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Le
compromis historique
En une seule
conférence de presse, Ahmed Ouyahia a, en sa qualité de secrétaire
général du RND, remis un certain nombre d’éléments à leur place en
ouvrant des pistes de réflexion qui peuvent s’avérer très
prometteuses pour peu que la bonne volonté soit une vertu partagée
par tous, et d’abord par ses partenaires de l’Alliance. Ce qui
transparaîtra avec le plus de force de ses propos sera pourtant son
alignement sans réserve sur les positions du président de la
République et sa volonté de ne laisser aucune faille dans le
dispositif étatique qui puisse être exploité contre l’Etat d’abord
et contre l’Algérie tout entière ensuite. Sachant que le plus grave
problème que nous ayons eu à affronter, depuis qu’ont commencé à
exister les institutions de l’Algérie combattante puis indépendante,
a toujours été la fracture politique qui divisait le pouvoir
algérien en deux entités aux buts politiques diamétralement opposés.
Avec d’un côté une tendance hégémonique, sans principes et rentière,
et de l’autre un courant moderniste, progressiste et plus ou moins
sensible aux vertus de la démocratie. Cette fracture se déclinera au
fil des ans sous des couleurs plus ou moins proches de la réalité
mais sans jamais cadrer exactement avec elle, même s’il a toujours
été possible de la distinguer sous les oripeaux des idéologies
destinées à la masquer. Cela commencera durant la Guerre de
Libération nationale avec cette première contradiction entre la
suprématie du politique sur le militaire puis, malgré le recul sur
cette question une année plus tard, nous aurons droit, en 1959, à
la résurgence de cette problématique sous sa forme inversée dans le
cadre du conflit entre GPRA et EMG. Une opposition qui se
transformera, au moment de l’Indépendance, en conflit entre le GPRA
et le bureau politique ou encore le groupe d’Oujda et le groupe de
Tizi Ouzou, pour aboutir en 1965 à un gel de ce schisme à travers
le coup d’Etat militaire du 19 juin 1965 qui assoira pour longtemps
la suprématie du militaire sur le… civil. En tout cas, jusqu’à la
disparition tragique du président Houari Boumediene qui essaya, tout
au long de son règne, de réunifier le FLN et l’armée au sein d’un
Conseil de la Révolution qui n’eut jamais de véritable existence
autre que de façade. Une mort prématurée qui verra le FLN prendre
immédiatement sa revanche en instaurant, cette fois, la suprématie
du parti sur l’armée avec l’assentiment de quelques officiers
supérieurs de l’ANP désireux de profiter des largesses d’un système
FLN fondé sur la rente pétrolière à outrance. La preuve était faite,
en tout cas, qu’il était absolument inutile de songer à vouloir
réunifier deux parties aussi opposées d’un même pouvoir dont l’une
essayait de faire avancer le pays vers le progrès et la modernité et
l’autre ne voulait guère lâcher les robinets d’une rente qui avait
transformé ses barons en une caste sociale aussi puissante que
réactionnaire.
Après les périodes
de suprématie successives de l’armée sur le FLN, puis de ce dernier
sur l’armée, survint octobre 1988 qui était un affrontement direct
de ces deux ailes du pouvoir par rue interposée. A la suite de quoi
un compromis pseudo-démocratique et pseudo-libéral a été réalisé à
travers l’adoption de la Constitution de 1989 qui, tout en
permettant le multipartisme et une certaine liberté d’expression,
prenait en même temps la société en otage en faisant entrer le FIS
sur la scène politique. Cette Constitution introduisait également
une nouveauté institutionnelle importante en mettant en place le
poste de chef du gouvernement destiné à empêcher, à l’avenir, que le
contrôle du poste de président de la République par l’une des deux
grandes force du pouvoir n’aboutisse automatiquement à l’exclusion
de l’autre. Une situation qui réglera certes la question du monopole
politique vécu de l’Indépendance à octobre 1988 pour lui substituer
celle du statu quo suicidaire qui durera quasiment de 1988 à nos
jours, avec tous les dégâts qu’il aura occasionnés au pays.
Dont le moindre
n’aura pas été l’affaiblissement chronique de l’Etat, livré alors
aux coups terribles du terrorisme et au risque permanent d’immixtion
étrangère dans nos affaires intérieures. Dix-huit années auront donc
passé entre l’installation d’un statu quo ravageur et le début de
réunification du pouvoir d’Etat, grâce à cette harmonie enfin
trouvée entre le chef de l’Etat et son chef du gouvernement. Ce qui
ne signifie pas nécessairement que nous soyons en présence d’une
paix enfin passée entre le FLN et l’armée, mais plutôt face à un
compromis historique qui est le dépassement de ce vieil antagonisme
entre les deux. Un compromis qui peut se résumer à «un peu de FLN,
un peu d’armée et beaucoup d’Etat».
A. M.
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