Semaine du 4 au 10 octobre 2006

Démocrates d’abord

 

 
 
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Démocrates d’abord

Les deus seuls pays arabes où le mot démocratie a un sens, le Liban et la Palestine, se trouvent aujourd’hui, hélas, dans une situation à ce point difficile qu’il s’agit pour les deux d’éviter l’éclatement et la guerre civile. Pour tout dire, le principal souci de ces deux membres d’une Ligue qui rassemble la plus grande concentration de dictatures au mètre carré, c’est d’exister comme Etats et sociétés indépendants, tout simplement, et c’est déjà un exploit qu’il est impossible de sous-estimer. Il faut bien voir qu’en comparaison, les autres régimes semblent prospérer, sûrs de leur avenir, à l’exception peut-être de la Syrie, sur qui pèse une menace extérieure; pour certains d’entre eux qui plus est, entourés d’un respect quasi-universel, ce qui ne les encourage guère à  se lancer dans des réformes de fond. Parmi ces derniers, les mieux portants ont toujours été les amis traditionnels de l’Occident donneur de leçons de démocratie à l’autre groupe de pays arabes, ceux-là qui ne sont jamais, quoi qu’ils fassent, en odeur de sainteté. Est-il vrai que le monde bipolaire est bien fini ?

Pour le Liban, on dirait que c’est son destin de servir de champ de bataille à des querelles dont les causes et les véritables protagonistes sont ailleurs, chez les voisins, et parfois plus loin encore. De sorte qu’il ne se passe jamais beaucoup de temps avant  que la guerre y reprenne, après qu’il eut émergé de ses dernières ruines. Du moins vient-il d’en finir avec une qui a été assez mauvaise pour qu’il soit en droit d’espérer maintenant une bonne accalmie, une période paisible de quelques années. Car s’il ne devait compter que sur la bonne volonté du Hezbollah, de la Syrie, d’Israël,  et de l’Iran, cette paix serait bien courte.

Sûrement s’en trouverait-il pour être au moins tenté de penser que cette espèce de fatalité aurait pu être conjurée, et qu’il aurait suffi pour cela que soit mis un terme une bonne fois pour toutes à cette impuissance dont on se flatte au pays du Cèdre comme d’une bombe pourvoyeuse de paix et de respect de la part des voisins, qui a pour nom la démocratie, dont on a du reste le plus grand mal à se saisir intellectuellement. Dans la région même, des minorités ont bien assumé leur devoir national en se subordonnant d’autres minorités, souvent au mépris de tout, y compris du nombre. Qu’une faction se dévoue à la cause commune, et la peste relâcherait son emprise !

Quant à la Palestine, son cas est encore plus singulier : c’est le seul pays au monde où la démocratie s’est construite avant l’Etat. Maintenant qu’elle dispose  de territoires et de semblants d’institutions, c’est une démocratie avancée. En tout cas bien plus avancée qu’ailleurs, où pourtant on dispose de tout ce qu’il faut pour instaurer le règne de la liberté,  mais où sont bafouées  les  règles les plus élémentaires, où les constitutions sont amendées pour permettre aux présidents de rester au pouvoir, aux fils de succéder aux pères, où les peuples n’ont pas voix au chapitre. Nulle part au monde cela ne serait possible.

Qui est en meilleure position que les Palestiniens pour décider que la démocratie n’est pas pour eux une urgence ? Que la Palestine n’est pas encore assez mûre pour elle, qu’il importe d’abord de libérer El-Qods ?

Mais les Palestiniens ont décidé d’être d’abord des démocrates. Leur président, personne ne peut lui contester sa légitimité. A vrai dire, c’est le seul véritable chef d’Etat du monde arabe. Y compris par l’épaisseur humaine. Il suffit de voir et d’entendre Mahmoud Abbas pour se convaincre qu’il est d’une autre trempe, d’une autre pâte, d’une autre dimension. Qu’il a en réalité peu de choses en commun avec ses homologues de la Ligue.

C’est le ciment démocratique qui permet à la Palestine de tenir en dépit de tout et d’avancer, lentement mais sûrement,  vers l’Etat. La voie certes n’est pas royale, mais c’est la seule. Si parce qu’ils sont démocrates que les Palestiniens ne se sont pas entretués quelle que soit l’envie qu’ils en aient eu jusque-là, et les occasions qui se sont offertes pour cela. Aujourd’hui même, la tentation semble grande chez le Hamas et le Fatah de déclencher une débauche de violence, il n’en sera rien pourtant, parce que les deux partis sont également respectueux des engagements et des règles, sinon également modérés.

M. Habili

 

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