Semaine du 5 au 11  juillet 2006

 

Quelles ouvertures dans les pays Arabes ?

Des régimes bloqués

Israël  œuvre à l’effondrement de l’Autorité palestinienne

L'amnistie restrictive complique la réconciliation en Irak

 
 
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Quelles ouvertures dans les pays Arabes ?

Des régimes bloqués

Le monde arabe se caractérise aujourd’hui par sa propension à concentrer pratiquement les dernières dictatures de l’ère moderne. Même dans les pays qui présentent les  prémices d’une ouverture politique,  les sociétés ont du mal à franchir le Rubicon comme si l’impérieuse nécessité d’une autorisation de l’autorité suprême se faisait sentir. Alors qu’un processus politique et historique est engagé depuis des années, les changements réels, en profondeurs tardent à voir le jour. L’élite politique, les partis d’oppositions, la presse rasent les murs lorsqu’ils ne font pas le dos rond soutenant une docilité et une « entente » avec le pouvoir à toute épreuve.  Mais ces régimes Arabes sont menacés de toute part. Par leur propre société civile qui essaye de se défaire de leur joug. Par les médias lourds assujettis aux régimes du golf, devant abattre les républiques et les régimes constitutionnels. Par les puissances occidentales, notamment les Etats-Unis qui échafaudent des plans de longue date pour les réduire. Mais aussi par eux même, par leur incapacité à se renouveler ou à donner des perspectives à leurs peuples.   

Il ne s’agit bien entendu dans ce cas que des dites républiques modernes ou d’une monarchie dite constitutionnelle comme celle du Maroc. Effectivement, il n y a pas lieu de parler des émirats et monarchies du golf qui suivent un processus propre ou encore des expériences politiques inclassables comme celle de la Libye. Dans tout cela saute aux yeux une évidence : l’entité arabe tenue pour vraie par ces mêmes gouvernants n’est en aucune manière traduite sur le terrain par une cohésion socio culturelles entre les sociétés dites arabes. Le sentiment arabe s’est finalement dissous dans les sociétés probablement à force d’être galvaudé par les dirigeants.

Dans le même temps, alors que l’on évoque le Grand Moyen Orient et des possibilités de démocratisation embedded (à l’exemple de l’Irak), les systèmes politique arabes, pressés de présenter un visage de démocratisation en marche, s’arrangent pour étaler aux yeux du monde une classe politique pluraliste mais totalement stérilisée et insipide. L’absence d’une société civile crédible ne rend la situation que plus suspecte. De toute évidence, les pays arabes seront en fait les derniers à se libérer et à instaurer des démocraties. En attendant, les Etats occidentaux présentés depuis la chute du mur de Berlin et la fin du bloc de l’Est en modèle de démocratie et de libération des initiatives, semblent ne pas prêter attention au processus lent qui se joue dans les pays arabes, plus préoccupés par un islam politique, aux forts relents terroristes, nés justement dans le confrontation avec ces systèmes politiques  ou sévit corruption et clientélisme, honnis par les populations.

Mais en fait les systèmes politiques arabes n’en sont pas à cette unique contradiction. Vouloir les énumérer toutes rend l’opération difficile mais on peut toutefois citer une des plus criarde. Tous les Etats arabes modernes (les républiques) possèdent des institutions parlementaires. Pourtant, ces mêmes parlements, autant il est évident qu’ils ne font que soutenir et perpétuer les systèmes qui les font fait naître, autant ils deviennent un facteur de blocage. Caution «démocratique» ou pluraliste, les représentants des ces institutions maintiennent  une façade qu’ils sont les premiers à outrager.

Le 8eme congrès l’Association Française de Sciences Politiques tenu en septembre 2005 à l’université de Lyon (France) avait consacré un atelier au rôle des institutions parlementaires dans le monde Arabe. On y avait  souligné : « parce qu’aucun changement des régimes en place, aucune inflexion dans leur marche vers l’autoritarisme ne semblait pouvoir provenir ou être suscité par l’action des institutions et des acteurs politiques habituels, on eut tôt fait de poser l’équation de l’inefficacité voire de l’absurdité même des institutions représentatives en situation autoritaire.» (1)

On le voit bien, l’énumération des contradictions comme l’établissement du diagnostique des ces systèmes deviennent ardu, tant les imbrications sont multiformes dans ces pays.

Légitimité historique

Petit rappel historique, les républiques Arabes modernes  présentent des velléités de  changements et de réformes dicté d’en haut et cadencées par les régimes en place tous détenteurs d’une légitimité révolutionnaire quelconque. L’arrivée au pouvoir s’est faite dans la liesse populaire parce qu’on opérait un changement violent espéré par toute la population attendu. Indépendances pour les uns (Algérie, Maroc, Tunisie) changement d’un régime monarchique corrompu pour les autres (Irak, Syrie, Egypte) ou parfois successivement les deux (Tunisie), et  probablement parce qu’ils maîtrisent au plus près les conditions qui prévalent aux changements brutaux, ces régimes quoi durent et résistent savent comment mieux s’en prémunir.   

Cette même légitimité était soutenue par les slogans véhiculés par ces mêmes pouvoirs dans leur capacité à protéger d’une part la collectivité des menaces extérieures et d’autre part de distribuer équitablement biens et services (2).  Leur capacité de durer et de faire face avec la bénédiction des puissances occidentales les rend justement prompt à décider comment et de quelle manière se feront les changements - si tant est qu’ils doivent s’opérer - et qui ne sont jamais portés par des mouvements révolutionnaires populaires. Mieux les seuls mouvements d’opposition à même d’ébranler les régimes sont un danger autant pour les sociétés Arabes que pour le monde (les extrémistes islamistes)  si bien que le deal proposé par les régimes est déterminé par cette seule proposition : «nous ou les intégristes musulmans».

Ainsi au moment où le monde change et se remet en question, les pays Arabes sont immuables. Face à la mondialisation rampante les régimes arabes étaient prêts à faire des concessions en présentant à leurs opinions le déterminisme du capital comme vérité absolue, une fois passée la tempête, que la globalisation s’est trouvée remise en question par l’alter mondialisme et même par un retour inattendu de la gauche en Amérique du sud, les régimes Arabes, portés hier par les idées Marxistes Léninistes, sont aujourd’hui les grands absents du débat, préférant négocier leur perpétuation avec les pays occidentaux du fait d’une proximité immédiate et d’une menace imminente.  Il est vrai que les nouveaux mouvements mondiaux ne sont pas portés par des régimes révolutionnaires mais par les sociétés civiles, ce dont manquent cruellement les pays arabes.

Des pays menacés

Dans une situation marquée par l’immuabilité,  certains  régimes entérinent le blocage. L’exemple de la Syrie est édifiant. La mort de Hafez Al Assad devait marquer un tournant décisif dans un pays qui ne manque ni  de génie ni d’idée mais qui étouffe sous  la chape de plomb d’un parti du baa’th éculé. Mieux en instaurant la « république héréditaire » on innove et on  donne un exemple séduisant à suivre, notamment par l’Egypte ou l’on conçoit que le fils du président est le dauphin garanti d’une élection remportée haut la main.  

Mais probablement que la Syrie est le contre exemple par essence, non seulement par ses pratiques anti-démocratique mais aussi, comme le souligne le sociologue Michel Seurat, parce qu’il ne faut pas prendre le régime syrien pour ce qu’ils n’est pas. «D'abord, il faut prendre ses distances par rapport au point de vue marxiste usuel considérant que le régime syrien est le résultat de l'accession de la petite bourgeoisie au pouvoir. Il est difficile d'aller à l'encontre de cette lecture du conflit entre alaouites et sunnites, car elle correspond à la fois au discours du pouvoir syrien et à celui des partis d'opposition progressistes de ce pays. En fait, ce conflit ne se résout pas à une opposition entre la «gauche» et la «droite» ou à une opposition de classe. Mais dire cela c'est se faire taxer d'orientalisme.» (3)

Inscrite dans l’axe du mal tel que défini par Bush après les attentats du 11 septembre 2001, la Syrie semble profiter d’une répit du aux effets désastreux de la guerre ne Irak et échappe pour le moment au sort que lui réservent les puissances occidentales.

Contestation et contre pouvoir

La contestation de ces gouvernements existe. Certes malmenée et durement réprimée, mais elle existe. En Tunisie la multiplication des sites Internet de cyber-dissidents, d’opposants ou de militants des droits de l’homme renseigne sur les limites de ces régimes aujourd’hui. Certes il ne s’agit pas de contestations politiques structurées idéologiquement ou organiquement. Les opposants tunisiens négocient les minima d’expression. Mais dans le même temps ils présentent l’autre visage d’une destination touristique de rêve ou d’un miracle économique et social. Les avancées notables enregistrées par la société tunisienne du fait de la «dictature éclairée» sont contrariées par la propension du régime à vouloir se reproduire indéfiniment. En Egypte, même si le modèle est différent et que l’expression et même l’opposition politiques sont tolérées des mouvements de dissidence modernes existent et se font bruyamment entendre. Que ce soit le mouvement Kefaya ou les Moudawinine (les bloggers) sont significatifs de cette volonté à vouloir rompre le silence. L’usage de moyens de fortunes (caméras numériques amateurs, appareils photos de téléphones) pour témoigner de certains événements tus par la presse officielle et les médias lourds soulignent les difficultés qu’il y a à s’exprimer librement ou rendre compte de ce qui se passe en Egypte.

En fait, ces mouvements soulignent non pas l’absence d’une société civile active et dynamique mais les obstacles mis devant sa libre expression ou hors des sentiers clairement définis par les régimes. (4) 

Cette même société civile tente aussi de pallier aux défaillances des moyens d’expression classique notamment après les collusions d’intérêts constatés dans ces pays entre presse dite libre et système politique. En fait, qu’est ce qui caractérise le mieux le pluralisme de façade c’est surtout d’en parler. Les régimes Arabes qui ont des velléités d’ouverture ont tôt fait de comprendre l’utilité des médias dits libres prompt à donner du relief à des débats de parlementaires godillots par exemple (5). Dans le même temps, ce sont des médias (à l’exemple d’Al Jazeera) inféodés d’une part aux monarchies du golf et prêts à en découdre avec les régimes républicains arabes d’autre part qui s’accaparent des taux d’audience surréalistes dans l’ensemble du monde arabe. Il est v rai que des régimes bloqués sont terrorisés dès qu’il s’agit  d’ouvrir les vrais débats de société. Dès lors ce sont d’autres arabes qui s’en chargent et avec talent.

Amine Essghir

 

1- Assia Boutaleb - IEP Paris, CEDEJ et Jean-Noël Ferrié - MAE-CEDEJ animateurs de l’atelier : Le travail parlementaire dans le monde arabe en perspective comparée : l’ordre en pratique

 2-«Soumission et révolte renvoient à deux attitudes différentes face à l’Etat, soutenu et rejeté en même temps par des populations simultanément loyales et frondeuses. Les castes militaires qui ont pris le pouvoir dans les années 1950 et 1960 (Egypte, Irak, Syrie, Algérie…) se sont inscrites dans ces deux tendances en désignant l’impérialisme occidental comme une menace à l’indépendance nationale, et en choisissant le socialisme comme modalité de distribution étatique des biens et services. L’anti-impérialisme et le socialisme ont été acceptés comme langage parce qu’ils correspondaient à des représentations de la culture locale. D’où le profond malentendu entretenu par le contenu idéologique de ces notions originaires de la critique philosophique du capitalisme et de la propriété privée formalisée par Marx et Lénine. De ce point de vue, le socialisme arabe n’a jamais été un projet post-capitaliste ; d’où la reconversion facile à l’économie de marché (el infitah) prônée désormais par ceux qui, hier, chantaient les vertus du secteur public. » Lahouari Addi « Pluralisme politique

et autoritarisme dans le monde arabe » in Le Quotidien d'Oran, 1 mars 2003

 3- « Les dirigeants syriens, dans leurs proclamations théoriques, affirment dépasser l'État établi en instituant une relation entre la base nationale syrienne et la nation arabe; ils prétendent d'autre part dépasser les cycles absurdes des luttes périodiques entre bandes rivales en prônant le développement et l'industrialisation. «Plus arabiste que moi, tu meurs!» pourrait être leur premier slogan. Les dirigeants du Ba'th s'opposent à Nasser, leur père spirituel honni: Nasser voulait réaliser la ligue des peuples arabes, le Ba'th proclame la réalité du peuple arabe. » Exposé de Michel Seurat au groupe «Développement» de la revue Esprit, en 1984.

 4-l’existence d’une société civile au Maroc est toujours sujette à caution lorsque les associations et autre ONG dénoncent à l’unisson des aspects liés au conflit au Sahara Occidental. Les manifestations de l’été 2005 devant les ambassades d’Algérie en Europe sont significatives à ce propos.

 5- Au sein du Parlement égyptien, les journalistes se sont constitués en groupe doté d’un président : ils apparaissent dès lors comme des acteurs à part entière de l’institution. Bien plus et au-delà de leurs attributions professionnelles manifestes, l’objet de cette étude porte sur les interactions implicites (transactions collusives) qui se nouent entre journalistes, attachés parlementaires et députés. En effet, il n’est pas rare de voir les journalistes conseiller les députés, les informer sur l’ordre du jour, les forces en présence ou encore la vie parlementaire en soi. Communication de Enrique Klaus (IEP Aix-en-Provence), « Les journalistes parlementaires : Attributions et culture professionnelles spécifiques » lors du 8eme congrès de l’association française des sciences politiques tenue à L’université de Lyon les  14-16 septembre 2005.

 

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Israël  œuvre à l’effondrement de l’Autorité palestinienne

La plupart de ses ministres étant arrêtés par Israël ou réduits à la clandestinité, il ne reste plus guère que son nom au gouvernement palestinien dirigé par le Hamas. L'offensive militaire israélienne menée ces dernières semaines contre les territoires palestiniens, menace de mettre un terme à l'expérience gouvernementale du mouvement de la résistance islamique, entamée il y a trois mois. Porté au pouvoir par un raz-de-marée électoral auquel il ne s'attendait peut-être pas, le gouvernement Hamas a été aussitôt mis au ban par l'Occident (influencé par Israël), fragilisé par le blocus financier et contesté par les nationalistes du Fatah. La campagne militaire israélienne est selon toute vraisemblance destinée à lui porter le coup de grâce si un règlement de la crise n'intervient pas à bref délai. Le prétexte invoqué par Israël  - libérer le soldat israélien - pour déclencher une telle armada en est la preuve s’il en faut. Mais, loin de relancer des perspectives de négociations israélo-palestiniennes, un effondrement du gouvernement, qui a été investi le 29 mars, créerait plutôt un vide du pouvoir que Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, ne serait pas certain de combler. Et risquerait d'enfoncer davantage encore les territoires dans la violence. Une violence sans cesse alimentée par Tel Aviv qui a toujours œuvré pour un affrontement inter-palestinien. "La capacité du gouvernement est pratiquement nulle, mais il demeure le gouvernement légitime", souligne l'analyste palestinien Ali Djarbaoui, pour lequel "Abbas est aussi dans une situation très précaire". En riposte à l'enlèvement d’un caporal israélien par un commando palestinien comprenant des membres de la branche armée du Hamas, Israël a déclenché sa plus grande offensive depuis son retrait de l'étroit territoire côtier, en septembre 2005. Huit ministres Hamas du gouvernement et des dizaines de responsables ont été arrêtés en Cisjordanie. Craignant d'être la cible d'assassinats ciblés, d'autres ministres Hamas, dans la bande de Gaza cette fois, ont plongé dans la clandestinité.  Pour le Hamas, l'objectif d'Israël est clair: renverser le gouvernement palestinien issu des urnes. "Nous pensons que cette agression contre notre peuple va au-delà de la seule question du soldat capturé", a déclaré le Premier ministre Ismaïl Haniyeh, issu du Hamas. "Ils visent clairement à renverser le gouvernement Hamas en prenant en compte l'échec du siège (financier) international et israélien", confirme Radji al Sourani, du Centre palestinien des droits de l'homme basé à Gaza. Peu de spécialistes soupçonnent en effet Haniyeh d'implication dans la capture du caporal israélien. En revanche, la branche armée du Hamas est plus proche des dirigeants en exil du Hamas (dont Khaled Méchaal, qui vit en Syrie) qui ont eux moins à risquer en cas d'échec de l'expérience gouvernementale. En admettant que le gouvernement Haniyeh soit tout de même en mesure d'amener les activistes à libérer le tankiste israélien qu'ils détiennent, il lui serait politiquement difficile de le faire sous la pression militaire des Israéliens. La chute de l'administration Hamas est le véritable objectif d’Israël à qui les Etats-Unis ont accordé un blanc-seing. Mahmoud Abbas est dans ce contexte dans une situation fragile alors qu’il a tout fait pour faire avaliser par les différents mouvements palestiniens, dont principalement le Hamas, le document d’entente nationale qui reconnaît implicitement l’existence d’Israël. La réponse du gouvernement Israélien a été, comme à l’accoutumée le branle bas de combat et l’agression. Si la loi fondamentale palestinienne autorise le président de l'Autorité palestinienne à limoger à tout moment le gouvernement Hamas pour mettre un terme à la crise politique, il a désormais les mains liées. Si ce limogeage suit l'offensive israélienne, Abbas se retrouvera en situation délicate pour mettre en place un nouveau gouvernement, la population palestinienne risquant alors de l'accuser de céder à Israël. "Abou Mazen (Abbas) est dans une situation très difficile sur le plan intérieur", admet-on dans son entourage. "Peut-être que dans deux ou trois semaines, et afin d'éviter l'effondrement du système politique palestinien, il sera contraint de proclamer l'état d'urgence et de former un gouvernement totalement indépendant de toute faction", ajoute-t-on. La constitution d'un gouvernement d'unité est de toute façon dans les cartons depuis que Abbas et le Hamas sont parvenus, au moment où l'armée israélienne entrait en action, à un accord visant à mettre fin à la crise interpalestinienne. "Depuis le premier jour, nous savons que ce gouvernement n'ira pas au terme de son mandat", souligne un responsable du Hamas. Si le mouvement du cheikh Yassine est éjecté du pouvoir, cela pourrait faire les affaires de certains courants, notamment au sein de sa branche armée, qui trouveraient là le prétexte d'un abandon de la trêve que le Hamas observe peu ou prou depuis début 2005. Mais cela ferait surtout l’affaire d’Israël qui œuvre désormais à un effondrement de l’Autorité palestinienne, dans l’indifférence générale….

 

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L'amnistie restrictive complique la réconciliation en Irak

Les sévères conditions posées par le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, pour rallier les rebelles sunnites au processus politique rendent difficile une réconciliation, ont estimé dernièrement les milieux politiques. "La situation se complique du moment où Maliki a indiqué qu'il ne pardonnerait pas à ceux qui ont tué des Irakiens", a déclaré le député kurde Mahmoud Osmane, qui dit s'attendre en retour à ce que les rebelles fassent de la surenchère pour accepter le projet de réconciliation. Des doutes ont par ailleurs été émis sur l'identité et la représentativité des groupes qui auraient approché le gouvernement pour déposer les armes et s'insérer dans le jeu politique. "Quand Maliki dit qu'il ne pardonnera pas à ceux qui ont tué des Irakiens, avec qui va-t-il négocier?", s'est interrogé Mahmoud Osmane. Le premier ministre irakien a précisé, qu'en plus de ceux qui ont commis des crimes contre les Irakiens, il excluait de l'amnistie les auteurs d'attaques contre la Force Multinationale, les sociétés et les médias étrangers. "Cela laisse peu gens avec qui négocier", a raillé le député kurde, en estimant que dans "toutes les guerres, les gens meurent et quand on offre une trêve on doit prendre en considération cet élément". "Certes ceux qui ont tué de sang froid, comme les auteurs de décapitations et d'attentats à la bombe, ne doivent pas être absous mais que faire avec ceux qui ont participé à des combats", a ajouté l'homme politique kurde. Selon Mahmoud Osmane, le refus des dirigeants irakiens de reconnaître des groupes armés comme des "résistants" complique la recherche d'une réconciliation. Le député kurde a récemment indiqué qu'il y avait sept groupes armés qui étaient en contact, via des intermédiaires, avec le président Jalal Talabani et qu'ils demandaient en priorité un calendrier de retrait des forces étrangères. Mais selon les observateurs, suivants de près ce dossier, "même les Américains et les responsables irakiens sont sceptiques sur l'identité, la représentativité et l'influence réelle de ces groupes". Selon ces observateurs, certains d'entre eux ont demandé à participer à une conférence de réconciliation proposée par la Ligue arabe début août mais cette dernière a exigé d'eux une trêve de trois mois et la nomination de négociateurs avec lesquels il soit possible de parler. Un haut responsable du Comité des oulémas musulmans, principale association de religieux sunnites en Irak, Mouthanna Hareth al-Dari a estimé quant à lui que "l'initiative de Nouri el Maliki s'adressait essentiellement à des organisations politiques, comme la sienne", restées en marge du processus. "Ni les principaux groupes armés, ni les organisations politiques, dont la sienne et les nationalistes arabes, n'ont accepté ce plan de réconciliation parce qu'il ne prévoit pas notamment un calendrier de retrait des forces étrangères", a-t-il déclaré. "Cette pseudo-intitiave est une campagne de relations publiques du gouvernement, et les groupes armés qui auraient accepté d'ouvrir un dialogue sont inconnus en Irak a-t- il ajouté. L’initiative de réconciliation, version Maliki risque de faire long feu.

 

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