|
Accueil
La monarchie marocaine revoit sa
tactique
Un pas en
arrière, deux pas en avant
Le dernier
discours du roi Mohammed VI, prononcé à El Ayoun, suscite encore des
interrogations. La décision qu’aurait prise récemment le royaume
marocain de différer son projet d’autonomie de l’ancienne colonie
espagnole ne change rien à la problématique posée. Nous savions que
l’ONU n’était pas prête à exiger la paix juste au Sahara occidental.
Mais nous pouvons affirmer aujourd’hui sans risque de nous tromper
que les membres de son Conseil de sécurité, alignés sur les
positions de Rabat, sont dans l’incapacité de transgresser les
résolutions adoptées à l’unanimité.
«Nous ne cèderons
pas un seul pouce ni un grain de sable de notre cher Sahara», tel a
été le message délivré le 25 mars dernier par le souverain marocain,
à l’issue d’une visite dans les territoires occupés. C’est dans la
capitale sahraouie qu’il a procédé à la nomination des membres du
Conseil royal consultatif pour «les affaires sahariennes» et dévoilé
les objectifs assignés à la nouvelle structure. «Nous attendons du
Conseil (…) qu'il s'engage collectivement dans une action concertée
et intégrée de nature à protéger les acquis réalisés par notre pays
dans la consolidation de notre unité nationale et de notre intégrité
territoriale», a-t-il déclaré. Il a en outre laissé entendre que
cette instance aura aussi pour rôle de défendre «la justesse de la
cause de notre intégrité territoriale» à l’échelle internationale.
Le palais royal veut-il compromettre l’ONU ?
Dans son discours,
le roi n’a pas été conséquent avec cette ouverture qu’il
souhaiterait tant imprimer au Sahara occidental, un territoire
encore fermé aux observateurs indépendants internationaux, excluant
de son langage la tenue d’un référendum «démocratique» sous les
auspices de l’ONU. Il a superbement écarté du jeu la RASD, ainsi que
le Front Polisario et ses représentants, pourtant reconnus par
l’Union africaine et les Nations unies. Pis, il a appelé le nouveau
Conseil à proposer des initiatives aptes à garantir «le retour et
l'intégration des citoyens séquestrés dans les camps de Tindouf», en
référence aux Sahraouis et à leur progéniture réfugiés dans les
camps algériens.
Mohammed VI,
focalisé sur l’idée désuète de conflit algéro-marocain, a omis de
parler (délibérément ?) de ces autres Sahraouis ayant aussi fui le
napalm et les balles meurtrières lors de l’invasion de leur
territoire et qui se sont exilés en Mauritanie, en Espagne et dans
d’autres pays étrangers. Et pour se donner contenance, il a justifié
sa politique autonomiste par «l’impossibilité» d’appliquer le plan
de paix, présentant sa proposition d’autonomie comme «la solution
définitive au conflit artificiel». Le roi s’est même adossé sur son
discours du 6 novembre dernier, prononcé à l’occasion de
l’anniversaire de «la glorieuse marche verte», celle-là même qui
avait donné le coup d’envoi, en 1975, à l’invasion du territoire du
Sahara occidental, puis à son annexion. «Nous appelons aujourd'hui
nos fidèles sujets (…) à voir comment ils conçoivent le projet
d'autonomie dans le cadre de la souveraineté du royaume, de son
unité nationale et de son intégrité territoriale», a renchéri le
souverain.
Le mépris affiché
par ce dernier n’a sans doute pas été du goût des chefs de l’ONU.
Quoique soumis à la réserve, le secrétaire général Kofi Annan s’est
expliqué récemment à New York. Il a fait savoir «qu'une proposition
faite par une partie ne pourra pas annuler tous les autres accords
ou tous les autres aspects de la question». Kofi Annan a aussi noté
que le Conseil de sécurité, qui aura à examiner la question
sahraouie à la fin du mois, «sera guidé par ses propres
résolutions». Cette mise en garde est loin de nous satisfaire, car
elle ouvre la voie à l’entrée d’«autres aspects» non contenus dans
l’actuel plan de paix. De plus, le diplomate n’a pas dénoncé
officiellement les écarts de langage du palais. Il n’a même pas
témoigné – alors que les forces des Nations unies (Minurso) sont
présentes sur le territoire — de la résistance de la population
sahraouie, particulièrement dans les villes occupées (El-Ayoun,
Smara, Dakhla, etc.) toujours attachée au fait national ni de
l’échec de la politique marocaine pendant les trois décennies
d’occupation illégale.
Il faut néanmoins
reconnaître à Kofi Annan ce rappel à l’ordre, d’autant que le plan
de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental (ou
plan Baker) est toujours sur la table du Conseil de sécurité.
Retour au
pragmatisme «bakerien»
Pour saisir la
réaction de Mohammed VI et celle de Kofi Annan, il faut peut-être
revenir sur les déclarations de James Baker III, qu’il a faites à la
chaîne télévisée PBS le 19 août 2004. «Nous avons mis beaucoup de
plans sur la table, trois ou quatre propositions différentes, y
compris le plan de règlement, accepté par les parties en 1991»,
avait alors confié l’ancien secrétaire d’Etat américain. L’ex-envoyé
personnel de Kofi Annan avait également rappelé la peur de Rabat
vis-à-vis du vote. «Plus nous approchions du terme, plus les
Marocains devenaient nerveux, craignant, je pense, qu'ils pourraient
ne pas gagner ce référendum», avait précisé Baker, sans cacher son
malaise concernant le rejet marocain de «son» plan de paix alors
qu’il prévoyait l’élargissement de l'électorat aux Marocains établis
au Sahara occidental d’octobre 1975 à décembre 1999. Plus loin, il
avertissait que le royaume «n'aura jamais l'imprimatur de la
légitimité internationale pour son occupation du territoire» à moins
de «conclure un accord qui trouve la bénédiction de la communauté
internationale, la bénédiction du Conseil de sécurité, ou qui soit
acceptable pour l'autre partie». Le diplomate américain avait même
exprimé ses doutes au sujet de l’acceptation, par Rabat, de
l’autonomie, affirmant qu’il ne pouvait «imaginer qu'il existe autre
chose de plus que je pourrais faire».
Il n’empêche,
l’ancien envoyé de Kofi Annan reprochait à Rabat de ne pas présenter
des «propositions significatives d'autonomie ou de gouvernement
autonome» pour les Sahraouis : «Ils parlent de vouloir accorder
l'autonomie, mais ils n'ont jamais été disposés à proposer un plan
d'autonomie.»
Près de deux ans
après l’interview de Baker, le Maroc continue à camper sur ses
positions. Il a certes tenté d’adapter les observations de l’auteur
du plan de paix à sa vision territoriale. Mais son «un pas en
arrière, deux pas en avant» bruyant ne semble pas productif
actuellement, pas plus que son agressivité et son arrogance. Cela,
parce que l’autre partie du conflit a aussi assimilé le sens du
message délivré en août 2004 : outre la libération des 404 derniers
prisonniers de guerre marocains et la destruction de milliers de
mines antipersonnel, la population des territoires occupés a amorcé
désormais un processus de «pressions» pacifiques, depuis mai 2005,
en (re)plaçant les mots d’ordre relatifs à l’autodétermination et
l’indépendance dans le calendrier des revendications de ses
représentants de la RASD et du Polisario.
La balle n’est ni
dans le camp de l’occupant marocain ni dans celui de l’ancien
colonisateur espagnol. Elle est dans le camp de l’ONU et de son
Conseil de sécurité, qui doivent veiller au respect de leurs
décisions dans la question du Sahara occidental.
Z’hor Chérief
Haut
Après Michelle Bachelet au Chili, Lourdes Flores au Pérou ?
A 46 ans, Lourdes
Flores rêve d'un destin à la Michelle Bachelet, qui a accédé à la
magistrature suprême au Chili. A l'approche des élections du 9
avril, cette ancienne parlementaire conservatrice est engagée dans
une course serrée pour devenir la première femme Présidente du
Pérou. Ses visites électorales récentes à Juliaca et Puno, dans la
région des Andes bordant la Bolivie, n'ont pas été appréciées par
les partisans du candidat nationaliste Ollanta Humala, qui l'ont
accueillie à coups de pierres et de fruits pourris. Mais cette
réception n'a pas fait disparaître le sourire et la détermination de
la candidate du parti Unité nationale, qui est allée porter son
message sur l'économie de libre marché. "Le Pérou a besoin d'une
forte dose de tolérance et je rejette cette intolérance sans perdre
ni mon calme ni ma bonne humeur", a-t-elle commenté.
Lourdes Flores est
une figure maternelle dans un pays où les femmes sont symboles
d'honnêteté et elle espère que cette image l'aidera à remporter un
triomphe semblable à celui de la socialiste Michelle Bachelet,
première femme élue Présidente du Chili en décembre dernier.
La méfiance est
cependant aussi de mise parmi les déshérités, pour la plupart des
mestizos (métis) à la peau sombre, en raison de son teint clair, de
son éducation privilégiée et de ses positions libérales. Dans un
pays de 27 millions d'habitants où les personnalités politiques sont
quasiment partout considérées comme corrompues, "les gens sont
profondément sceptiques", observe Lourdes Flores. Cette femme a
travaillé dur pour vaincre les réticences, se rendant dans les 197
provinces du Pérou au cours des dernières années, et allant contrer
les dires de ses adversaires qui la présentent comme la candidate du
"grand capital".
L'économie du
Pérou a connu une croissance de 5% en moyenne annuelle sous le
président sortant Alejandro Toledo, mais la pauvreté n'a guère
reculé, passant de 54% à 52% de la population. Lourdes Flores a
opéré un déplacement vers le Centre, promettant le soutien du
gouvernement aux petits entrepreneurs et aux agriculteurs. Ses
rencontres l'ont "convaincue qu'il doit y avoir un changement dans
le modèle économique de notre pays, sans pour autant perdre la
discipline fiscale". Des foules se sont déplacées pour aller
l'écouter, mais des partisans d'Ollanta Humala lui ont réservé un
mauvais accueil à Juliaca et Puno.
Les villageois,
dans le secteur d'Acora, "n'ont même pas de pain à manger", explique
Moises Machaca Condori en défendant ces actions. "Elle a été membre
du Congrès. Qu'a-t-elle fait pour nous? Rien." Ollanta Humala,
l'homme qu'il soutient, est un lieutenant-colonel de l'armée à la
retraite, jouant sur son image d'homme strict qui sanctionnerait les
membres de la classe politique corrompus. Mais la question de la
race, sujet sensible au Pérou, a aussi contribué à son ascension
dans les sondages qui le créditent d'une étroite avance sur Lourdes
Flores. Le candidat de 43 ans appartient à un clan de métis, pour
qui la majorité "cuivrée" du Pérou devrait avoir un statut supérieur
à celui des Blancs. S'il affirme ne pas partager les vues de ses
proches, elles lui ont cependant servi, estime Jorge Bruce,
commentateur respecté.
A la race, Lourdes
Flores oppose l'identité de sexe. Elle conclut fréquemment ses
discours sur ses projets politiques par cette phrase : "Vous avez ma
parole en tant que femme." A Puno, des milliers de femmes sont
venues la soutenir. Parmi elles, Julia Mamani Cruz, 40 ans, lançait
sur un ton de défi : "L'heure est arrivée pour une femme" à la
Présidence.
Haut
Le Liban menacé par les divergences de ses dirigeants
Le Liban,
confronté à une crise au sommet entre le chef de l'Etat, proche de
Damas, et le Premier ministre issu de la majorité antisyrienne, et à
une crise économique, ressemble de plus en plus à un bateau ivre
sans projet d'avenir. En l'espace de deux jours, les dirigeants
libanais se sont donnés en spectacle en s'invectivant. Une première
fois devant leurs pairs arabes au Sommet de Khartoum et la seconde
fois devant leurs compatriotes médusés, à Beyrouth, où ils se sont
livrés à une foire d'empoigne en direct devant les caméras. "La
mascarade", titrait le lendemain sur toute la page et en grands
caractères le journal prosyrien Al-Diyar, tandis que le quotidien
Al-Balad soulignait que les dirigeants libanais ont "montré leurs
parties honteuses à la télévision du réel".
Les dirigeants ont
étalé leurs profondes divergences politiques, effaçant les quelques
résultats positifs du dialogue qu'ils ont engagé début mars pour
tenter de sortir le pays de la crise où il se trouve depuis le
retrait de l'armée syrienne en avril 2005, deux mois après
l'assassinat de l'ancien ministre Rafic Hariri. Motif apparent :
les divergences entre le président Emile Lahoud et le Premier
ministre Fouad Siniora sur le rôle du Hezbollah, dont les
combattants sont déployés à la frontière israélienne pour libérer le
secteur des fermes de Chebaa, occupé par Israël depuis 1967.
A Khartoum, le
président Lahoud a rendu hommage au rôle joué par la Syrie au Liban
et à la résistance du Hezbollah face aux agressions israéliennes.
Fouad Siniora
avait souhaité en vain une modification du texte final du Sommet
pour que soit stipulé que la résistance relève "de l'Etat et du
peuple libanais" et non d'une organisation particulière, en
référence au Hezbollah, seul mouvement encore armé depuis la fin de
la guerre du Liban (1975-90). De retour à Beyrouth, Fouad Siniora a
été accusé par le président du Parlement, Nabih Berri, d'avoir
commis une "faute grave" au Sommet arabe. Un peu plus tard, en
Conseil des ministres, des insultes et des invectives ont fusé entre
Emile Lahoud et des ministres qui ont fini par claquer la porte de
la réunion, après avoir tenté d'exprimer leur solidarité avec le
chef du gouvernement.
Emile Lahoud
bénéficie du soutien des mouvements chiites, Hezbollah et Amal,
représentés par cinq ministres. A l'étranger, il est soutenu par
Damas et Téhéran. Fouad Siniora a, lui, l'appui de la majorité du
cabinet, ainsi que le soutien affiché des Occidentaux et celui,
plutôt embarrassé, de certains pays arabes qui craignent pourtant
une déstabilisation de la Syrie.
Dans ces
conditions, analystes et responsables politiques restent sceptiques
sur la suite de la conférence de dialogue national qui réunit depuis
début mars les chefs des principaux partis du pays. Mais la
persistance des malentendus – "l'ombre de Damas" comme le dit la
majorité ou la "tutelle occidentale", comme le crie le Hezbollah
–alimentent la crise qui ne cesse d'enfler. "Le dialogue évolue
dans un cercle vicieux (...) et je crains l'axe irano-syrien qui
veut instrumentaliser le Liban", a affirmé récemment le chef druze
et ténor de la majorité Walid Joumblatt. Pour sa part, le député
Samir Frangié met en garde contre les risques d'un conflit pouvant
devenir confessionnel et conduire "au confédéralisme".
Pour l'homme de la
rue, la situation est catastrophique. "Ce que font les dirigeants
est infantile. Ils prennent le pays en otage avec leurs disputes
alors que les gens peinent à travailler et que les commerces sont
vides", confie Soha Bassoul, une employée. De fait, l'économie
tourne au ralenti et la tenue d'une conférence d'aide internationale
est incertaine.
"Les politiciens
ignorent les soucis des gens (...) alors que le seul service de
l'endettement public (38,5 milliards de dollars, soit 180% du PIB)
coûte près de 10 millions de dollars par jour, un montant
insupportable", estime l'économiste Marwan Iskandar.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |