Semaine du 5 au 11 octobre 2005

Côte d'Ivoire

L'avenir reste incertain

La presse ivoirienne manque de "professionnalisme"

 

 
 
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Côte d'Ivoire

L'avenir reste incertain

Trois ans après le déclenchement de la guerre civile en Côte d'Ivoire, l'avenir du pays reste incertain et l'élection présidentielle du 30 octobre paraît désormais hypothétique. Cette date s’est maintenant inscrite dans le pays comme une échéance redoutée avec la fin du quinquennat du président Gbagbo, marqué par un coup d’Etat raté, en septembre 2002, de la rébellion des Forces nouvelles (FN) qui, depuis, contrôle le nord du pays. Les craintes de dérapage se font de plus en plus fortes au sein de la population. La présidentielle prévue pour la fin de ce mois a dû être reportée en raison des désaccords entre les protagonistes de la crise, notamment sur le désarmement de la rébellion, mais aussi en raison de l’impréparation matérielle du scrutin. L’opposition politique et la rébellion, qui font désormais cause commune, demandent à Laurent Gbagbo de quitter son poste le 30 octobre et souhaitent la mise en place d’une transition politique, ce que refuse catégoriquement le Président, estimant qu’il ne rendra le pouvoir qu’au nouvel élu conformément à la Constitution. Et c’est le scénario de blocage, avec tous les risques que cela comporte.

Ce sentiment d’aggravation de la crise est dans tous les esprits en Côte d’Ivoire où, après trois années de discussions et plusieurs accords de paix signés, aucune solution n’est en vue malgré l’aide de la communauté internationale, qui a notamment déployé 7 500 casques bleus et 4 000 soldats français. Le Suédois Pierre Schori, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, affirmait d’ailleurs récemment que l’heure était "loin de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire". Ce climat d’incertitude est largement entretenu par les rumeurs les plus folles, notamment de coup d’Etat, et par une presse très engagée qui souffle le chaud et le froid au gré des objectifs qu’elle cherche à atteindre. Une situation qui préoccupe les voisins africains. Le Nigeria, qui a abrité un sommet de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) consacré à la crise en Côte d'Ivoire, a fait savoir que l'Union africaine pourrait recommander des changements dans la composition du gouvernement ivoirien en cas de non-tenue, le 30 octobre comme prévu, de l'élection présidentielle. A l'issue du sommet de la Cedeao, le chef de la diplomatie nigériane a estimé qu'il existait trois possibilités pour les pays de la sous région : laisser le gouvernement actuel du président Laurent Gbagbo en place, y apporter des changements mineurs ou, solution extrême, faire pression pour un tout nouveau gouvernement intérimaire. Aucune de ces trois alternatives ne fera consensus, chacun restant campé sur ses positions. L’Union africaine est face à un nouveau défi.

 

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La presse ivoirienne manque de "professionnalisme"

"Elément important de la démocratie" depuis une dizaine d'années, la jeune presse ivoirienne, dans son ensemble inféodée aux partis politiques, est souvent décriée par les spécialistes pour "son manque de rigueur et de professionnalisme".Incitation à la violence, au tribalisme, à la xénophobie, atteintes aux bonnes mœurs et l'anticonfraternité figurent en bonne place parmi les "dérives" constatées par l'Observatoire de la liberté de la presse, de l'éthique et de la déontologie (Olped), organe de régulation de la profession sans toutefois avoir de pouvoir contraignant. L'"injure au chef de l'Etat" occupe la place la plus importante dans les "dérives" de cette presse, issue du pluralisme politique des années 1990 après 30 ans de parti unique, constate également l'Olped, qui a établi des statistiques. La crise militaro-politique déclenchée le 19 septembre 2002 par la rébellion des Forces nouvelles (FN) qui occupe depuis le nord du pays après l'échec d'un coup d'Etat contre le président Laurent Gbagbo, est en grande partie à l'origine de cette situation en exacerbant les passions et en contribuant à favoriser les excès.  Depuis, deux camps s'opposent, matérialisés par une presse "patriote" affirmant défendre les institutions de la République contre une "presse pro-rebelle". Les deux tendances excellent dans la "désinformation", la "calomnie" et cherchent à faire passer leurs messages, remarque l'Olped. "Quand la situation sociopolitique devient dramatique, la presse ivoirienne suit le ton des politiques", déplore Samba Koné, président de cet organisme indépendant, faisant état d'une "presse inféodée aux partis politiques".  "En Côte d'Ivoire, les journaux sont des journaux de combat et d'opinion qui font d'abord passer des idées au lieu d'informer", selon lui. L'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire (UNJCI) estime que le bilan de cette jeune presse, comprenant une vingtaine de quotidiens pour une diffusion de 200 000 exemplaires, n'est pas "totalement négatif". "La presse ivoirienne n'est pas à 100% mauvaise, elle a apporté une contribution dans la promotion de la démocratie et a aidé à la bonne gouvernance dans le pays", estime Amos Béonaho, le président de l'UNJCI. "Il faut tout de même saluer l'avènement d'une presse plurielle qui dénote une liberté d'opinion dans le pays", poursuit M. Béonaho, reconnaissant qu'il existe cependant des "brebis galeuses" dans la profession.  Certains journaux d'opinion n'hésitent pas à publier des interviews imaginaires de personnalités, notamment étrangères, pour mieux argumenter leurs éditoriaux. La photo est aussi utilisée pour faire passer ses idées, et récemment le Conseil national de la presse (CNP), organe d'Etat de régulation de la presse écrite, a interdit les "photographies désobligeantes" de personnalités, après la publication d'un portrait de M. Gbagbo tirant la langue. "A force d'aller dans la gadoue, on réduit la liberté d'expression", a indiqué Auguste Miremont, journaliste de formation et ancien ministre ivoirien de la Communication, déplorant que la presse ivoirienne "privilégie le pamphlet au journalisme". Pour lui, la presse est en partie responsable de la crise politique, parce qu’elle met l’accent sur "les mots de haine, de rupture, de division plutôt que sur ceux qui devraient ramener la paix et la cohésion sociale".

 

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