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Trêve unilatérale
En signant le
pacte économique et social, la Centrale syndicale s’est engagée à se
priver de la possibilité de faire grève pour les quatre ans à venir.
Si son intention n’est pas consignée comme telle dans la mouture
finale dudit document, elle est cependant facilement déductible de
son appel «unilatéral» à une trêve sociale pour quasiment la même
durée, mais aussi par l’insistance de ses responsables sur la
priorité du dialogue lorsque ce dernier n’est pas présenté à
l’opinion comme la seule et unique voie d’expression syndicale qui
sied à l’actuelle conjoncture. Si ce n’est pas de la résignation,
cela y ressemble fortement. Mais pareil renoncement est-il vraiment
réalisable ? Est-il seulement justifié ?
Si la décision de
l’UGTA est présentée comme une preuve de sagesse et de maturité par
ses secrétaires nationaux et en premier chef par Abdelmadjid Sidi
Saïd, elle ne doit certainement pas être inspirée par le front
social qui reste, quant à lui, en constante ébullition. Et ce ne
sont certainement pas les travailleurs de la fédération de la
mécanique et de la métallurgie, par exemple, qui nous
contrediraient. Encore moins les milliers de salariés qui ont dû
faire le va-et-vient entre leur localités enclavées – ceux de Tiaret
notamment – et la Maison du Peuple ces derniers mois afin de prier
Abdelmadjid Sidi Said de faire quelque chose pour défendre leurs 36
mois de salaires impayés.
De même, avec ce
qui s’apparente à un coup de poignard (dans le dos ?), l’UGTA force
âprement le contraste avec les mouchaouichoune des syndicats
autonomes, plus agressifs, plus crédibles aux yeux de l’opinion,
mais totalement indésirables et qu’on pousse de plus en plus vers la
marge.
Quoi qu’il en
soit, sachant la crédibilité qu’est déjà celle de l’UGTA, on se
demande bien à quoi peut servir un syndicat qui ne possède plus la
faculté de faire grève. Comment celui-ci peut-il se battre face à un
employeur, l’Etat en l’occurrence, dont les gouvernements successifs
ont bien montré leur inaptitude à la moindre concession qui ne soit
arrachée de haute lutte et par le seul biais de grèves dures que
mènent des syndicalistes convaincus, prêts à aller même en prison
quand la rigueur des lois le leur impose ? En somme, l’UGTA a décidé
de se passer de sa capacité de nuisance et donc de sa seule force de
négociation, un peu comme si dans le cadre de ce pacte, elle a
décidé de ne plus avoir besoin d’aucun atout pour quoi ce que soit à
l’avenir, comme si ce pacte avait tout résolu d’un coup et à jamais.
Pourtant, il n’en est rien et ce n’est même pas le patronat, qui
sort grand gagnant de la dernière tripartite (avec une baisse des
charges et une promesse de hausse des salaires qui ne l’engage que
peu), qui se hasarderait à soutenir que, dans un proche avenir, tout
est déjà réglé comme du papier à musique.
On est donc fondé
à se poser des questions sur la contrepartie obtenue par M. Sidi
Saïd et son staff pour avoir misé si gros et remis l’appareil pieds
et poings liés à la volonté des ses partenaires qui, en vérité, ne
sont autres que l’employeur public et l’employeur privé, d’autant
que le programme du gouvernement est notoirement flou, hormis ses
orientations mimétiquement ultralibérales et que ce privé qui veut
être au centre de tout reste coincé dans son contradiction
d’exigence simultanée de la protection et de la stimulation. Donc
qu’a obtenu l’UGTA qui la pousse à baisser sa garde ? Rien d’autre
que 2 000 DA de plus au SNMG, ce qui ne pourra que prolonger le
dilemme des ménages puisqu’il faut bien admettre qu’avec cette
modique somme, le quotidien n’est amélioré en aucune manière. De
plus, sachant que le revenu moyen des Algériens est de 16 000 dinars
environ (selon le PNUD - 2005), il est à craindre que très peu de
travailleurs soient en fin de compte concernés par cette mesure,
surtout pas les fonctionnaires dont la majorité a passé le cap du
nouveau SNMG depuis la dernière revalorisation des salaires. Enfin,
chez le privé qui fait ce qu’il veut ou presque et où l’on compte un
nombre insignifiant de sections syndicales UGTA, l’on sait très bien
que la multiplication des CDD qui mettent le salarié dans un statut
de «prestataire» ponctuel pour les exécutants ou de «consultant»
s’agissant des cadres, permettent au chef d’entreprise d’éluder
l’obligation de relever le revenu minimal. Tout cela est franchement
très maigre quand tout le reste de ce qui a été consigné dans le
pacte profite au gouvernement et au patronat qui doivent être
heureux d’avoir affaire à un partenaire si zélé à afficher son
esprit de responsabilité par dessus tout. Mais pourquoi s’étonner
d’une telle attitude de la part d’un syndicat qui a abandonné toute
référence au social et qui dépense bien de l’énergie à défendre les
vertus du monde changeant ? Jusque-là, l’UGTA avait eu l’échine
souple ; en signant ce pacte, elle passe désormais au rang des
invertébrés et ce sera autant de dividendes que les syndicats
continueront d’amasser.
Nabil Benali
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