Semaine du 5 au 11 Avril 2006

La monarchie marocaine revoit sa tactique

Un pas en arrière, deux pas en avant

Après Michelle Bachelet au Chili, Lourdes Flores au Pérou ?

Le Liban menacé par les divergences de ses dirigeants

 

 
 
 Monde

Accueil

La monarchie marocaine revoit sa tactique

Un pas en arrière, deux pas en avant

Le dernier discours du roi Mohammed VI, prononcé à El Ayoun, suscite encore des interrogations. La décision qu’aurait prise récemment le royaume marocain de différer son projet d’autonomie de l’ancienne colonie espagnole ne change rien à la problématique posée. Nous savions que l’ONU n’était pas prête à exiger la paix juste au Sahara occidental. Mais nous pouvons affirmer aujourd’hui sans risque de nous tromper que les membres de son Conseil de sécurité, alignés sur les positions de Rabat, sont dans l’incapacité de transgresser les résolutions adoptées à l’unanimité.

«Nous ne cèderons pas un seul pouce ni un grain de sable de notre cher Sahara», tel a été le message délivré le 25 mars dernier par le souverain marocain, à l’issue d’une visite dans les territoires occupés. C’est dans la capitale sahraouie qu’il a procédé à la nomination des membres du Conseil royal consultatif pour «les affaires sahariennes» et dévoilé les objectifs assignés à la nouvelle structure. «Nous attendons du Conseil (…) qu'il s'engage collectivement dans une action concertée et intégrée de nature à protéger les acquis réalisés par notre pays dans la consolidation de notre unité nationale et de notre intégrité territoriale», a-t-il déclaré. Il a en outre laissé entendre que cette instance aura aussi pour rôle de défendre «la justesse de la cause de notre intégrité territoriale» à l’échelle internationale.

Le palais royal veut-il compromettre l’ONU ?

Dans son discours, le roi n’a pas été conséquent avec cette ouverture qu’il souhaiterait tant imprimer au Sahara occidental, un territoire encore fermé aux observateurs indépendants internationaux, excluant de son langage la tenue d’un référendum «démocratique» sous les auspices de l’ONU. Il a superbement écarté du jeu la RASD, ainsi que le Front Polisario et ses représentants, pourtant reconnus par l’Union africaine et les Nations unies. Pis, il a appelé le nouveau Conseil à proposer des initiatives aptes à garantir «le retour et l'intégration des citoyens séquestrés dans les camps de Tindouf», en référence aux Sahraouis et à leur progéniture réfugiés dans les camps algériens.

Mohammed VI, focalisé sur l’idée désuète de conflit algéro-marocain, a omis de parler (délibérément ?) de ces autres Sahraouis ayant aussi fui le napalm et les balles meurtrières lors de l’invasion de leur territoire et qui se sont exilés en Mauritanie, en Espagne et dans d’autres pays étrangers. Et pour se donner contenance, il a justifié sa politique autonomiste par «l’impossibilité» d’appliquer le plan de paix, présentant sa proposition d’autonomie comme «la solution définitive au conflit artificiel». Le roi s’est même adossé sur son discours du 6 novembre dernier, prononcé à l’occasion de l’anniversaire de «la glorieuse marche verte», celle-là même qui avait donné le coup d’envoi, en 1975, à l’invasion du territoire du Sahara occidental, puis à son annexion. «Nous appelons aujourd'hui nos fidèles sujets (…) à voir comment ils conçoivent le projet d'autonomie dans le cadre de la souveraineté du royaume, de son unité nationale et de son intégrité territoriale», a renchéri le souverain.

Le mépris affiché par ce dernier n’a sans doute pas été du goût des chefs de l’ONU. Quoique soumis à la réserve, le secrétaire général Kofi Annan s’est expliqué récemment à New York. Il a fait savoir «qu'une proposition faite par une partie ne pourra pas annuler tous les autres accords ou tous les autres aspects de la question». Kofi Annan a aussi noté que le Conseil de sécurité, qui aura à examiner la question sahraouie à la fin du mois, «sera guidé par ses propres résolutions». Cette mise en garde est loin de nous satisfaire, car elle ouvre la voie à l’entrée d’«autres aspects» non contenus dans l’actuel plan de paix. De plus, le diplomate n’a pas dénoncé officiellement les écarts de langage du palais. Il n’a même pas témoigné – alors que les forces des Nations unies (Minurso) sont présentes sur le territoire — de la résistance de la population sahraouie, particulièrement dans les villes occupées (El-Ayoun, Smara, Dakhla, etc.) toujours attachée au fait national ni de l’échec de la politique marocaine pendant les trois décennies d’occupation illégale.

Il faut néanmoins reconnaître à Kofi Annan ce rappel à l’ordre, d’autant que le plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental (ou plan Baker) est toujours sur la table du Conseil de sécurité.

Retour au pragmatisme «bakerien»

Pour saisir la réaction de Mohammed VI et celle de Kofi Annan, il faut peut-être revenir sur les déclarations de James Baker III, qu’il a faites à la chaîne télévisée PBS le 19 août 2004. «Nous avons mis beaucoup de plans sur la table, trois ou quatre propositions différentes, y compris le plan de règlement, accepté par les parties en 1991», avait alors confié l’ancien secrétaire d’Etat américain. L’ex-envoyé personnel de Kofi Annan avait également rappelé la peur de Rabat vis-à-vis du vote. «Plus nous approchions du terme, plus les Marocains devenaient nerveux, craignant, je pense, qu'ils pourraient ne pas gagner ce référendum», avait précisé Baker, sans cacher son malaise concernant le rejet marocain de «son» plan de paix alors qu’il prévoyait l’élargissement de l'électorat aux Marocains établis au Sahara occidental d’octobre 1975 à décembre 1999. Plus loin, il avertissait que le royaume «n'aura jamais l'imprimatur de la légitimité internationale pour son occupation du territoire» à moins de «conclure un accord qui trouve la bénédiction de la communauté internationale, la bénédiction du Conseil de sécurité, ou qui soit acceptable pour l'autre partie». Le diplomate américain avait même exprimé ses doutes au sujet de l’acceptation, par Rabat, de l’autonomie, affirmant qu’il ne pouvait «imaginer qu'il existe autre chose de plus que je pourrais faire».

Il n’empêche, l’ancien envoyé de Kofi Annan reprochait à Rabat de ne pas présenter des «propositions significatives d'autonomie ou de gouvernement autonome» pour les Sahraouis : «Ils parlent de vouloir accorder l'autonomie, mais ils n'ont jamais été disposés à proposer un plan d'autonomie.»

Près de deux ans après l’interview de Baker, le Maroc continue à camper sur ses positions. Il a certes tenté d’adapter les observations de l’auteur du plan de paix à sa vision territoriale. Mais son «un pas en arrière, deux pas en avant» bruyant ne semble pas productif actuellement, pas plus que son agressivité et son arrogance. Cela, parce que l’autre partie du conflit a aussi assimilé le sens du message délivré en août 2004 : outre la libération des 404 derniers prisonniers de guerre marocains et la destruction de milliers de mines antipersonnel, la population des territoires occupés a amorcé désormais un processus de «pressions» pacifiques, depuis mai 2005, en (re)plaçant les mots d’ordre relatifs à l’autodétermination et l’indépendance dans le calendrier des revendications de ses représentants de la RASD et du Polisario.

La balle n’est ni dans le camp de l’occupant marocain ni dans celui de l’ancien colonisateur espagnol. Elle est dans le camp de l’ONU et de son Conseil de sécurité, qui doivent veiller au respect de leurs décisions dans la question du Sahara occidental.

Z’hor Chérief 

 

Haut

 

Après Michelle Bachelet au Chili, Lourdes Flores au Pérou ?

A 46 ans, Lourdes Flores rêve d'un destin à la Michelle Bachelet, qui a accédé à la magistrature suprême au Chili. A l'approche des élections du 9 avril, cette ancienne parlementaire conservatrice est engagée dans une course serrée pour devenir la première femme Présidente du Pérou. Ses visites électorales récentes à Juliaca et Puno, dans la région des Andes bordant la Bolivie, n'ont pas été appréciées par les partisans du candidat nationaliste Ollanta Humala, qui l'ont accueillie à coups de pierres et de fruits pourris. Mais cette réception n'a pas fait disparaître le sourire et la détermination de la candidate du parti Unité nationale, qui est allée porter son message sur l'économie de libre marché. "Le Pérou a besoin d'une forte dose de tolérance et je rejette cette intolérance sans perdre ni mon calme ni ma bonne humeur", a-t-elle commenté.

Lourdes Flores est une figure maternelle dans un pays où les femmes sont symboles d'honnêteté et elle espère que cette image l'aidera à remporter un triomphe semblable à celui de la socialiste Michelle Bachelet, première femme élue Présidente du Chili en décembre dernier.

La méfiance est cependant aussi de mise parmi les déshérités, pour la plupart des mestizos (métis) à la peau sombre, en raison de son teint clair, de son éducation privilégiée et de ses positions libérales. Dans un pays de 27 millions d'habitants où les personnalités politiques sont quasiment partout considérées comme corrompues, "les gens sont profondément sceptiques", observe Lourdes Flores. Cette femme a travaillé dur pour vaincre les réticences, se rendant dans les 197 provinces du Pérou au cours des dernières années, et allant contrer les dires de ses adversaires qui la présentent comme la candidate du "grand capital".

L'économie du Pérou a connu une croissance de 5% en moyenne annuelle sous le président sortant Alejandro Toledo, mais la pauvreté n'a guère reculé, passant de 54% à 52% de la population. Lourdes Flores a opéré un déplacement vers le Centre, promettant le soutien du gouvernement aux petits entrepreneurs et aux agriculteurs. Ses rencontres l'ont "convaincue qu'il doit y avoir un changement dans le modèle économique de notre pays, sans pour autant perdre la discipline fiscale". Des foules se sont déplacées pour aller l'écouter, mais des partisans d'Ollanta Humala lui ont réservé un mauvais accueil à Juliaca et Puno.

Les villageois, dans le secteur d'Acora, "n'ont même pas de pain à manger", explique Moises Machaca Condori en défendant ces actions. "Elle a été membre du Congrès. Qu'a-t-elle fait pour nous? Rien." Ollanta Humala, l'homme qu'il soutient, est un lieutenant-colonel de l'armée à la retraite, jouant sur son image d'homme strict qui sanctionnerait les membres de la classe politique corrompus. Mais la question de la race, sujet sensible au Pérou, a aussi contribué à son ascension dans les sondages qui le créditent d'une étroite avance sur Lourdes Flores. Le candidat de 43 ans appartient à un clan de métis, pour qui la majorité "cuivrée" du Pérou devrait avoir un statut supérieur à celui des Blancs. S'il affirme ne pas partager les vues de ses proches, elles lui ont cependant servi, estime Jorge Bruce, commentateur respecté.

A la race, Lourdes Flores oppose l'identité de sexe. Elle conclut fréquemment ses discours sur ses projets politiques par cette phrase : "Vous avez ma parole en tant que femme." A Puno, des milliers de femmes sont venues la soutenir. Parmi elles, Julia Mamani Cruz, 40 ans, lançait sur un ton de défi : "L'heure est arrivée pour une femme" à la Présidence.

 

Haut

 

Le Liban menacé par les divergences de ses dirigeants

 Le Liban, confronté à une crise au sommet entre le chef de l'Etat, proche de Damas, et le Premier ministre issu de la majorité antisyrienne, et à une crise économique, ressemble de plus en plus à un bateau ivre sans projet d'avenir.  En l'espace de deux jours, les dirigeants libanais se sont donnés en spectacle en s'invectivant. Une première fois devant leurs pairs arabes au Sommet de Khartoum et la seconde fois  devant leurs compatriotes médusés, à Beyrouth, où ils se sont livrés à une foire d'empoigne en direct devant les caméras.  "La mascarade", titrait le lendemain sur toute la page et en grands caractères le journal prosyrien Al-Diyar, tandis que le quotidien Al-Balad soulignait que les dirigeants libanais ont "montré leurs parties honteuses à la télévision du réel". 

Les dirigeants ont étalé leurs profondes divergences politiques, effaçant les quelques résultats positifs du dialogue qu'ils ont engagé début mars pour tenter de sortir le pays de la crise où il se trouve depuis le retrait de l'armée syrienne en avril 2005, deux mois après l'assassinat de l'ancien ministre Rafic Hariri.  Motif apparent : les divergences entre le président Emile Lahoud et le Premier ministre Fouad Siniora sur le rôle du Hezbollah, dont les combattants sont déployés à la frontière israélienne pour libérer le secteur des fermes de Chebaa, occupé par Israël depuis 1967. 

A Khartoum, le président Lahoud a rendu hommage au rôle joué par la Syrie au Liban et à la résistance du Hezbollah face aux agressions israéliennes. 

Fouad Siniora avait souhaité en vain une modification du texte final du Sommet pour que soit stipulé que la résistance relève "de l'Etat et du peuple libanais" et non d'une organisation particulière, en référence au Hezbollah, seul mouvement encore armé depuis la fin de la guerre du Liban (1975-90).  De retour à Beyrouth, Fouad Siniora a été accusé par le président du Parlement, Nabih Berri, d'avoir commis une "faute grave" au Sommet arabe.  Un peu plus tard, en Conseil des ministres, des insultes et des invectives ont fusé entre Emile Lahoud et des ministres qui ont fini par claquer la porte de la réunion, après avoir tenté d'exprimer leur solidarité avec le chef du gouvernement. 

Emile Lahoud bénéficie du soutien des mouvements chiites, Hezbollah et Amal, représentés par cinq ministres. A l'étranger, il est soutenu par Damas et Téhéran. Fouad Siniora a, lui, l'appui de la majorité du cabinet, ainsi que le soutien affiché des Occidentaux et celui, plutôt embarrassé, de certains pays arabes qui craignent pourtant une déstabilisation de la Syrie. 

Dans ces conditions, analystes et responsables politiques restent sceptiques sur la suite de la conférence de dialogue national qui réunit depuis début mars les chefs des principaux partis du pays.  Mais la persistance des malentendus – "l'ombre de Damas" comme le dit la majorité ou la "tutelle occidentale", comme le crie le Hezbollah –alimentent la crise qui ne cesse d'enfler.  "Le dialogue évolue dans un cercle vicieux (...) et je crains l'axe irano-syrien qui veut instrumentaliser le Liban", a affirmé récemment le chef druze et ténor de la majorité Walid Joumblatt.  Pour sa part, le député Samir Frangié met en garde contre les risques d'un conflit pouvant devenir confessionnel et conduire "au confédéralisme". 

Pour l'homme de la rue, la situation est catastrophique.  "Ce que font les dirigeants est infantile. Ils prennent le pays en otage avec leurs disputes alors que les gens peinent à travailler et que les commerces sont vides", confie Soha Bassoul, une employée.  De fait, l'économie tourne au ralenti et la tenue d'une conférence d'aide internationale est incertaine.

"Les politiciens ignorent les soucis des gens (...) alors que le seul service de l'endettement public (38,5 milliards de dollars, soit 180% du PIB) coûte près de 10 millions de dollars par jour, un montant insupportable", estime l'économiste Marwan Iskandar.

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche