Semaine du 5 au 11 octobre 2005

 

Privatisations

Le gouvernement passe au porte-à-porte

Khalifa, BCIA, Tonic…

Pas de réconciliation pour les affaires ?

Pacte économique et social

L’alternative des syndicats autonomes

Le FLN dans ces oeuvres

Quel avenir pour les redresseurs ?

Réconciliation nationale

Réactions internationales

 

 
 
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Privatisations

Le gouvernement passe au porte-à-porte

A la veille de la publication de l’organigramme du ministère de la Participation et de la Promotion de l’investissement, Hamid Temmar annonçait l’organisation, en Europe, d’un road show pour booster le processus de privatisation. Retour sur un aveu d’échec, escamoté bien entendu par la campagne en faveur de la charte pour la paix et la réconciliation nationale.

Par définition, n’importe quel publiciste en conviendra, un road show est un spectacle démonstratif itinérant sur les places publiques. Dans le cas qui nous préoccupe, il est question, à travers l’Europe, de présenter le programme de privatisation en réunissant un public ciblé d’hommes d’affaires, avec pour message tacite que si ceux-ci ne viennent pas à la montagne, c’est cette dernière qui finalement vient à eux. Ainsi, l’ancien-nouveau ministre de la Participation semble prendre le taureau par les cornes, ne serait-ce qu’au point de vue de la communication, en allant réduire at home les réticences d’un capital trop frileux, sans doute pense-t-il par méconnaissance, par désinformation ou tout simplement par méprise sur ses véritables intérêts qui se trouvent dans l’Algérie des réformes profondément engagées. Ce qu’il y a de révélateur dans cette initiative volontariste – qui ne diminue en rien, bien au contraire, les convictions ultra-libérales que l’on n’a eu de cesse d’attribuer à Temmar – c’est qu’elle met à jour les insuffisances du processus de privatisation des entreprises publiques tel qu’il a été mené jusque-là. Cela pousse les observateurs à se poser la question de savoir les raisons qui ont motivé une telle démarche, à laquelle rares sont les gouvernements qui ont eu à y recourir.

Gageons, au passage, qu’il sera des plus pénibles aux parties en Algérie s’intéressant à la privatisation de disposer d’un compte rendu fiable des péripéties européennes que va vivre le staff de Temmar et d’avoir, en fin de compte, un bilan précis de l’opération de charme annoncée. Ce scepticisme n’est pas forcément le produit d’un choix délibéré. Il est animé par des faits.

Le train des privatisations, qui a connu moult atermoiements, n’a démarré en réalité qu’en 2004, alors que le premier texte sur le sujet a été promulgué par Liamine Zeroual en 1995. Après la venue de la nouvelle équipe mise en place par le président Bouteflika, il aura fallu attendre deux années pour que s’opère un toilettage des textes encadrant la privatisation, alors que les deux années qui ont suivi ce haut fait juridique ont enregistré les pérégrinations de pas moins de quatre-vingt-dix délégations d’hommes d’affaires d’une trentaine de pays à qui la privatisation était expliquée en long, en large et en travers. Or, qu’en est-il à ce jour ? C’est à Ahmed Ouyhia, s’il faut une nouvelle fois croire les chiffres officiels, que serait revenu le mérite de faire avancer les choses à travers la privatisation de 172 entreprises publiques : 100 en 2004 et 72 en 2005, selon le dernier bilan communiqué par le chef du gouvernement. M. Ouyahia donnait ces chiffres en réponse aux critiques de la presse, s’étonnant de l’opacité du travail du Conseil des participations de l’Etat (CPE), en soulignant que la privatisation, quoi qu’on en dise, est un long processus et que ce qui compte par-dessus tout, c’est qu’il soit effectivement mis en branle. Sur ce point, on ne peut que convenir. Dans un pays dit capitaliste comme l’Italie, la privatisation n’est toujours pas achevée à ce jour. En Algérie, il s’en est trouvé pour dénoncer la panne du processus durant les années 1990 et c’étaient, à dire vrai, les mêmes qui dénonçaient la marche du processus une fois amorcé. En revanche, indiquons que si Ahmed Ouyahia trouve qu’il se passe tellement de choses au CPE qu’il faudrait une chaîne de télévision rien que pour cela, il est des hommes d’affaires et des économistes qui rétorquent que ce ne serait, à la réflexion, pas une mauvaise chose, du moment qu’une entreprise publique est un bien public et que toute décision se rapportant à son avenir doit être, de fait, publiée. D’abord pour qu’on ne dise pas que l’on se rit de l’esprit de la Constitution. Ensuite, pour permettre, le cas échéant, que soient ouvertes les voies de recours pour diverses raisons : litige sur la propriété (comme c’est le cas du feuilleton SPSRS-ENPS), désaccord entre associés de la société de reprise, informations décisives qui seraient détenues par le collectif des travailleurs, probabilité du délit d’initié prévu par la loi, etc. Enfin, par souci d’efficacité qui commande de communiquer le plus largement possible si l’on a à cœur de provoquer un effet d’entraînement et d’intérêt pour que réussisse la démarche de privatisation à laquelle l’on attache tant de vertus, dont celle de s’apprêter à la fatalité.

Mais loin de vouloir verser dans cette surenchère, il faut bien que l’on sache qui a acheté quoi, combien, à la lumière de quel business plan et avec quelles perspectives. C’est là la moindre des exigences d’un marché transparent où les différents opérateurs sont en droit d’accéder à l'information qui leur permette de prendre les décisions les mieux édifiées et arrêter de se mettre martel en tête. Est-il si difficile pour la chefferie du gouvernement, d’apparence débordée, de publier ne serait-ce que l’ordre du jour des réunions du CPE ? Pourquoi le site Internet du MPPI (www.mddpi.dz), considéré comme "très bien" par 70% des visiteurs sondés, a-t-il cessé d’être mis à jour depuis le départ de Yahia Hamlaoui, sans que l’on ne distingue les EPE encore en vente de celles déjà cédées ?

Et, pour conclure ce chapitre, comment se fait-il que certaines opérations considérées comme de la privatisation (du moment qu’une privatisation implique un changement de propriétaire, passant de l’Etat au privé) aient vu des entreprises publiques rachetées par des communes ou par… d’autres entreprises publiques ? Comment expliquer, comme c’est le cas de la cimenterie de Béni Saf, qu’une entreprise soit donnée en contrat de gestion à des étrangers (une firme saoudienne dans ce cas de figure), qui n’auront acheté que 10% du capital social à titre de participation financière ? A ces questions faut-il attendre, à défaut d’une communication systématisée, que le chef du gouvernement réponde sous la forme d’une mise au point culpabilisante à la presse qui, sous cet angle, exclut tout débat sur la manière dont s’opère la privatisation en Algérie ?

Mais revenons au road show de Temmar. Si pareille opération était complémentaire d’un processus qui aurait connu libre carrière, elle aurait trouvé sa place bien séante. Mais il est permis d’en douter, et dans une large mesure.

Dans une déclaration intrigante que seul un confrère a repris, un expert fonctionnaire du MPPI, a révélé que sur les 1 200 entreprises publiques proposées à la cession, seules… 64 d’entre elles étaient éligibles à la privatisation. Il a évoqué, dans ce sens, le handicap de la profonde déstructuration financière qui mine le secteur public dans son écrasante majorité.

Produit d’une thèse de doctorat à la Sorbonne sur la privatisation en Algérie (2003), le juriste spécialisé en droit des affaires Lyès Hamidi, aux opinions libérales déclarées, n’en disait pas moins. En dehors des unités de matériaux de construction, des hôtels et des entreprises portuaires, le restant des entreprises des autres secteurs économiques tout bonnement sont inéligibles à la privatisation. Nous nous permettons de simplifier son travail en nous limitant à citer l’un des arguments qu’il a fournis : trop d’entreprises publiques ont été créées par simple décision administrative et lancées, avec injonction, sur la base d’un découvert que l’on a obligé les banques de l’Etat à leur accorder. De cette déstructuration financière, l’unique échappatoire possible a été l’assise d’un caractère monopolistique dans le marché local qui a fini par donner un intérêt relatif à certaines entreprises aux yeux du repreneur. Voilà en quelque sorte ce qui ramène la marge de manœuvre de l’agence de privatisation qu’est le MPPI à sa plus simple expression : la communication.

Avec le road show de Temmar, le gouvernement passe donc au porte-à-porte. Il ne s’agit pas de bradage, loin s’en faut, mais l’opération n’est pas sans risques. La virée européenne risque de provoquer, cela dit, l’effet contraire et intriguer davantage les milieux d’affaires qui ont déjà leur propre idée sur le poids de la bureaucratie, de la corruption et du déficit en moyens de recours en Algérie. Elle témoigne surtout des obstacles que rencontre la privatisation en Algérie, dont le plus manifeste reste le manque de transparence qui fait qu’au jour d’aujourd’hui, le plus téméraire des investisseurs préférerait monter son affaire de zéro plutôt que d’adhérer à un processus à première vue très peu rassurant.

Nabil Benali

 

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Khalifa, BCIA, Tonic…

Pas de réconciliation pour les affaires ?

Que sont devenues les affaires qui ont secoué l’Algérie ? Depuis Khalifa, les événements se sont succédés comme s’il s’agissait d’en finir avec des situations nées du chaos engendré par la décennie noire. Il reste que si scandale il y a eu, on a rarement vu les suites judiciaires prendre le relais des ragots et des décisions qui tranchent, qui surprennent et qu’on ne comprend pas.

Au commencement était Khalifa. Une naissance et une évolution aussi rapide que la chute et  le démantèlement. Près de 10 000 employés à la rue et la fameuse question des petits déposants  faisant le pied de grue devant les agences Khalifa Bank ou des sit-in devant l’APN pour récupérer leurs dus. Aujourd’hui, les clameurs se sont tues et les petits déposant ont récupéré au moins le principal.

Si à un moment on s’était demandé pourquoi Khalifa n’avait pas suscité de doutes, la Banque d’Algérie est venue expliquer, un peu plus d’un année après l’éclatement du scandale, qu’elle était  "handicapée" dans l’exercice de sa mission de contrôle et de supervision. En cause, l’absence d’arrêté et d’adoption des comptes annuels des exercices 1999, 2000 et 2001 par les organes sociaux de la banque (conseil d’administration et assemblée générale) ainsi que l’absence des rapports de certification des commissaires aux comptes. Khalifa Bank avait pu user d’un article du Code de commerce pour obtenir de la justice la possibilité des reports successifs de la tenue des assemblées générales devant statuer sur les comptes sociaux.

Au passage, l’affaire Khalifa a éclaboussé du monde, notamment l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, inculpé dans une des affaires.

Mais il n y pas que les procédures légales et de contrôle qui sont en cause. La réussite de Khalifa a été aussi fulgurante que sa chute, jetant dès lors un sérieux doute sur la nature des affaires qui réussissent en Algérie. Pour l'administration, les dispositifs légaux rendaient toute évolution normale et rapide suspectes. Par ailleurs, l’Affaire Khalifa avait des pendants en France. Outre la compagnie aérienne qui desservait la France, le sponsoring de l’Olympique de Marseille, la chaîne de télévision qui avait son siège à Paris, il y avait la demande du député vert Noël Mammère pour statuer sur la nature des fonds que Khalifa injectait en France. Une demande rejetée par la commission des finances de l’Assemblée nationale française quelques mois avant le scandale. Depuis, la France est aussi intéressée par Khalifa et le liquidateur du groupe avait été auditionné par une commission d’enquête française. Pour les élus français, ce n’était certes pas une inquiétude pour les affaires algériennes mais une approche qui consistait à voir exporter les luttes de clans qui ensanglantaient l’Algérie (en rapport avec la décennie 1990) sur le territoire français. D’autant qu’il était admis, dans les milieux des affaires et politique français, que la réussite ne pouvait se faire sans des appuis sérieux au plus haut niveau. Depuis, Moumène Khalifa, en exil ou en fuite, n’est pas plus inquiété que cela.

En juillet 2005, lors d’une conférence de presse, Kim Howell, le secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, avait annoncé la conclusion prochaine d’accords dans le domaine de la coopération judiciaire et rendait l’extradition de Moumène Khalifa envisageable. Envisageable mais annoncée de loin, et si l’homme devait être inquiété, on doit se demander s’il n’aura pas les ressources nécessaires pour trouver refuge dans un pays qui n’a pas d’accord d’extradition avec l’Algérie. Etait-ce là juste un effet d’annonce, une expression de la bonne volonté algérienne de faire le ménage dans ses affaires qui a dépêché Abdekader Messahel à Londres pour annoncer conjointement avec les responsables britannique cette éventualité ? Cela est d’autant plus vrai  que l’Algérie cherchait d’abord un accord d’extradition pour les responsables terroristes planqués à Londres.

On se souvient aussi comment l’opinion algérienne a été carrément menée en bateau alors que l’on annonçait, dès la fuite de Khalifa, le lancement un mandat international par la police alors que l’on a su, après, que c’était à la justice de le faire.

Tonic, un géant de papier

Si elle n’a rien de comparable, l’affaire Tonic a surtout le tort de surgir après celle de Khalifa, de la BCIA, de Union Bank. En fait, après le démantèlement des nouveaux empires nés dans la confusion post-décennie noire.

Tonic, qui arbore aussi un P-DG jeune – comme Khalifa –, des contrats mirifiques et l’immense enseigne du plus grand imprimeur d’Afrique, se retrouve dans une situation pour le moins difficile alors que sa trésorerie accuse le coup et qu’elle fait face à un malaise social. Une apparition soudaine de problèmes alors que le groupe affichait une santé financière sans faille. Un Contrat avec LVMH, l'acquisition de machines chez le constructeur de presses d'imprimerie allemand KBA (le contrat portait sur13 presses d'imprimerie) et d’autres grands investissements.

Puis on apprend que Tonic licencie 600 personnes d’un coup, alors que le crédit fournisseur se réduisait dangereusement pour Tonic. En fait, dès février, alors que la BADR, banque accompagnatrice de Tonic, avait lâché le groupe, les fonds propres de l’entreprise ne suffisaient plus à assurer la suite des activités gigantesques et le rythme de croissance extrêmement rapide de Tonic. La BADR avait expliqué sa décision par les retards dans les remboursements. Mieux, la banque avait exigé le remboursement immédiat de ses créances alors que Tonic ne pouvait répondre positivement à cette demande.

Tonic avait bénéficié  d’un crédit de départ de 9 milliards de dinars de la BADR et de 6 milliards de dinars en consortium avec la CNEP pour une durée de cinq ans. Démarrant avec trois machines, Tonic Emballage (une sarl, entreprise familiale malgré son ampleur) se retrouve trois ans plus tard leader continental en matière d’impression.

Dans l’affaire Tonic, on évoque aussi des protections et des appuis qui seraient partie, ce qui explique le succès fulgurant. Aujourd’hui, on veut finalement que prévale le respect des clauses du cahier des charges, un respect élastique qui était permis jusque-là par on ne sait quel habile tour de passe-passe.

Amine Esseghir

 

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Pacte économique et social

L’alternative des syndicats autonomes

Sans l’ombre d’une illusion de se faire entendre par le gouvernement Ouyahia, les syndicats autonomes ont, malgré tout, franchi le pas en faisant des propositions d’un "pacte social alternatif". Alternatif à celui qui va naître d’une union sacrée, mais néanmoins illégitime, gouvernement-UGTA, car ne respectant pas le minimum de ce que devrait être un "dialogue social", le document élaboré par le Conseil national des libertés syndicales (CNLS) mériterait un large débat, dans la mesure où il évoque les problèmes essentiels posés par le monde du travail.

Le CNLS pose d’emblée la problématique du "contrat social" en la décrivant comme "la conséquence d’un dialogue soutenu entre le gouvernement, les représentants du patronat et tous les représentants des travailleurs sans exclusion". Ce n’est après accord entre toutes ces parties qu’une "trêve" est déclarée "pour mieux appréhender l’avenir du pays" et "permettre un climat favorable à une relance économique, nécessaire pour l’avenir des travailleurs". Cette définition, le Conseil ne l’a pas inventée. Elle a été pratiquée partout dans le monde où des nations ont dû recourir à l’élaboration d’un pacte social pour baliser une démarche socio-économique consensuelle et éviter des turbulences. Des turbulences qui ont peu de chance de se produire puisque tous les acteurs sont supposés avoir donné leur aval à cette démarche. Ces acteurs ont, bien évidemment, procédé à un large débat au sein de leurs bases respectives avant de signer un document d’une si haute importance.

En réponse à la démarche menée par le gouvernement et l’UGTA, le CNLS estime qu’un pacte social "ne doit pas avoir pour but l’achat d’une paix sociale au détriment des travailleurs. Il ne doit en aucun cas être un moyen de verrouillage des revendications socioprofessionnelles. Un pacte social ne doit pas être synonyme de paix sociale où les travailleurs vivent leur misère et où les autres fructifient leur richesse".

Au fil du document du CNLS  apparaissent les différences fondamentales avec la conception du pacte social de l’UGTA. Ceci explique, par ailleurs, l’entente entre le gouvernement et la Centrale. Pour les syndicats autonomes, il y a une série de conditions "incontournables" pour la réussite d’un pacte social. Est placée en première position la question du pouvoir d’achat des citoyens. Et d’expliquer qu’au-dessous d’un certain niveau de vie, les citoyens ne peuvent adhérer à un tel projet. Au moment où l’UGTA présente la dernière augmentation du SMIG comme une révolution, le CNLS explique qu’"en dinar constant, le salaire des travailleurs ne représente que le dixième de ce qu’il était vers la fin des années 1980". Et que, compte tenu de la dévalorisation du dinar et de l’augmentation des prix, "le travailleur moyen qui percevait cinq fois le SMIG vers la fin des années 1980, ne perçoit qu'un SMIG et demi en 2005".

Si cette situation pouvait être acceptable au moment de l’application Programme d’ajustement structurel (PAS) infligé par le FMI en vue de "rétablir les équilibres macro-économiques", elle devient insupportable maintenant que la situation financière de l’Algérie s'est largement améliorée.

Chiffres à l’appui, la coalition syndicale explique que "le ratio masse salariale/PIB est en constante baisse depuis 2000. Ce ratio de 30% dans les années 1980 chute à 20% en 1995 pour aboutir à 10% en 2005 et il ira en constante chute pour avoisiner approximativement les 7%". Précisant, à titre de comparaison, qu’"un ratio témoignant de la bonne santé d’une économie doit se situer vers 30 à 33%".

Les syndicats autonomes ne souhaitent pas que l’argent des recettes pétrolières soit distribué, mais ils notent seulement, à juste titre, que cette aisance financière se traduit par "l’incapacité des pouvoir publics à relancer l’activité économique".

En outre, le CNLS voit dans l’assurance à tous les travailleurs algériens "les conditions adéquates pour participer à l’essor social et économique du pays", une autre condition pour la réussite du pacte social, "sans quoi un tel pacte ne peut qu’accentuer les inégalités source de rancœurs du monde du travail, prélude à des explosion sociales".

Entre autres "lignes directrices", la raison d’être d’un pacte social est, selon les syndicats autonomes, d’"améliorer les conditions socioprofessionnelles des travailleurs", de "préserver les postes d’emploi", "développer l’esprit d’entreprise et la création d’emplois", "renforcer les politiques d’égalité des chances d’accès à l’emploi entre les femmes et les hommes", "lutter contre les évasions et fraudes fiscales", "combattre la corruption" et "préserver le secteur public et améliorer ses services".

De ces objectifs découlent, selon le CNLS, des engagements que les parties signataires du pacte doivent respecter, chacun suivant ses prérogatives. Aux pouvoirs publics et au patronat de "surseoir à toute compression des personnels durant les cinq années à venir", de mettre en place "une politique des salaires adéquate en harmonie avec le pouvoir d’achat des travailleurs", mais aussi de "prendre en considération les avis des partenaires sociaux dans le cadre des réformes à engager par les pouvoirs publics".

Quant aux travailleurs algériens, ils s’engagent à travers leurs représentants à "accompagner les réformes préalablement soumises aux partenaires sans exclusion", à "soutenir les initiatives des entreprises publics et privées en matières d’emploi et de formation en vue de réaliser les objectifs du pacte" et "d’observer une trêve (sociale, ndlr) dans la durée sera fixée conjointement pour la concrétisation des objectifs de ce pacte".

Le pacte social doit être "évalué annuellement" par un "comité de suivi et de concertation économique et sociale" qui doit être installé à cet effet.

Reste que le nœud gordien du pacte alternatif proposé par la coalition des syndicats autonomes évoque la question lancinante du respect des libertés syndicales, à la base de tout contrat social. Car on n’imagine pas fonder un pacte et vouloir qu’il soit respecté par tout le monde sans l’existence de véritables libertés syndicales.

A ce titre, le CNLS trouve urgent primordial que le gouvernement "concrétise le droit à la négociation", "veille au respect des libertés syndicales", "cesser toutes les pressions contre les syndicalistes et les organisations syndicales" et s’abstient de toute ingérence "dans les affaires internes des syndicats".

Mais, qu’il soit permis de rêver aux syndicalistes des organisations membres du CNLS. Pas plus ! Une chose est sûre : le gouvernement ne semble pas disposé pour discuter avec les syndicats autonomes. Et pourquoi le ferait-il alors qu’il dispose d’un "syndicat" docile, dont les positions sont en décalage complet par rapport aux aspirations de la base qui, d’ailleurs, se rejoignent avec celles des autres formations syndicales. Un syndicat maison dont le cheval de bataille est le changement du week-end, mais qui ne bouge pas le petit doigt lorsque le gouvernement semble ignorer, à travers les dispositions du projet de loi de finances 2006, toute augmentation salariale.

Abdelkader Djalil

 

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Le FLN dans ces oeuvres

Quel avenir pour les redresseurs ?

Le fait est que le mouvement des redresseurs, tout en faisant apparaître sur la scène politique nationale un courant politique nouveau, bien  qu’ancien en terme d’individualités, allait passablement changer l’équilibre des forces au sein du pouvoir, faisant planer à présent une très grave menace sur l’ancien parti unique, celle de l’implosion pure et simple. Sachant ce que signifie le terme implosion dans un pays qui a vu disparaître quantité de partis du fait des luttes intestines qui ont conduit à un dédoublement de leurs directions. Cependant, l’élément le plus intéressant à analyser, ici, est celui qui réside dans la fameuse problématique, vieille de plus de 30 ans maintenant, dite de la rénovation du FLN. Les redresseurs sauront-ils faire mieux que leurs aînés de l’aile gauche de l’ancien parti unique et sont-ils à proprement parler les continuateurs des anciens "démocrates révolutionnaires" chers au PAGS des années 1970 ? Les deux dénominations ayant été mises au point,  à cette époque, pour désigner les éléments qui, dans le pouvoir, étaient considérés comme progressistes  et  susceptibles d’être des partenaires dans une alliance politique tacite. Il faut souligner à ce propos que si l’expression "démocrates révolutionnaires" – DR dans le langage codé des militants communistes – avait vocation à englober l’ensemble des hommes et femmes politiques du pouvoir dans son sens le plus large, celle "d’aile gauche du FLN" ne désignait évidemment que ceux ou celles activant dans le parti unique de l’époque. La difficulté dans le maniement de ces deux concepts résidant évidemment dans le fait  que l’ensemble  des responsables, tant civils que militaires, à quelque niveau que ce soit, étaient supposés être militants du FLN. En vérité, le terme de DR servait à distinguer la  catégorie de responsables qui, aussi bien dans l’armée, dans  l’administration que dans le secteur économique, étaient au parti plus par obligation que par conviction.

La gauche du FLN, par contre, regroupait alors des cadres qui, tout en y étant par appartenance politique, venaient généralement de l’ancien parti  communiste ou des organisations d’extrême gauche. Cette gauche-là ayant fait le chemin exactement inverse de celui qu’allaient accomplir, un peu plus tard, les cadres qui fonderont le RND. C’est-à-dire qu’au lieu de suivre leurs principes et les risques de précarité que cela entraîne inévitablement, ils préféreront le confort d’être du bon côté du manche quitte à écorner plus ou moins gravement leurs principes. Tous, à une ou deux exceptions près, finiront à la tête de véritables fortunes en bon rentiers qu’ils avaient envie de devenir après quelques années passées à tirer le diable par la queue. Une gauche qui, dans le meilleur des cas, ne fera pas de mal à ses anciens camarades, mais qui ne leur fera pas beaucoup de bien non plus.  

Ce qui ne sera pas le cas des DR qui, eux, se lanceront à corps perdu dans la bataille pour l’édification du pays en prenant à bras-le-corps aussi bien la révolution agraire que la gestion socialiste des entreprises ou la démocratisation de l’enseignement. Autant de tâches qui seront méthodiquement sabotées par le FLN, toutes tendances confondues. Seuls quelques militants isolés, ayant réussi à nouer des liens étroits avec les différents commandements militaires, oseront braver les directives bureaucratiques de l’appareil central du parti pour faire alliance, à la base, avec les militants communistes et les volontaires de la révolution agraire intelligemment encadrés par les éléments de la sécurité militaire. Il va sans dire que ces militants isolés ne connaîtront aucune promotion interne digne d’être relevée ou seront pour la plupart impitoyablement évincés  dès la disparition subite de Houari Boumediène. Les premiers finiront pour la plupart au RND, tandis que les seconds  formeront l’ossature de la quasi-totalité des partis nés au cours de l’année qui a suivi l’adoption de la Constitution de 1989.

C’est dire qu’il est assez  délicat de vouloir établir une filiation directe entre les redresseurs apparus au lendemain du 8e congrès du FLN de 2003 et les démocrates révolutionnaires ou avec l’ancienne gauche du FLN. Il suffit d’ailleurs d’étudier le profil des différents chefs de file de ce mouvement de redressement pour s’apercevoir de la fragilité de tout lien éventuel en ce sens. Abelkader Hadjar étant  plutôt connu pour être un panarabiste pur et dur,  fervent adepte d’une arabisation totale et opposant notoire à la politique  du président Boumediène en matière d’éducation, mais très proche de l’institution militaire du fait de son parcours ultérieur d’ambassadeur. Abdelhamid Si Affif a, pour sa part, suivi une carrière de commis de l’Etat en tant que chef de daïra et est donc plus proche de la filière administrative que politique du FLN, mais a noué d’étroites relations avec l’armée du fait de son passage à l’APN en tant que président de la Commission des affaires étrangères. Saïd Bouhadjar,  ancien général à la retraite, ne cache pas ses liens étroits avec son institution d’origine. Mais les cas les plus intéressants dans ce mouvement sont évidemment ceux de Saïd Barkat, Amar Tou, Tayeb Louh et Mourad Redjimi. Quatre ministres qui se caractérisent tous par une même propension à sortir des canons populistes du FLN et qui n’ont jamais caché leurs penchants libéraux nettement affirmés. Adeptes d’un libéralisme réel, ils n’avaient aucun atome crochu avec la doctrine social-démocrate de Ali Benflis et n’ont donc pas hésité un seul instant à s’opposer frontalement à lui, non pas seulement pour soutenir la candidature de Abdelaziz Bouteflika à l’élection de 2004, mais aussi pour faire avancer leurs propres vues doctrinales en matière d’économie et dans le domaine social. Ces quatre hommes ont tous eu également à nouer des liens assez étroits, au cours de leur parcours, avec l’institution militaire dont ils se sentent plus proche que de leur propre parti.  Restent alors les cas particuliers de Abdelaziz Belkhadem, Mohamed Seghir Kara, Boudjemaâ Haichour et Mahmoud Khoudir, qui constituent pour leur part la branche ultra-politique du FLN et qui sont au mouvement de redressement ce que l’eau est à l’huile. Cadres fidèles et permanents du parti, ils ne sont évidemment  porteurs d’aucune vision novatrice ou moderniste d’aucune sorte et leur mission semble plutôt d’avoir à encadrer un mouvement de redressement qui, tout en contestant les choix de Ali Benflis, risquait d’aller trop loin dans  l’œuvre de rénovation du FLN. S’ils ont choisi Abdelaziz Bouteflika plutôt que Ali Benflis, ces quatre hommes le feront plus pour sauver le FLN que pour sauver Bouteflika, ce qui n’a en soi rien de condamnable, bien au contraire. Aussi seront-ils également les principaux artisans de la mainmise de Abdelaziz Belkhadem sur le parti, alors que tout prédestinait Abdelkader Hadjar à ce poste.

Pour finir, nous ne pouvions évidemment pas passer sous silence le rôle important de Abdelkader  Messahel, qui est le seul "redresseur" à être issu en même temps de l’ancienne gauche du FLN et du courant des démocrates révolutionnaires et dont la présence dans ce mouvement n’étonnera donc personne. C’est dire qu’à l’exclusion de Belkhadem, Kara, Haïchour et Khoudir, l’ensemble des chefs de file du mouvement de redressement du FLN ont des attaches nettement plus importantes avec l’institution militaire et la haute administration du pays qu’avec leur propre parti. Une donnée fondamentale qui permet de comprendre comment Ali Benflis a pu être mis en échec alors qu’il tenait entre ses mains tous les leviers de commande qui donnent habituellement un pouvoir absolu au secrétaire général  du parti. Cette mise en échec n’étant en rien comparable à un simple changement de  direction organique, comme celle qui a été affublée du pompeux qualificatif de "coup d’Etat scientifique" et qui a vu Boualem Benhamouda succéder à Abdelhamid Mehri en 1997. Bien que là aussi, le rôle de l’institution militaire n’ait pas été négligeable à travers la personne de Abdelkader Hadjar qui a  réussi là aussi à  déloger un secrétaire général du FLN  considéré comme un véritable danger pour le pays après sa participation à la conclusion du fameux contrat national signé à Rome. Cette fois, l’ANP aura frappé très fort en faisant peser sur le FLN le risque de disparition pure et simple du fait de l’apparition d’une fracture qui a coupé le parti en deux, du sommet à la base. Une menace qui pour être très grave et très sérieuse butera malheureusement sur une carte politique très désavantageuse où l’inexistence d’un parti du pouvoir  fort et de grande envergure contraindra l’armée à  retenir son coup.

La suite dans notre prochain numéro

Abderrahmane Mahmoudi

 

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Réconciliation nationale

Réactions internationales

Le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale qui a été finalement voté avec près de 80% de voix, a suscité beaucoup de reproches et de critiques de la part des observateurs et des ONG internationales qui estiment que cette charte risque de perpétrer un climat d'impunité, qui finira, peut-être, par encourager d'autres violences en Algérie.

En effet, beaucoup de reproches ont été formulés par les observateurs sur le contenu de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Un article récemment paru dans New York Times n'y est pas allé de main morte pour dire qu'à travers ce texte, les responsables algériens cherchent en fait une amnistie pour ceux qui ont commis les pires violences. Dans son analyse, le journaliste rappelle que l'Algérie, qui n'est pas le seul pays à avoir connu la violence, ne s'achemine pas sur la bonne voie pour la réconciliation. Pour conforter ses dires, il nous cite l'exemple de l'Afrique du Sud, du Rwanda, de l'Argentine et de l'ex-URSS, des pays qui ont durement souffert par le passé, mais qui sont arrivés à rétablir la paix et ce, à travers des débats publics, mais aussi et surtout en ayant le courage de faire des révélations publiques des actes du passé. Le hic pour les Algériens, précise l'auteur de l'article, c'est que les responsables ont demandé à leur peuple de tout simplement oublier et pardonner des années de folie meurtrière.

Un autre reproche que formule le journaliste concerne l'absence de débats ou de critiques autour de ce projet. Aucune critique n'a été émise, précise-t-il, car l'accès aux chaînes étatiques de télévision et de la radio n'est pas aisé. Cette charte, continue le journaliste du New York Times, offre à chacun un petit quelque chose. Une amnistie pour les islamistes qui ont tout commis, sauf les crimes les plus haineux, une indemnisation pour les familles des victimes de la violence et celles des personnes portées disparues, mais ce que la charte n'offre pas, ce sont des réponses à ce qui s'est passé durant la dernière décennie, mais aussi et surtout les responsabilités de cette violence.

Cet aspect des choses a fait réagir l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights, qui affirme que dans les faits, ce projet renforce l'impunité pour les graves crimes commis contre le peuple. Si Human Rights a plus ou moins bien accueilli certains volets de la charte, qu'elle estime positifs, elle rejoint l'avis des observateurs quand elle parle de l'absence de débats autour de cette charte. Autre reproche formulé par l'organisation de défense des droits de l'homme : le fait que ce texte évite de mentionner le droit des victimes, d'apprendre la vérité sur les disparitions et autres atrocités commises tant par les agents de l'Etat que par les groupes armés depuis 1992.

Amnesty International n'est pas en reste et estime pour sa part que la charte pour la paix proposée aux Algériens contient des dispositions qui sont en parfaite contradiction avec les obligations de l'Algérie, définies par le droit international. Ces dispositions, qui visent à exonérer les forces de sécurité et les groupes armés de leur responsabilité dans ce qui s'est passé en Algérie et qui doit être considéré comme de graves atteintes aux droits de l'homme, peuvent, d'après cette ONG, entraîner un déni de vérité et de justice pour les centaines de milliers de victimes et leurs familles.

Pour le Réseau euro-méditerranéen (REMDH) qui s'exprime à travers son responsable, Michel Tubiana, les critiques de la charte pour la paix et la réconciliation nationale touchent un tout autre volet que ceux déjà cités par les autres organisations. Michel Tubiana s'insurge contre la disposition de la charte qui stipule que "nul, en Algérie ou à l'étranger, n'est habilité à utiliser ou instrumentaliser les blessures de la tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions de la République, fragiliser l'Etat, nuire à l'honorabilité de tous ses agents… ou ternir l'image de l'Algérie sur le plan international". Cette disposition semble réellement incommoder le responsable de REMDH, qui conclut ainsi que "c'est le travail des historiens qui est ainsi interdit".

M. Tubiana s'inquiète aussi du fait que les défenseurs des droits de l'homme ne pourront plus, comme par le passé, venir faire leur travail en Algérie, et que les familles des disparus ne pourront plus manifester, car c'est désormais un dossier clos.

Tous ces reproches ont été formulés dès le jour où le chef de l'Etat a proposé au peuple de se prononcer sur un projet qui, d'après lui, sortira l'Algérie de la crise qui n'a que trop duré et permettra de tourner la page pour aller enfin vers l'avant.

En substance, les reproches et les critiques tournent surtout autour du manque de débats. Des débats qui auraient pu enrichir ce texte.

Ceci rejoint la réaction des Etats-Unis qui, après l'annonce des résultats du référendum, a fait dire, par la voix de son porte-parole Sean McCormack : "A notre avis, il aurait été important que tous les points de vue sur la question vitale de la réconciliation nationale s'expriment publiquement", dit-il. Faisait-il allusion au boycott par certains partis de l'opposition ? Toujours est-il que malgré les réserves émises sur le référendum, les Etats-Unis disent respecter le choix et la décision du peuple algérien. "Chaque pays doit trouver sa propre voie pour gérer ce genre de problèmes. C'est une voie particulière et si le peuple algérien l'approuve, ce sera la meilleure pour l'Algérie", conclut le porte-parole du département d'Etat.

Si Washington a tout de même émis quelques réserves, il n'en va pas de même pour le Quai d'Orsay qui, par la voix de son porte-parole, Jean-Baptiste Mattei, salue sans réserve aucune, cette consultation qu'il qualifie de démocratique. "Nous saluons cette consultation démocratique à laquelle ont participé les Algériens, tant dans leur pays qu'à l'étranger, en particulier en France", et d'ajouter que c'est au peuple que revient le mérite d'avoir choisi la voie de la paix et la réconciliation nationale.

Mais, critique ou pas, le projet de paix approuvé par beaucoup d'Algériens, qui aspirent sincèrement à vivre enfin en sécurité, saura-t-il tenir ses promesses ?

Khadidja Mohamed Bouziane

 

 

 

 

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