Semaine du 5 au 11 octobre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Tsunami contre raz de marée

 

 
 
 Editorial

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Tsunami contre raz de marée

Jamais Hocine Aït Ahmed, le Président du FFS, n’aura analysé la situation politique algérienne avec autant de justesse et un choix si heureux des mots. En qualifiant de tsunami politique, puis de tsunami électoral le référendum du 29 septembre, il nous rappelle malheureusement qu’il n’avait pas trouvé d’épithètes aussi forts pour décrire ce qu’était en train d’infliger le Fis à notre pays en 1990 et en 1991. Mais passons, bien que le parallèle ne soit pas fortuit. Car l’enjeu principal de ce dernier scrutin était essentiellement d’annihiler dans les mêmes formes légales et constitutionnelles les effets du scrutin de décembre 1991 qui nous avait conduit dans la situation tragique que nous connaissons. Comment neutraliser les effets d’un raz de marée électoral, si n’est par un autre raz de marée électoral   Sauf que celui-ci s’est tout de même tenu dans des conditions politiques, sécuritaires et civiques nettement plus détendues, et sans la violence exercée en 1990 et en 1991 par un parti totalitaire discrètement épaulé par un ancien parti unique. Pas un seul incident n’a été signalé sur l’ensemble du territoire national, dans ou à proximité d’un bureau de vote, excepté dans la région de Kabylie où bizarrement c’est justement le parti de Aït Ahmed qui tient le haut du pavé. Pas un seul recours n’a été introduit non plus, avant et après la proclamation des résultats du scrutin. Ce qui n’a pas été tout à fait le cas  en 1991 par exemple, où plus de huit cent recours ont été présentés au Conseil Constitutionnel,  sans compter les innombrables incidents dans la quasi-totalité des bureaux de vote dus aux méthodes d’intimidation et à la fraude généralisée  usitées par les militants du Fis dissous.  Cette fois, les bureaux de vote n’étaient peut-être pas pris d’assaut par les  électeurs, mais le calme régnait  et la suspicion n’était pas visible. Aucun parti, ni aucune partie soucieuse de la régularité des opérations de vote n’a éprouvé le besoin d’aller sur place,  vérifier quoi que ce soit. Seule la presse, dans toute sa diversité a eu le mérite de faire correctement son travail et ses compte rendus  ne sont guère de nature à entacher d’irrégularité  la moindre opération liée au scrutin. Les rares journaux qui se hasardent à émettre des doutes, ne le font pas sur la base de faits avérés, mais sur celle de déductions. Ce qui ne signifie évidemment pas que  tout ait été pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais  bien malin serait celui qui pourrait faire la démonstration irréfutable que la volonté populaire ait été  détournée de son sens ce jeudi 29 septembre , comme elle l’a gravement été le jeudi 26 décembre 2005. En tout cas au niveau des bureaux de vote, il est certain qu’il n’y a eu aucune fraude avérée, en tout cas pas au sens de bourrage des urnes.  C’est dire que ni du côté de l’administration, ni  du côté  du corps électoral, les urnes n’ont constitué un enjeu suffisamment important  pour  que s’y exerce ni violence, ni surveillance. Tout se passant en vérité comme si la quasi-totalité des algériens s’était entendue dans un même élan de survie pour laisser émerger ce score de 97, 38 % qui se veut effectivement comme un authentique tsunami,  seul capable de dépasser en importance le raz de marée du Fis dissous. Un raz de marée, qui rappelons-le une fois encore, n’a été obtenu que grâce à une loi électorale insensée, la complicité active du ministère de l’intérieur de l’époque et la fraude imposée par la force des milices islamistes.

Le seul problème avec Hocine Aït Ahmed c’est sa fâcheuse et constante tendance à inverser les rôles et les situations  au gré de ses intérêts et de ceux de l’internationale socialiste.  C’est ainsi que dans sa logique, les terroristes sont des victimes et les forces de sécurité qui les combattent des bourreaux ; un parti totalitaire comme le Fis, un élément de la démocratie  et la presse pluraliste  qui le dénonce un appendice du pouvoir, des élections menées à la pointe du couteau, une victoire électorale écrasante et un scrutin paisible et sans la moindre tension palpable un tsunami. Ainsi va le FFS à sa perte, lentement mais sûrement au fil de ses reniements démocratiques  et de ses lectures tronquées de l’histoire en faisant passer le départ de ses militants vers des horizons plus honnêtes pour  les prouesses quotidiennes de la « police politique ».

A. M.

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