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Côte d'Ivoire
L'avenir reste
incertain
Trois ans après le
déclenchement de la guerre civile en Côte d'Ivoire, l'avenir du pays
reste incertain et l'élection présidentielle du 30 octobre paraît
désormais hypothétique. Cette date s’est maintenant inscrite dans le
pays comme une échéance redoutée avec la fin du quinquennat du
président Gbagbo, marqué par un coup d’Etat raté, en septembre 2002,
de la rébellion des Forces nouvelles (FN) qui, depuis, contrôle le
nord du pays. Les craintes de dérapage se font de plus en plus
fortes au sein de la population. La présidentielle prévue pour la
fin de ce mois a dû être reportée en raison des désaccords entre les
protagonistes de la crise, notamment sur le désarmement de la
rébellion, mais aussi en raison de l’impréparation matérielle du
scrutin. L’opposition politique et la rébellion, qui font désormais
cause commune, demandent à Laurent Gbagbo de quitter son poste le 30
octobre et souhaitent la mise en place d’une transition politique,
ce que refuse catégoriquement le Président, estimant qu’il ne rendra
le pouvoir qu’au nouvel élu conformément à la Constitution. Et c’est
le scénario de blocage, avec tous les risques que cela comporte.
Ce sentiment
d’aggravation de la crise est dans tous les esprits en Côte d’Ivoire
où, après trois années de discussions et plusieurs accords de paix
signés, aucune solution n’est en vue malgré l’aide de la communauté
internationale, qui a notamment déployé 7 500 casques bleus et 4 000
soldats français. Le Suédois Pierre Schori, représentant spécial du
secrétaire général des Nations unies, affirmait d’ailleurs récemment
que l’heure était "loin de la réconciliation nationale en Côte
d’Ivoire". Ce climat d’incertitude est largement entretenu par les
rumeurs les plus folles, notamment de coup d’Etat, et par une presse
très engagée qui souffle le chaud et le froid au gré des objectifs
qu’elle cherche à atteindre. Une situation qui préoccupe les voisins
africains. Le Nigeria, qui a abrité un sommet de la Communauté
économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) consacré à la
crise en Côte d'Ivoire, a fait savoir que l'Union africaine pourrait
recommander des changements dans la composition du gouvernement
ivoirien en cas de non-tenue, le 30 octobre comme prévu, de
l'élection présidentielle. A l'issue du sommet de la Cedeao, le chef
de la diplomatie nigériane a estimé qu'il existait trois
possibilités pour les pays de la sous région : laisser le
gouvernement actuel du président Laurent Gbagbo en place, y apporter
des changements mineurs ou, solution extrême, faire pression pour un
tout nouveau gouvernement intérimaire. Aucune de ces trois
alternatives ne fera consensus, chacun restant campé sur ses
positions. L’Union africaine est face à un nouveau défi.
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La presse ivoirienne manque de "professionnalisme"
"Elément important
de la démocratie" depuis une dizaine d'années, la jeune presse
ivoirienne, dans son ensemble inféodée aux partis politiques, est
souvent décriée par les spécialistes pour "son manque de rigueur et
de professionnalisme".Incitation à la violence, au tribalisme, à la
xénophobie, atteintes aux bonnes mœurs et l'anticonfraternité
figurent en bonne place parmi les "dérives" constatées par
l'Observatoire de la liberté de la presse, de l'éthique et de la
déontologie (Olped), organe de régulation de la profession sans
toutefois avoir de pouvoir contraignant. L'"injure au chef de
l'Etat" occupe la place la plus importante dans les "dérives" de
cette presse, issue du pluralisme politique des années 1990 après 30
ans de parti unique, constate également l'Olped, qui a établi des
statistiques. La crise militaro-politique déclenchée le 19 septembre
2002 par la rébellion des Forces nouvelles (FN) qui occupe depuis le
nord du pays après l'échec d'un coup d'Etat contre le président
Laurent Gbagbo, est en grande partie à l'origine de cette situation
en exacerbant les passions et en contribuant à favoriser les
excès. Depuis, deux camps s'opposent, matérialisés par une presse
"patriote" affirmant défendre les institutions de la République
contre une "presse pro-rebelle". Les deux tendances excellent dans
la "désinformation", la "calomnie" et cherchent à faire passer leurs
messages, remarque l'Olped. "Quand la situation sociopolitique
devient dramatique, la presse ivoirienne suit le ton des
politiques", déplore Samba Koné, président de cet organisme
indépendant, faisant état d'une "presse inféodée aux partis
politiques". "En Côte d'Ivoire, les journaux sont des journaux de
combat et d'opinion qui font d'abord passer des idées au lieu
d'informer", selon lui. L'Union nationale des journalistes de Côte
d'Ivoire (UNJCI) estime que le bilan de cette jeune presse,
comprenant une vingtaine de quotidiens pour une diffusion de 200 000
exemplaires, n'est pas "totalement négatif". "La presse ivoirienne
n'est pas à 100% mauvaise, elle a apporté une contribution dans la
promotion de la démocratie et a aidé à la bonne gouvernance dans le
pays", estime Amos Béonaho, le président de l'UNJCI. "Il faut tout
de même saluer l'avènement d'une presse plurielle qui dénote une
liberté d'opinion dans le pays", poursuit M. Béonaho, reconnaissant
qu'il existe cependant des "brebis galeuses" dans la
profession. Certains journaux d'opinion n'hésitent pas à publier
des interviews imaginaires de personnalités, notamment étrangères,
pour mieux argumenter leurs éditoriaux. La photo est aussi utilisée
pour faire passer ses idées, et récemment le Conseil national de la
presse (CNP), organe d'Etat de régulation de la presse écrite, a
interdit les "photographies désobligeantes" de personnalités, après
la publication d'un portrait de M. Gbagbo tirant la langue. "A force
d'aller dans la gadoue, on réduit la liberté d'expression", a
indiqué Auguste Miremont, journaliste de formation et ancien
ministre ivoirien de la Communication, déplorant que la presse
ivoirienne "privilégie le pamphlet au journalisme". Pour lui, la
presse est en partie responsable de la crise politique, parce
qu’elle met l’accent sur "les mots de haine, de rupture, de division
plutôt que sur ceux qui devraient ramener la paix et la cohésion
sociale".
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