Semaine du 4  au 10 octobre 2006

L'éditorial : Par Nabil Benali

Trêve unilatérale

 

 
 
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Trêve unilatérale

En signant le pacte économique et social, la Centrale syndicale s’est engagée à se priver de la possibilité de faire grève pour les quatre ans à venir. Si son intention n’est pas consignée comme telle dans la mouture finale dudit document, elle est cependant facilement déductible de son appel «unilatéral» à une trêve sociale pour quasiment la même durée, mais aussi par l’insistance de ses responsables sur la priorité du dialogue lorsque ce dernier n’est pas présenté à l’opinion comme la seule et unique voie d’expression syndicale qui sied à l’actuelle conjoncture. Si ce n’est pas de la résignation, cela y ressemble fortement. Mais pareil renoncement est-il vraiment réalisable ? Est-il seulement justifié ?

Si la décision de l’UGTA est présentée comme une preuve de sagesse et de maturité par ses secrétaires nationaux et en premier chef par Abdelmadjid Sidi Saïd, elle ne doit certainement pas être inspirée par le front social qui reste, quant à lui, en constante ébullition. Et ce ne sont certainement pas les travailleurs de la fédération de la mécanique et de la métallurgie, par exemple, qui nous contrediraient. Encore moins les milliers de salariés qui ont dû faire le va-et-vient entre leur localités enclavées – ceux de Tiaret notamment – et la Maison du Peuple ces derniers mois afin de prier Abdelmadjid Sidi Said de faire quelque chose pour défendre leurs 36 mois de salaires impayés.

De même, avec ce qui s’apparente à un coup de poignard (dans le dos ?), l’UGTA force âprement le contraste avec les mouchaouichoune des syndicats autonomes, plus agressifs, plus crédibles aux yeux de l’opinion, mais totalement indésirables et qu’on pousse de plus en plus vers la marge.

Quoi qu’il en soit, sachant la crédibilité qu’est déjà celle de l’UGTA, on se demande bien à quoi peut servir un syndicat qui ne possède plus la faculté de faire grève. Comment celui-ci peut-il se battre face à un employeur, l’Etat en l’occurrence, dont les gouvernements successifs ont bien montré leur inaptitude à la moindre concession qui ne soit arrachée de haute lutte et par le seul biais de grèves dures que mènent des syndicalistes convaincus, prêts à aller même en prison quand la rigueur des lois le leur impose ? En somme, l’UGTA a décidé de se passer de sa capacité de nuisance et donc de sa seule force de négociation, un peu comme si dans le cadre de ce pacte, elle a décidé de ne plus avoir besoin d’aucun atout pour quoi ce que soit à l’avenir, comme si ce pacte avait tout résolu d’un coup et à jamais. Pourtant, il n’en est rien et ce n’est même pas le patronat, qui sort grand gagnant de la dernière tripartite (avec une baisse des charges et une promesse de hausse des salaires qui ne l’engage que peu), qui se hasarderait à soutenir que, dans un proche avenir, tout est déjà réglé comme du papier à musique.

On est donc fondé à se poser des questions sur la contrepartie obtenue par M. Sidi Saïd et son staff pour avoir misé si gros et remis l’appareil pieds et poings liés à la volonté des ses partenaires qui, en vérité, ne sont autres que l’employeur public et l’employeur privé, d’autant que le programme du gouvernement est notoirement flou, hormis ses orientations mimétiquement ultralibérales et que ce privé qui veut être au centre de tout reste coincé dans son contradiction d’exigence simultanée de la protection et de la stimulation. Donc qu’a obtenu l’UGTA qui la pousse à baisser sa garde ? Rien d’autre que 2 000 DA de plus au SNMG, ce qui ne pourra que prolonger le dilemme des ménages puisqu’il faut bien admettre qu’avec cette modique somme, le quotidien n’est amélioré en aucune manière. De plus, sachant que le revenu moyen des Algériens est de 16 000 dinars environ (selon le PNUD - 2005), il est à craindre que très peu de travailleurs soient en fin de compte concernés par cette mesure, surtout pas les fonctionnaires dont la majorité a passé le cap du nouveau SNMG depuis la dernière revalorisation des salaires. Enfin, chez le privé qui fait ce qu’il veut ou presque et où l’on compte un nombre insignifiant de sections syndicales UGTA, l’on sait très bien que la multiplication des CDD qui mettent le salarié dans un statut de «prestataire» ponctuel pour les exécutants ou de «consultant» s’agissant des cadres, permettent au chef d’entreprise d’éluder l’obligation de relever le revenu minimal. Tout cela est franchement très maigre quand tout le reste de ce qui a été consigné dans le pacte profite au gouvernement et au patronat qui doivent être heureux d’avoir affaire à un partenaire si zélé à afficher son esprit de responsabilité par dessus tout. Mais pourquoi s’étonner d’une telle attitude de la part d’un syndicat qui a abandonné toute référence au social et qui dépense bien de l’énergie à défendre les vertus du monde changeant ? Jusque-là, l’UGTA avait eu l’échine souple ; en signant ce pacte, elle passe désormais au rang des invertébrés et ce sera autant de dividendes que les syndicats continueront d’amasser.

Nabil Benali

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