk le
paiera de 10 jours d’incarcération dans un premier temps, puis d’une autre nuit
de cellule la veille de son procès en octobre 1999 et enfin de trois ans de
prison avec sursis pour «subtilisation de dossiers administratifs et divulgation
de leur contenu». Le plus extraordinaire dans l’affaire étant que la justice
algérienne n’a tenté aucune démarche officielle de quelque ordre que ce soit
pour faire restituer les documents compromettants au ministère de la Justice,
d’où ils sont censés avoir été dérobés. A l’audience du procès, Benyoucef
Mellouk insistera même à trois reprises auprès du président du tribunal criminel
pour proposer de rendre les documents authentiques à condition qu’ils soient
officiellement pris en charge par la justice. A la stupéfaction de l’assistance,
le président du tribunal criminel d’Alger paraîtra même passablement effrayé à
cette seule perspective en arguant que ce n’était pas là l’objet du procès.
Alors qu’en termes de droit, ces documents constituent même le corps essentiel
du délit et devaient donc en principe être remis à la justice, puisque l’accusé
se propose de les mettre à sa disposition. Ce n’est assurément pas là le seul
motif à étonnement dans un dossier où la justice a délibérément décidé de
regarder du mauvais côté de la vérité et où elle continue à laisser apparaître
l’accusateur sous les traits de l’accusé. Mellouk continue à ce jour à ne pas
bénéficier de la possibilité de se faire confectionner un passeport et donc de
ne pas pouvoir se déplacer à l’étranger alors que d’un point de vue strictement
légal, il a largement dépassé les trois ans de sursis qui lui étaient imposés et
les deux ans supplémentaires considérés comme peine de sûreté. Il aura en 13 ans
alerté les plus hautes autorités du pays sur son cas, et hormis Mohamed Boudiaf
qui l’a fait sortir de prison et qui avait pris l’engagement public de nettoyer
la justice algérienne avant de se faire assassiner, trois autres Présidents ne
pourront rien faire ni pour le rétablir dans ses droits ni pour assainir un
appareil judiciaire gravement entaché par la corruption, le népotisme et le
recours aux procédés les plus condamnables pour favoriser des parties sur
d’autres. Benyoucef Mellouk aura donc encore porté les stigmates de l’injustice
une année de plus et ne sait pas de quoi sera fait 2006. Aura-t-il enfin son
passeport ? Sera-t-il enfin rétabli dans ses droits par une administration
judiciaire qui continue à voir en lui l’empêcheur de tourner en rond ? Ou ce qui
est plus probable, continuera-t-il à être l’incarnation d’une justice encore
prisonnière des rapports de forces politiques ? La réponse se trouve au fond
d’un puits, dont le couvercle a été scellé voilà 50 ans par une colonisation
française fort prévoyante.
Ould El Hocine,
La victime du faux
Si Mellouk n’a
fait que dénoncer le faux et quel faux ! Mohamed Chérif Ould El Hocine, lui, en
a été l’imprévisible victime. Imprévisible parce que ceux qui ont décidé en
octobre 1980 de le spolier de son bien ne s’attendaient certainement pas à
affronter une pareille résistance de la part d’un homme qui ne s’est jamais
résigné à accepter le fait accompli et qui se bat comme un lion depuis 25 ans
maintenant contre une véritable conjuration aux ramifications longtemps
insoupçonnées au sein d’institutions névralgiques du pays. Pour cet ancien
officier de la Wilaya IV en guerre, le cauchemar allait commencer quelques mois
seulement après la disparition soudaine du Président Houari Boumediène, au
moment où l’équipe qui entoure le Président Chadli décide de procéder à
l’élimination de toutes les poches de résistance susceptibles de remettre en
cause son hégémonie sur le pouvoir. Mohamed Cherif Ould El Hocine a le malheur
d’être l’animateur de l’une de ces poches puisque son usine est le centre de
gravité autour duquel se regroupent régulièrement la quasi-totalité des anciens
officiers supérieurs de la Wilaya IV et même d’autres Wilayas pour commémorer la
mort de feu le colonel M’hamed Bouguerra et discuter politique. Aussi, en
incarcérant Ould El Hocine pour menées anti-nationales, puis pour détournement
de biens publics (!), le nouveau pouvoir FLN fera-t-il coup double en
neutralisant de potentiels et dangereux opposants, et en mettant la main sur une
entreprise extrêmement rentable qui servira de véritable caisse noire à de
nombreux membres du bureau politique en charge du secteur des travaux publics.
Sitôt libéré de prison et lavé de toute accusation à travers des jugements de
relaxe prononcés par le tribunal militaire de Blida, Ould El Hocine se mettra en
mouvement pour tenter de récupérer son bien à travers une série d’actions en
justice qui aboutiront en 1997, sous la présidence de Liamine Zeroual, un
Président non FLN, faut-il le souligner, à une décision de la chambre
administrative de la Cour suprême ordonnant la restitution de tous ses biens.
Quelques mois à peine après le départ de Liamine Zeroual du pouvoir, une action
dite de tierce opposition, tout à fait irrecevable en droit, est acceptée par la
Cour suprême qui bloquera de façon tout à fait illégale la procédure de
restitution de l’ENPS à son légitime propriétaire. Cette tierce opposition sera
d’ailleurs fondée sur une série de faux documents produits par les gestionnaires
illégitimes de l’ENPS qui bénéficieront de la complicité d’un très haut
magistrat de la Cour suprême contre lequel Ould El Hocine introduira,
d’ailleurs, une plainte pour faux qui conduira à la suspension de ce haut
magistrat.
Comprenant
parfaitement l’importance des médias, Ould El Hocine aura également puissamment
recours aux médias qui tous sans aucune exception prendront fait et cause pour
lui du fait de la limpidité de sa position et de la gravité de l’injustice qu’il
subit. Pour l’empêcher de continuer à mener la bataille sur le plan médiatique,
le même secteur lié au FLN le condamnera à une année de prison ferme par défaut
pour diffamation sur la base d’un courrier adressé par lui à différents
ministres et qui atterrira miraculeusement entre les mains des gens de l’ENPS.
Heureusement, une autre magistrate le relaxera en appel considérant la plainte
pour diffamation comme nulle et non avenue. Le fait est que depuis ses premières
actions auprès de la justice, Mohamed Chérif Ould El Hocine est constamment
ballotté entre le secteur sain et le secteur FLN de l’appareil judiciaire, dans
une sarabande qui n’aura pas connu de développement positif tout au long de
cette année 2005. Bien au contraire, puisque les gens de l’ENPS ont même réussi
à obtenir un jugement d’expulsion de Ould El Hocine, l’obligeant à quitter à
présent même les locaux mitoyens à l’ENPS et dont il avait fait le siège de
l’EPSRS. Locaux qui lui appartiennent au même titre que l’ensemble de l’ENPS
elle-même et qui pour cette même raison lui sont confisqués par la justice.
Tout autre que
cet ancien officier de la Wilaya IV aurait abdiqué devant tant de mauvaise foi
et surtout après les deux dernières décisions de justice qui ont, l’une failli
l’envoyer en prison et l’autre dépossédé d’un autre de ses biens qu’il a
construit de ses mains il y a de cela plus de vingt ans. Mais comme il le dit
lui même, «le combat continue. Et il ne peut que continuer car autrement, cela
signifierait que je m’estime en faute. Or tout le monde sait que j’ai raison,
même ceux qui me condamnent à tort.»
Abderrahmane Mahmoudi
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Syndicats autonomes
Le bras de fer continue
La circulaire du ministre de l'Education, Boubekeur
Benbouzid, qui interdit aux chefs d'établissements scolaires d'adhérer à une
organisation syndicale, a été plutôt mal accueillie par les syndicats autonomes
qui voient en elle un frein à leur liberté. La Centrale syndicale n'est pas en
reste, elle qui a qualifié cette décision de "grave dérapage", car elle estime
qu'elle est en totale contradiction avec la loi qui régit le monde du travail.
Cette circulaire qui stipule aussi que le ministère
de l'Education a la possibilité de prendre les mesures nécessaires contre ceux
qui oseront passer outre ce texte, a fait immédiatement réagir les syndicats
autonomes de l'éducation qui crient haut et fort leur rejet de ce texte qui ne
vise, selon eux, qu'à ligoter et limiter leurs libertés syndicales.
Tous s'accordent à dire que les pouvoirs publics,
qui ne répondent pas à leurs revendications depuis un temps, s'évertuent à
restreindre leurs libertés et s'appuient pour ce faire sur des textes relatifs
au droit syndical. Des textes qu'ils révisent à leur avantage et dont ils font
des armes qu'ils brandissent contre les syndicats autonomes.
C'est aussi en réaction à cette circulaire
ministérielle que des syndicats de l'éducation se sont réunis dans une
coordination intersyndicale des travailleurs de l'éducation. C'est une première
dans l'histoire du mouvement syndical que des syndicats se retrouvent avec des
objectifs communs et décident d'unir leurs forces. Il s'agit du CLA, du CNAPEST,
du SATEF, du SETE de Béjaïa (affilié à la FNTE), du SNTE et de l'UNPEF qui, en
prenant cette décision, ont d'abord pensé à unir leurs forces qui
s'éparpillaient inutilement, leurs revendications n'aboutissant certainement pas
s'ils continuaient à agir chacun de son côté.
Cette coordination arrive à point nommé pour les
milliers de fonctionnaires de l'éducation qui vivent presque dans la précarité ;
elle résume son champ de revendication à quatre points essentiels, à savoir
l'augmentation des salaires de toutes les catégories des travailleurs de
l'éducation nationale, la promulgation du statut particulier des travailleurs de
l'éducation dans le cadre du statut de la Fonction publique, la retraite à 100 %
et aussi et surtout la garantie du libre exercice de l'activité syndicale et du
droit de grève.
Ces syndicats annoncent une grève générale pour les
15 et 16 janvier, mais ils affirment aussi qu'ils sont prêts à renoncer au
débrayage si le ministre de l'Education acceptait de débattre de tous les
problèmes qu'ils citent dans leurs revendications. Mais c'est décidément
l'impasse, car M. Benbouzid refuse tout dialogue avec des organisations non
reconnues par la loi. Il ajoute aussi que pour le moment, il est impossible de
prendre en charge les revendications des enseignants d'une manière générale. "La
question des salaires est une problématique nationale qui sera traité par le
gouvernement au moment opportun, le statut de l'enseignant entre dans le cadre
de la réforme du statut de la fonction publique, le dossier de la retraite est
aussi national et ne relève pas de mes prérogatives", a dit Boubekeur Benbouzid.
Pour le moment, c'est dont l'impasse entre des
syndicats autonomes décidés à aller jusqu'au bout de leurs revendications et une
tutelle qui ne les reconnaît pas et interdit aux chefs d'établissements de faire
de la politique dans les écoles.
"Nous ne sommes pas contre ceux qui veulent faire
du syndicalisme, c'est leur droit, puisque la Constitution le permet. Mais je ne
veux pas de politique dans nos écoles et ces personnes sont dans l'obligation de
respecter les lois de la République." Cette déclaration du ministère de
l'Education ne souffre pas d'ambiguïté, mais les syndicats ne l'entendent pas
ainsi et rejettent tout bonnement cette décision. L'argument que ces
syndicalistes brandissent est l'article 56 de la loi 90-14, amendé par la loi
90-30 qui reconnaît à tous les employés le droit à l'exercice syndical. Il
n'existe pas, diront-ils en substance, de textes de loi qui prouvent que le
proviseur d'un lycée n'a pas le droit de faire du syndicalisme. Cette décision
va à l'encontre des pratiques démocratiques, a dit le président de l'UNPEF, qui
précise aussi qu'il se voit obligé de déposer plainte au niveau du conseil de
l'Etat pour faire annuler cette circulaire.
Pour sa part, le secrétaire général du Conseil des
lycées d'Alger, estime que la circulaire du ministre de l'Education est en
totale contradiction avec les lois de la République et vise en premier lieu à
faire face à la coalition du mouvement syndical qui a décidé de déclencher une
grève générale les 15 et 16 janvier prochains.
La Centrale syndicale n'est pas indifférente à
toute cette effervescence provoquée par la circulaire qui interdit aux chefs
d'établissements scolaires, qui sont astreints à l'obligation de réserve,
d'avoir une qualité syndicale ; certains vont jusqu'à dire que cette décision
est une volonté délibérée de casser la trêve sociale. Une trêve décrétée par le
secrétaire général de l'UGTA au lendemain de l'hospitalisation du président de
la République.
Donc à la Centrale syndicale, on considère que les
déclarations du ministre de l'Education sont en violation de la loi 90-14, à
travers ses articles 2, 3, 50 et 59. En effet, les articles 2 et 3 stipulent que
les travailleurs salariés d'une part, de même profession, branche ou secteur
d'activité, ont le droit de se constituer en organisations syndicales à l'effet
de défendre leurs intérêts matériels et moraux ; les travailleurs salariés d'une
part, et les employeurs d'autre part, ont le droit de fonder à cet effet, des
organisations syndicales ou d'adhérer, de façon libre et volontaire, à des
organisations syndicales existantes, à la seule condition de se conformer aux
statuts de ces organisations syndicales.
Les partis politiques, quant à eux, prônent des
avis différents par rapport à cette circulaire ministérielle. Si le MSP, à
travers la voix de son vice-président, juge que l'activité syndicale est un
droit garanti par la Constitution et rejette donc cette décision, le FLN, à
travers M. Abada, chargé de l'organique, estime que le droit syndical est
normalement assuré pour tous les travailleurs. Mais le parti n'a pas encore
étudié la circulaire de Benbouzid pour prendre la décision qui s'impose.
Le Parti des travailleurs estime que la décision de
Benbouzid est en contradiction avec la Constitution, car tous les travailleurs
ont le droit de défendre leurs intérêts et de s'organiser pour revendiquer leurs
droits professionnels, tandis que le représentant du RND estime que la décision
du ministre de l'Education vise une meilleure gestion des établissements
scolaires, et aussi pour que le directeur, qui est en fait représentant de la
tutelle, ne soit pas mêlé aux mouvements de revendications.
Khadidja Mohamed Bouziane
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