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Psychologie dites-vous ?
Posons-nous la
question : pourquoi la Kabylie n’a-t-elle pas voté ? Posée aussi
sèchement, à vrai dire dans la forme où elle surgit habituellement,
elle appelle des réponses en nombre déterminé (l’appel au boycott du
FFS et du RCD, la déclaration de Bouteflika sur la non
officialisation de tamazight, la tradition électorale propre à la
Kabylie). Sa tonalité accusatrice, en ce qu’elle pointe un
particularisme kabyle coupable, aurait tendance à s’accentuer plus
encore à cette occasion, compte tenu de l’écart impressionnant qu’il
y a entre les résultats attribués à cette région et ceux des autres
régions, si la dernière échéance, celle du 29 septembre, ne
constituait pas une espèce de tournant pris par le pays, le plus
spontanément du monde, pour faire échec au plan machiavélique visant
à la singulariser, et si fortement qu’elle cesse du même coup de
témoigner des véritables sentiments des Algériens à quelque endroit
qu’ils se trouvent. La farce référendaire a eu un effet indésirable,
si prévisible en fait que tout a été tenté pour le prévenir : elle a
réconcilié la Kabylie avec le reste du pays, pour autant qu’ils ne
vibraient pas le plus souvent à l’unisson sous l’effet des
événements. Car, en effet, comme tous les Algériens le savent, le
taux de participation réel est infiniment plus proche des 11% et des
poussières accordés généreusement à la Kabylie que des chiffres
renversants, impossibles, extravagants, décadents, absurdes,
burlesques, grotesques, imputés au reste du pays.
Tenu de fournir
des éléments de réponse à la question, Yazid Zerhouni a avoué ne pas
avoir de lumière particulière à dispenser; néanmoins, il serait
porté pour sa part à chercher une explication dans le domaine de la
psychologie, et tout naturellement, il a engagé les spécialistes à
investir un champ d’investigation sans doute fécond au regard de la
déviance qui s’y manifeste. C’est juste un point de vue que celui-là
qu’il livre comme ça, spontanément, pour faire face à une question
de journaliste assez inattendue, mais en revanche ce dont il est
sûr, n’a-t-il pas manqué de préciser, l’abstention plus que massive
dont a fait preuve cette région, et qui en fait un cas à part dans
le pays, ne doit rien, ou alors si peu, à l’appel au boycott des
deux principaux partis de l’opposition.
Certains diront
qu’ayant à livrer sous les feux des projecteurs des résultats à
mourir de rire, le ministre de l’Intérieur, qui n’en est pas à sa
première déclaration mal venue, était déterminé à rester dans la
logique des chiffres malgré les sarcasmes qui fusaient, à ne pas se
laisser démonté, car il y allait de son poste de premier policier de
la République, et que s’il trahissait ne serait-ce qu’un
imperceptible sourire d’intelligence avec les journalistes, et à
travers ceux-ci avec l’opinion nationale, il aurait à en répondre
devant le chef de l’Etat. Ce serait seulement pour se tirer
d’embarras qu’il s’est rabattu sur la psychologie particulière à la
Kabylie, coupable à ses yeux de ne pas avoir voté. Cependant c’est à
tort qu’on s’en tiendra à cette interprétation. Car le ministre de
l’Intérieur n’inventait pas sur toute la ligne. Il donnait du faux à
la partir du vrai dont il avait une parfaite connaissance. En
particulier, et aussi étonnant que cela puisse paraître, il disait
vrai, peut-être dans un excès de spontanéité, quand il refusait à la
classe politique le mérite d’une abstention aussi importante en
Kabylie. C’est qu’il disposait, lui, du taux de participation dans
tout le pays, et il savait qu’il ne contrastait pas, ou si peu, avec
celui qui a été concédé à la Kabylie. En toute honnêteté donc, il
contestait par avance au FFS et au RCD le droit de revendiquer comme
le fruit de leur effort l’abstention en kabylie. D’ailleurs, il
aurait pu se montrer plus fin encore et faire valoir que boycott et
abstention ne sont pas synonymes. Il n’a pas trop voulu en remontrer
à l’opposition car à la place qui est la sienne il sait que la
véritable question qui se pose, ce n’est pas de savoir pourquoi la
Kabylie a été à peu de chose près égale à elle-même, mais celle de
savoir pourquoi le reste du pays s’est alignée sur elle en toute
spontanéité.
M. Habili
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