Semaine du 5 au 11 Avril 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

La mystique de la République

 

 
 
 Editorial

Accueil

Le compromis historique

En une seule conférence de presse, Ahmed Ouyahia a,  en sa qualité de secrétaire général du RND, remis un certain nombre d’éléments à leur place en ouvrant des pistes de réflexion qui peuvent s’avérer très prometteuses pour peu que la bonne volonté soit une vertu partagée par tous, et d’abord par ses partenaires de l’Alliance. Ce qui transparaîtra avec le plus de force de ses propos sera pourtant son alignement sans réserve sur les positions du président de la République et sa volonté de ne laisser aucune faille dans le dispositif étatique qui puisse être exploité contre l’Etat d’abord et contre l’Algérie tout entière ensuite. Sachant que le plus grave problème que nous ayons eu à affronter, depuis qu’ont commencé à exister les institutions de l’Algérie combattante puis indépendante, a toujours été la fracture politique qui divisait  le pouvoir algérien en deux entités aux buts politiques diamétralement opposés. Avec d’un côté une tendance hégémonique, sans principes et rentière, et de l’autre un courant moderniste, progressiste et plus ou moins sensible aux vertus de la démocratie. Cette fracture se déclinera au fil des ans sous des couleurs plus ou moins proches de la réalité mais sans jamais cadrer exactement avec elle, même s’il a toujours été possible de la distinguer sous les oripeaux des idéologies destinées à la masquer. Cela commencera durant la Guerre de Libération nationale avec cette première contradiction entre la suprématie du politique sur le militaire puis, malgré le recul sur cette question une année plus tard, nous aurons droit,  en 1959,  à la résurgence de cette problématique sous sa forme inversée dans le cadre du conflit entre GPRA et EMG. Une opposition qui se transformera, au moment de l’Indépendance, en conflit entre le GPRA et le bureau politique ou encore le groupe d’Oujda et le groupe de Tizi Ouzou,  pour aboutir en 1965 à un gel de ce schisme à travers le coup d’Etat militaire du 19 juin 1965 qui assoira pour longtemps la suprématie du militaire sur le… civil. En tout cas, jusqu’à la disparition tragique du président Houari Boumediene qui essaya, tout au long de son règne, de réunifier le FLN et l’armée au sein d’un Conseil de la Révolution qui n’eut jamais de véritable existence autre que de façade. Une mort prématurée qui verra le FLN prendre immédiatement sa revanche en instaurant, cette fois, la suprématie du parti sur l’armée avec l’assentiment de quelques officiers supérieurs de l’ANP désireux de profiter des largesses d’un système FLN fondé sur la rente pétrolière à outrance. La preuve était faite, en tout cas, qu’il était absolument inutile de songer à vouloir réunifier deux parties aussi opposées d’un même pouvoir dont l’une essayait de faire avancer le pays vers le progrès et la modernité et l’autre ne voulait guère lâcher les robinets d’une rente qui avait transformé ses barons en une caste sociale aussi puissante que réactionnaire.

Après les périodes de suprématie successives de l’armée sur le FLN, puis de ce dernier sur l’armée, survint octobre 1988 qui était un affrontement direct de ces deux ailes du pouvoir par rue interposée. A la suite de quoi un compromis pseudo-démocratique et pseudo-libéral a été réalisé à travers l’adoption de la Constitution de 1989 qui, tout en permettant le multipartisme et une certaine liberté d’expression, prenait en même temps la société en otage en faisant entrer le FIS sur la scène politique. Cette Constitution introduisait également une nouveauté institutionnelle importante en mettant en place le poste de chef du gouvernement destiné à empêcher, à l’avenir, que le contrôle du poste de président de la République par l’une des deux grandes force du pouvoir n’aboutisse automatiquement à l’exclusion de l’autre. Une situation qui réglera certes la question du monopole politique vécu de l’Indépendance à octobre 1988 pour lui substituer celle du statu quo suicidaire qui durera quasiment de 1988 à nos jours, avec tous les dégâts qu’il aura occasionnés au  pays.

Dont le moindre n’aura pas été l’affaiblissement chronique de l’Etat, livré alors aux coups terribles du terrorisme et au risque permanent d’immixtion étrangère dans nos affaires intérieures. Dix-huit années auront donc passé entre l’installation d’un statu quo ravageur et le début de réunification du pouvoir d’Etat, grâce à cette harmonie enfin trouvée entre le chef de l’Etat et son chef du gouvernement. Ce qui ne signifie pas nécessairement que nous soyons en présence d’une paix enfin passée entre le FLN et l’armée, mais plutôt face à un compromis historique qui est le dépassement de ce vieil antagonisme  entre les deux. Un compromis qui peut se résumer à «un peu de FLN, un peu d’armée et beaucoup d’Etat».

A. M.

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche