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Démocrates d’abord
Les deus seuls
pays arabes où le mot démocratie a un sens, le Liban et la
Palestine, se trouvent aujourd’hui, hélas, dans une situation à ce
point difficile qu’il s’agit pour les deux d’éviter l’éclatement et
la guerre civile. Pour tout dire, le principal souci de ces deux
membres d’une Ligue qui rassemble la plus grande concentration de
dictatures au mètre carré, c’est d’exister comme Etats et sociétés
indépendants, tout simplement, et c’est déjà un exploit qu’il est
impossible de sous-estimer. Il faut bien voir qu’en comparaison, les
autres régimes semblent prospérer, sûrs de leur avenir, à
l’exception peut-être de la Syrie, sur qui pèse une menace
extérieure; pour certains d’entre eux qui plus est, entourés d’un
respect quasi-universel, ce qui ne les encourage guère à se lancer
dans des réformes de fond. Parmi ces derniers, les mieux portants
ont toujours été les amis traditionnels de l’Occident donneur de
leçons de démocratie à l’autre groupe de pays arabes, ceux-là qui ne
sont jamais, quoi qu’ils fassent, en odeur de sainteté. Est-il vrai
que le monde bipolaire est bien fini ?
Pour le Liban, on
dirait que c’est son destin de servir de champ de bataille à des
querelles dont les causes et les véritables protagonistes sont
ailleurs, chez les voisins, et parfois plus loin encore. De sorte
qu’il ne se passe jamais beaucoup de temps avant que la guerre y
reprenne, après qu’il eut émergé de ses dernières ruines. Du moins
vient-il d’en finir avec une qui a été assez mauvaise pour qu’il
soit en droit d’espérer maintenant une bonne accalmie, une période
paisible de quelques années. Car s’il ne devait compter que sur la
bonne volonté du Hezbollah, de la Syrie, d’Israël, et de l’Iran,
cette paix serait bien courte.
Sûrement s’en
trouverait-il pour être au moins tenté de penser que cette espèce de
fatalité aurait pu être conjurée, et qu’il aurait suffi pour cela
que soit mis un terme une bonne fois pour toutes à cette impuissance
dont on se flatte au pays du Cèdre comme d’une bombe pourvoyeuse de
paix et de respect de la part des voisins, qui a pour nom la
démocratie, dont on a du reste le plus grand mal à se saisir
intellectuellement. Dans la région même, des minorités ont bien
assumé leur devoir national en se subordonnant d’autres minorités,
souvent au mépris de tout, y compris du nombre. Qu’une faction se
dévoue à la cause commune, et la peste relâcherait son emprise !
Quant à la
Palestine, son cas est encore plus singulier : c’est le seul pays au
monde où la démocratie s’est construite avant l’Etat. Maintenant
qu’elle dispose de territoires et de semblants d’institutions,
c’est une démocratie avancée. En tout cas bien plus avancée
qu’ailleurs, où pourtant on dispose de tout ce qu’il faut pour
instaurer le règne de la liberté, mais où sont bafouées les
règles les plus élémentaires, où les constitutions sont amendées
pour permettre aux présidents de rester au pouvoir, aux fils de
succéder aux pères, où les peuples n’ont pas voix au chapitre. Nulle
part au monde cela ne serait possible.
Qui est en
meilleure position que les Palestiniens pour décider que la
démocratie n’est pas pour eux une urgence ? Que la Palestine n’est
pas encore assez mûre pour elle, qu’il importe d’abord de libérer
El-Qods ?
Mais les
Palestiniens ont décidé d’être d’abord des démocrates. Leur
président, personne ne peut lui contester sa légitimité. A vrai
dire, c’est le seul véritable chef d’Etat du monde arabe. Y compris
par l’épaisseur humaine. Il suffit de voir et d’entendre Mahmoud
Abbas pour se convaincre qu’il est d’une autre trempe, d’une autre
pâte, d’une autre dimension. Qu’il a en réalité peu de choses en
commun avec ses homologues de la Ligue.
C’est le ciment
démocratique qui permet à la Palestine de tenir en dépit de tout et
d’avancer, lentement mais sûrement, vers l’Etat. La voie certes
n’est pas royale, mais c’est la seule. Si parce qu’ils sont
démocrates que les Palestiniens ne se sont pas entretués quelle que
soit l’envie qu’ils en aient eu jusque-là, et les occasions qui se
sont offertes pour cela. Aujourd’hui même, la tentation semble
grande chez le Hamas et le Fatah de déclencher une débauche de
violence, il n’en sera rien pourtant, parce que les deux partis sont
également respectueux des engagements et des règles, sinon également
modérés.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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